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Full text of "Remy Belleau. Sa vie-sa Bergerie. Etude historique et critique"

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REMY BELLE AU 



SA VIE - SA «BERGERIE* 



ETUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE 



PAR 

ALEXANDRE ECKHARDT 

PROFESSEUR AU COLLÈGE EÔTVÔS 
(ÉCOLE NORMALE SUPÉRIEURE DE BUDAPEST) 



.*. 



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BUDAPEST 
LIBRAIRIE JOSEPH NÉMETH 

1917 






Budapest, Imprimerie de la Société F'ranklin. 



IN MEMORIAM 

STEPHANI 

FRATRIS CARISSIMI 



AVANT-PROPOS 



Les poètes de la Pléiade française furent, ces dernières 
années, l'objet de la curiosité des critiques littéraires. Après 
le Du Bellay de M. Chamard qui inaugura les recherches 
méthodiques sur cette époque glorieuse de la poésie fran- 
çaise, on vit paraître le Baïf de M. Augé-Chiquet et la thèse 
magistrale que M. Laumonier consacra au chef du cénacle, 
à Ronsard. On trouvera certainement que Remy Belleau, un 
des meilleurs de la Pléiade, méritait à tous égards une étude 
spéciale. Cependant, en m'occupant de son œuvre, j'ai cru 
devoir me borner à la Bergerie que je considère comme la 
seule expression heureuse de son talent ; et, d'ailleurs, l'étude 
sn^uiïlée de M. Besser me dispensait de m'étendre sur les 
Pierres Précieuses, ouvrage moins poétique qu'érudit. Néan- 
moins, j'ai tâché de ne jamais perdre de vue l'ensemble de 
l'œuvre du poète là où il s'agit des genres, des sujets ou des 
styles qui se i encontrent dans la Bergerie. 



Pour les poètes de la Pléiade je cite en général l'édition de 
Marty-Laveaux (La Pléiade françoise) ; je renvoie sans autre indication 
aux tomes et aux pages ; je mentionne parfois les initiales de l'éditeur 

m.-L.). 



PREMIÈRE PARTIE 

LA VIE DE REMY BELLEAU 



CHAPITRE pr 
ENFANCE ET ÉTUDES A PARIS 

(1528—1556) 

1. Date de la naissance de Belleau. Origines nobles. Premier pro- 
tecteur: Christophle de Choiseul, abbé de Mureaux. A Paris: au Collège 
de Boncour. Leçons de Dorât. Accueil enthousiaste de Ronsard. Excur- 
sions de la Brigade. 

IL Au Collège Rojal. Ramus et la Pléiade. La Dialectique de Ra- 
raus. Belleau collaborateur de Ramus. 

IIL Études grecques. Traductions : Anacréon, Aratus. 

I 

Reiny Belleau naquit en 1528, à Nogent-le-Rotrou. Ses 
biographes ont hésité sur la question de savoir s'il a vu le 
jour en 1527 ou en 1528, et Ton trouve 1527 jusque dans les 
travaux récents. C'est là une erreur due à Guillaume Colletet, 
le premier biographe du poète. A ce témoin qui, au surplus, 
a confondu le jour des funérailles avec celui du décès de 
Belleau je préfère l'épitaphe composée par les amis du poète : 
«Remigii Bellaquaei, Poetœ Laureati, qui cum pietate et cum 
fide, undequinquagenariam, pulcherrime, omnibusque gratis- 
simus vixit aetatem, extinctos cineres, Divae Caecihae piis so- 
dalibus solicitandos, supremi voti observatissimi curatores, pr. 
Non. Mart. MDLXXVII. moestissimo funere, hoc in tumulo 
deposuerunt» *. D'après ce document, Remy Belleau est mort 
à l'âge de quarante-neuf ans, ce qui permet de fixer la date 
de sa naissance à 1528. On pourrait en douter et dire que 

1 L'épitaphe de Belleau fut imprimée pour la première fois par 
Gilles Corrozet, Les Antiqiiilez croniques et singularitez de Paris . . . aug- 
mentées par X. B. (Nicolas Bonfons) 1586. Elle est citée par Marty-La- 
veaux I, XV. 



12 

Vépitaphior ne mentionne qu'ai)pro\imativeinent l'âge de 
Bellcau. si Ton n'avait j)as le chilTre si peu rond de 19. Ceux 
qui composèrent réi)ilaphe devaient posséder des renseigne- 
ments précis pour être si aflirmatifs. 

Belleau n'a parlé nulle part de sa famille. Je ne sais si 
le vôtres honorable A. Belleau» que Gouverneur a signalé sur 
un document nogentais de 1608, ou ce Jacques Belleau, abbé 
de Chemynoy et argentier de l'évéque de Paris, dont j'ai re- 
levé assez souvent le nom dans les corres])ondances du Duc 
de Guise entre 1541 et 1563*, ont quelque rapport avec notre 
poète. Toujours est-il que d'après les Epithetes de Maurice de 
la Porte (,1571), Remy Belleau appartenait à une famille noble: 
il s'appelait Remy de Belleau et était «gentilhomme françoys». 

Les deux, éditeurs modernes de Belleau veulent que M. de 
la Porte lui ait donné gratuitement des titres de noblesse. 
Mais ce scepticisme nest pas justifié quand on considère que 
M. de la Porte connaissait bien Belleau, puisqu'il imprimait ses 
ouvrages, la première édition de la Bergerie porte sa marque 
au bas du frontispice: MP surmonté d'un 4*-. 

D'autre part, M. de la Porte n'est pas seul à écrire De Bel- 
leau. Pasquier lit un anagramme sur le nom «tantost de Remy 
Belleau, tantost de Remy de Belleau, pour gage de l'amitié 
immortelle» qu'il lui portait : 

Un Sol, un Fa, un Re, Mi 
de ceste saincte BELL'EAV 
Mire le beau 
Rime le beau 
De miel abreue 
le beau miel ^. 

On pourrait objecter que Pasquier a introduit la parti- 
cule de pour donner un sens irréprochable à ses anagrammes. 
Mais voici Ronsard qui envoie son Chat «AV SEGNEVR DE 
RELLEAV'*», et, de plus, une épitaplie anonyme recueillie 
par Jean Rabel^ l'appelle De Belleau à plusieurs reprises. 

1 Bibl. Nat.,ms. fr. 20.^)51, f. 12;22433, fï. 88 et 162; Arch.Nat.KK.906,f.48ft. 

2 II imprima aussi quelques-unes des œuvres de Ronsard. Cf. Lau- 
monier, Tableau chronologique des œuvres de Ronsard, 1911. 

3 Pasquier, Lettres 1619; 1. VIII, p. 501. 

* Le sixiesme Hure des Poèmes de Ronsard, 1569. 

^ .lean Rabel, Les <uili(fnUez et sinyularile: de Paris 1588. 



13 

Enfin il y a encore mieux : un épitaphier manusciil du 
XVII^ siècle, dont rauleur ne s'esl pas contenté de noter les 
inscriptions funéraires mais a relevé aussi les armoiries qu'il 
trouvait sur les pierres tomliales. L'inscription funéraire est 
accompagnée ordinairement du blason des défunts, que l'on 
trouve repété le plus souvent plusieurs fois sur les mausolées 
ou sur les pierres tumulaires. «Cet insigne distinctif des fa- 
milles complétait les détails généalogiques consignés dans l'in- 
scription)) *. Or lauteur du recueil précité a soigneusement 
relevé aussi les armoiries de Remy Belleau - : elles sont — 
d'après la leçon de M. Raunié — «d'azur à la fasce ondée 
d'argent, accompagnée de trois ruches à miel d'or». Or, la 
famille noble et ancienne des Belleau à laquelle appartenait 
Jean de Belleau. seigneur de Châlons-le-Meldeux portait aussi 
d'azur à trois coquilles d'or disposées de la même manière 
que les trois ruches du poète "'. Je ne sais si je me trompe 
quand, malgré l'épitaphier, j'identifie les trois ruches avec les 
trois coquilles des seigneurs de Cdiàlons-le-Meldeux, En tout 
cas, ce n'est pas l'épitaphier manuscrit, mais M. Raunié, son 
éditeur moderne, qui prétend que ces figures représentent des 
«ruches à mieh. Coquilles ou ruches, ce sont les armes de 
Remy Belleau, gentilhomme, peut-être le descendant appauvri 
d'une ancienne et noble famille. Sa modestie généralement 
connue le retenait, paraît-il, d "afficher ses titres de noblesse, 
ce qui n'est pas le cas pour Ronsard toujours fier de son 
illustre famille. Les orjgines nobles de Belleau expliquent en 
quelque sorte la douceur de ses manières, le bon ton de sa 
conversation, et contribuèrent certainement à l'accueil em- 
pressé et chaleureux qu'on lui fit à Paris. 

Sur l'enfance de Belleau on sait peu de chose. Il ne dut 
passer que ses premières années à Nogent-le-Rotrou ; on a cité 
maintes fois l'ode composée en l'honneur de sa ville natale : 

O Terre en qui j'ay pris naissance, 
Terre qui ma première enfance 

* E. Raunié, Épitaphier du vieux Paris (Histoire générale de Paris) 
1890; I, VU. 

2 Bibl. Nat., Ms. Fr. 32944, p. 187. Cité par E. Raunié, Épitaphier 
du vieux Paris I, 172. 

3 De la Chesnaj'e-Desbois et Radier, Dictionnaire de noblesse II 
col. 856. 



14 

Allailliis (le ton cher tetin. 
Mais hclas, qui no me fus guère 
Ny nierc nourrice, ny nicre, 
Me traînant ailleurs le destin *. 

Mais on n'a guère relevé l'ode adressée à Robert Garnier 
né à la Ferlé-Hernard, près de Notent (I, 160): 

Je serois d'ingrate nature 

Ayant succé la nourriture, 

Et le laict tout ainsi que toy. 

Sous niesme air, et sur mesme terre, 

Si l'amitié qui nous tient serre. 

Je n'estimois comme je doy. 

Par eonséquent, n'ayant sucé que le lait à Nogent il 
dut quitter sa patrie très jeune, dans son premier âge peut- 
être ". 

De l'enfance du poète nous ne savons absolument rien 
liormis ce fait qu'il dut quitter son pays dès ses premières 
années, et son apparition dans la Pléiade était jusqu'à présent 
le premier détail connu de son existence. C'est (pi'une note 
de Belleau. fort importante pour sa biographie, avait échappé 
aux investigations de ses historiens. Nous la trouvons dans 
son Commentaire du Second livre des Amours de Ronsard'*: 
«Il adresse ce sonnet à CRETOFLE de Choiseul l'un de ses 
meilleurs et plus asscurez amis, la vertu et intégrité duquel 
(outre l'antique noblesse de sa race) est assez cogneûe entre 
les siens, et entre cens qui font profession des bonnes lettres, 
et auquel (après dieu) je doy plus d'obéissance, et d'humble 
service, pour m'avoir nourry et entretenu depuis dix ans, et 
donné honneste moien pour asseurer le reste de ma vie contre 
lefTort et violence de la nécessité». 

^ Pièce liminaire dans les Coiislumes des pays Comté S: Bailliage 
du grand Perche, Paris 16?1 (M.-L. II, 456). 

- C'est ce qui explique qu'il ne figure pas en 1558 sur la liste des 
familles nobles de Nogent. Cf. Gouverneur (édition de Belleau I, XXXIV) 
qui croit y trouver la preuve de l'origine roturière de Belleau. 

•^ Cette note ne figure que dans la première édition, celle de 1560 
du Second Hure des Amours de P. de Ronsard, Paris, Buon 1560, f. 17, à 
la suite du sonnet Je ne suis seulement amoureux de Marie. Dès 1567 la 
note disparaît avec le nom de Christophle de Choiseul que Ronsard 
remplace par celui de Cherouvrier. 



15 

Cette note appelle toute notre attention sur Christophle 
de Choiseul. On savait déjà vaguement qu'il fut un des pro- 
tecteurs du poète : lîclleau l'a dit dans la préface de son 
Anacréon. Or la note du commentaire précise. Depuis dix 
ans, c'est-à-dire à partir de 1550, Belleau qui avait alors vingt- 
deux ans, trouvait asile et nourriture dans la puissante mai- 
son des (>lioiseuls, et pendant dix ans, jusqu'à son retour 
d'Italie et au delà, il vécut des libéralités de Christophle de 
Choiseul ahbé de Mureaux. 

Lu maison de Choiseul, l'une des plus puissantes de la 
Champagne, la même qui donnera tant de personnages cé- 
lèbres à la France d'avant la Révolution, posséda pendant 
plus de deux siècles la presque totalité du Bassigny. Son do- 
maine s'étendait sur les confins de la Lorraine. Le père de 
Christophle était Antoine de Choiseul, baron de Lanques, 
seigneur de Precigny et d'Autre ville, chevalier de l'ordre du 
roi *. Comme ses deux fils aînés .Jean et François devaient 
hériter de la plus belle partie du patrimoine, Christophle eut 
soin, de bonne heure, de se munir d'une bonne prébende. 
En loôt nous le trouvons déjà abbé de Mureaux: Ronsard 
'intitule ainsi dans l'ode qu'il lui dédie ^. C'est ce titre que 
les poésies de Belleau lui donnent également. L'acte de ma- 
riage de son frère aîné Jean baron de Lanques daté du 15 
décembre 155G le ((ualifie, en outre, de protonotaire du Saint- 
Siège apostolique, aumônier ordinaire du roi^. 

L'abbaye de Mureaux (Mira-Vallis) était située sur les 
confins des duchés de Lorraine et de Barry dans le bailliage 
de Chaumont à l'est de Neufchateau au milieu de hautes mon- 
tagnes. Elle relevait de l'évêché de Toul*. Aujourd'hui, seuls 
un village et une forêt en ont conservé le nom (Midrevaux 
ou Mureau). Christophle de Choiseul, l'abbé de Mureaux, était 
un abbé qui menait joyeuse vie et qui gaspillait les revenus 

1 P. Anselme, IV, 827. 

2 Ode à Christophle de Choiseul ahé de Mureaux (Mon Choiseul 
levé tes yeux) dans les Meslancies de P. de Ronsard, 1555 (Achevé d'im- 
primer du 22 novembre 1554). 

3 Généalogie sommaire de la maison de Choiseul par Scévole et 
Louis de Sainte-Marthe. Bibl. Nat., Ms. Fr. 32631, f. 109; copie de l'acte 
original. 

* Gallia Christiana XIII, col. 1157 A. 



16 

de son abbaye florissante. Il aliéna notamment au profit de 
la dame Charlotte de Beaujeu le gagnage de Saint-Pancrace 
dans le bailliage de Nancy*; puis il donna sa démission 
d'abbé en faveur de son neveu Philippe de Choiseul et épousa 
en 1063 «ladite dame Charlotte de Beaujeu» lui ayant ainsi 
assuré, grâce aux terres de l'abbaye, une dot considérable. Il 
se fit appeler «seigneur de Chamerande» du nom d'une 
propriété de son père, devint chevalier de l'ordre du roi et 
gouverneur de Coifiy en Haute-Marne^. Le régime de Chris- 
tophle et de son neveu réduisit les moines de Mureaux, 
naguère riches et puissants, à une telle pauvreté qu'ils durent 
aller mendier de porte en porte ^. 

Tel fut cet abbé de Mureaux, le mécène de Belleau. On 
voit que le poète ne devait pas passer, chez lui, le temps en 
oraisons. On vivait certainement très bien dans la maison de 
l'abbé de Mureaux ; Belleau put s'y abandonner à cette vie 
studieuse mais sans contrainte qu'il retrouvera à Paris au 
milieu de ses camarades, les poètes. La prodigalité et les 
façons mondaines de l'abbé qui le rendaient odieux à ses 
moines devaient passer dans le monde des lettrés pour les 
plus grandes qualités. Belleau nous assure à deux reprises 
que l'abbé de Mureaux fut un fervent admirateur des «bonnes 
lettres», c'est-à-dire des humanités et de la nouvelle école 
poétique; nous pouvons donc croire que celle-ci le reçut avec 
toute l'afTection due à un amateur si puissant et si libéral. 
C'est probablement Belleau qui présenta Ronsard à son pro- 
tecteur, car les noms de Belleau et de Christophle de Choi- 
seul paraissent vers la même date dans les poésies de Ron- 

* Ce gagnage ne fut raclieté qu'i.u XVII" siècle par l'énergique 
Eric de Lorraine. V. sa lettre à la Bibl. Nat., ms. Colleclion Lorraine 
286 f. 197 et Dom Louis Hugo, Sacri et canonici ordinis Praemonstratensis 
Annales, 1736 : pars I, t. II, col. 309. 

~ Père Anselme IV, 287. Les deux Christophe de Ch. du P. Anselme 
ne sont qu'une et même personne. Cf. Bibl. Nat., ms. fr. 32631, t. 31. Les 
circonstances mont empêché de consulter aux archives de Meurthe-et- 
Moselle les documents suivants : H. 1088, réunion à l'abbaj'e [de Mureaux] 
du gagnage de Saint-Pancrace, qui en avait été aliéné par l'abbé Chr. 
de Choiseul sans les solennités requises; H. 1089, acte par lequel l'ab- 
baye cède à Chr. de Choiseul et à Charlotte de Beaujeu, sa femme, di- 
vers héritages. 

'"* Dom Louis Hugo, op. cil. 



17 

sard (Mon Choiscul levé tes yeux, Meslanges l.'),")!). Ronsard 
dans rdûgie-prcfacc de VAnacréon, appela l'abbé de Murcaux 
«son C.hoiseul, son demi», el cette ode pleine d'épicurisme 
anacréontique qu'il lui adressa, caractérise l'auteur tout autant 
que le destinataire. 

D'après la note de Belleau il vivait à partir de 1550 
chez l'abbé de Mureaux en Champagne, dans les propriétés de 
la famille de Choiseul qui s'intéressait, elle aussi, au sort du 
jeune poète *. Dans la préface de son Anacréon, Belleau parle 
du séjour qu'il fit à Paris «en l'absence» de l'abbé quand 
celui-ci lui donna le moyen d'y passer quelque temps. Vi- 
vaient-ils à Mureaux ou à Chamarande d'où nous avons quel- 
ques lettres portant la date de 1556, signées de Christophle 
et de son père ? - Belleau n'a pas laissé de souvenirs détaillés 
de cette période de sa vie ; cependant je crois avoir trouvé 
dans la plus ancienne forme de VEscargot (Continuation des 
Amours de Ronsard 1555) une allusion à ce séjour en Cham- 
pagne. Belleau y raconte la légende du hmaçon qui ronge, 
dit-il, «la grapi)e Erboisine». Arbois, dans le Jura, est encore 
aujourd'hui célèbre pour ses crus de Bourgogne. Belleau 
aurait-il parlé d'Arbois s'il n'avait pas demeuré dans le pays 
avoisinant de Bassigny? Dans les éditions postérieures de 
VEscargot on lit Angevine à la place d'Erboisine, ce qui prouve 
que Belleau trouva plus tard son vin d'Arbois un peu trop 
local pour ses lecteurs. 

Etait-il précepteur dans la famille de Choiseul, ou bien 
fut-il recueilli par l'abbé mécène parce qu'il montrait du ta- 
lent pour les lettres ? En tout cas, et Belleau l'a dit lui-même, 
il se serait trouvé dans le besoin sans la large protection de 
son mécène. 

Après quelques années passées chez l'abbé de Mureaux 
il fut envoyé par celui-ci à Paris pour y terminer la traduc- 
tion d'Anacréon qu'il avait commencée chez son protecteur. 
C'est du moins ce qu'en dit Belleau dans la dédicace: «Da- 
vantage, Monseigneur, qu'avez esté le premier participant, ou 
de l'importunité que vous en ay faicte, le lisant, ou du séjour 
que j'ay fait en vo.stre absence, quant pour plus de faveur 

* Cf. la préface d'Anacréon, M.-L. I, 323. 
2 V. ci-après p. 78. 

Eckhardt : Remy Belleau. 2 



18 

m'avez donné le loisir de séjourner quelque temps en ceste 
ville, pour avoir plus de eommodité le mellre à lin (I, 324)». 
Cela fut écrit en 1356 et l'on sait que l'Anacréon de Henri 
Estiennc dont Belleau fit la traduction n'avait été publié qu'en 
1554. Or Belleau était à Paris tout au moins au début de 
1553. Pour qu'il ait commencé son Anacréon chez l'abbé de 
Mureaux il faut donc supposer que de Paris il rentrait chez 
lui de temps à autre. 

Avec son arrivée à Paris une nouvelle période s'ouvre 
pour Belleau. La date en a été établie avec beaucoup de 
vraisemblance par M. Laumonier dont je n'ai qu'à résumer 
les conclusions*. Les premiers vers de Belleau parurent dans 
les Cantiques de Denisot dont l'achevé d'imprimer est du 17 
décembre 1552. 11 y paraît déjà comme plus tard ailleurs, en 
compagnie de Bonsard et de Baïf, ce qui montre que leur 
amitié subsistait déjà à cette date^. Avant ce recueil on ne 
trouve point son nom mentionné dans les ouvrages des jeunes 
poètes. Dans les Amours de Ronsard (octobre 1552) il n'est 
j)as nommé encore. C'est dans les Dithyrambes et les Isles 
fortunées (carnaval et printemps 1553) qu'on lit son nom 
])our la première fois. Il arriva, par consécjuent, entre 
ces deux dates à Paris, probablement vers la fin de dé- 
cembre 1552. 

Belleau vint donc compléter ses études a Paris à l'âge 
de vingt-cinq ans. Cela ne doit pas nous étonner, car à cette 
éi)oque les hommes d'âge mûr rivalisaient d'application avec 
les jeunes gens sur les bancs des collèges où l'on enseignait 
les délices nouvellement découvertes des lettres antiques. 
Paris était plus que jamais la ville des lumières. Dorât y pro- 
fessait ses célèbres cours de grec, à l'Académie qu'il institua 
au Collège Coqueret, pour les étudiants externes. Le savant 
Muret, Carnavalet et l'évéque Lancelot Caries vinrent s'asseoir 
sur les bancs de Coqueret^. Muret lui-même commentait les 
auteurs antiques à un nombreux auditoire au Collège du Car- 

* Laumonier, Vie de Ronsard, p. 106. 

2 M. Laumonier pense que c'est Denisot, Nogentais lui-même qui 
le présenta à Ronsard. Cependant Belleau avait quitté Nogent dès sa 
jeunesse et dès lors, il ne pouvait guère connaître ses compatriotes 
mieux que les autres. 

^ Charaard, ./. Du Bellay, p. 46. 



19 

dinal Lemoinc et j)ciit-être au Collège de Boncour*. Or c'est 
précisément au (>)llège de Boncoui-, rue Bordet. derrière 
Saint-Etienne-du-Mont, que Belleau semble avoir débarqué. 
Voici les preuves de ma conjecture. 

Tout le monde connaît le témoignage de Pasquier sur 
la représentation de la Cléopâtre de Jodelle qu'il faut citer 
toutes les fois qu'on parle des débuts de la Pléiade : «Il [Jo- 
delle] fit deux tragédies, la Cleopatre et Didon, et deux Co- 
médies, la Rencontre et l'Eugène. Ceste Comédie et la 
Cleopatre furent représentées devant le roy Henrv à Paris 
en l'hostel de Ueims, avecq' un grand applaudissement de 
toute la compaignie. Et depuis encores au Collège de Bon- 
cour ou toutes les fenestres estoient tapissées d'une infinité 
de personnages d'honneur et la cour si plaine d'Escoliers 
que les portes du Collège en regorgeoient. Je le dy comme 
celuy qui estois présent avecq' le grand Turnebus en une 
mesme chambre. Et les entreparleurs estoient tous hommes 
de nom : car mesme Remy Belleau et Jean de la Peruse 
jouoient les principaux roulets. Tant estoit lors en réputation 
Jodelle envers eux^». Pasquier commet, je pense, un léger 
anachronisme en qualifiant Belleau et la Péruse d'cdiommes 
de nom» à la date de cette représentation. Au carnaval de 
15Ô3 ni La Péruse ni Belleau n'avaient encore rien produit. 
Comment furent-ils donc appelés à jouer les principaux 
rôles? Pour La Péruse on peut établir qu'il demeurait au 
collège même : c'est Gabriel Le Breton qui, envoyant son 
Adonis à Jean Galland, lui rappelle que son collège vit la 
représentation de la Cléopâtre et que La Péruse y conçut sa 
Médée'\ Si La Péruse joua un des rôles principaux dans 
Cléopâtre c'est qu'il était élève à ce collège et je ne vois pas 
d'obstacle à supposer, par analogie, que Belleau y joua son 
rôle, en (jualité d'élève du collège également. 

Tout porte à croire- que Belleau suivit de bonne heure 
les cours de Dorât au Collège Coqueret et qu'il profita de ses 
conseils et de ses leçons. Nous avons d'abord le témoignage 

* Laumonier, Vie de Ronsard, p. 104. 

2 Pasquier, Des recherches de la France 1617, 1. VI, chap. VII ; 
p. 741, (1633, p. 618). 

""* Lanson, Les origines de la Tragédie classique en France, Rev. 
d'Hist. Litt. 1903, p. 103. 

2* 



20 

de Ronsard cjui a|)pliqua à Belleau les vers originairemenL 
adressés à Pascal : 

. . . chez luy [chez Dorât] premièrement 
Nostre ferme amitié prit son commencement*. 

Ronsard n'aurait pas transporté ces vers à liellcau s'ils 
n'avaient pu lui être appliqués*-. D'ailleurs, deux autres preuves 
conlirment ce que j'ai avancé des rapports de Helleau avec 
Dorât, bien (pie ces témoignages soient, à vrai dire, un peu 
tardifs et puissent déjà avoir subi l'inlluence des deux vers 
cités de Ronsard. La première ])reuve est fournie par La 
Croix du Maine en disant que Dorât «a mis le filet et l'ai- 
guille en main (comme on dit) à nos principaux poêles fran- 
çois: assavoir Ronsard, Bayf, Belleau et les autres disciples, 
pour façonner les ouvrages que nous voyons estre sortis 
d'eux . . . ^». L'autre témoignage, plus important, presque offi- 
cieux, est l'épitaphe de Dorât: « . . . Cuius ex sinu prodierunt 
tôt patriae suse décora, tôt aetatis suse ornamenta, Ronsardus 
Bellaïus, Bellaqua, Baïfius, Portaeus, cseterique quotquot inde- 
fessis laboribus et ingenii face, meliori sœculo prœluxerunt» *. 
La maison de Dorât resta toujours le rendez-vous des jeunes 
poètes. C'est chez Dorât que De Thou fit la connaissance de 
Remy Belleau^. Néanmoins on aurait tort de conclure des 
vers de Ronsard que Belleau vint loger à Coqueret avec 
Baïf et Ronsard. Il ne faisait que suivre ces cours publics où 
allaient tant d'autres illustres personnages. 

On a plusieurs fois écrit sur ce que pouvait être ren- 
seignement de Dorât*'. Il commentait les auteurs les plus 
obscurs et les plus difficiles, surtout les poètes alexandrins. 

* Autobiographie de Ronsard : Je veux mon cher Paschal (Belleau) ; 
M.-L. IV, 95, cf. Laumonier, Vie de Ronsard p. 106. 

2 C'est l'opinion de M. Longnon, Pierre de Ronsard 1912, p. 303, 
mais non pas celle de M. Laumonier, op. ailé, p. 106. On verra plus loin 
(p. 41) un cas analogue : Charles de Pisseleu dont Ronsard avait vanté 
les vertus militaires fut remplacé par Langues, soldat de profession, 
dont nous connaissons parfaitement la carrière militaire. 

•* Marty-Laveaux, édition de Dorât, p. XXXIX. 

* Ihid.'p. LXVIII. 

•'' Témoignage de De Thou cité par Laumonier, Vie de Ronsard 
p. XIV. 

® Augé-Chiquet, Baïf; Chamard, J)n Bellay. 



21 

Nous retrouvons les traces de ses leçons dans l'œuvre de 
Bcllcau. lîelleau nomme Callimaque et Nicandre dans son 
Papillon, en supposant que le papillon trouvera Uonsard courbé 
sur leurs œuvres. Mais lui-même traduit Aratus, imite et uti- 
lise Orj)hée, Théocrite et Eschyle. Tous ces poètes figurent 
parmi les auteurs commentés par Dorai. De plus, on verra 
dans la deuxième ])artie de notre étude les marques de l'in- 
fluence très considérable des théories littéraires de Dorât sur 
l'œuvre de Bclleau*. 

Cependant liellcau n'était pas venu à Paris rien que 
pour étudier; il y cherchait surtout la compagnie des jeunes 
poètes dont la renonnuée avait dû pénétrer jusque dans la 
province des Choiseuls. Au moment où Belleau parut à Paris, 
Ronsard avait déjà j)ublié ses Odes et ses Amours, Baïf sa 
Meline, Du Belbw son Olive, et quatre ans avaient passé depuis 
l'apparition du j)rogramme de la nouvelle école jioétique 
dont les tendances s'étaient nettement dessinées dans Pinter- 
valle. C'est surtout Ronsard ([ui avait considérablement évolué : 
par le jiindarisme des Odes et le pétrarquisme savant des 
premières Amours il était arrivé à l'inspiration anacréontique 
et maruUienne. Belleau vint donc fort tard se rallier aux en- 
nemis de l'Ignorance. On était après la lutte ; la cause de la 
jeune génération était gagnée: une foule de poètes surgirent 
qui fabriquèrent tous des odes pindariques et des sonnets 
pétrarquistes. Ronsard s'aperçut que son école perdait par là 
sa fraîcheur de la première heure. L'accueil (pi'il lit en ces 
circonstances au nouveau venu Belleau est tout à fait excep- 
tionnel. Belleau avait à j)eine publié quelques hymnes et sa 
traduction d'Anacréon, que le chef d'école l'éleva au rang des 
meilleurs poètes. Leur amitié était déjà des plus intimes à 
cette date, et Ronsard avait souvent nommé Belleau dans ses 
poésies. La i)réface que Ronsard fit pour ÏAnacréon de Bel- 
leau n'est qu'un salut enthousiaste à l'adresse de la nouvelle 
étoile. 

C'est cette élégie qui fut le point de départ d'une ex- 
pression qui fera fortune: c'est ici la première fois que Ron- 
sard compara les meilleurs poètes de la jeune école à la 
Pléiade grecque, sans attribuer d ailleurs à cette formule 

* Cf. ci-après p. 139. 



50 



dautre valeur (juc celle d'une coni])araison brillante ^ Car 
c'est Hclleau cjui vint Faccomplir, cette Pléiade après la 
«grande tourbe d'imilateurs)) qui avaient tout gâlé^. C'est lui 
que la terre produisit, dit Housard, ayant retenu sa fécondité 
pour un lemj)s. A quel titre lîelleau avait-il mérité ces éloges? 
Tout ce (|u"il avail écrii jusqu'alors, quelques hymnes et sa 
traduction d'Anacréon, n'avait pas assez d'importance pour 
que Ronsard lui conférât une ])lace à côté de 13aïf et de Du 
Bellay. Ses productions étaient des promesses plutôt qu'une 
preuve de son talent j)oétique. Hclleau le disait lui-même. Il 
envoya son Escargot à Ronsard en l'assurant qu'il ferait 
encore mieux: 

Toutesfois attendant que l'heure 
T'en aura l'espreuve meilleure 
Mis en main, je te veux tailler 
Une Limace . . . 

Il avail dû parler de ses projets à Ronsard, car celui-ci 
dans son élégie-préface qualifia YAnacréon de coup d'essai 
qui annonçait quchpie chose de tout à fait original. 

Aussi n'est-ce pas dans ces premiers coups d'essai qu'il 
faut chercher les raisons de l'accueil chaleureux qu'on lui fit 
à Paris. 11 le dut d'abord à sa science de grec, — on relève 
dès .ses premiers essais des réminiscences de Théocrile, 
d'Orphée et d'Apollodore, — mais encore et surtout à son 
caractère sérieux, doux et loyal qui lui gagna tant d'amis 
sincères. 11 avait jX'ut-étre dans ses manières quchjue chose 
d'imposant qui commandait l'estime en même temps qu'il 
inspirait de la sympathie. En 1556 sa renommée était, en 



* Laumonier, Vie de Ronsard, 219. Je note en passant que la pre- 
mière forme de ce nom dans VAnacréon de 1556 n'est pas Pléiade mais 
Pliade. C'est la forme latino italienne du nom grec. Cf. Boccace, Anieto, 
Vinegia 1545, f 116: «^iper le regnanti Pliadc). 

2 Ce sont presque les mêmes paroles de Du Bellay (M.-L. II, 330) : 

Mais depuis les premiers auteurs 
Un tas de sots imitateurs 
Enflant leurs vaines poésies 
De monstrueuses fantaisies 
Ont tout gaslé . . . 



23 

effet, assez grande j)our qu'il fût fiai té dans une ode par 
Charles Fontaine, le cfjîoète eourlisan» *. 

A partir de 1.");"),') Ik'lleau fut de toutes les parties de la 
joyeuse ^brigade». 11 joua, on Ta vu, un des rôles principaux 
à la seconde représentation de Cléopâtre et d'Eugène. C'était 
une espèce de représentation d'écoliers, mais d'écoliers ayant 
de hautes ambitions littéraires. C'est cette représentation qui 
fut suivie de la fameuse «pompe» du bouc^. Belleau est, il 
va sans dire, au nombre de ces compagnons que Ronsard voit 
dans sa fureur bachique: 

Tout forcené à leur bruit je freniy ; 

J'entrevoy Baïf et Reniy 
Colet, Janvier, et Vergesse et Le Conte, 
Pasclial, Muret, et Ronsard qui monte 

Dessus le bouc . . . ^ 

Belleau fréquenta chez Jean Brinon, le généreux mécène 
des jeunes poètes qui mourut cependant bientôt après l'ar- 
rivée de Belleau à Paris. Baïf atteste que Belleau était tou- 
jours le bienvenu chez lui : 

Quel escrivant florissoit par la France 
De qui Brinon n'ait gaigné l'accointance, 
Soit ou qu'en Grec, ou qu'en parler Romain, 
Ou qu'en François guide sa docte main ? 

Tesmoings m'en sont Ronsard, Belleau, Jodelle, 
Dorât, Duchat : en tcsmoing j'en appelle 
Mesraes, Gorri, Sauvage, et cent aussi 
De grand renom, que j'outrepasse icy *. 



Belleau suivit la brigade dans ses excursions à Arcueil 
et à Gentilly, sur les bords de la Bièvre. Aussi fut-il au 
nombre de ceux qui devaient, sur l'invitation de Baïf, élever 
la voix contre les teinturiers de Paris qui, établis le long de 



* Je n'ai pu voir cette pièce mentionnée par Louis Clément, Le 
poêle courlisan, Rev. de la Renaissance 1904. Le privilège des Odes de 
Ch. Fontaine est de 1555, (a. st.) le millésime est de 1557. 

2 Sur cet événement v. Lanson, Les origines de la Iragédie clas- 
sique en France, Rev. d'Hist. Litt. 1903 et Laumonier, Ronsard p. 100, n. 2. 

3 Folaslries . . . el Diihtjrambes chanlés au bouc de E. Jodelle Poète 
tragiq, 1553 (Éd. "Van iiever p. 93). 

* Martv-Laveaux H, 90. 



24 

la rivière, souillaient ses eaux. C'est vers cette époque, pa- 
rait-il, que l'eau de la Bièvre ac(|uil la réputation d'avoir des 
vertus particulières jiour la teinturerie. Vn siècle plus tard, la 
manufacture des (iol)elius sera. i)our cette même raison, 
créée à ses rivages*. Haïf lit |)arler la nymphe de la rivière: 

O bande aux neuf Muses sacrée, 
Que mon onde souvent recrée, 
Soit au valon de Gcntilly, 
Soit d'Arcueil au peupleux rivage, 
Où des arcs est debout l'ouvrage, 
Par où sur les nions je sailly : 

Dorât des Poêles le père : 
Ronsard à qui j'ay sceu tant plere : 
Des-Portes, Passerai : Belleau, 
Qui dois de ma piteuse plainte 
Dautant plus avoir lame ateinle 
Que prens ton nom de la belle eau : 

Si jamais sus ma vcrde rive 
Au murmure de mon eau vive 
Vous printes quelque doux someil : 
Si de mes ondes argentées 
Vos paupières avez frotees 
Vous lavans à vostre réveil : 

Si jamais à vos amourétes : 
Si à vos verves plus segrétes : 
(Quand vous soûlassiez a requoy 
En plus d'une cacheté ombreuse) 
Témoin fidèle et bien-heureuse 
Jay preste mon rivage coy : 

Touchez de cette doleance 
Venez embrasser ma vangeance 
Contre la sacrilège erreur 
Des mauvais qui me font outrage, 
Que votre bande s'encourage 
Contre eux d'une juste fureur'-^. 

D'après ces vers, Belleau allait avec ses compagnons 
sur les bords de la Bièvre réaliser ce rêve de bonheur et 



^ Grande Eiicijclopédir. art. Bièvre. 
2 Marty-Laveaux II, 440. 



25 

de quiétude dont ce siècle inquiet avait la nostalgie. Ils dor- 
maient sur l'herbe, s'humectaient au réveil les paupières avec 
l'eau fraiche et pure de la rivière, et, protégés par la ver- 
dure, se livraient à des folies de jeunesse au doux bruit des 
ondes. Ces excursions étaient assez fréquentes. Nicolas Ellain 
((ui, pendant la canicule, invita Grévin dans sa maison du 
faubourg Saiul-Marceau lui dit d'amener Belleau : 

Or viens Grévin, viens à mon Saint-Marceau 
Avec Ronsard, Utenhove et Belleau 
Pour nous venger d'une saison si dure. 

On ira après, (hl-il, dîner à Gentilly autour de la fon- 
taine et souper dans la verdure ^ 

Un autre souvenir de ces excursions est conservé dans 
le quatrain trouvé par Tricotel dans un recueil manuscrit, 
(l'est un Vœu qui jiorte la date de 1560 ce qui prouve que 
Helleau continua ces joyeuses parties après son retour d'Italie, 
.le le cite d'aj)rès Tricotel: 

Ronsard, Bayf, Belleau et Butet soubs ces treilles 
Offrent, fuyant soucy, d'un doux plaisir veincus, 
A Phoebus, aux neuf sœurs, à Venus et Bacchus 
La lyre, le laurier, l'amour et les bouteilles -. 

C'est peut-être Belleau qui, de tous ces gais compagnons, 
élait le plus modéré dans ces promenades et festins sur 
Iherbe. Scévole de Sainte-Marthe qui fut un de ses plus in- 
times amis atteste sa grande sobriété: 

Ante quidem lepido referebas carminé totum 

Anacreonta, Remigi, 
Nunc etiam similis magis incipis esse, quod alba 

Canent, ut illi tempora. 
Discrepat hoc tantum, quod sobrius ebria canlas 

Senis faceti pocula. 



* Longnon, Ronsard, p. 225. 

2 Bibl. Nat., ms. fr. 22560, vol. B, p. 227 (Recueil Rasse-Desneux). 
Publié par Tricotel dans le Bnllelin du Bibliophile et du Bibliothécaire, 
avril 1873. Sur les détails de ces banquets voir le Voyage d'Herciieil de 
Ronsard '1549) où, du reste, Belleau n'était pas encore présent. Je pense 
qu'une étude plus approfondie des poètes bernesques démontrera l'in- 
fluence des mœurs italiennes sur ces cénacles et excursions poétiques. 
Cf. J. Vianey, Bruscambille et les poètes bernesques, Rev. dHist. Litt. 1901. 



26 

Qiiod si de solilo quid forte pudorc remittas, 

Musisque junqas Liberum, 
Quain bene vinosus superares vina canentem, 

Qui siccus illum sic refers * ? 

El c'est loiil à fait la même allusion à la sobriété de 
Belleau (]ue Ton trouve dans l'ode souvent citée de Ronsard : 

Tu es un trop sec biberon 
Pour un tourneur dAnacreon, 
Belleau et (luoy ! cesle Comète 
Qui naguiere au ciel rcluisoit 
Rien que la soif ne prcdisoit 
Ou je suis un mauvais prophète. 

Les plus chauds Astres etherez 

Ramènent les jours altérez 

En ce mois pour nous faire boire. 

Boy donques : après le trespas, 

Ombre, tu ne boiras là bas 

Que je ne sçay quelle onde noire. 

Mais non, ne boy point, mon Belleau, 
Si tu veux monter au troupeau 
Des Muses, desur leur montagne : 
Il vaut trop mieux estudier 
Comme tu fais que s'allier 
De Bacchus et de sa compagne - . . . 

A en juger par le ton rempli d'estime sur lequel Ronsard 
parle à Belleau, celui-ci avait déjà à cette époque (1556) la 
réputation d'un poète sobre, studieux et savant. 



II 

Il est fort probable que Belleau suivit aussi les cours de 
Ramus que ctlui-ci faisait au Collège Royal. Les rapports du 
professeur et de l'élève se changèrent en une sorte de col- 
laboration (jui aboutit à un livre fait en commun. 

* Sammarthanus, Galloriim Dodrina llluslrium Elogin 1602 : Remi- 
gius Bellaqua. 

2 Deuxième livre des Odes, XXV (M.-L. II, 224j. Cette ode parut 
pour la première fois dans la Nouvelle Conlinualion des Amours (1556) 
Sur la fausse interprétation de ces vers par Sainte-Beuve et d'autres 
après lui cf. Laumonier, Ronsard p. 163 ss. 



27 

En 1555 Ramiis fit paraître sa dialectique en français*. 
C'était déjà une innovation hardie. Or non content de donner 
le texte en français, il lit traduire même les exemples qui, 
d'après un principe nouveau et rationnel du célèbre péda- 
gogue allemand Sturm, étaient des vers de poètes latins 
au lieu des vaines formules vieillies de l'Ecole. On jugera 
donc de ma surprise lorsqu'en marge de ces pièces de vers, 
j'ai trouvé les noms de plusieurs ])oèles et écrivains des plus 
notables de la jeune «brigade». A part un certain nombre de 
vers extraits de traductions déjà publiées auparavant, ces 
morceaux choisis de ])oètes latins furent traduits, paraît-il, 
sur la demande expresse de Ramus, car ils ne figurent ni 
avant ni après dans les œuvres des traducteurs. Aussi ont-ils 
écliaj)pé aux éditeurs modernes qui y voyaient sans doute 
des exemples tirés par Hamus de poésies françaises contem- 
poraines. 

En effet, les vers de Marot. de Du Bellay, de Pelletier 
et de Des Masures cités dans la Dialectique ont été empruntés 
à des versions déjà imprimées-. Mais la plupart des traduc- 
tions ont été faites précisément pour cette édition française de 
la Dialectique par les jeunes poètes, élèves ou amis de llamus. 
Ronsard y figure avec plus de cent-cinquante vers inédits, 
traduits de Virgile, de Properce, de Tibulle, de Catulle, de 
Juvénal, de Martial, d'Horace, d'Ovide et même de Cicéron 
et d'Empédocle, car tout y est tourné en vers. A côté de 
Ronsard on y trouve aussi le Conte d'Alsinois, — Nicolas 
Denisot, — qui a traduit des vers de Catulle et des Fastes 
d'Ovide. Pasquier a interprété des morceaux de Virgile, quel- 
ques vers d'Ovide et de Catulle, De Brués des vers de Virgile, 
d'Horace et d'Ovide. On v trouve enfin le nom de Bellcau 



* Dialcclique de Pierre de la Ramée e! Charles de Lorraine Cardinal 
son Mécène. Paris, Wecliel 1555 (Privilège du 13 septembre 1555); Bibl. 
Nat., R. 1791 — 1795. Une édition subreplice parut à Avignon, chez Bar- 
thélémy Bonhomme en 1556. On a donné en 1576 une édition aug- 
mentée que je n'ai pu voir : La Dialcclique de M. Pierre de la Ramée, 
prof, du Roij, comprise en deux livres selon la dernière édition, augmentée 
d'un pelil traiclé de l'exercice . . . Paris, Auvray 1576. Cf. Waddington, 
Ramus sa vie, ses écrits et ses opinions, 1855. 

2 Marot, Métamorph. ; Du Bellay, Enéide ; Pelletier, Géorgiques et 
l'Art poétique d'PIorace ; Des Masures, Enéide. 



28 

en mari*c de c\iu[ cilalions. une de Parméiiidc\ une de Mar- 
tial et trois des Tristes d'Ovide *. 

Déjà C.ollelet. dans son éloge de Belleau. a fait remar- 
quer que Ranuis «dans sa Rhétorique françoise rapporte plu- 
sieurs de ees vers et les propose niesmc pour de beaux 
exemples et pour appuyer la vérité de ses maximes, il est 
toujours le premier de nos poêles qu'il allègue». Colletet est 
inexact, car ce n'est pas dans les Rheioricae institutiones mais 
dans la Dialectique ([ue l'on trouve des vers de Belleau, Il a 
aussi l'air de dire que ces vers sont tirés des œuvres du poète, 
ce (jui est encore faux puisqu'ils n'ont jamais paru ni avant 
ni après. C'est avec la même inexactitude que Binet, dans sa 
Vie de Ronsard parle de «beaux exemples» que les œuvres 
de Ronsard ont amplement fourni à Ramus pour sa «Rhéto- 
riques. C'est ce qui a fait croire à M. Laumonier, désespéré 
de trouver des vers de Ronsard dans les différentes rhéto- 
ricpies de Ramus et d'Omer Talon, son disciple, que Binet 
aurait confondu Ramus avec Foclin qui, en effet, cite beau- 
coup les jeunes poètes dans sa Rhétorique'-. Au contraire, il 
est évident que Binet et Colletet pensaient à la Dialectique de 
Ramus, à ce livre écrit en collaboration avec Ronsard, Bel- 
leau, Pasquier, Denisot et De Brués. 

Pour bien apprécier cette collaboration, il faut savoir ce 
(jue signifiait l'apparition de la Dialectique. Ivamus, principal 
du Collège de Presles et dès 1551 professeur au Collège Royal 
avait révolutionné le trivium : la grammaire, la rhétorique et 
la dialectique. Il s'était attaqué notamment à l'autorité d'Aristote 
qu'il avait soumis à une critique sévère et impartiale. De son 
travail critique étaient sorties une grammaire, une rhétorique 
et une dialectique raisonnées et simplifiées, mais son intran- 
sigeance en matière de philosophie lui avait attiré beaucoup 
ifennemis contre lesquels il eut à soutenir dans la suite une 
lutte à vie et à mort où il finit par succomber. La première 
édition de sa dialectique latine parut en 1543. La seconde, 
en 1549, présentait déjà de notables modifications. Toujours 
mécontent de ses publications, Ramus fit paraître en 1554 la 
troisième édition de ses Dialecticae Institutiones. C'est cette 



* Laumonier, Vie de Ronsard pp. 43 et 215. 
2 PP. 3, 82, 95, 96 et 103. 



29 

édition qui donna à Charpentier, recteur de lUniversité 
l'impulsion décrire son premier ])amj)hlet contre Ramus . 
L'édition de 1554 est la base de la Dialectique française 
([ui parut l'année d'après. Quil me soil j)ermis de montrer 
l)ar un exemple le genre du travail que Ramus avait distribué 
aux jeunes poètes. J'oppose le texte latin de 1551 au texte 
français de la Dialectique: 



Quartus modus. 

Quartus modus sola propositione 
et universus et affirmatus : 

Scribentes bona carmina debent 
esse laeti : 

Ovidius non est lœtus 

Ovidius itaque non scribit bona 
carmina 

Hanc excusationem de suis car- 
minibus hic poeta tradidit in Tristi- 
bus : sed duos praeterea syllogis- 
mes effecit, 

Carmina proveniunt animo deducto 
sereni 
Nubila sunt subitis tempora 

nostra raalis. 
Carmina secessura scribentis et otia 
quaerunt: 
Me mare, me venti, me fera jactat 
hyems. 
Carminibus metus omnis abest : ego 
perditus ensem 
Hsesurum jugulo jam puto, jam- 
que meo. 
Haec quoque qux facio, judex mira- 
bitur aequus 
Scriptaque cum venia qualiacum- 
que leget *. 



Quatriesme manière. La qua- 
triesme manière est aflermée et 
generalle de la seule proposition. 
Par ceste manière de jugement 
Ovide conclud au premier des 
Tristes triplement en exposant l'ex- 
cuse de ses vers. 

D'esprit tranquil proviennent les 

doux vers, 
Et mes jours sont tous obscurcis 

d'orage : 
Les vers demandent antres et lieux 

desers, 
Des ventz des flotz je suis toujours 

la rage : 
Les vers sans paour doibvent estre, 

et je crains 
Qu'à tous les coups une dague on 

me pose 
Dedans la gorge : aussi juges 

humains DelleaiiS^ 
S'esbahiront de ceux que je \ 

compose : 
Mais si leur plaist, passe droict leur 

feront, 
Et telz qu'ilz sont, sans esgard les 

liront ~. 



Il y a un changement sensible d'un texte à l'autre. Les 
exemples purement formels sont supprimés dans la Dialec- 
tique, Ramus s'éloigne pas à pas des formules de l'Ecole. Le 
rôle de Belleau et de ses amis ne consistait qu'à traduire les 
vers cités dans le texte latin. 



* P. Rami Institutionum dialeclicarum libri très, Basilese 1554, p. 219. 
2 Dialectique 1555, p. 96. 



30 

Le travail coilcclif dont les (jiiatre jeunes poètes s'étaient 
ehari^és était une espèce de collaboration à la vulgarisation 
des sciences. Dans la j^réface de la Dialectique Ramus dit 
qu'il prétend élever le français à la dignité de langue scien- 
titique, en vue d'économiser le travail inutile et pénible 
d'apprendre le latin rien que pour s'en servir dans les trai- 
tés scient ili(jues. L'attitude des jeunes poètes dans cette ques- 
tion si importante ne pouvait être douteuse. La Défense et 
Illustration de la Langue Françoise avait proclamé ies mêmes 
idées, par rapport à la poésie. Aussi Ronsard se déclara-t-il 
ouvertement en faveur d'une science nationale: 

Si les meilleurs auteurs de Rome et de la Grèce 

Estoient ainsi traduit, la Françoise jeunesse 

Sans tant se travailler à comprendre des mots 

(Comme des perroquets en une cage enclos) 

Apprcndroit la science en leur propre langage. 

Le langage des Grecs ne vaut pas d'avantage 

Que celuj' des François, le mot ne sert de rien 

La science fait tout : qui se dit aussi bien 

En François qu'en Latin, nostre langue commune: 

Les mots sont difTerents, mais la ctiose est toute une *. 

Faut-il s'étonner de trouver Pas(|uicr parmi les traduc- 
teurs? Un des premiers historiens de la France qui ont écrit 
en français, il a dit exactement la même chose que Ronsard, 
dans une lettre adressée à Turnèbe qui avait protesté contre 
la vulgarisation des sciences-. Guy de Rrués, l'autre collabo- 
rateur de Ramus fit un travail semblable à celui de son 
maître en ])ubliant ses Dialogues contre les nouveaux Acadé- 
miciens. N'est-ce pas dans le j)rivilège de ce livre (ju'on lit 
la plus haute approbation, celle du roi, de ces tentatives de 
vulgarisation de la philosophie?^ La comj)osition du groupe 
des collaborateurs de Ramus n'est donc pas fortuite. Tous, 
Relleau compris, combattaient «le monstre Ignorance». En 
cela d'ailleurs ils contredisaient Dorât, leur maître, qui écrira 
plus tard im faetum contre Ramus pour avoir professé en 
français de sa chaire de lecteur royal. 11 préconisait la na- 



1 En tête du TUe-Liuc d'Amelin (M.-L. V, 228). 

2 LeUres, A\ignon 1590, p. 4. La lettre porte la date de 1552. 
^ Brunot, Histoire de la lançjiic française, II, 28. 



31 

tionalisation de la poésie et condamnait celle de la science : 
«francice docere de régis solituni nefas cathedra», écrit-il 
quelque part ^ Son animosité implacable contre Uamus 
l'aveuglait complètement dans cette question. Ses élèves 
avaient peut-être avec lui sur ce sujet de longues disputes^. 
La collaboration à la Dialectique de llanuis signifie pour 
Belleau un tribut à la grande œuvre lV illustration de la 
langue française. Si Ramus lui confia une partie de la tra- 
duction, [c'est qu'il était probablement du nombre de ses 
auditeurs en 1555. Il vint avec ses amis comme tant d'autres 
français et étrangers, dans cette salle du Collège Royal tou- 
jours comble d'étudiants pleins d'enthousiasme pour Ramus 
qui tenait son public sous le charme de sa brillante éloquence 
et de sa prodigieuse science. 

III 

Quels furent les fruits de ces études? D'abord une pro- 
fonde connaissance des langues et littératures grecques et la- 
tines, qui procura à Belleau une certaine autorité dans son 
entourage. A côté de Baïf qui savait parfaitement son grec et 
de Ronsard qui le savait un peu moins, Belleau acquit la 
réputation de bon helléniste qu'on portait à cette époque 
comme une .auréole. Dès ses premières poésies on relève, 
comme nous le verrons, des réminiscences de Théocrite, du 
pseudo-Orphée, d'Apollodore et d'Homère. Mais la vaste 
étendue de sa science ne se manifeste toute entièrement que 
dans son Commentaire du Second livre des Amours de Ronsard. 
Là il indique non seulement les sources de Ronsard, mais il 
cite à tout propos, et même hors de propos, les auteurs grecs 
qui lui sont aussi familiers que les latins. Homère, Théocrite 
et Anaeréon se trouvent naturellement au premier plan, mais 

» Brunot, op. cit. II, 12. 

~ Il est piquant de trouver, vers la même époque, Ramus qua- 
lifié d'ignorant dans le commentaire des Amours de Ronsard. Muret 
mit cette observation à la suite du sonnet L'œil qui rendrait le plus bar- 
bare appris, au mot Enlelechie : ePar ainsi ce divin philosophe (car ainsi 
me contraint sa grandeur de l'appeler) ce grand Aristote (duquel l'érudi- 
tion a tousjours esté célébrée par les doctes, et de nostre temps, en 
l'Université de Paris, comme à l'envy clabaudée par les ignorans) vou- 
ant définir l'ame, l'a dit estre tvxcXe'x^eiav . . .» (Édition de Vaganay). 



% 



32 

il cilo aussi bien les ailleurs de second ordre: Sappho, Mos- 
chus. Apollonius de Khodes, Aialus, Orphée, Opjiien, Philc- 
las, Mimnerme. Léonide, Calliniaque, Nicandre, Lycopliron, 
les scoliastes de Théoerile el de Lyeophron et le moderne 
Jean Lascaris ; Hésiode, Pindare, Platon, Aristote, Ménandre 
et Synesius ont aussi l'honneur de plusieurs citations ou 
mentions. Dans un i*rand nombre de cas, ces auteurs ne sont 
pas les sources de Ronsard ; ils servent plutôt de parallèles, 
même un ])eu étian«*ers au texte. Cela méritait d'être relevé, 
car si même Ronsard put indiquer à Belleau ses sources an- 
tiques il ne lui fit pas certainement ressortir ces parallèles. 

D'autre part, Belleau rappelle fort souvent l'équivalent 
grec de tel mot, de tel vers ou de telle expression de Ron- 
sard, surtout là où il trouve que le grec est plus concis ou 
plus expressif que le français: «Quand la Lymace au dos qui 
porte sa maison. Les Grecs disent tout ces vers en un mot 
aj)pellant le Lymaçon cpspéoixov, c'est à dire porte maison. 
Hésiode le nomme ainsi*». Voulant expliquer le mot acort, 
il dit qu'il signifie «de gentil esprit, bien né, honneste, gail- 
lard, avisé que les Grecs appellent 7roX6tpo7tov -». Je pourrais 
multiplier ces exemples qui révèlent une connaissance intime 
de la langue grecque^. 

Le commentaire de Belleau est plus subjectif que celui 
de Muret ; le goût el les opinions du commentateur s'y ré- 
vèlent à chaque instant. Ainsi, on apprend que la célèbre 
ode de Sajîpho, tpaîvEtat [tôt etc., la seule connue k cette époque, 
était considérée par Belleau comme la plus passionnée de 
toutes les poésies amoureuses, en quoi il ne se trompait pas 
tout à fait *. Mais il est bien plus difficile de comprendre com- 
ment il put dire de la douzième idylle (le Mignon: 'AIttjç) 
de Théocrite : «pource qu'elle est belle entre les belles je 
supplirai le lecteur de prendre la peine de la lire toute : elle 
se commence!) après quoi viennent les deux premiers vers 
de l'idylle^. Cette idylle est peut-être la plus faible de Théo- 

* Commentaire du Voiage de Tours. 
2 Ihid. f. 17. 

•'* Commentaire de 1560, ff. llb, 606, 61 o, 72a, 78a et surtout dans 
le commentaire du Voiage de Tours. 

* Ibid. ff. 43a et 826. 
5 Ibid. f. 89a. 



33 

crile ; clic ne forme qu'une série de réflexions cléj)lacées sur 
la gloire posthume et (rnllusions à certains concours si)éciau\ 
d'éplièbes. L'on n'y trouve quelque grâce que dans les com- 
paraisons servant à dépeindre la joie de l'amant qui levoit 
son favori après une longue absence. Je compiends mieux 
(pie Helleau, le peintre des grâces ail admiré les Syracus aines 
avec leurs paysages brillants et leurs tableaux délicats*. 

Deux œuvres littéraires nous sont connues des années 
d'études que Helleau avait commencées chez l'abbé de Mu- 
reaux et qu'il devait reprendre après son retour d'Italie et 
même probablement après son départ pour Joinville. La pre- 
mière est la traduction des odes d'Anacréon, publiée en 1556 -. 
On a montré tjue Sainte-Beuve et d'autres après lui ont 
laussé la chronologie en considérant Belleau comme le révé- 
lateur d'Anacréon^. L'initiative vint ici, comme ailleurs de 
Iionsard, car aussitôt qu'au début de l'année 1554 Henri 
Kstienne eut présenté au public français les précieux restes 
du prétendu Anacréon, Ronsard fit de son propre mouvement 
le grand saut, — du reste bien préparé par l'imitation d'Ho- 
race et de l'Anthologie, — du pindarisme au style des odes 
anacréontiques, et s'empara de ce nouveau style pour en 
imiter la grâce légère et la bonhomie, et pour prêcher l'épi- 
curisme de ce pseudo- Anacréon. Depuis "le mois de mars 
1554, date probable de la publication d'Estienne jusqu'au 
15 août 1556 lorsque Belleau dédia son Anacréon à l'abbé 
de Mureaux, les recueils de Ronsard abondent en imitations 
anacréontiques plus ou moins libres. 

Qu'il me soit permis de relever ici, en passant, que de- 
puis Bayle on n'a guère prêté d'attention à ce fait que Henri 
Estienne avait lui-même traduit en français les odes d'Anacréon. 
Il l'a dit pourtant en toutes lettres dans l'avertissement de 
sa traduction latine : ((intérim quod dabatur, accipiens, eas 
Anacreontis Odas, quas iam ante Gallicas feceram, in aliquot 

* Commentaire du Voiarje de Tours : «pource que les vers Grecs 
sont fort beaus je les ay bien voulu mettre icy . . .» 

2 Les Odes d'Anacréon Teien fraduiles de Grec en François, Par 
Rémi Belleau de Xogent au Perche, ensemble quelques petites hymnes de 
son invention. Paris, Wechel 1556. 

3 Lauraonier, Ronsard pp. 159 à 163. 

Eckhardt : Remy Belleau. 3 



34 

amicoiiim gratiam Latine qiioque aggressus suni vertcrc*». 
Mais coite traduction ne fut faite, paraît-il, que pour son 
proj)re usage, car il ne la publia jamais. 

C'est encore Bayle qui, citant Topinion de La Monnoye, 
a prétendu que Belleau aurait travaillé sur la version latine 
d'Estienne, que celui-ci avait jointe à son édition. Mais le 
savant critique semble avoir oublié qu'Estienne n'avait traduit 
que la moitié des odes d'Anacréon et que Belleau en a fait 
une version complète. 

Cependant il y a une autre traduction latine, celle-là 
complète, des odes d'Anacréon ; c'est Helias Andréas qui la 
publia en janvier lôoC)-. Est-ce d'après cette traduction que 
travailla Belleau? Si l'on compare la version française avec 
le texte latin d'Helias xVndreas, il est manifeste que Belleau 
ne put suivre celui-ci parce (pic le brave Andréas avait fait 
une traduction expurgée^ et que Belleau traduisit in-extenso 
même le portrait du mignon d'Anacréon. C'est tout au plus 
s'il glisse sur un mot, mais même alors il laisse bien entendre 
ce qu'il a supprimé '*. On relève, il est vrai, dans quelques 
cas l'empreinte des traductions latines sur la version de Bel- 
leau, mais tout cela est fort peu; Belleau préférait suivre 
l'original grec. 

Ce n'est pas à Estienne ni à Helias Andréas qu'il faut 
s'adresser quand on veut comprendre la genèse de la traduc- 
tion de Belleau. Dès qu'on sait que Ronsard avait précédé 
Belleau dans l'imitation d'Anacréon, la question se pose de 
.savoir quels sont les rapports de l'Anacréon de Belleau avec 
les imitations de Ronsard, dispersées dans ses différents re- 
cueils. Le résultat du rapprochement est surprenant : il nous 
montre Belleau, traducteur d'Anacréon, sous la dépendance 
ab.solue de Ronsard. Je renvoie pour les détails à la deuxième 

* 'Avaxp^^vToç . . . jjléXtj. Anacrcontis odae, ah Henrico Slephano liice el 
latinilate primum donalae. Lutetiae, H. Stephanus 1554. 

2 La dédicace est du «VIII. Calend. Januarias». 
•** Préface d'Andréas : «Duobus aut tribus omnino in locis obscœ- 
nitatis tegendae gratia pusillum quiddam immutavi aut praeterii». 

* Puis fay lui son, qui ne face ores 
Que bien peu commencer encores 
A se chatouiller du désir 

De Venus, et de son plaisir (I, 27). 



35 

partie de cette étude où il sera question de Tinfluence pres- 
que écrasante de Ronsard sur l'œuvre de Belleau. 

La priorité de Ronsard rabaisse considéral)lemenl l'im- 
portance historique de l'Anacréon de Belleau. Ce n'est pas 
Belleau qui révéla Anacréon, il n'eut que l'honneur de la 
première traduction complète. Néanmoins Ronsard le salua 
avec enthousiasme. Du Bellay se déclara enchanté (Regrets 
CLVI); et l'ouvrage devint en effet fort populaire, car Marty- 
Laveaux en a retrouvé sept éditions entre 1556 et 1577. Les 
qualités de la traduction de Belleau contribuèrent certaine- 
ment à sa popularité. Sans vouloir trop entrer dans les dé- 
tails, je résume brièvement ce qu'on en j)cut dire. Belleau 
a gardé presque partout la fraîcheur et l'allure de l'original. 
Du reste, il n'est pas fidèle traducteur, car on ne le fut 
jamais au XVI® siècle. Il décompose les tournures concises 
de son original, il les développe surtout à force de syno- 
nj'mes et d'énuméralions, mais il place souvent, d'une ma- 
nière artistique admirée déjà par Sainte-Beuve, un vers pitto- 
resque à la fin des odes pour les terminer par une pointe*. 
Les allusions à la vie antique : objets, coutumes, institutions, 
prennent chez Belleau une forme toute moderne ou bien 
elles sont totalement supprimées. Cependant la philosophie 
égrillarde, les exploits amoureux et bachiques du «vieil ivrogne 
Anacréon» semblaient contraster avec la sobriété de son tra- 
ducteur. On le plaisantait là-dessus : il était «trop sec biberon 
pour un tourneur d'Anacreon», disait Ronsard. Seize ans 
plus tard, il ira jusqu'à avoir honte de cette «infinité de L 



folles et jeunes inventions mal séantes à l'âge» qu'il avait'^. 

L'autre auteur que Belleau a traduit est de beaucoup 
plus grave. C'est cet ennuyeux Aratus qui mit en vers, dans 
le goût encyclopédique de l'école alexandrine, les connais- 
sances astronomiques de son époque. Ses deux poèmes : les 
Phénomènes et les Pronostics, lui acquirent chez les Romains 
une immense renommée. Virgile et Ovide l'imitèrent, Cicéron 
s'occupa de le traduire et Germanicus en prépara une version. 

Belleau qui, paraît-il, partageait l'admiration des anciens 
pour Aratus, le traduisait déjà vers 1564, date où Florent 

* M.-L. I, 8, 11, 14, 18, 20. 
2 M.-L. I, 4. 

3* 



/ 



36 

Chrestien, l'adversaire de Ronsard, opposa les poésies de 
Belleau, si sérieuses et s'occupant même de sujets astrono- 
miques à la muse de Ronsard bavarde, indiscrète, se mêlant 
de tout, même d'affaires de religion*. Mais il faut, je crois, 
reculer Tépoque de la traduction d'Aratus jusqu'aux leçons 
de Dorât qui commentait cet auteur au Collège Coqueret. 
Déjà en 1554 Ronsard avait écrit: (M.-L. II, 213): 

J'ay l'esprit tout ennuyé 
D'avoir trop estudié 
Les Plienomenes d'Arate 
Il est temps que je ra'esbate 
Et que j'aille aux champs jouer 
Bons dieux ! qui voudroit louer 
Ceux qui, collez sur un livre, 
N'ont jamais soucy de vivre ? 

L'ennui qui se dégage de ce poème scientifique avait 
envahi l'âme de Ronsard et malgré le respect superstitieux 
qu'il portait à tout ce qui était resté de la «vénérable anti- 
quité» il chercha à y échapper. Néanmoins, lire Aratus était 
au XVIe siècle un titre de gloire chez les Français comme 
jadis chez les Romains; et Ronsard dissertant sur les vertus 
mystiques du chat, adressa à Belleau ces vers où perce sa 
haute estime pour son ami, traducteur d'Aratus: 

Mais quoj'? je porte aux forests des rameaux, 
En l'Océan des Poissons et des Eaux, 
Quand d'un tel vers mon Euterpe te flate, 
Qui as traduit, Belleau, le grand Arate, 
Les Signes vrais des Animaux certains 
Que Dieu concède aux ignorans humains 
En leurs maisons, et qui n'ont cognoissance 
Du cours du ciel ny de son influence 
Enfans de terre . . . - 

Trois ans après paiurent. en eireU dans la Bergerie de 
Belleau, des fragments de ses Pronostics; et, après sa mort, 
ses amis trouvèrent dans ses papiers d'autres fragments qu'ils 
publièrent aussi (II, 60 et 327). Ce sont des morceaux des 



* Cf. ci-après p. 73. 

2 Le sixième livre des Poèmes de Ronsard 1569. Le Chai, au Segneiir 
de Belleau. 



37 

Phénomènes et quelques pages des Pronostics. Les ouvrages 
d'Aratus n'ont aucune valeur poétique, ils contiennent à peine 
quelques fables mythologiques : ce sont des traités d'astro- 
nomie, des descriptions de constellations et des pronostics 
méléorologiques. La traduction de Helleau est libre et frag- 
mentaire; elle est aussi monotone et ennuyeuse, tout autant 
que l'original. 

Une connaissance très familière des poètes grecs, même 
des plus obscurs et la traduction d'Anacréon : voilà les résul- 
tats du séjour de Bclleau à Paris. Elles lui valurent la consi- 
dération générale ; Ronsard lui confia l'interprétation de ses 
Amours, et on l'invita à faire partie d'un jury d'examen au 
Collège Royal *. Belleau savait bien son grec et cela en im- 
posait à tout le monde, même au siècle des Budé et des 
Estienne. 

* Cf ci-après p. 91. 



CHAPITRE II 
VIE MILITAIRE DE BELLEAU 



I. L'cxpédUion de Naples (1556—1557). Question de la participation 
de Belleau. Projets des Guises. Motifs du départ de Belleau. Belleau 
chevau-léger ? La descente de l'armée de Guise en Italie. A Rome : Bel- 
leau et Du Bellay. Campagne dans les Abruzzes. Défense de Tivoli et 
de Paliano. Retour en France. 

II. Un voyage sur mer (1566 ?i. Témoignage de Belleau. Elbeuf 
général des galères. Combat naval : une rencontre avec les corsaires ? 



I 

Un événement historique, l'expédition de Naples vint 
interrompre la vie tranquille et studieuse de Belleau. Sa par- 
ticipation active à cette guerre ne saurait être contestée si 
l'on se reporte à l'ode qu'il adressa au Duc de Guise après 
la prise de Calais (I, 345). Il y reprenait un à un ses souve- 
nirs de la guerre d'Italie et parlait moins de Calais que de 
la campagne où il avait fait lui-même le métier des armes. 
Or l'importance historique de cette pièce a été totalement 
ignorée par ceux qui ont écrit sur notre poète. A part l'ode 
de Ronsard Donc Belleau tu portes envie qui, d'ailleurs, nous 
montre simplement Belleau faisant ses préparatifs de voyage, 
on avait jusqu'à présent pour toute information sur Belleau 
soldat, le témoignage de Scévole de Sainte-Marthe qui se 
borne, on le verra ci-après, à une simple mention du voyage 
d'Italie*. Marty-Laveaux cite encore, il est vrai, certains vers 

1 Les deux premières éditions des Gallorum docirina illustrium 
elogia (1598 et 1602i ne parlent point de l'expédition d'Italie. Elle n'est 
mentionnée que dans la rédaction la plus complète de l'éloge de Belleau 
(Scaeuoli Sammarihani Opéra, Lutetiae, Durand 1616). Je n'ai pas vu l'édi- 
tion de 1606 des Elogia. 



39 

de Bc'Ueau sur un combat naval aii(|iiel il aurait assisté, mais 
je montrerai plus loin que ces vers ne peuvent s'appliquer à 
la camj)agne d'Italie où les Français n'eurent pas à com- 
battre les Impériaux, sur mer. 

Pour voir clair dans cette période de la vie de Belleau, 
il faut avoir recours moins à ces informations tant soit peu 
sujettes à caution qu'à VOde à Monseigneur le Duc de Guise. 
Celte pièce dissipe tous les doutes qui pourraient surgir au 
sujet de son voyn<ve d'Italie. Avec beaucoup de modestie, Bel- 
leau y laisse à de plus grands poètes que lui le soin de 
chanter dignement les exj)loils de (îuise mais il ne manque 
pas de rappeler au duc qu'il a servi en Italie sous ses ordres 
(I, 199): 

Or je remets en la dextre 

Des favoris d'Apollon 

Ces traits, pour au ciel les mettre, 

Encor que sur le sablon 

Des replis Adriatiques, 

J'aye veu croiser les piques 

Et froncer les estendars 

Comme l'un de tes souldars. 

Cela est tout à fait concluant. Suivons donc notre poète 
dans sa route en nous appuyant sur cette ode si riche en 
détails précis et en mettant surtout en relief dans le récit de 
cette guerre les épisodes où Helleau ])ut être intéressé plus 
particulièrement. 

Cette campagne ouverte contre Charles-Quint au mépris 
du traité de Vaucellcs avait été machinée par les deux puis-» 
sants princes de Lorraine : le Duc de Guise et le Cardinal de 
Lorraine. Celui-là, prétendu héritier des droits de la dynastie 
angevine *, ambitionnait le royaume de Naples, celui-ci se 
serait contenté de la succession du vieux pape Paul IV per- 
clus de rhumatismes, mais esprit très inquiet, intrigant et as- 
soifé de gloire". Le pape suivait en tout la politique du car- 

* Belleau se fera un jour le porte-voix de ces prétentions de la 
maison de Lorraine. Il mettra dans la bouche d'une parque, au berceau 
d'un prince lorrain, les paroles bien claires que voici : «Je veux qu'il 
puisse joindre aux terres paternelles || Et Calabre et Sicile, et les courses 
du Rliin». (M.-L. I, 290). Cf. Gouverneur II, 147. 

- Forneron, Les ducs de Guise el leur époque. 



40 

dinal Caraffa qui, déjà en 1555, avait traité avec le roi de 
France en vue dune campagne contre les Impériaux. L'idée 
en devint fort ])opulaire en France vers 155(>. Seul le vieux 
connétable Anne de Montmorency, rival et ennemi des Guises, 
resta sceptique devant leurs projets de conquête. Une lettre 
de Pasquier, ami intime de Belleau, jette sur cet état des 
esprits une lumière intense : «Monsieur de Guise est destiné 
Lieutenant gênerai du Roy pour ce voyage, toute la fleur de 
la noblesse de France se prépare à sa suite. Chacun y court 
à l'envy : Monsieur le Connestable seul ne s'en peut résoudre, 
et dist haut et clair, que nous irons tous à cheval pour nous 
en revenir à pied. On se mocque de sa philosophie, qui n'est 
pas peut estre vaine. Par ce que je ne voy point qu'Italie 
nous ait servy d'autre chose que de tombeau quand nous 
l'avons voulu envahir...*». La Chastre rapporte aussi que 
le Duc de Guise fut suivi «d'un bon nombre de seigneurs et 
gentilshommes de la chambre, et autres de la jeunesse qui 
estoit accourue à ce voyage, tant pour l'espérance d'y voir 
et apprendre quelques choses comme le François est natu- 
rellement curieux, que pour estre mondit sieur de Guise mer- 
veilleusement aimé et suivi de toute la noblesse^». 

Avide de gloire, plein lui aussi d'admiration pour le 
Duc de Guise et de curiosité ])our la merveilleuse Italie, 
Remy Belleau prit les armes pendant l'automne de 155G, 
([uelque temps après la publication de son Anacréon. Ses re- 
lations avec la famille de Choiseul permettent de mieux préciser 
les motifs de cette décision. Le frère aîné de l'abbé de Mu- 
reaux, Jean, baron de la Ferté, de Lanques et d'Autreville, et 
qui signait Lanques tout court, était lieutenant de la com- 
pagnie d'ordonnance du Marquis d'Elbeuf, frère cadet des 
Guises ^. Il avait commandé une compagnie d'arquebusiers à che- 
val dans la bataille de Renty. «On dit n'en avoir veu de plus 

» Pasquier, Lettres, livre IV, 1590, p. UOh. 

- La Chastre, Mémoires du voyage de M. le Duc de Guise en Italie, 
son retour, la prinse de Calais et de Thionville 1556 et 1557. (Coll. Michaud 
et Poujoulat) Paris 1838, p. 589. 

■^ P. Anselme IV, 827 ; De la Chesnaye-Desbois et Badier, Diction- 
naire de noblesse 1864, art. Choiseul. Lanques tirait ses gages de la 
chambre des comptes de François de Guise ; on ti ouve des quittances 
signées de sa main dès 1550. Bibl. Nat, ms. Ir. 22429 et 22433). 



41 

belles jamais en France», écrit Brantôme*. Lanques avait dû 
connaître Belleau depuis longtemps, depuis l'époque où l'abbé 
de Mureaux avait reçu le poète dans la famille de Choiscul. 
C'est peut-être Belleau qui présenta Ronsard à Lanques en 
même temps qu'à son frère l'abbé de Mureaux. Toujours 
est-il que le nom de Lanques vint remplacer celui de Charles 
de Pisseleu dans l'ode de Ronsard Nul papier dorennavant. 
L'éloge des vertus militaires de l'évêque guerrier se laissait 
facilement transporter à Lanques, soldat de métier^: Ronsard 
n'eut à substituer en 1555 que le nom de l'Italie à la «serve 
Boulogne» de 1550, car la scène de la guerre s'était déplacée. 
L'amitié d'un lieutenant du Marquis d'Elbeuf, le commandant 
des chevau-légers et des Suisses dans l'expédition de Naples 
contribua certainement à la résolution de Belleau de partir 
avec l'armée. Peut-être est-il permis de supposer que Belleau 
s'enrôla sous Lanques dans la cavalerie du Marquis d'Elbeuf; 
et même cela semble confirmé par le témoignage, un peu 
tiu'dif il est vrai, de Scévole de Sainte-Marthe: «Belleau ne 
servit pas seulement les Muses mais encore Mars, ce qui lui 
valut bientôt les sympathies de nombreux grands-seigneurs, 
entre autres celles de René de Lorraine, duc d'Elbeuf ^ 
(^omme il avait assisté celui-ci dans l'expédition de Naples 
avec zèle et fidélité, et qu'il avait formé ensuite le carac- 
tère généreux de Charles, son fds, dont on lui confia l'édu- 
cation, il passa le reste de sa vie dans cette famille illustre» ''*. 
Sainte-Marthe était en très bons termes avec Belleau et pro- 
bablement bien renseigné sur le passé de son ami, on peut 
donc accepter son information assez catégorique : Belleau 
servit sous le Marquis d'Elbeuf dans la campagne d'Italie. 
Or servir sous Elbeuf, c'était servir dans la cavalerie. C'est 
donc un souvenir, un regret, une nostalgie de la vie militaire 



* Brantôme VI, 48 (Éd. Mérimée et Lacour, Elzév.). 

2 Cf. Laumonier, Ronsard p. 280 et Vie de Ronsard p. 217. Le nom 
de Lanques disparut de cette ode dès 1567, non que Lanques n'eût pas 
mérité ces éloges, mais parce qu'il était mort en 1564. 

^ Léger anachronisme : ce n'est que sous le fils de René d'Elbeuf, 
l'élève de Belleau que le marquisat d'Elbeuf fut érigé en duché. 

* Ma propre traduction du latin de Sainte-Marthe (Opéra 1616). 
Celle de CoUetet est inexacte. 



42 

qui inspirera, en 1359, ces vers au Bellot (Belleau) du Chant 
pastoral de la paix (I, 185): 

Que pleust à Dieu, Teuot [BaïfJ, que de simples rouseaux 

Je ne me fusse au col pendu des chalumeaux. 

Mais qu'en me façonnant, comme soldat pratique, 

J'eusse appris à crespcr le long bois d'une pique, 

A piquer un cheval, le manier en rond, 

A dextre et à senestre, à courbette et à bond, 

A le mettre au galop, à luy donner carrière, 

A rompre de droit fil une lance guerrière, 

A monter courageux sur le flanc d'un rampart, 

Raportant le harnois faulsé de part en part. 

Et d'une noble playe acheter une gloire 

Plustost que pour mes chants une sourde mémoire. 

Dans la réalité il avait bien vu et pratiqué tout cela en 
Italie. Belleau, l'ancien chevau-léger n'a fait ici que rappeler 
ses souvenirs : il se voit monté sur son cheval exécutant une 
belle caracole ou une gentille courbette. 

Ronsard qui était aussi sceptique que Pasquier au sujet 
de l'issue de celte expédition, fut siu'pris de l'iiumeur belli- 
queuse de son ami, et se souvenant qu'Horace se trouvait 
dans une situation analogue lorsqu'il composa son ode Icci, 
beatus nunc Arabum invides (ode XXIX), il ne manqua point 
d'en reporter l'ironie à lîelleau * : 

Donc Belleau tu portes envie 
Aus dépouilles de l'Italie, 
Qu'cncores vous ne tenez pas, 
Et t'armant sous le Duc de Guyse, 
Tu penses voir broncher à bas 
Les murailles de Naples prise. 

J'eusse plustost pensé les courses 
Des eaus remonter à leurs sources, 
Que te voir changer aus harnois, 
Aus picques, et aus harquebuses, 
Tant de beaus vers que tu avois 
Receu de la bouche des Muses. 

Cependant Belleau tint ferme et partit avec l'armée qui 
se mit en marche en novembre 1556. Les tableaux imagi- 
naires qu'il peindra dans sa Bergerie sur les murs du château 

* Cf. Laumonier, Ronsard pp. 177 et 370. Je cite la var. de 1560. 



43 

de Joinville représenteront entre autres «le voiage d'une jeu- 
nesse françoise en Italie, sous la conduitle de ce vaillant 
Chevallier qui s'y j3orta heureusement» (I, 196). C'est avec 
ces paroles qu'il essaye d'insérer l'Ode au Duc de Guise dans 
la prose de la Bergerie. A l'aide de cette ode nous sommes, 
en effet, à même de suivre Belleau sur son trajet. Nous y 
voyons le Duc de Guise traversant les Alpes vers la fm de 
décembre * : 

Guidant ses vaillantes troupes 

Par les sommets orageux, 

Et par les gelantes croupes 

Des monts entez dans les deux, * 

Par torrens espouventables, 

Et par destroils non passables, 

Sans plus, à ce Prince lieureux 

En ces faits avantoureux 2. 

Après la prise de Valence les Français voulurent passer 
les rivières gonflées près de Sale. Le pont qu'on avait con- 
struit se rompit deux fois. On ne put y faire passer qu'une 
partie des troupes et des bagages. Le lendemain le pont céda 
encore deux fois. Les chevaliers qui faisaient l'arrière-garde 
durent attendre la baisse des eaux, car «les grands chevaux 
trempoient la selle bien avant*». Dans ses lettres Guise ne 
cesse de se plaindre des fatigues inouïes que ses soldats 
doivent supporter. Ils logent dans de méchantes «casines» et 
c'est «quasi incroyable quelles peynes et travaux ont souffert, 
par les chemins, des gelées et orages qu'il a faict pendant 
deux mois» (du camp de Sale 29 janv. 1556). Ailleurs il écrit : 
«.. . fauls que je vous confesse. Monsieur que de ma vie je ne 
veiz pouvres soldatz et chevaulx estans dedans les fanges 
jusques au ventre, patir de si grande pitié et povreté ung 
jour ; n'aiant quasi esté en leur puissance de pouvoir venir 
gaigner le pont que j'avois faict dresser pour nostre passaige 
de la rivière de Tanero, où il n'y avait que trois mille de là 



* Cf. sa lettre du 26 déc. 1556 dans les Mémoires-journaux de 
François de Lorraine duc d'Aumale el de Guise (coll. Michaud-Poujoulat, 
t. VI) p. 321 . 

2 Variante de l'édition de 1558, p. 136. 

3 Mémoires-journaux p. 262. 



44 

OÙ ilz csloient partiz et eslans les eaues si désespérément 
creues à moins d'img demy jour et impétueuse que par trois 
fois elles nous rompirent ledict pont» (27 janv. 155G). Voilà 
ce que signilienl les «lorrens espouventables» de l'ode de 
Belleau. 

Le Duc de Guise descendit alors à Plaisance et à Parme 
où il ne trouva aucune résistance. Le duc de Ferrare, son 
beau-père l'y attendait avec son armée. A Bologne, première 
déception : le cardinal Caraffa y était bien venu, mais sans 
les troupes que le pape avait promises. On délibéra sur le 
chemin le plus sûr et le plus commode pour entrer dans le 
royaume de Naples, et le choix tomba sur le passage des 
A])ruzzes, car les côtes plates de l'Adriatique favorisaient la 
marche de l'armée et les troupes que Guise avait levées de- 
vaient l'attendre dans ces plaines. Mais le duc alla d'abord 
à Rome saluer le pape. Il y entra le 2 mars et fut suivi 
bientôt d'une partie de son armée*. 

Cependant la nouvelle de la prise et du sac d'Anagni 
par les troupes du Duc d'Albe avait rempli les Romains d'une 
terreur panique que Du Bellay peignit de main de maître 
dans ses Regrets (LXXIII et CXVI). Un beau jour même, 
Rome fut sur le point d'être surprise par les Impériaux^. 
Du Bellay, au foyer de la guerre, en suivait attentivement 
toutes les péripéties, aussi bien les préparatifs diplomatiques 
que l'affolement de la population ; il exaita les soldats fran- 
çais qui étaient venus en Italie chercher la gloire et pleura 
la mort des jeunes héros qui furent tués dans les combats^. 

Du Bellay rencontra-t-il Belleau à Rome? On manque 
de preuves directes pour l'affirmer catégoriquement; tout de 
même, ou peut, je crois, le prétendre sans grand risque de 
manquer à la vérité. Ils ne se revirent pas en France avant 
la publication des Regrets (privilège de 1558), et pourtant Du 

* Cf. le récit de De Thou (Histoire de Monsieur de Thou des choses 
arrivées de son temps, trad. p. du Ryer, Paris 1659, livre XVIII) et 
Alessandro Andréa, Délia giierra di campagna di Roma e del régna 
di Kapoli nel poiilificalo di Paolo IV Vanna 1056 et 1557. (Rac- 
colta VII). 

'■^ Lettre du 27 juillet L^fiS du Cardinal de Lorraine à son frère 
(Mémoires-journaux de Guise). 

3 II. Chamard, Du Belku] p. 333. 



45^ 

Bellay adressa à Belleau deux sonnels de ce recueil * ; deux 
pièces d'une allure assez fraîche et assez personnelle pour ne 
pas être considérées comme l'écho de lointains souvenirs de 
Paris. En effet, Du Bellay, à la veille de partir pour l'Italie, 
avait à peine pu connaître notre poète qui ne faisait que de 
débarquer. Tout porte à croire que l'intimité de leurs rela- 
tions ne date que de leur rencontre hypothétique à Rome. 
Pourtant je n'insiste pas sur cette conjecture, car Rome et 
cette entrevue n'ont guère laissé de trace dans l'œuvre de 
Belleau ; et par suite cet épisode est presque sans importance 
pour l'histoire de sa poésie. 

Guise sortit de Rome au bout de trente jours d'inacti- 
vité^. Les troupes françaises que renforçaient celles du pape 
passèrent par Fermo et Ascoli, et se portèrent sous Campli 
qui ferma ses portes. Les Français irrités par cette résistance 
s'emparèrent de la ville en un tour de main. Tout fut mis à 
feu et à sac ; la population, jusqu'aux religieuses, fut cruelle- 
ment massacrée. Ceux-là seulement qui, après avoir soutenu 
le premier assaut, s'étaient réfugiés dans la ville supérieure 
appelée Nocella, furent traités avec plus d'humanité. Après la 
prise de Campli, Teramo se rendit immédiatement ; les Fran- 
çais mirent alors le siège sous les murs de Civitella, tout en 
harcelant les localités voisines, entre autres Giulia Nova^. 
Belleau rappelle tous ces sièges, auxquels il assista person- 
nellement, dans une strophe de son ode à Guise qui 

A fait sentir son orage 
Et aux rochers et aux monts. 
Tu le sçais bien Tourterelle, 
Jule-nove, et toy Nucelle. 
Campoly, Terme, et cent forts 
Mis au joug par ses eflbrts. 

Tortoreto, Campli, Teramo et Giulia Nova défilaient 
devant les yeux du poète quand il se remémorait la cam- 
pagne d'Italie. Parmi ces noms ceux de Tortoreto et de 
Giulia Nova évoquaient en lui les souvenirs les plus vifs, car 

1 Regrets, LXXI et CXLV. Ajoutez les nos CXXXV et CLYI où 
Belleau est nommé en passant. 

2 Cf. Forneron (Les ducs de Guise etc.) qui cite Vieilleville. 

3 De Thou, p. 975. 



46 

il avait très probablement fait partie de ce petit détachement 
de cavalerie qui, envoyé au devant du Duc d'Albe, avait pé- 
nétré maintes fois dans ces villes de la côte Adriatique et 
avait eu plusieurs escarmouches avec l'avant-garde des Im- 
périaux campés sous Tortoreto. C'est pour ce motif sans doute 
que Belleau mit ces deux localités en tête des villes citées 
dans son ode ; car c'est là qu'il put voir «croiser les piques 
et froncer les estendars . . . sur le sablon des replis Adria- 
tiquesï). Ces vers doivent même être pris au pied de la lettre, 
à ce que je crois. 

Belleau vit aussi le malheureux siège de Civitella, et y 
fut témoin du courage du Marquis d'Elbeuf, son commandant 
et son futur protecteur. Dans la suite, il rappellera dans les 
Larmes ses exploits (II, 73) : 

Diray-je de son cœur? et comme estant en selle 
Monté sur un courcier aux murs de Civitelle 
Un mousquet foudroya son clieval sous l'arçon ? 
Et comme sans frayeur, ny changer de façon, 
Retourne au petit pas retrouver sa tranchée ? 
Comme la pique au poing et la teste panchee, 
Un premier jour de May, il donnait un assaut 
Sans un coramenderaent qui le mist en défaut? 

Celui qui put noter ces détails, assez insignifiants en 
eux-mêmes, dut se trouver aux côtés d'Elbeuf pendant le 
siège. La date de l'assaut est confirmée par les historiens, et 
cela nous atteste l'exactitude du récit de Belleau. 

Malgré les prouesses des assiégeants la ville tint ferme 
et le Duc d'Albe campé sous Tortoreto évita soigneusement 
de se mesurer en bataille rangée avec le Duc de Guise. 
Celui-ci, après avoir tiré 800 coups de canon *, se vit obligé de 
lever le siège; il repassa le Tronto et s'arrêta à Avscoli au 
bord de ce cours d'eau-. 

Cependant, depuis le siège de Civitella une terrible épi- 
démie décimait les troupes de Guise et le Duc d'Albe, tem- 
porisant comme jadis Fabius, les suivait j)artout comme une 
ombre sans hasarder une bataille en règle, malgré qu'il fût 
le plus fort. Tant de souffrances et de difficultés épuisèrent 

^ De Thou, op. cilc. 

2 P. Nores, Storia délia (juerra di Paolo IV, p 204. 



47 

l'armée de Guise qui n'exécuta dès lors que deux entreprises 
fort médiocres. Mais Bclleau les relève dans son ode comme 
de grands faits d'armes, et dès lors nous ne pouvons que 
nous y intéresser. L'une fut la défense de Tivoli menacé par 
le duc d'Albe, qui s'en était approché jusqu'à douze milles. 
François Colonna, capitaine de la place, n'avait pour toute 
garnison que six enseignes italiennes et la ville se trouvait 
dans une situation précaire lorsque Guise y envoya une 
troupe considérable i)our tenir le duc en respect. L'autre, fut 
le ravitaillement de Palliano, situé non loin de Tivoli. A un 
moment donné, on crut cette ville perdue à cause du man- 
que de vivres. Le cardinal CarafTa demanda secours au Duc 
de Guise qui envoya un nombre suffisant de troupes pour 
sauver et ravitailler la localité. Belleau dut prendre part à 
cette expédition, car toute la cavalerie y fut envoyée*. 
Dans son ode à Guise il évoquera le souvenir de ces événe- 
ments : 

M'en soit tesmoing Pallienne, 
Le Romraain et l'Ascolan, 
Et la demeure ancienne 
Des délices d'Adrian : 
Tous voisins d'une famine, 
D'un sac ou d'une ruine, 
Sans le fidelle recours 
Qu'ils avoyent en ton secours. 

Hà combien d'Ombres errantes 
Se plaindroyent dessus tes bords, 
Combien de playes coulantes, 
Hà, Tybre, combien de morts, 
Combien de brassarts, de crestes, 
D'armets, comblez de leurs testes, 
S'entrehurteroyent roulans, 
Es flots Hetrusques boùillans?^ 



* Mémoires-journaux p. 382. 

2 Dorât imita cette strophe dans son ode à Charles de Lorraine, 
(lo. Aurait Lemovicis . . . Poëmaiia s. 1. n. d., p. 143, à la suite d'Adriani 
Tornebi . . . Silua) : 

Quœquantaque Tibri videres 
Impiorum iunera ? 
Quot rotares non inanes 
Sub cruentis vorticibus galeas? 



48 

Si Palliano marche en tète, n'est-ce pas une preuve de 
plus (pic BcUcau y était allé? Quant à la «demeure ancienne 
des dcliccs d'Adrian^>, c'est, comme on le sait, Tivoli avec sa 
Villa Adriana où Belleau put contempler les ruines des 
somptueux édifices de rem])crcur Adrien. 

Cependant, depuis déjà longtemps la guerre n'était plus 
(prune comédie. Le pape s'était abouché avec le duc d'Albc 
et avait conclu un traité secret avec l'Empereur. Dégoûté de 
tant d'intrigues et d'insuccès et rappelé en France par suite 
de la catastrophe de Saint-Quentin, Guise quitta Rome le 14 
septembre 1557 * et débarcpia six jours après à Marseille. Il 
emmena dans les vaisseaux ses frères le Grand-Prieur et le 
Marquis d'Elbeuf, sept bandes d'arquebusiers et un très grand 
nombre de seigneurs et de gentilshommes, tous ceux qui 
l'avaient suivi par honneur et pour leur plaisir dans ce 
voyage^, tandis que le gros de l'armée revint par terre, en 
repassant par toute l'Italie. Belleau rentra, je crois, avec le 
Marquis d'Elbeuf. car lui aussi était venu à cette guerre pour 
sa pro])re satisfaction. 

Les ennemis des Guises ne manquaient pas de leur re- 
procher cette campagne inutile pour la France et dont les 
Guises avaient si bien dissimulé les véritables motifs. Pour 
le public il s'agissait de sauver le Saint-Père dont la vie avait 
été, prétendait-on, menacée par le Duc d'Albe. Belleau, simple 
soldat, ne put voir non plus les ressorts cachés de celte 
guerre. Lui aussi était allé délivrer le pape et pacifier des 
pays bouleversés : 

N'est-ce acte vaillant et brave 
Digne d'un Prince François, 
Rendre une conqueste esclave 
Et aux armes et aux loix? 
L'outrepasser de puissance, 
Le repasser d'asseurance, 



Quas resecta fronte plenas 

Guisiaci furor ensis 

Demeleret, dominis raptasque truncis 

Fluctibus mandaret Hetruscis ferendas. 

1 Dom René Ancel O. S. B., La nouvelle de la prise de Calais à 
Rome (Revue de la Renaissance 1905). 

2 Mémoires -journaux, pp. 387 et 391. 



49 

Affronter son ennemy, 

Et mettre en paix son aniy ? 

Et il paraît que c'était là l'opinion de toute l'armée, car 
Rabutin conclut de même : <f Ainsi fut le Pape remis en li- 
berté, et ceste très-ancienne ville, avec toute la province cir- 
convoisine, rasseurée et ostéc de la captivité où leurs enne- 
mis se promettoient la rendre en bref*». Si la jeunesse fran- 
çaise rentra peut-être désappointée par le manque d'aventures 
héroïques et glorieuses, elle ne s'était pas trompée en s'at- 
tachant au Duc de (iuise. Belleau nous dit ce que ce capi- 
taine fut pour ses hommes. Il faut la richesse de vocabulaire 
du poète pour dénombrer toutes ses vertus (I, 217). Il ma- 
niait bien la pique, la lance et le cheval, personne ne savait 
mieux braquer un canon, creuser une tranchée 

... et juçjer en quelle part 
Se devoit assaillir de boulet ou de balle, 
Selle estoit hors de mine, ou de sappe, ou d'escalle : 
Mesurer bien le cœur du soldat enfermé, 
Ce qu'il peut en campagne armé ou desarmé 
Piquer bien un cheval en foule ou en carrière, 
Rompre de droit fd une lance guerrière, 
Faire marcher un camp, l'avancer, le tarder, 
Battre un fort, un rempart, l'assaillir, le garder, 
AfTronter l'ennemy, rompre le fer, et l'ire 
Mesmc d'un Empereur plus grand que son Empire . . . 

Et la vision de la campagne d'Italie se dessine de plus 
en plus nettement dans l'esprit du poète : 

Retirer le soldat qui deffiant la mort 
Prodigue de sa vie escarmouchoit un fort, 
Animer la jeunesse aux plus chaudes allarmes, 
Courageuse à bastir un tombeau dans ses armes. 
Et du moindre soldat combatant prendre soing. 
Je l'ai veu de mes yeux le coutelas au poing. 
Corps de cuirasse en dos, le morion en teste, 
Couvert de sa grand' targue, ainsi qu'une tempeste. 
Rouant, pirouettant, épiant un beau sac. 
Qui court de proùe en poupe, et de mas en tillac, 

* Mémoires, p. 532 (Collection Petitot). 

Eckhardt : Remy Belleau. 4 



50 

De cordage en cordage, et de flamme ensoufTree 
Renverse et met à. fond la navire engouffrée. 

Belleau n'oublia jamais son géncrnl taillé en héros épique, 
il avait reçu sans doute lui-même les marques de l'attention 
])aternelle que Guise lémoii^nait à ses soldats, et ce fut lui 
peut-être ce vcmoindre soldat combatanl» que le Duc retira 
lorsqu'il risquait trop sa vie dans une escalade aux murs de 
Civitella. 

Belleau rentra d'Italie sans beaucoup d'impressions du 
pays qu'il venait de parcourir, mais plein de souvenirs de la 
vie militaire qu'il se rappellera encore longtemps après. Le 
Tombeau de François de Lorraine est une puissante évocation 
de ce passé de gloire et de péril, cl l'apothéose de Guise qui 
termine ce poème, est faite avec les terribles visions de la 
guerre. Ses souvenirs de la vie militaire pénétrèrent quelque- 
fois même dans ses comparaisons *. Mais il rapporta de cette 
expédition quelque chose de plus précieux pour lui: les sym- 
pathies du Marquis d'Elbeuf qui lui assureront plus tard une 
vie Iranfjuillc cl libre de soucis. 



II 

A en croire Belleau, sa carrière militaire ne finit pas 
alors. En effet, dans les Larmes qu'il voua à la mémoire du 
Mai^quis d'Elbeuf, il fait allusion à d'autres scènes de guerre 
auxquelles il prétend avoir assisté (II, 73): 

Ce Marquis grand et fort, jeune, vaillant, adextre, 
Fust quil branslast à pie une pique en sa destre, 
Ou qu'il piquast les flancs à grands coups desperon 
D'un cheval blanc d'écume, ou à coups d'aviron 
Vogast en sa galère, ou donnast une charge 
A labord d'un vaisseau, paré de sa grand' targe 

1 Le Dianmnl fait perdre, selon Belleau, la force d'attraction à 
1 aimant ill, 176) : 

Comme le soldat qui s'employe 
A ravir quelque riche proye 
Au sac d un ravage mutin. 
Est forcé de son Capitaine, 
Qui le va fraudant de sa peine 
Et de 1 honneur de son butin. 



51 

Avancé d'un plein saut : air ainsi je l'aij ueu 
Rouge de l'eu grégeois et de lances à feu. 
Poudreux, noir, ensouffré, et couvert de l'umee. 
Se lancer furieux contre la poupe armée 
Combatant pcsle-mesle à bouche de canon, 
Pour acquérir d'honneur un immortel renom. 

Il est difficile de supposer que le poète caché sous son 
nom pastoral n'ait pas voulu dire par la bouche du berger 
Bellin la pure vérité: tout ce qui précède el tout ce qui suit 
ces vers est historique, et il n'y a pas lieu de les prendre 
pour une fiction inventée à plaisir. La formule catégorique 
«car ainsi je l'ay veu» revient encore dans le Tombeau de 
Guise dont nous avons déjà apprécié la valeur historique. En 
un mot, rien dans ce morceau n'éveille le doute ; et, dès lors 
la (juestion se pose : quel est donc le combat naval mentionné 
par Belleau ? 

En effet, René d'Elbeuf qui, dans ce morceau, «vogue 
en sa galère», succéda en 15()3 à son frère François de Lor- 
raine, le Grand-Prieur de Malte, dans la charge de général 
des galères. Quelques-uns auraient préféré voir confier cet 
office au baron de La Garde, vieux marin émérite ; Brantôme 
écrit même que le marquis «estoit assez riche, grand et chargé 
d'autres charges ailleurs, sans prendre celle-là, à laquelle il 
estoit novice pour n'avoir veu ny praticqué la mer*». Mais 
ceci n'est pas juste, car c'est Elbeuf qui avait été chargé en 
1559 à la tète d'une flotte de porter secours à la reine 
d'Ecosse, sa sœur Marie. La tentative avait échoué et les huit 
vaisseaux du Marquis, battus par la tempête avaient été obli- 
gés de rentrer dans leur port^; cependant ce fut bien là le 
coup d'essai d'un marin. Deux ans plus lard il reprit la mer 
el suivit la nouvelle reine, Marie Sluart en Ecosse, où il 
passa tout l'hiver^. Le marquis avait donc une certaine ex- 

* Mémoires V, 57. 

2 De Thon, II, 81. 

3 Cf. le vers de Belleau (M.-L. II, 73) : 

Que fit il généreux dessus la rive Angloise, 
Estant faict Viceroy dedans liste Escossoisse? 
V. aussi De Thou, II, 315 et ss. Le Marquis ramena de ce séjour 
d'Ecosse un fds — René bâtard d'Rlbeuf — qu'il eut de Marguerite 
Chrestien, «demoiselle écossaise» (P. Anselme III, 485 et IV, 492). 

4* 



52 

pôrieiice de la mer, lorsqu'il retint le gôiiôralal des j^alères 
qu'il garda jusqu'à sa iiioii (lâiiO). 11 lil conslruire une énorme 
galère appelée la Marquise, sur le modèle de la Réaile du 
baron de La Garde armée «à galoehes et à cin(| j)our bancs 
dont paradvanl on n'avait veu en France» (Branlôme). C'est 
sur ce lier bàlinieul (|ue le marquis dKlbeuf 

. . . vogant pour son Roy, et courant la fortune 
Sur le dos escunieux des sillons de Neptune, 
Comme un simple forçat pour faire son dessain 
Enduroit le travail, la sueur et la faim, 
Enduroit, généreux, le chaud et la froidure. 
Commandant sur la poupe, espiant l'avanture 
De combatre ou mourir, estimant à grand heur 
Leschange de sa vie à ce beau nom d honneur (II, 69). 

Cependant on négligea d'inscrire les exploits de René 
d'Elbeuf dans les annales de la marine. Ce combat naval 
auquel Belleau dit avoir assisté ne peut être qu'une rencontre 
avec les corsaires de la Méditerranée: l'expression «espiant 
l'avanture de combatre ou mourir» semble confirmer cette 
conjecture. Belleau suivit peut-être son Marquis dans un de ces 
raids contre les pirates, sinon où aurait-il trouvé, lui l'obser- 
vateur curieux des choses, les couleurs vraiment tragiques 
avec lesquelles il a dépeint la bataille de Uliodcs, la plus cé- 
lèbre entreprise de François de Lorraine, frère et prédéces- 
seur de René d'Elbeuf dans l'office du général des galères *. 
Belleau assista sans doute, pendant son voyage avec René 
d'Elbeuf, à un combat naval qu'il revoit quand il écrit: 

Puis ils viennent aux mains et à coups de canon 
Il desrobe le mats, la poupe et le fanon, 
Raze voiles et bancs, bancades et aniene, 
Apostis, et fougons jusques à la Carcne, 
Tout se voit descouvert, sans plus on voit voiler 
Testes, et tolopans, bras et jambes en l'air, 
Sous la brune espaisseur d'une grosse fumée 
Dont le Ciel se couvrit, et la mer animée 
D'espouvantables cris, rouge et teinte de sang 
Se trouble à l'environ, et rehausse le flanc. 

1 Cf. le récit de ce combat chez Jurien de la Gravière Les cheva- 
liers de Malle 1887 ; II, 32 et chez Brantôme V, 02. Le récit de Belleau 
(M.-L. Il, 71) ne concorde pas tout à fait avec les rapports authentiques 
sur cette bataille. 



53 

Ce tableau cinouvaiît n'est cerlainoment pas celui de la 
bataille de Rhodes. Belleau avait observé toutes ces scènes 
dans ce combat où il vit, selon son propre aveu, le Marquis 
d'Elbeuf tenant son bouclier devant lui, sauter à la tête de 
sa troupe sur un vaisseau ennemi, le visage jauni de soufre, 
noirci de poudre et de fumée, éclairé par le rouge du feu 
grégeois et des lances à feu. Ce magnifique spectacle avec 
son jeu de lumières s'était bien gravé dans le souvenir de 
notre poète si sensible aux lignes et aux couleurs. 

Un autre témoignage direct de ce voyage sur mer se 
trouve dissimulé dans ces lignes de la Bergerie qui forme 
l'introduction des Larmes (II, (57 ) : «Ce Pescheur nous ayant 
communiqué ces divins |)resages [d'Aratus], non content de 
nous avoir donné tant de plaisir, nous fait présent d'un 
papier, qu'il disoit avoir apporté d'un voyage qu'il avoit fait 
sur mer, où estoyent vivement empreintes les larmes sur le 
trespas de son bon maistre et de sa bonne maistresse». Bel- 
leau, le «pécheur» voulut parler ici de ce voyage bien réel 
dans lequel il avait suivi son maître et où il fut témoin de 
sa bravoure. La date de ce voyage peut être fixée à 1566, 
car les années précédentes, Belleau les avait passées malade 
ou convalescent à Joinville et à Paris. Nous appelons sur ce 
combat l'attention de ceux qui s'occupent de l'histoire de la 
marine française; peut-être de nouvelles recherches confir- 
meront-elles les conjectures que nous avons cru pouvoir for- 
mer ici. 



CHAPITRE III 
BELLEAU ET LA RÉFORME 

(1557—1563) 

I. Retour à Paris. Poésies de circonstances. Excursion à Nogent- 
le-Rotrou. Conjuration d'Amboise. Condé prisonnier, puis triomphant. 
Pamphlet de Belleau. Bclleau protestant. 

II. Le Diclamen inelrificiiin. Sicrje de Paris. Belleau témoin de la 
terreur des Parisiens. Sources du DicUinien : MerHn Coccaie, Arena, 
Sainctes, poètes latins, les Discours de Ronsard. Belleau converti par 
Ronsard. La Reconnue et les opinions de Belleau. Eloge de Florent 
Chrestien. Le Chanl de Iriomphe de Monconlour. Vérité fugitive devient 
Chasteté. CathoUcisme intransigeant d'Antoinette de Bourbon. 

I 

Après son retour d'Italie Belleau s'établit de nouveau 
dans la capitale. Il semble avoir cherché des protecteurs, car 
il publie plusieurs pièces de circonstance (Ode au Duc de 
Guise 1559, Epithalame sur le mariage de Monseigneur le 
Duc de Lorraine et de Madame Claude fdle du roy 1559, 
Chant pastoral de la paix 1559). Sa situation n'était pas bril- 
lante, sans doute; car il s'en plaint amèrement dans le Chant 
pastoral de la paix (I, 183). Il y regrette sa vie de soldat; 
il est las de (^vivoter» et de languir (œs bois entre les plus 
petits». Cependant vers la même époque il remercie Chris- 
tophle de Choi.seul de l'fthonneste moien pour asseurer le 
reste» de sa vie «contre l'effort et violence de la nécessité». 
L'abbé de Mureaux ne l'a donc pas perdu de vue et lui a 
miéme procuré quelque gagne-pain. 

Dans le courant de l'année 1558 Bclleau revit son pays 
et sa ville natale Xogcnt-le-Rotrou qu'il n'avait pas vus de- 
puis son enfance. On a raconté maintes fois avant nous com- 



55 

ment le roi avait ordonne la c()nscri])tion des couUimes et 
des procédés juridiques usuels du pays de Perche, afin d'abolir 
tout abus et malentendu résultant de létat incertain de ces 
usages ^ Les trois états du Perche : Eglise, noblesse et tiers 
état se réunirent le 22 juillet pour établir et enregistrer leurs 
droits. C'était une grande fête pour les Nogentais et Belleau, 
déjà poète renommé, ne man([ua point d'assister à ces solen- 
nités'-. Il y rencontra son ami Nicolas Goulet, procureur fiscal 
de la baronnie de Nogent, qui représentait la duchesse d'Es- 
touteville à la rédaction des coutumes, le même Goulet auquel 
il avait adressé sa Tortue en 1556. Belleau composa une 
épigramme grecque qui fut placée en tête du recueil de cou- 
tumes ; il y publia encore cette ode à Nogent où il félicita 
son pays de l'ordre aucpiel il allait être soumis (II, I.IG). 

A part cette excursion, les années s'écoulaient monotones 
pour le poète, mais il eut bientôt à se prononcer dans une 
question bien grave. Le tumulte d'Amboise et la répression 
sanglante qui le suivit avaient brûlé les j)onts entre les catho- 
liques et les protestants. Il fallait opter pour ou contre ; les 
indiflerents restaient peu nombreux. Dans la première cha- 
leur de la discussion, Belleau avait décidé en faveur des pro- 
testants. Bien des soldats, écrit Claude Haton, qui avaient 
pris part à l'expédition d'Italie étaient revenus scandalisés de 
ce qu'ils avaient vu à Rome : on y mangeait gras en carême, 
les boucheries étaient ouvertes, les lupanars tolérés, car ils 
rapportaient des sommes considérables au pape; les juifs y 
exerçaient l'usure et la fraude au vu et au su du Saint-Siège^ 
Belleau fut-il du nombre de ces scandalisés? Cela se peut, 
car après le tumulte d'Amboise on le trouve dans le camp 

^ Gouverneur, Marty-Laveaux, Hinzelin (Le livre d'or de Remy Bel- 
leau 1900), Gilles Bry (op. cité). Sur liniporlance historique des grands 
jours de Perche v. la thèse de Raoul Guitlon, Du droit successorial dans 
les coulumes du Grand'Perche, Paris 1906. 

~ J'ignore si Dorât y alla aussi ; Gouverneur l'affirme, sans preuves, 
paraît-il. De même Gouverneur veut (I, XL!) que Belleau soit rentré en- 
core une fois dans son pays pour jouer avec Ronsard dans le Jugement 
de Paris de Florent Chrestien (1567). Je ne trouve rien à l'appui de cette 
assertion. 

^ Mémoires de Claude Haton contenant le récit des événements ac- 
complis de 1553 à 15S2, 2 vol. (Documents inédits sur l'hist. de Fr.) t. I. 
p. 42. 



56 

luimienol. |)u])lianl une défense en vers du j)iMnfe de Condé, 
chef |)()liru|ue des j)r()leslanls *. 

LDiscjue la conjuration d'Amboise fut découverte, Louis 
de Condé, le clief des insurgés, fut arrêté et einj)risonné, 
sous l'inculpation d'avoir attenté à la personne royale. Les 
Guises comptaient en tinir une fois pour toutes avec leur 
puissant adversaire. Au mépris de toute formalité judiciaire, 
Condé fut condamné à avoir la tête tranchée. Les officiers 
de justice avaient ])eau temporiser, l'exécution fut fixée au 
10 décembre lâliO. Cependant le jeune François II qui était 
un instrument entre les mains des Guises, mourut subitement 
le 5 décembre, et cet accident opéra un brusque revirement 
dans les chances des deux partis. Les Guises se sentirent me- 
nacés à leur tour, tandis que Condé quittait triomphalement 
la prison, mais refusant sa mise en liberté pure et simple il 
tint, en sa qualité de prince de sang, à un jugement et à 
une déclaration solennels du Parlement. Depuis décembre 
1560 jusqu'au 13 juin 15(il, date de l'arrêt définitif, ce fut 
une interminable suite d'arrêts et de lettres patentes en fa- 
veur du prince royal qui finit par sortir blanc comme neige 
du procès-. La justification de Condé fut imprimée et mise 
en vente, mais d'après Claude Haton (I, 132) «peu de gens y 
emploièrent leur argent s'ilz n'estoient huguenotz». 

C'est alors, et comme pour appuyer cette justification, 
que Belleau fit paraître une plaquette où, dans trois poèmes 
allégoriques et avec force rhétorique, il peignit les efforts de 
Condé pour faire triompher la ((religion», ses souffrances dans 
la prison et sa sortie triomphale. Belleau s'enrôla, en publiant 
ce libelle, parmi ces innombrables ]3amphlétaires qui carac- 
térisent si bien la vie littéraire du XVI*' siècle. «Il n'est 
pas de fait, petit ou grand, — dit un connaisseur de l'histoire 
de ce temps, — batailles célèbres ou simples rencontres, 
massacres, rixes, voyages royaux ou missions diplomatiques — 
autour duquel ne croisse toute une moisson de pamphlets^». 
Cependant dans la préface de la Bergerie, Belleau blâma 

^ L'Innocence Prisonnière, L'Innocence Triomphanle, La Vérité Fu- 
flilive à Monseigneur le Prince de Condé, 1561 (s. 1. et sans nom d'auteur). 

- Cf. le Duc d'Aumale, Histoire des princes de Condé (8 vol.) 1885 
I, 90 et les Mémoires du prince de Condé. 

^ H. Ilauser, Les sources de l'hisloire de France 1912, III, 12. 



57 

cette littérature, oiil)lianl qu'il s'était lui-même employé à 
«travailler les grands, rabaisser et souiller l'authorilé des 
moindres, diviser la commune obéissance des petits*». 

L'heureuse issue du procès de C.ondé fut saluée par tout 
un ilol de cantiques, de chansons, d'hymnes et d'autres poé- 
sies huguenotes qui, toutes, cherchent le doigt de Dieu dans 
la délivrance de leur héros : c'est Dieu qui a abattu les Guises 
pour rendre témoignage dé la divine vérité^. Or, les mêmes 
idées se retrouvent chez Helleau, qui se montre dans ses 
poèmes allégori(jues aussi bon protestant (jue ces détracteurs 
du papisme et des Guises. Dans la première pièce, la Vérité 
Fugitive, un beau l)cj:gex.. allant se désaltérer à la source 
cachée d'une forêt profonde ^, aperçoit une nymphe endormie 
sur le gazon. Il veut l'embrasser, mais elle, furieuse comme 
le serpent auquel on marche sur la tête (Virgile), se redresse 
et s'enfuit dans le désert. Dans un épilogue-prière le poète 
expli(jue l'allégorie : la Vérité est la nouvelle religion, le ber- 
ger est le Prince de Coudé qui, allant boire à la source des 
sciences, a découvert la vérité et a voulu l'embras.ser, la faire 
sienne. Mais il en a été empêché, car les partisans de l'cdgno- 
rance» et de l'erreur l'ont exilée et cachée aux regards de 
ceux qui la désiraient. Néanmoins, plus on prétend opprimer 
la vérité, plus elle prend des forces. Enfin le poêle implore 
la grâce de Dieu sur le peuple qui a scellé sa foi de son 
sang, allusion à la répression cruelle de la conjuialion d'Am- 
boise. 

La défense proprement dite de Condé est V Innocence 
Prisonnière. C'est une complainte chantée par la nymphe de 
Condé; elle nous rappelle ces vieilles «déplorations» de Jean 
Lemaire de Beiges, sauf que les noms de l'ccAcleur» et de la 
«Nymphe» qui chez Lemaire ont chacun leur rôle comme 
dans un dialogue, sont ici sous-entendus*. La nymphe de Condé 
s'y plaint de l'outrage fait, en la personne du prince, à son 
«haut parentage», à la famille royale. Bien que, par sa nais- 

* M.-L. I, 179. Cf. aussi le quatrain inséré dès 1567 dans la pré- 
face du Commentaire de Ronsard. 

2 Cf. surtout le recueil de Rasse-Desneux, Bibl. Nat., ms. fr. 22560. 

•■* La description du paysage se trouve être une imitation de 

l'Ârioste : cf. Vér. Fug. (M.-L. I, 222) et Roland furieux c. I, st. XXXVII et ss. 

* Cf. aussi une pièce publiée dans le recueil de Montaiglon 111,427. 



58 

sance, le j)rMU'c fût ou droit de prétendre aux plus grands- 
honneurs, il a véeu sans ambition, en paix, dans la crainte 
de Dieu, plein de dévouement et d'amour pour son roi. Mais 
ses envieux sont venus troubler son repos, et prodiguent 
leurs efforts ])our le i)crdre. Il met sa confiance en Dieu qui 
fera éclater la vérité. Car la parole de Dieu est la vérité 
dont on voit dans l'univers les manifestations évidentes, à 
moins que l'ignorance ne les recouvre d'un voile épais. Ainsi 
un homme méchant [le cardinal de Lorraine?] qui, pour 
continuer sa vie dissolue, se refuse à confesser Dieu, voudrait 
sacrifier le prince à ses plaisirs. Le sang versé à Amboise té- 
moigne qu'on le mettrait à mort, lui aussi, sans scrupule. La 
prière qui termine la pièce demande à Dieu la délivrance du 
prince, car il pourrait tomber à tout moment victime de 
l'envie et de la calomnie. 

Enfin, ÏInnocence Triomphante représente le triomphe 
du prince qui avance la tête haute ; ses ennemis, la Cruauté, 
les Fureurs, la Mort, l'Ignorance, les Abus, l'Opinion, l'Ido- 
lâtrie, la Repcntance et le Péché sont attachés à son char. 
Dans le chant qui suit cette description, le poète rappelle 
encore une fois les tristesses du passé : le prince était un jouet 
entre de cruelles mains, la mort le guettait, la cruauté, le 
parjure allaient triompher de lui, enivrés à l'avance de son 
sang. Mais, quel miracle ! par un retour subit, Dieu a abattu 
ses ennemis, les fidèles ont retrouvé leur chef. Le poète 
prie Dieu de pardonner à la pauvre France afin que son 
peuple gagne en liberté la terre promise. Puisse l'enfance du 
nouveau roi ne pas lui apporter de nouvelles souffrances, et 
que Dieu tienne loin de la personne du roi les mauvais 
conseillers ! 

J'ai tâché de mettre en relief tout ce que ces allégories 
un peu obscures contiennent d'actualités politiques. Belleau 
y défend avec chaleur l'innocence de Condé, flétrit les cruau- 
tés des Guises qu'il appelle parjures et qui, selon lui, ont 
immolé des innocents. Il y gémit avec les protestants en se 
rappelant le règne de François II et il exulte avec eux à 
l'avènement de Charles IX. De plus, il y fait une profession 
de foi: la nymphe Vérité cachée dans les déserts est l'Evan- 
gile dont les catholiques s'efforcent de cacher le sens. Ceux-ci 
ont pour armes l'ignorance, les abus, la cruauté, et Belleau les 



59 

qualifie mcme cridolàlics, cnijMunlanl la grave insulte habi- 
tuelle que les |)roteslants leur lançaieiii. 

Tout ce pamphlet de Belleau est diuie inspiration abso- 
lument protestante. Florent C.hrestien (jui a donné une tra- 
duction latine de la Vérité Fugitive, Ta parfaitement compris. 
11 alla jusqu'à nommer Belleau comme l'auteur de ce pam- 
phlet, qui pourtant aurait prtf 'ré rester anonyme. Belleau 
était protestant convaincu en 1561 ; peut-être même allait-il 
aussi au Pré-aux-Clercs chanter les psaumes de Marot en 
compagnie d'illustres personnages tels que le roi de Na- 
varre, Jeanne d'Albret sa femme, le ])rince de Condé, Coligny, 
D'Andelot et autres *. L'hypothèse n'est j)as tout à fait gratuite, 
car on a la preuve matérielle que Belleau savait par cœur les 
psaumes de Marot : on n'a cprà mettre en regard ces psaumes 
et certains vers de VInnocence Triomphante: 

Belleau 

Père de tout, et qui loiit feis de rien : 
Qui fais rouler sur lun et l'autre pôle 
Le Ciel voûté au vent de ta parole : 
Qui tiens au frein (comme dans un vaisseau) 
Es bords marins la colère de leau . . . 
Qui nous fais voir par la nuicl ténébreuse 
Des astres beaux la danse lumineuse, 
Puis les chassant, qui redores le jour 
D'un beau Soleil qui renaist à son tour : 
Qui nous fais voir par suittes éternelles, 
Quatre .saisons de parures nouvelles, 
En fleurs, en fruicts, en espics barbelus. 
En raisins noirs, en arbres chevelus, 
En cent thresors que Nature desserre. 
Pour nostre bien, sur le sein de la Terre, 
Qui nous anime, et en efTect divers, 
Ce qui soupire en ce grand univers . . . 
Sus donc, Seigneur que les peuples estranges 
Sçachent ton nom, et chantent tes louanges, 
Puis qu'au soupir seulement de ton los 
Tremblant de peur secarterent les flots 
Loin du coulant de la mer cstonnee, 
Quand de péril la troupe destournee 
Veit des rochers les argentins ruisseaux 
Rouler à val par les sentiers nouveaux, 

1 Cf. Waddington, Ramus p. 128. 



60 



Vcil le sommet des plus hautes montagnes, 
A petits bons sauter par les campagnes 
Ainsi qu'on voit sautelcr laignelet 
Dedans la pree enj'vré de son lait. 

(Innocence Prisonnière, M.-L. II, 35). 

Marot 

Dieu par sa parole 
Forma chascun pôle 
Et ciel précieux ; 
Du vent de sa bouche 
Fait ce qui attouche 
Et orne les cieulx. 

Il a les grans eaux amassées 
En la mer comme en un vaisseau 
Aux abysmes les a mussées 
Comme un trésor en un monceau. 
Que la terre toute 
Ce grand Dieu redouble 
Qui feil tout de rien. 

(Psaume XXXIII). 
Que diray plus? La claire lune feis 
Pour nous marquer les moys et jours prefix : 
Et le soleil dès qu'il levé et csclaire, 
De son coucher a cognoissance claire . . . 

O Seigneur Dieu, que tes œuvres divers 
Sont merveilleux par le monde univers ! 
O que tu as faict par grand'sagesse ! 
Bref, la terre est pleine de la largesse ! 

. . . Mais aussi tost que les voulus tancer, 
Bien tost les feis de partir s'avancer. 
Et à ta voix, qu on oyt tonner en terre, 
Toutes de peur s enfuyrent grand erre. 



Montaignes lors vindrenl à se dresser 
Pareillement les vaulx à s'abaisser . . . 

La mer le veit, qui s'enfuyt soudain 
Et contremont leau du fleuve Jourdain 

Pictourncr fut contrainte. 
Comme moutons montaignes ont sailly 
Et si en ont les costaux tressailly 

Comme aigneletz en craincle. 



(Psaume CIV) 



(Psaume CXIV) 



61 

Il ressort de cette comparaison que Bclleau ne put con- 
naître ([ue la version de Marot des psaumes, car les expres- 
sions pôles, qui feit tout de rien, vent de sa bouche man([uent 
dans la Bible, seule la traduction assez libre de Marot les 
emploie. D'autre part, il est intéressant de trouver plusieurs 
rimes de Marot transposées dans le texte de notre jjoète; or 
cela prouve combien fortement ces vers résonnaient dans 
les oreilles de Belleau. 

Le pamphlet de Belleau fut donc d'une inspiration en- 
tièrement protestante et anti-guisarde. Le poète y prit parti 
pour Condé, et y donna sa profession de foi politi((ue et re- 
ligieuse quoique d'une façon un peu réservée *. 



II 

Un an après le triomphe de Condé, la première guerre 
civile était ouverte, les protestants avaient pris les armes sous 
ce chef et l'on trouve Belleau comj)lètement changé. Ce re- 
virement eut pour produit le bizarre poème macaronic(ue 
Dictamen metrificum de Bello Huguenetico et Rcistronim 
Piglamine ad Sodales, imprimé seulement en 1574 à la suite 
de la troisième édition de V Anacréon -. Nous allons montrer, 
au point de vue historique et littéraire, l'intérêt que présente 
ce singulier poème plein de verve satirique et burlesque, et 
dont on n'a point encore apprécié l'importance pour la bio- 
graphie de Belleau^. 

* Gouverneur a prétendu que Belleau tout attaché qu'il fût à la 
maison de Lorraine, prit néanmoins fait et cause pour Condé parce que 
ce personnaçje était le seigneur de Nogent. Mais, dune part, Belleau 
avait quitté son pajs dès sa première enfance, et dès lors on se de- 
mande quel profit il aurait eu à prendre la défense du seigneur de No- 
gent; d'autre part, le comté du Perche étant en litige à cette époque 
entre le roi et les Bourbons, c'est Marguerite, veuve du duc d'AIençon 
et Henri d'Albret, son second mari, qui par droit de douaire en jouis- 
saient. La transaction ne s'elfectua qu'en 1563 (Gilles Bry, Histoire des 
pays et comté du Perche et duché d'AIençon, Paris 1620, p. 362). 

- Ou peut-être déjà en 1567, après la seconde édition, introuvable, 
d'Anacréon. Si je suppose une seconde édition en 1567, c'est que le pri- 
vilège de la troisième édition est daté de cette année. 

^ Lenient (La satire en France ou la littérature militante au A'I'P 
siècle) le date de 1573 et place Belleau dans le milieu des mignons de 



€2 

Le Diciamcn mctrifïcuin fut écrit en 13()2, immédiale- 
inent après le siège de Paris par le prince de Condé. Pour 
établir les circonstances dans lesquelles Belleau composa ce 
poème, il suffit de comparer son récit avec les données de 
l'histoire. 

Condé. ayant ouvert les hostilités contre les Guises avait 
décidé, après bien des hésitations, à marcher droit sur Paris. 
Mais d'abord, j)our grossir son armée, il fit enrôler par 
D'Andelot, frère de Coligny, OOOO reîtres allemands. Ces gens 
étaient des cavaliei's armés de pistolets qu'ils ])référaient à 
la lance, d'usage général. Guise les méprisait et pour cause : 
à Renly et à (iravelines ils ne s'étaient pas brillamment com- 
portés. Ils étaient noirs «comme beaux diables», dit Brantôme, 
ils manquaient de courage et qui pis est, «ils pilloient tout 
un pays», et entassaient le butin dans des chariots qui les 
suivaient partout K Or. on retrouve tous ces traits dans le 
portrait que Belleau nous a fait des reîtres dans le Dictamen 
(I, 102 à 101): 

Ali, pcrcal, cito sed pereat miserabilis ille 
Qui menât in Françara nigra de geiite diahlos 
Heu pislolliferos l'.eislros, Iraisirosque volores 
Qui pendant nostram in tolum destrugere lerram. 
. . . Omnia coniiciunt carretis atque cavallis 
Chaudrones, pintas, platlos, reza calda, salieras, 
Lardicros, broclias, lichefrittas, poUaque pissos, 
JEncâ, cuprea, ferrca, lignea, denique totuni . . .- 

Condé, sorti d'Orléans, opéra sa jonction avec les reîtres 
et marcha sur Pithiviers qui fut enlevé. On y massacra cruel- 
lement les prêtres •"*. Les habitants d'Étampes s'enfuirent à 

Henri HI. Celte date est, on le verra, absolument fausse. De même, M. 
Kurt Glaser commet une erreui chronologicpie en fixant le poème à 
1.570. Il na dailleurs fait que suivre Gouverneur qui tombe dans la 
même faute. 

^ Forneron, Les ducs de Guise et leur époque, I, 100 et 407; Bran- 
tôme, Mémoires V, 110 et les vers de Passerai (Anthologie de Crépet) 
Sauvegarde pour la maison de Baiqnolcl contre les licis'res : 
Emf)istollcz au visage noirci. 
Diables du Hliin, n approchez point dici . . . 

2 Dans toutes les éditions on trouve les fausses leçons : landieros 
et lignem. 

^ De Thou, op. ciié. H, 552. 



63 

Paris à la nouvelle des atrocités. «Et furent faites ces choses 
entre la fcste de Toussainctz et celle de la St.-Martin d'hiver» 
(11 nov.), écrit Claude Ilaton (I, 300). Les Huguenots mirent 
alors le siège sous Corbcil, mais comme la faible garnison se 
défendait vaillannnent, ils durent bientôt le lever, et commen- 
cèrent à piller les églises et à abattre les images saintes dans 
les villages voisins ^ Enfin (^ondé mena son armée sous les 
murs de la capitale, et surprit même le faubourg Saint-Victor, 
mais il n'osa pas pénétrer dans la cité. L'approche rapide et 
inattendue des Huguenots jeta les Parisiens, toujours hostiles 
à la Réforme, dans une terreur telle qu'ils furent près d'ouvrir 
les j)ortes de la ville ou bien de l'abandonner; (lilles le 
Maistre, premier ])résident et grand ])ersécuteur des proles- 
tants mourut d'éjiouvante : il avait peur d'être pendu par les 
Huguenots'-. Ce])endant les troupes du roi approchaient et 
les Huguenots se hâtèrent de battre en retraite. La première 
terreur passée, l'ordre se rétablit ; les boutiques se rouvrirent : 
les cours du pays latin recommencèrent aussi. On se moqua 
des j)rotestants, et par allusion au siège échoué du petit 
(^orbeil on fit courir le proverbe «il prend Paris pour 
(^orbeil ''». 

Si j'ai fait ici le récit un peu minutieux du siège de 
Paris, c'est parce que le poème macaronique de Belleau ne 
se comprend guère autremelit. En effet, le Dictamen metrifi- 
cum n'est qu'un tableau de Paris pendant le siège, et notam- 
ment de la panique des Parisiens (I, 105)^*: 

«C'était la fête du per|)étucl cavalier Saint Martin dont 
la main gauche tient un manteau et la droite serre une épée. 
Ce cavalier monte élégamment son cheval tout lier de ses 
bardes d'or et de ses panaches ; il fait la piaffe au milieu des 
saints et il est toujours prêt à couper une partie de son 

* Mémoires de Condé p. 691. Le récit du siège est un de ces mor- 
ceaux qui furent ajoulés par un catliolique. Cf. H. Hauser, op. cilé. 

- Cf. De Tliou II, 554 et De Bèze, llisloire ecclesias'iqiie I, 589. 

3 D Aumale, I, 180. Le proverbe sur Corbeil est rapporté par La 
Noue, Discours politiques et miliiuires 1587, p. 702 et par Pasquier, Lettres 
1590, f. 154a. 

* Ici, je préfère traduire en français les vers macaroniques de 
Belleau, car, pour sa biographie, le récit des événements présente plus 
.d'intérêt que les hexamètres un peu difficiles à lire du poème original. 



64 

manteau pour la (loiiner à quelque jjauvre diable estropié. 
Ce jour-là chacun s'unit à sa chère amie, car tout le monde 
fait joyeuse vie el goùle, en ])eiTanl le tonneau, les nouveaux 
moùls dans les caves fermées. Ce jour-là, en effet, on le 
passe gainient, avec cent et cent masques et momons*. Mais 
les rebelles mutins ont infesté ces fêtes sacrées. Car qui pour- 
rait dire la très chaude alarme [qui se produisit], lorsque plus 
de cent ailes tournantes de moulins brûlèrent de flammes 
vacillantes, tandis ([ue le peui)le tremblait? On court aux 
cloches qui répètent souvent dondon. Le tocsin sonne ; la 
trompette du bourgeois timide, le plan-plan des labourins, et 
le fara ram des clairons s'entendent par toute la cité ; c'est 
une clameur et un bruit immense, et le peuple vole vers les 
carrefours'"; les plus braves se hâtent, les autres remplissent 
leurs culottes, d'autres encore posent des sentinelles et re- 
doublent les gardes. Chacun retire ses marchandises, serre sa 
boutique, serre ses vieux écus et serre le fondement; et tous 
serrent courageusement leurs fesses souillées. 11 y en a qui 
braquent des mousquets, des couleuvrines, des jDasse-volants 
sur les parapets, sur les casemates et sur les rivières afin de 
chasser les flammes par des flammes». Belleau continue en- 
core à décrire les terreurs des Parisiens, mais ce morceau 
nous suffit pour établir que c'est bien du siège de 1562 qu'il 
faut dater le Diciamen. La Saint-Martin était bien le jour de 
la prise et du sac de Pithiviers, et de l'affolement que les 
habitants réfugiés d'Etampes semèrent dans Paris. Les mou- 
lins en flammes sont les Huguenots qui incendient les fau- 
bourgs. Et la panique que dépeint Belleau dans son poème 
avec tant de réalisme ironique est bien la même qui tua le 
malheureux premier président Gilles le Maistre. 

En effet, Belleau était là, dans ce Paris bouleversé et 
tremblant, et tandis que Ronsard indigné de la misère qui 
accompagnait partout la marche des Huguenots, s'enfermait 
pour jeter sur le j)apier sa grave Remonstrance au peuple de 

* Cf. .Jean de la Lande, L'Anli-Roman (Le Berger exlravaganl de 
Sorel annoté) Paris, 1633; II, 153: «Si les jours gras commencèrent 
destre aimez à la Sainct-Martin, c'est à cause des desbauches qui se 
fait en ce temps là . . .». 

2 Leçon corrigée par G. Paris, Revue criliqne 1867, t. II : care- 
forqua, non rareforqua. 



65 

France \ Helleau le protestant d'hier, j)ris d'un accès de rire 
amer, composa son Diclamen où il maudit ses alliés de l'année 
précédente, mais où il railla un peu tout le monde, les ca- 
tholiques aussi. 

Pour ne pas troj) grossir la part des oj)inions person- 
nelles du poète dans ce poème, il sera utile de jeter un coup 
d'œil sur les traditions du style macaronique et d'étudier un 
peu les modèles de Belleau. Le genre macaronique est d'in- 
vention italienne, cependant ses origines remontent à l'anti- 
quité. C'était un procédé de la comédie antique que de mêler, 
pour l'effet comicpie, des mots de dialecte et d'idiomes étran- 
gers dans le langage d'un personnage. C'est ce qu'on appela 
plus tard en Italie le style pédantesque et de ce style descend 
en droite ligne la (fmaccaronea» qui est comme sa parodie. 
Tandis que le pédant se pique d'être savant, lardant son lan- 
gage de mots grecs et latins, le poète macaronique se donne 
malgré lui l'air ignorant, ne parlant qu'un langage où les 
mots vulgaires sont affublés de suffixes latins. C'est un pédant 
ignorant. 

Le genre macaronique n'avait rien produit d'important 
jusqu'à Folengo (Merlin Coccaie) qui le popularisa par son 
grand poème Baldus, admiré et imité par Rabelais et par 
Ronsard". C'est Anloiiius de Arena qui trans])lanta le genre 
macaronique en France. Ses trois poèmes. De bragardissima 
uilla de Solcriis, Meygrn entrepriza catoliqiii imperatoris, et 
les Novellae de guerra Romana furent suivis de nombreuses 
imitations-'. Notons enfin que la polémique religieuse s'était 
emparée de bonne heure du macaronique. Bèze, Hotman et 
d'autres s'en servirent et Ronsard dut essuyer même les in- 
jures d'un libelle macaronique dans l'avalanche de pamphlets 
qui s'abattit sur lui ''*. 

Belleau composa son Diclamen avec force réminiscences 

* Cf. son propre aveu dans la Rcsponce aux injures (M.-L. V, 427). 
~ Ronsard en tira lidée de ses Hijmnes des quatre saisons. Cf. 

Vianej', L'Ariosle et les ^Discours» de Ronsard (Rev. Universitaire 1903). 
Sur la poésie macaronique v. Genthe, Geschichle der macaronischen 
Poésie, Halle u. Leipzig 1829. Je n'ai pu voir les autres travaux cités par 
Gouverneur (I, 123). 

3 V. leur liste chez Genthe, Geschichle der macar. Poésie. 

* Cf. Lenient, La salire en France I, 245. 

Eckhardt: Remy Delleau. ■^ 



66 

lie Merlin (".occaie cl (rArena \ Au dc'l)iit, le tableau l)oufTon 
de l'Olympe, - Vuleaiii battant le fer pendant que Mars 
s'occupe de Venus — est tiré de Boldiis, du même livre (XIV) 
qui ins})ira les Hymnes de Ronsard. Le pays de Cocagne où 
Helleau, fatigué de tant d'alarmes et d'ennuis, envoie ses 
amis vers la fin du Dictamen n'est que le ciel de Vénus 
décrit dans le même livre de Baldus. C'est à Folengo que 
Belleau emprunte les couleurs, les charmes, les Heurs, les 
nymphes et quelquefois même les ... vers de son pays 
imaginaire". Belleau imita aussi Folengo dans ce procédé de 
mêler au macaronique des tournures ou des vers connus de 
Virgile et d'Horace, ce qui rend le travesti du style encoie 
plus grotesque. La description du pays des bienheureux doit 
par exemple plusieurs traits et toute sa fin à Horace (Kpod. XVI). 
Le véritable sujet du Dictamen, le siège de Paris et les 
rapines des reîtres est bien vécu, comme nous l'avons relevé. 
Mais était-ce l'idée de Belleau d'afTubler du style macaronique 
des sujets au fond bien tristes : pays dévasté.s, églises pillées, 
prêtres ignoblement torturés? Tout cela ne se trouvait-il pas 
déjà chez Ai'ena? D'après celui-ci ce sont encore les «Tu- 
de.sques» qui commettent ces barbaries diverses, sous le com- 
mandement du nommé «Jaunes ille giponus» : 

Ma^'sones furnat cercans, et cuncla rapinat, 

Et loyçjat terras, pro retirare robas ; 
Et lardât popuium, qui non secrcta révélât, 

Quamvis pro certo nescius ipse sciât. 
Tesliculos hominum derrabat, sive colhones ; 

Tantum cum cordis guerra tirare facit . . . 
... Et menât innumcras sguadras de gente Tudcsca -, 

Quaî morlcm nunquam pertinucrc malani. 
Nunquam visla fuit gens tam crudelis ad escas, 

Ipse Diablus eas non satiare potest. 
Sassinant popuium, raubant, forsantque vielhas ; 

Heu! pietas niiUa est, pullulât omne malum =*. 

Et alors ce sont les mêmes impiétés: les églises trans- 
formées en étables, les reliques et les vases d'argent volées, 
l'hostie sainte foulée aux pieds. Ces méfaits se répéterons en- 

1 Vers 90 à 100. 

2 M.-L. I, 107 et Folengo, lialdiis 1. XIV, v. 10.")- 126. 

3 Meygra Enirepriza, éd. Bonafons pp. 42 à 48. 



» 



67 

corc au cours de ce siècle fiuiali([iie et indiscipliné, mais 
l'idée de raconter toutes ces horreurs en macaronique, de 
faire du burlesque avec ce qui est triste et humiliant pour la 
dii»nité humaine ce n'est pas à lui-même mais à son modèle 
provençal que Hclleau la doit. D'autre part le tableau des 
Parisiens allolés est bien semblable à celui qu'Arena a fait 
<le l'émoi des Aixois : 

Maysones serrant gentcs, claudcndo boterjas, 

Ubrebant ca5'ssas, plura niovendo bona. 
Tu pcnsare pôles, pielas si te movet ulla, 

Quain maie contentus omnis Aquensis erat. 
Quis timor, o cives ! quaî desperansia mundi ! 

Heu ! qualis rabies, et furor, alque dolor ! 
Omnes tremblabant dando suspiria cordis ; 

Quid lacèrent eliam nescius omnis erat ^. 

De même, les Avignonnais d'Arena se préparent au 
siège avec autant de hâte que les «timidi villani» de Belleau'-. 

L'histoire se répèle, dira-t-on, et il ne faut peut-être pas 
supposer une inlluence littéraire là où deux poètes décrivent 
des événements si ressemblants. L'histoire se répète, en effet, 
mais non en vers macaroniques ; et, d'ailleurs, Helleau doit à 
ses modèles jusqu'à ces appels à la pitié: 

Heu pietas, Heu heu sacris compassio rébus ! 

N'est-ce pas Arena qui avait écrit : 

Heu! pietas nulla est, pullulât omne malum. 

Belleau a retenu aussi de ses modèles l'habitude d'insé- 
rer dans ses vers ces vocables imitant le son des cloches et 
des trompettes, le bruit des armes et d'autres objets. Les 
«don don, plan plan, fara ram» de Belleau ne sont que les 
faillies échos des «ponpon, taratantara» de Merlin Coccaie 
(Folengo)^ et des «tif taf tof tif dum, taratantara, alala trili- 
tota dandara tarlarola» d'Arena'*. Le style macaronique est 
réaliste au possible. 

1 Mei/gra enlrcpriza, p. 34. 

■- De brayardissima villa 1648, p. 221. 

3 Baldiis, I. XV, V. 198. 

4 De bragardissima villa de Soleriia 1648, p. 208. V. Schneegans 
Geschichle der grolesken Salire, p. 344. 



68 

A en croire Bellcau. il avait vu de ses propres yeux les 
actes de vandalisme des reîtres. Quant aux crucifix, tableaux 
et statues mutilés et au sîuivc-qui-peut des prêtres à l'approche 
des Huguenots, qu'il dit avoir vu en personne (I, 103), il 
n'avait qu'à l'aire une excursion dans les localités des envi- 
rons de Paris. Mais où avait-il vu ces horreurs : 

Coillones sacros pretris, monachisque revellunt, 
Dcquc illis faclunt andouillas atque bodinos, 
Aut cervclassos prati(juo de inore Milani. 
Et sine rasoucro raciantque lavantciue coronas, 
Quam marquam vocilant niaior quain bcstia fecit, 
Unctos escoriant digitos, merdantque brevierum, 
Et fcecunda preniunt tractis gcnitoria cordis 
Ut dicant ubi scutorum requiescat acervus 
Factus de niissis, de vcspris, deciue malinis, 
De Christo, allarisque bona de messe coactus. 

Ces abominations que Bclleau débite d'un air gouailleur, 
appartiennent à un genre de littérature fort répandu au XVI® 
siècle et qui eut pour point de départ le livre du frère Claude 
de Sainctes sur les cruautés des hérétiques ^. Ce livre interdit 
par la reine-mère et par le roi de Navarre fut imité. dans 
une longue série d'opuscules écrits sur les atrocités des Hu- 
guenots^. On a assez d'exemples modernes pour la formation 
et la rapide floraison de pareils ouvrages littéraires. Belleau 
me semble avoir été un des premiers qui utilisèrent ce pam- 
phlet, puisqu'il composa aussi en 15G2 son Dictamen. C'est 
certainement dans le livre de Sainctes qu'il lut le cas de ce 
prêtre que les Huguenots avaient affreusement mutilé, ou 
l'histoire de ces colliers d'oreilles que portaient certains sol- 
dats huguenots. 

Quelques passages du Dictamen montrent déjà l'influence 
des opinions de Ronsard sur la Réforme et sur la guerre 
civile. Comme Ronsard l'a déjà fait dans sa Continuation 
du Discours des Misères de ce Temps, Belleau attaque aussi 

* Discours sur le saccagement des églises catholiques par les héré- 
tiques anciens et nouveaux calvinistes en 1562, Verdun 1562. (Cf. H. Hau- 
ser, Les sources de l'hist. de Fr., n» 1844). 

'•* Cf. H. Hauser, op. cité. Faute du livre de Cl. de Sainctes j'ai 
dû me contenter d'un de ces libelles, récemment réimprimé sous le 
titre Théâtre des Cruautés des Hérétiques au Seizième Siècle (s. d.), Lille. 



69 

Bèze et Calvin en leur reprochant le pillage des églises et le 
sac des cités. Ses railleries, comme celles de Ronsard, portent 
surtout sur le nombre et la diversité des sectes chez les pro- 
testants et enfin si Hclleau préfère aller chez les peuples les 
plus barbares, au Brésil ou à Calicut plutôt que continuer 
d'écouter les sermons des ministres, c'est que Ronsard avait 
aussi envoyé ces pasteurs au Pérou, au Canada et à Calicut, chez 
les Cannil)alcs. La Reinonstrance au peuple de France qui est, 
ainsi que le Dictamen, l'écho du siège échoué de Paris, présente 
aussi des ressemblances frappantes avec le poème de Belleau. 
Tous deux font le même portrait du prêtre protestant. Celui de 
Ronsard a la barl^e longue, le front ridé, les yeux farouches 
et caves, les cheveux en désordre, le visage pâle ; il se montre 
rarement en public, barbouille beaucoup de papier, et a tou- 
jours dans la bouche le nom de l'Éternel, du Seigneur et du 
Christ; enfin le mot «certes» est le seul juron qu'il emploie*. 
Belleau veut fuir dans un pays où le sermon farci de prières 
et de «certes. Seigneur» n'est pas encore venu répandre le 
venin nouveau et où l'on ne voit pas la troupe turbulente 
des pasteurs qui, les mains jointes, tournent les yeux vers les 
astres, portent une barbe inculte sur la poitrine et se fardent 
le visage d'un «plomb mélancolique». Enfin on retrouve chez 
Ronsard ce vœu d'aller habiter chez les sauvages, loin de la 
France, ce pays de querelles et de guerre désastreuses : 

Si la religion et si la ioy Chrestienne 
Apportent de tels fruits, j'aime mieux la quitter, 
Et bany m'en aller les Indes habiter 
Sous le pôle Antartique où les sauvages vivent 
Et la Ioy de nature heureusement ensuivent. 

Telle est aussi la conclusion du Dictamen metrifîcum. 

Voilà les différents modèles du poème macaronique de 
Belleau. On a vu que le ton de ])ersiflage que prend le poète 
quand il parle des atrocités commises par les Huguenots 
vient de ses modèles plutôt que de sa disposition personnelle 
de railler ces malheureux prêtres ou de se moquer des 
choses .sacrées. Mais il y a surtout deux faits à retenir de ce 

* M.-L. V, 372 et 389. Sur ce juron des protestants cf. Bèze, Hist. 
ecclesias'., II. 260 et Perdrizet, Ronsard et la Réforme, p. 65 qui cite 
Florimond de Raemond, IlisL de la naissance el des progrés de l'hérésie. 



70 

qui précède : ralliliide coniplèlonuMil changée de Belleau en- 
vers les proteslanls, el les analoi^ies entre ses vues et celles 
de Ronsard dans les questions de politi([uc et de religion. 

11 est évident, et le Diclamen metrificiim le montre, que 
ce sont le vandalisme des reîlres et le fanatisme des mi- 
nistres ])rotestants qui avaient aliéné à la Réforme les sym- 
pathies de Helleau. 11 appartenait sans doute à cette catégorie 
des réformés ((ui refusaient de marcher avec les «Huguenots 
d'étal», résolus à vaincre à tout prix^ Il recula, aussitôt la 
première guerre civile éclatée. En homme raisonnable, d'hu- 
meur paisible et déférente, il avait en horreur ces convul- 
sions intérieures de l'État. Pour lui, comme pour Ronsard, il 
y avait dans le puritanisme des pasteurs quelque chose de 
ti'op austère ; il y voyait rassujeltissement de l'individu, l'alié- 
nation de cette li])erlé qu'il n'aurait sacrifié pour rien au 
monde, lui l'homme de la Renaissance. Il avait entrevu la 
vérité de la nouvelle doctrine, mais il s'était heurté contre le 
rigorisme des prédicateurs. Plus tard, après l'assassinat du 
Duc de Guise il exprimera sincèrement sa crainte que ces 
assassins, après avoir tué les «"grands», ne rangent le peuple 
«esclave sous le joug d'une loy trop cruelle» (I, 1G9). Les 
poètes se sentaient trop à l'étroit dans la morale calviniste. 
Comment eussent-il pu accorder leur rêve épicurien avec cet 
esprit mesquin qui permit de dénoncer et d'emprisonner un 
homme quelconque pour avoir trouvé «plus de consolation 
en Horace qu'en l'Evangile et qui espérait aussi bien être 
sauvé par l'un que par l'autre-». Aussi les actes de vanda- 
lisme des Huguenots qui avaient révolté Ronsard, jusqu'à lui 
faire prendre les armes contre eux à Vendôme, et leur in- 
tolérance en matière de morale suffisaient-ils à provoquer la 
volte-face de Belleau qui se sentit en outre blessé dans son 
patriotisme loisque les reîlres envahirent la France. Son 
cœur .se remplit de colère contre cette canaille rapace, et il 
tourna le dos à ceux qui l'avaient amenée. 

Ainsi, avant que la première guerre civile eût éclaté, 
la foi de Belleau dans le protestantisme était ébranlée dan.s 
ses fondements, et la cause des Guises l'avait gagné. C'est 

* Cf. Perdrizet, Ronsard el Ut Réforme. 
'^ Bèze, ///.s/, ecclesiasl., I, 161. 



d'ailleurs Ronsard qui se vante d'avoir produit chez Belleau 
ce changement d'opinion; il écrit au cardinal de Lorraine, 
{{lie lorsque le résultat des luttes entre les deux partis était 
encore incertain et que «mille placarts diffamoyent)) la mai- 
son de Lorraine, lui seul fit face à tant d'ennemis, et 

Il resveilla Baif à repousser linjure 
Quoii vous l'aisoit à tort par sa docte escriture, 
Des Aultez et Beleau, et mille autres esprits 
Furent i)ar son conseil de vos vertus espris ^. 

Néanmoins la conversion de Belleau était plutôt poli- 
tique que religieuse. Malgré la tradition du style macaronique, 
la raillerie ne laisse pas d'effleurer ces «sampietros», ces 
«virgomarias» et cette «pantoufla sacrosancta». En somme, 
Belleau était resté assez indifférent pour la cause catholique. 
Kn pareille question il sera un des poètes les plus réservés 
de la Pléiade. 

Cet état d'esprit: refus absolu du ])rotestantisme et in- 
différence pour l'Église romaine, se reflète aussi dans la 
Reconnue, comédie posthume de Belleau qui, à mon sens, 
fut composée un an après le Dictamen ^. Le fait que la pièce 
ne parut qu'après la mort de l'auteur ne contredit ])as mon 
hypothèse, l'auteur avait pu garder la pièce dans son coffre 
comme il lit pour ses Pierres Précieuses ou pour son Aralus. 
La date de la pièce peut être fixée à l'aide des événements 
historiques qu'elle mentionne: le siège et le sac de Poitiers 
en août 13(i2, mais surtout le siège et la reprise du Havre 
I)arles Français en juillet 1563 (II, 371). Selon toute vrai- 
semblance, c'est immédiatement après cet événement qu'il 
faut mettre la date de la Reconnue, car dès l'automne sui- 
vant Belleau se trouve dtjà à Joinville, malade et incapable 
de travailler. Au surplus, la satire que l'écrivain y fait du 
Palais trahit que la Reconnue fut écrite encore dans le milieu 
parisien où il vécut ^. 

1 Le Procès par Pierre de Ronsard Vandosmois A Tresilhistre Prince 
Charles, Cardinal de Lorraine, Lyon 1565. Selon M. Laumonier, cette 
pièce fut composée avant avril 1562 (Tableau chronologique p. 39). 

2 Sur cette comédie cf. H. Wagner, R. Belleau und seine Werke 
1890 et Toldo, La comédie française de la Renaissance, Rev. D'Hist. Litt. 
1897—1899. 

3 M. A. Tilley est aussi de lavis que la Reconnue fut composée 



Depuis le P. Xiceron (^XXXI, 109) les biographes de notre 
j)oète se j^assLMit de main en main un passage de la JRe- 
connue où Belleau donne un jiorlrait assez llatteur d'une 
jeune fille huguenote (II, 108). el ils en coneluent qu'il nour- 
rissait i)our la Réforme des sympathies eachées. Ils auraient 
pu ajouter une plaisanterie contre les religieuses (II, 430) et 
une saillie contre Rome (II, 44cS). Mais d'autre part, on peut 
aussi relevpr dans la j)ièce maintes observations malignes sur 
la Réforme. La servante Jeanne fait remarquer, par exemple, 
que grâce à la nouvelle religion, les «chambrières les save- 
tiers et les tripières» disputent publiquement de théologie. 
Mais ces autres vers du même j)oèmc sont encore plus ex- 
plicites (II, 440): 

Ce bon père, ce bon vieillard 

Voj'ant trop grieiVement chargée 

Sa maison de trop de maignee, 

Mist sa fille en religion 

Pour y faire profession 

Comme elle a fait depuis sept ans. 

Mais depuis que ce fascheux temps 

A mis en nostre pauvre France 

Et le trouble et la violance : 

Depuis que ce monde nouveau 

A changé de poil et de peau, 

Qu'un d homme de bien, et quun certes 

Ont rendu nos villes désertes, 

Ceste fille à ce premier vent 

Laissa Ihabit et le convent : 

Et suit l'opinion nouvelle 

Prenant l'habit de demoiselle. 

Pour se mettre au rang des premiers. 

Belleau, on le voit, n'avait guère changé depuis le Dic- 
tamen. Ce sont les mêmes accusations contre les protestants ; 
on y trouve jusqu'à ce fameux «certes)) des pasteurs calvi- 
nistes, source inépuisable, pour leurs adversaires, de moque- 
ries. Indifférent pour Rome, ou même lui donnant un ou 
deux coups de dent à l'occasion, Belleau était resté hostile à 
la Réforme. 
' Au dehors pourtant, dans certains milieux protestants, 

non longtemps après VEugène de Jodelle (The lUeralure of Ihc french 
renaissance 1904 ; II, 107). 



il n'avait pas perdu les sympathies. On y ignorait peut-être le 
revirement de ses o])inions, et d'ailleurs le Diciamen, l'épi- 
taphc de Guise et la Reconnue ne parurent que fort tard, ces 
deux dernières pièces seulement après la mort du poète, 
(^est ainsi qu'il arriva à Florent Chrestien qui avait traduit 
la Yérilé Fugitive, d'opposer la poésie de Belleau à celle de 
Ronsard qu'il qualifie de païenne et de débauchée. Il y a 
des poètes, dit FI. Chrestien, qui, plus avisés que Ronsard, 
ne se mêlent pas de ces «sottes querelles» et ont autre chose 
à faire qu'à chercher des démêlés avec les protestants. Ceux-là 
choisissent les beaux sujets poétiques, vivent sans rancune et 
sans ambition, selon la disposition de Dieu. 

Aumoins on ne voit point que leur langue s'altere 
Du sang de Jésus Christ, car leur plume légère 
Ne suit comme tu dis, le cours de ton ruisseau 
Tousjours ils vont cerchants une douce et belle eau. 
L'un d'un esprit heureus volant par les trois plaines 
Du grand ciel aëré chante les Phœnomenes, 
Et les flambeaus du ciel, nionstrant à nos François 
D'un labeur indonté l'Esphere des Grégeois . . . ^ 

M. Augé-Chiquet s'est trompé, sans doute, en cherchant 
dans ces vers une allusion aux Météores de Baïf^. Je crois 
pour ma part que Florent Chrestien pense à la traduction 
d'Aratus puisqu'il nomme clairement les Phénomènes du poète 
grec et qu'il a même caché le nom de Belleau dans ce vers 
qui se termine par belle eau'-^. S'il avait lu le Dictamen, il 
n'aurait pas prodigué tant d'éloges au renégat. En tout cas, 



* Seconde Response de F. de la Baronic à Messire Pierre de Ron- 
sard Pres'.re Genlilh. Vendomois, Evesqiic fuliir. Plus le Temple de Ron- 
sard... 1563. (Préface du 8 sept.). 

2 M. Augé-Chiquet, La vie, les idées cl l'œuvre de Jean-Anloine de 
Bdij, 1909, p. 545. 

^ Belleau était bien habitué à cette décomposition de sa nom, cf. 
Pasquier, Lellres 1619, 1. VIII, p. 501 ; Jean le Frère dans le Tombeau de 
Renuj Belleau (Gouverneur III, 377) ; Dtenhove, Xenia 1568, p. 91 ; Bel- 
leau lui-même en avait composé la forme latine Bellaqua. Ce jeu avec 
les noms était un héritage des rhéloriqueurs : G. Crétin, Charbonnier. Ch. 
Fontaine, Marot lui-même font de leurs noms une source intarissable 
de calembours. Cf. Morf, Geschichle der franz. Lileralur im Zeitaller der 
Renaissance 1914, p. 62. H. Guy, Les Rhéloriqueurs, chap. 117. 



il est ])iquant do voir le disci])lo BcUeau lecommandc à 
Ronsard, au maître, comme un modèle à imiter. 

Après l'édit de pacification d'Amboise (15()3) il y eut 
un moment de répit dans la vie politique. Belleau salua la 
paix avec une éloquence convaincue dans son Ode à la royne 
pour la pai.v (I, 194), et y formula le vœu que la Paix fît 
«un cœur de tous nos Princes». Il avait, en efiel. toutes les 
raisons de souhaiter que son idéal politique d'hier s'accomo- 
dât avec ses protecteurs de demain. 

Mais la guerre civile éclate en 15(37; et, cette fois, tous 
les poètes se rangent en bataille contre les Huguenots qu'ils 
regardent comme des fauteurs de désordres. Après la journée 
de Moncontour, où Condé fut tué et les Huguenots furent 
anéantis, Belleau renia son passé dans le Chant de triomphe 
{\7){')9, I, 91) et qualifia Condé de rebelle qui n'avait reçu 
qu'un châtiment mérité. 

Lorsque Belleau chanta sa palinodie, il était depuis déjà 
six ans au service de la maison des Guises. La })remière 
concession qu'il leur avait déjà fait, fut de transformer sa 
Vérité fugitive en dame Chasteté qui cherche refuge au château 
de Joînville. Toute allusion politique y fut supprimée, surtout 
les vers à l'adresse des Guises. Le poème est dépourvu de 
toute signification dans sa nouvelle forme, mais constitue pré- 
cisément à cause de ces retranchements la preuve éloquente du 
revirement qui s'était produit dans les opinions de fauteur. 
A Joinville, siège des princes de Lorraine, Belleau avait 
bien des raisons pour cacher ses anciennes intelligences avec 
les protestants ; en effet, la duchesse douairière Antoinette de 
Bourbon, la mère des Guises, }■ régnait en maîtresse absolue. 
Elle était fort bigote ; une chronique de Joinville vante son 
intolérance: c'est elle qui fit exécuter «Jean (^osse premier 
Luthérien qui vint en France, suivant la dis])osition du droict 
et de l'ordonnance*)). D'autre part on lit dans les mémoires 
du Duc de Guise, .son fils, que, malgré l'amnistie générale, 
elle fit pendre un de ses vassaux nommé Denys de Raynel, 
ancien soldat de Condé, et qui eut l'imprudence de rentrer 
dans ses domaines^. Tout cela n'empêchait pas la duchesse 

1 liibl. Nat., nis. ir. 11059, fol. 357. 

2 Forneron, Les Ducs de Guise el leur époque 1877, I, 272. 



75 

d'être cliaritahle envers i.ulix.-sept eenl lansquenelz auxquels 
François Monsieur son (îlz fit pardon a la bataille de Dreux. 
Car se retirants en leur pays tout nuds et accables de faim, 
de froid et de misère, elle les fit tous nourrir et habiller 
bailla de l'argent a leurs femmes et filles estants a leur suitte, 
les fit reconduire en seurete jusque sur leurs terres non- 
obstant qu'ils fussent ennemys . . . *». Le catholicisme austère 
d'Antoinette de Bourbon dut étouffer en Belleau, s'il en avait, 
les dernières velléités de protestantisme". Le poète fera en- 
core souvent allusion aux troubles religieux, mais ses obser- 
vations seront plutôt d'ordre politique. Je reviendrai ])lus 
loin à ces préoccupations patriotiques, mais il nous faut 
d'abord connaître le nouveau milieu du poète : le château de 
Joinville oii il ])assa les plus beaux jours de sa vie. 



Belleau et .Jacques Grévin furent les seuls poètes parmi 
les jeunes, qui s'étaient déclarés nettement en faveur du pro- 
testantisme. Or, tandis que Grévin persista dans la nouvelle 
foi, et s'attira par là la haine de Ronsard, cet élan vers la 
Réforme ne dura qu'un instant chez Belleau. S'étail-il scan- 
dalisé de la vie immorale de Rome, ou s'était-il seulement 
révolté contre la répression sanglante des troubles d'Amboise ? 
Je ne le sais ; mais, en tout cas, son caractère réfléchi et 
j)lutôt sérieux s'adaptait à la nouvelle doctrine mieux que 
celui de ses collègues et amis. Néanmoins, les souvenirs de 
la vie émancipée chez l'abbé de Mureaux, la gaie philo- 
soj)hie de ses compagnons de table et d'excursions, les se- 
monces de son ami Ronsard, son aversion pour le rigorisme 
des protestants, enfin son nouvel entourage, le somptueux 
château de JoinviUe, curent raison de son attachement à la 
«Nymphe Vérité» qu'il fhiit par oublier dans le désert où 
elle avait été découverte par le Duc de Condé. 



1 Bibl. Nat., ms. fr. 11559. fol. 249. 

- En 1571 Belleau publia un sonnet liminaire dans un livre de 
piété fait à la demande d'Antoinette. (Jean Guytot, Les medila'Jons des 
zela'eiirs de piele. Cf. M.-L., Œuvres de Baïf IV, 470). 



CHAPITRE IV 
A JOINVILLE 

(1563—1566) 

I. Date de larrivée de Belleau. Motifs de son invitation. Maladie. 

II. Le nouveau milieu: le château et les environs. Vie au château : 

Antoinette de Bourbon et ses demoiselles d'honneur. Belleau poète de 

cour. René, marquis d'Elbeuf. Sa mort. Belleau reste chez les princes de 

Lorraine. 

I 

Quand partit Belleau pour Joinviile? Après ce que j'ai 
dit de son excursion à Nogent-lc-Rotrou, de la défense de 
Condé, du Dictamcn melriflcum et de ses hésitations reli- 
gieuses, il est impossible de supposer avec ses biographes 
qu'il entra au service du marquis d'Elbeuf immédiatement 
après l'expédition d'Italie ^. 

l^clleau a raconté lui-même dans quelles circonstances 
il vint à Joinviile: «aussi tost que j'en cest honneur d'estre 
appelé à la conduilte, gouvernement et institution de Mon- 
seigneur le Marquis d'Elbeuf vostre cousin, je me treuve 
(et presque sans y penser) au Cliasteau de Joinviile sans 
livres, sans volonté d'estudier et moins d'escrire, matté d'une 
longue et fascheuse maladie, résolu de ne forger autre meilleure 
fortune pour l'advenir, que d'employer ma vie, mon in- 
dustrie, et mon labeur à conduire et guider le gentil et ma- 
gnanime esprit de monseigneur et maistre, et faire service 



^ Gouverneur II, 210 et passim ; Marty-Laveaux, I, VI; de même 
Laumonier, Ronsard p. 177. Cette opinion est fondée sur une fausse 
interprétation de \'Élo(jc de Se. de Sainte-Marthe. 



77 

tres-humblc à vostrc tres-nohlc et Ires-ilkislrc maison^». 
Cette invitation trouva Bcllcaii à Paris où il menait une mo- 
deste existence aux frais de l'abbé de Mureaux. Nous avons' 
vu qu'il fut encore témoin oculaire du sièi^e de Paris en 
novembre 15{)2; et si l'on accepte ce que J'ai avancé con- 
cernant la date de la composition de la Reconnue, on doit 
admellrc qu'il se trouvait encore dans la capitale en juillet 
15()3. D'autre part, Belleau affirme avoir improvisé à Join- 
ville une mascarade pour les filles d'honneur d'Antoinette de 
Bourbon «le soir mesme» de la naissance de Henri de Lor- 
raine, manjuis du Pont (I, 284). Ce Henri, fils de Charles 
duc de Lorraine et de Bar et de Claude de France, fille de 
Henri 11 naquit le 8 novembre 1563-. C'est donc entre juillet 
et novembre 15G3 qu'il faut placer l'arrivée à Joinville de 
Belleau. 

Charles d'EIbeuf dont l'éducation lui fut confiée, avait 
sept ans à cette date. Plusieurs circonstances avaient attiré 
sur le poète l'attention du marquis. Dans l'expédition de 
Naples, Belleau avait servi sous ses ordres et avait été témoin 
de ses exploits. Scévole de Sainte-Marthe et La Croix du 
Maine nous assurent que c'est à ce service assidu et fidèle 
que Belleau dut son emploi dans la maison d'EIbeuf. D'autre 
part, Elbeuf avait certainement eu, pendant cette longue cam- 
pagne, maintes occasions d'apprécier le talent poétique, la 
haute culture littéraire et le caractère loyal et modeste de son 
soldat. En etfet, Maurice de la Porte-* et Bclleforest '* ex- 
pliquent par l'ftintégrité de son caractère» et par sa grande 
érudition la confiance que le marquis d'EIbeuf lui témoigna. 
Cependant on aurait tort de négliger, comme motif de l'in- 
vitation de Belleau, les rapports* intimes qui subsistaient 
entre les Choiseuls et la maison de Lorraine. On a vu que 
le baron de Lanques, frère de l'abbé de Mureaux, était lieute- 
nant du marquis d'EIbeuf. En outre, nous sommes en mesure 

* Préface-dédicace de la Seconde Journée de la Bergerie de 1572 
(M.-L. II, 3). 

- Moréri, Le grand dictionnaire historique, art. Lorraine. Les ducs 
de Lorraine continuent la branche aînée de la maison, les Guises la 
branche cadette. 

3 Les Epithetes, 1571. 

* La Cosmographie universelle, 1575. 



de (léiiKiiilrcr dimo \\\c-rA docunientairc les ra])j)orts des 
Guises avec les C.hoiseuls. l)eii\ lettres datées de C.hamerande 
en Champagne et signées l'une d'Antoine de Choiseul le 
père, l'autre de Lanques son lils, annoncent au Due de Guise 
l'arrivée de l'abbé de Mureaux à Joinville. C'est Guise lui- 
niénie (pii Ta fait prier de s'y rendre pour régler une affaire 
de possession ^ Le 3 octobre lôfi'i ])eu avant l'invitation de 
Helleau à Joinville, Antoinette de Bourbon transmet par lettre 
à un des capitaines de Guise les conseils que Lanques venait 
de lui donner concernant la défense de Troyes contre les 
Huguenots'-. On doit sujiposer je crois, que les Choiseuls 
entretenant des rapports tellement suivis avec Joinville, avaient 
chaleureusement recommandé leur ancien protégé. 

Le souvenir du fidèle service de Belleau, les impres- 
sions favorables que le marcjuis d'Elbeuf avait reçu de son 
esprit et de son caractère, enfin et surtout la recommandation 
des Choiseuls et ])eut-être de Ronsard, voilà à quoi notre poète 
dut son nouvel emploi. Au moment de l'invitation, sa situation 
n'était pas brillante, il s'en plaindra encore à .Joinville, quand 
il comparera, au début de la Bergerie, son état actuel avec 
les jours passés: ola fortune, et le destin, qui de long temps 
avoyent conjuré mon malheur, m'ayans faict sentir combien 
leur contrainte forcée a de pouvoir sur les hommes, lassez 
et recreus de me tourmenter me jiresterent tant de faveur 
qu'ils me conduirent en un lieu, où je croy que l'Honneur, 
la Vertu, les Amours, et les Grâces avoyent résolu de suborner 
mes sens, enyvrer ma raison, et peu à peu me dérober l'ame, 
me faisans perdre le .sentiment, fust de l'oeil, de l'ouye, du 
sentir, du gouster et du toucher» (I, 181). L'invitation avait 
surpris notre poète ; dans sa hâte, il laissa même ses livres 
à Paris. Arrivé à Joinville il tomba aussitôt dans une fâ- 
cheuse maladie, — c'est sa propre expression, — qui lui lit 
abandonner le travail et toute l'année 1564 se passa sans qu'il 
publiât ne serait-ce qu'im sonnet. Cependant j)eu à peu il 
revint à sa muse; lui-même nous a expliqué pourquoi : «Toutes- 

* Toutes les deux lettres, dont l'une publiée dans le Cabinet histo- 
rique 1864. Ire partie, p. 248, se Trouvent à la Bibl. Nnt. ms. fr. 20.540, 
ff. 24 et 27. 

2 Celle IcUre fut ])iib!ii'e par De Plmodan, La mère des Guises 
1889, p. ;J14. 



79 

fois conune nial-aisénicnt, cl nicsiiie à coups de fourclic nous 
ne pouvons estrangcr ny bannir de noslre cscurie, cesle prc- 
niiei'c, Je n'ose dire vaine, affection d'escrire, je croy, ou que 
le Iroj) de j)laisir et de loisir, ou la beauté naturelle du lieu 
et de la saison, ou bien l'honnesle et douce conversation 
d'une gaye et vertueuse compagnie me remirent sur les erres 
de mes j)remieres brisées, commençant à faire tantost un 
Sonnet, tantost une Complainte, une Eclogue, une descrip- 
tion, et ne scay telles quelles fictions Poétiques, selon l'occa- 
sion qui lors se presentoit . . .» (II, 3). Il faut maintenant voir 
de près ce nouvel entourage qui fit tant d'effet sur notre naïf 
poète: cela sera d'autant plus facile que Belleau l'a dépeint 
lui-même dans la j)rose de la Bergerie. 

II 

«La l)eauté naturelle du lieu et de la saison ...» Le 
clîâleau de .loinville était situé agréablement. «C'estoit une 
croupe de montagne, moyennement baute, toutesfois d'assez 
difficile accez : du costé où le Soleil rapporte le beau jour, 
se descouvrait une longue terrace ... La veuë belle, et limitée 
de douze coupeaux. de montagnelles, ruisselets, rivières, fon- 
taines, prez, combes, chasteaux, villages et bois : bref de tout 
cela que l'oeil sçauroit soubaitler pour son conlentementï) (I, 
182). Belleau se promenait souvent dans les vignobles couvrant 
le versant ouest de la colline qui descendait vers la ville 
située en contre-bas; il regardait comment «la vigne com- 
mençoit à ébourrer le coton délicat de son bourgeon, allon- 
geant entre ses fueilles tendre ttes deux petites manoltes, tor- 
tillées et recourbées comme deux petites cornes de Lymaçonï) 
(I, 200\ Il admirait le cliâteau, la colonnade, les galeries, les 
tapisseries du château et ce merveilleux sépulcre qu'Antoi- 
nette avait fait élever en souvenir de son mari. 

» Belleau descendait alors dans la forêt qui touchait à la 
colline. La route y était «relevée en façon de terrace, prati- 
quée en rondeur, couverte d'une fueillee si espaisse et si tou- 
fue, que le Soleil en sa plus ardente chaleur ne sçauroit 
transpercer . . . Elle est partie de longues et larges routes, 
pour ])lus aisément, et avec plus de plaisir courir le cerf à 
force, le sanglier, et le clievreul. En quelques endroits y a des 



80 

jKivillons quarrcz. faits et mnssonnez exprés j)our relayer, ou 
pour faire rasseml)lce : Il y a de ])etils vallons au fond des- 
quels coulent des fontaines fraisehes et argentines, et petits 
ruisseaux, pour refraichir les meutes des chiens eschauffez, 
et le veneur altéré» (I, 2()5\ Le défunt mari d'Antoinette et 
ses fds aimaient beaucoup la chasse*. Belleau se promenait 
aussi dans le jardin (de plus beau et le plus accompli qu'on 
pourroil souhailler, soit pour le comi)lanl d'arbres IVuicliers, 
à pépin, ou à noyau, comme de pommes, poires, guignes, 
cerises, griottes, oranges, figues, grenades, pesches, avanl-])esches, 
presses, j)ersiques, pavis, perdigoines, raisins muscats, prunes de 
damas noires, blanches, rouges . . .» (II, 11). Belleau ne tarit 
pas sur la beauté de ce jardin enrichi de «compartimens, 
entrelas, bordures, chiffres, armoiries, allées, clostures, ca- 
binets, labyrinllies. berceaux, arcades, et de tous autres en- 
richissemens ...» (II, 12). Il allait voir la Marne «qui va 
bagnant de ses ondes re])liees les murailles de ce jardin» 
(II, 32) ou la grotte du fief d'Haplaincourt où il y avait deux 
fontaines de vin qui coulaient perpétuellement (II, 130). Et 
si l'on doute de l'exactitude de ces ])einlures on n'a qu'à 
feuilleter cette chronique de Joinville du XVIIe siècle qui 
donne la meilleure description du château et des environs-. 
L'auteur de ce manuscrit qui connaissait bien Joinville j)uis- 
qu'il en donne de minutieux détails, suit ])artout où c'est 
possible, la description de Belleau mot pour mot. Belleau n'a 
pas décrit le cimetière, les églises, la «halle», le jeu de paume 
de Joinville dont parle si amplement le chroni([ueur, mais le 
site, la terrasse, le jardin, la vigne, la grotte d'Haplaincourt, 
tout s'y retrouve avec les propres termes de Belleau. Comme 
cette description dont on a, parait-il, plusieurs copies*, a servi 
de point de départ aux historiens modernes de Joinville, il 



* De Pimodan, La mère des Guises, p. 103, et la clironique de Join- 
ville, Bibl. Nat., ms. fr. 11559 f. 247 à 248. 

^ Bibl. Nat., ms. fr. 11559. Un annotateur de ce manuscrit a attri- 
bué cette histoire à Saint-Remy, archidiacre de Châlons qui l'aurait faite 
en janvier 1632. .Tolibois (La Ifaule-Marnc ancienne et moderne, 1858 
p. 274; a révoqué en doute cette attribution, absolument hypothétique 
en efFet. 

3 Jules Fériel (No!es et documents pour servir à Vhisioirc de Join- 
ville, Joinville 1856) a vu une autre copie que celle de la Bibl. Nat. 



81 

est curieux de voir |)tnclrcr le texte de la Bergerie, sans 
qu'on s'en soit aperçu, dans les essais de restitution les plus 
récents de l'ancien château démoli pendant la Révolution*. 
«L'honneste et douce conversation d'une gave et ver- 
tueuse compai^nie . . .y>. La duchesse douairière de Guise était 
comme la reine du château -. Depuis la mort de son mari 
(1550), elle vécut constamment à .Joinville, et n'alla que fort 
rai'ement à la Cour dont elle détestait les mœurs dissolues *. 
Au milieu de tant de scandales, — voyez Brantôme, — le 

château de Joinville fut en effet une île où, comme disait , 

1/ 

Belleau, «la Chasteté avait fait sa retraite*». Toute l'exis- , 
tence de la duchesse, se passa dans la piété et dans la bien- 
faisance. «Sa vie fut une perpétuelle méditation de la mort», 
raconte le chroniqueur, «ayant fait faire son cercueil et iceluy 
mettre dans une gallerie par laquelle elle passoit toutte fois 
et quand elle alloit a l'office divin de l'esglise de Sainct 
Laurent aftin que ce spectacle lui servit de rafraichissement 
perpétuel du jour de son trespas. . .;>. Belleau fut frappé de 
cette macabre cérémonie répétée journellement et la nota 
dans sa Bergerie: «Je n'euz pas si tost levé l'œil que j'apper- 
çoy une troupe de Bergères, de bonne grâce [les demoiselles 
d'honneur de la duchesse], qui venoient donner le bon jour 
à leur maistresse, pour luy faire compagnie à visiter une 
chapelle, et là faire leurs prières. Or ceste saincte et vénérable 
Princesse tire desja sur l'aage, et me desplaist que la courbe 
et tremblante vieillesse ait prise sur une si noble et si ver- 
tueuse créature^. ... Donques ces fdles ayans fait le devoir 
et le service à leur maistresse, sortent de la chambre, tra- 
versent ceste grande salle, vont sur le portail et entrent 
dedans une petite gallerie faite et bastie exprés pour aller 



* Cf. Hincelot, Histoire cronologique et topogrophique des Princes et 
Seigneurs de la ville de Joinville, Bibl. Nat., nouv. acq. fr. 4021 ; et les 
notices de Fériel. 

- Sur Antoinette de Bourtion v. la monographie de Gabriel de 
Pimodan, La mère des Guises, Anloinelte de Bourbon 149i — 1583, Paris, 
Champion. 1889. 

3 Bibl. Nat, ms. fr. 11559, f. 248. 

* M.-L. I, 220. Cf. le sonnet de Ronsard adressé à Antoinette dans 
les Elégies, Mascarades et Bergerie 1565 (M.-L. II, 9). 

^ Elle survécut à Belleau de six ans. 

Eckhardt- Remv Belleau. 6 



82 

en ccste chapelle. Je les suy ])ar le ehemin ordinaire, là je 
vey la noble et mémorable sepullure d'un grand Chevalier .. . 
au bas le Prinee est en son mort, a dessus vivant et priant 
avec eesle vénérable Dame, sa bonne et fidelle comj)agne : 
mais Dieu ])ar sa saincte grâce nous l'a gardée jusques à 
présent, et gardera, s'il luy plaist, comme le bonheur, et la 
faveur du pais, re\em])le et le patron de charité et de douceur, 
le sacrai re de bonté, la grandeur et conservation des siens, 
et l'unique secours des pauvres>> (I, 213). Il n'y a point de 
flatterie dans ces lignes: tout ce qu'elles contiennent cor- 
respond avec les données que l'histoire nous fournit. Cepen- 
dant toutes ces œuvres pieuses n'empêchaient point la prin- 
cesse de se mêler de politique; elle travailla à rehausser la 
grandeur de sa maison, mais elle dut survivre à ses fils dont 
elle supporta avec une admirable constance chrétienne la mort 
inattendue *. 

C'était une excellente ménagère qui tenait en grand ordre 
les affaires du château. Comme elle était pourvue de toutes 
les vertus domestiques, la noblesse envoyait à Joinville ses 
filles et ses fils. Ainsi Mademoiselle de Nevers, la future 
épouse de Henri de Guise, y fut élevée: ((Feu madame la 
douairière de Guise, — écrit Brantôme, — ceste si sage et 
vertueuse princesse la nourrissoit, par la prière que ^ feu M. 
de Nevers, son père, luy avoict faict de la tenir en sa com- 
paignie pour tenir d'elle, de sa belle et bonne nourriture et 
sages vertus. Je l'y ay veue nourrir^». Les jeunes gens, — 
les plus pauvres y étaient reçus, — apprenaient à manier le 
cheval et les armes*; les jeunes filles servaient comme de- 
moiselles d'honneur auprès d'Antoinette de Bourbon. C'est 
là la <fgaie et vertueuse» compagnie de Belleau ; ce sont elles 
les «bergères» dont la Bergerie rapporte la façon de vivre 
avec tant de minutie. 

En décrivant la vie à Joinville, Belleau raconte com- 
ment il y passait lui-même le temps en compagnie de ces 
dames. Le matin elles montent dans la chambre de la du- 

* M.-L. I, 220 et la chronique de Joinville f. 249. 

2 Dans l'édition Lalanne de à la place de que. C'est une faute 
é\idente. 

3 Brantôme, VIII, 292. 

* De Pimodan, La mère des Guises, 1889, p. 103. 



83 

«hesse pour le service du matin, l'accompagnenl à l'office et 
â la prière de chaque jour, à la Chapelle des princes (I, 
213). Les prières finies, Antoinette "remaine justement à 
neuf heures sa troupe en sa chamhre, lave ses mains, se met 
à table, ces Bergères rentrent en la salle où elles ont de 
coustume faire leur ordinaire, et y paroissent sans plus au 
disncr et au soui)er. L'un et l'autre repas se trouvant dressé 
à neuf heures du matin, et cinq du soir, sans jamais y faire 
faute, de toutes sortes de viandes, de toutes sortes de fruits, 
selon la saison : et ce, de la libéralité de ceste bonne mais- 
tresse» (I, 219). M. de Pimodan a retrouvé le menu d'un dîner 
maigre à Joinville : «omelette, poisson, pâté de truite, petits-pois, 
fèves, gâteaux, fromages, fraises, desserts, vins». Je trouve que 
Belleau est exact même dans les éloges de la cuisine de Join- 
ville. Après dîner, les demoiselles d'honneur remontent saluer 
leur maîtresse, «faisant une grande révérence l'une après 
l'autre» (I, 227). Ensuite elles se retirent dans une chambre 
où elles filent, brodent, cousent des vêtements pour les pau- 
vres *. «En ceste chambre, mais plustost printemps perpétuel, 
la paresse engourdie, ny l'oysiveté n'y habitent jamais : Car 
ces bergères y travaillent sans cesse, l'une après le labeur 
industrieux de quelque gentil ouvrage de broderie, l'autre 
après un lassis de fd retors, ou de fil de soye de couleur, à 
grosses mailles, et mailles menues . . .)) (I, 248). Dans cette 
même pièce il y a une volière dont les hôtes, voltigeant en 
liberté dans la chambre, font l'admiration de Belleau. «On 
voit les uns becqueter une toufîe de guis verdoyant, semé de 
petits grains, comme de petites perlettes, les autres des char- 
dons hérissez, les autres voleter par dedans les barreaux de 
la volière qui regarde sur la lerrace, les autres emporter 
soigneusement de leur petit bec crochu, les cheveux perdus 
et tombez du chef de ces bergères, pour bastir et façonner 
leurs nids, où ils ponnent et couvent leurs œufs, et nour- 
rissent leurs petits». Un serin apprivoisé vient prendre les 
miettes de pain entre les doigts d'une de ces demoiselles, 
pour les porter à ses petits. D'autres «trémoussant leurs ailes 
bigarrées autour de leurs gorges se pendillent sur le poil qui 
se hérisse sur leur col, becquetant le bout de leurs aiguilles 

^ De Pimodan, ouvr. cilé, p. 118. 

6* 



84 

dilii^enles comme si c'estoil un petit ver ...» (I, 247). Une 
calandre, sorte de grosse alouette, contrefait la voix des autres 
oiseaux, comme si elle était leur mère à tous. Ensuite on va 
faire un tour sui- la terrasse, puis dans la foiét, on remonte 
au château à cinq heures pour souper (I, 28o). Le reste de la 
journée se jKisse en causerie, ou en promenades. A huit 
heures sonnantes, toute la compagnie va souhaiter le bonsoir 
à la princesse et chacun se retire dans son logis (I, 303). 

Les «bergers» ne manquent pas non plus dans cette 
compagnie, et il y a même de temps à autre des mariages fort 
assortis. Antoinette de Bourl)on s'occupait elle-même de l'ave- 
nir de ses demoiselles d'honneur ; ainsi, elle écrit à Mme 
d'Ailly à Amiens, que sa belle-sœur élevée à Joinville est 
recherchée par un gentilhomme et que, malgré la modeste 
condition du prétendant, elle approuve cette union ^. 

C'est un pareil couple amoureux, — futurs fiancés et 
apoux, — qui remplit de son idylle un grand nombre de 
pages de la Bergerie-. La bergère «monstroit bien à son 
visage, à son parler, à ses façons gentilles qu'elle estoit de 
quelque grand lieu», le berger, également «de bonne grâce 
et de bonne race^», venait de rentrer d'Italie d'où il rappor- 
tait pour ces jeunes demoiselles toutes sortes de nouveautés. 
Après force prose, chansons, et sonnets amoureux que Belleau 
met dans la bouche du berger galant, la bergère répond, les 
yeux baissés, comme il sied à une jeune fille de la cour ver- 
tueuse de Joinville: «Je ne doute point ... que l'affection 
qu'il me porte ne mérite beaucoup, et que les preuves que 
j'ay de son honneste service n'ayent gaigné quelque lieu en 
ma bonne grâce: mais estant, comme véritablement je suis, 
sous la puissance d'un père, sous la rigueur d'une mère, et 
en garde d'une vénérable maistresse, il faut qu'il, s'asseure de 
n'avoir jamais œil ny faveur aucune de moy, que par leur 
commandement: et faut qu'il pense que ses passions ont 
autant de puissance de m'esmouvoir à l'amour, comme si 
j'estois une statue de bronze, de marbre, ou de j)orphyre» 



1 Cette lettre est publiée chez De Pimodan, La mère des Guises, 
p. 315. 

2 M.-I>. I. 248 à 288. 

8 lieryerie 1565, p. 77. 



85 

(I, 282). Ce n'est pas à la cour de Charles IX qu'on aurait 
répondu ainsi. 

Belleau se trouvait à merveille dans celte compai^nie de 
jeunes dames et de gentilshommes. Les dédicaces de ses 
poésies ont gardé les noms de qeulques-uns d'entre eux. Les 
dames les plus haut placées de Joinville sx)nt nommées en 
télé de ses Pierres Précieuses ; quant aux jeunes seigneurs, on 
en relève quelques noms dans la Bergerie. Tels sont très pro- 
hahlement ces seigneurs d'Haplaincourt, de Marmaigne, d'Her- 
ville, de la Pierre, et de la Chargue * dont on ne sait rien 
en dehors de leurs noms. Par contre, on peut établir que 
ce Nicolas Hanequin, seigneur du Fay auquel Belleau dédia 
ses Baisers (II, 8(1), fut un homme d'affaires des Guises et 
qu'il a])partiendra sous Henri III, à la Grande Maingnée 
comme on api)elait les amis de l'Espagne -. Quant au seigneur 
de Nogent i)our lequel Belleau fit un chiffre (II, 106), il n'est 
])as le prince de Condé, comme le suppose Gouverneur, mais 
une sorte d'avocat au service des Guises**. 

Belleau se mêlait aux divertissements de cette noble 
société, aidant l'un avec un sonnet et l'autre avec un chiffre 
ou une devise suivant le cas. En effet, la conversation roulait 
la j)lupart du temps sur l'amour : on discutait les définitions, 
les différentes méthodes de guérison de cette maladie univer- 
selle et ses autres singularités. Belleau lisait devant ces dames 
ses chansons, ses sonnets, ses descriptions, et ses églogues 
«sugets de légère marque et de peu de valeur», dit-il mo- 
destement (I, 284). Il devint à Joinville une façon de poète 
de cour, mais les poésies de circonstance sont peu nom- 
breuses dans son œuvre. Son début au château fut la masca- 
rade improvisée à la prière des demoiselles d'honneur d'An- 
toinette. Un Tombeau du duc de Guise, des Larmes sur 
la mort du marquis d'Elbeuf, quatre cartels (I, 149), enfin 
quatorze devises, voilà tout ce que Belleau produisit dans ce 
genre depuis son arrivée à Joinville. 

1 M.-L. II, 130, 120. 122, 138, 112. 

- De l'Estoille, Journal III, 299; X, 172 et Forneron, Histoire de 
Philippe II, IV, 344. Gouverneur prélend (II, 280) qu'il était percheron, 

* II doit, en 1578, 11000 livres à Antoinette de Bourbon (De Pimo- 
dan, La Mère des Guises, p. 318't. Cf. Gouverneur II, 305. Se méfier des 
notes de Gouverneur! 



se 

Quel fut le succès de son enseignement ? D'après les 
amis de BcUeau, René d'Elbeuf ne ])ut que s'applaudir de son 
choix ^ A en croire Helleau, son élève avait le caractère 
modeste cl doux, il le maniait plutôt «de bouche, que de 
main, de bride que d'éperon -». 

Quant au mar([uis d'Elbeuf lui-même, il fut la bonté même 
pour Belleau. C'était un brave ca|)itaine, rien de plus; il 
s'efl'açait un peu à côté des grandes ligures de ses frères: le 
Duc de Guise, le Cardinal, le Duc d'Aumale et le Grand-Prieur. 
Belleau fait néanmoins de lui un portrait très llatleur dans 
ses Larmes. Je n'en reproduis tiue les traits particulièrement 
précieux j)our la biograi)hie de Belleau (11, 73): 

Diray-je ses bonlez, sa nature genlile, 

Sa façon compagnable, et sa grâce facile? 

Ses discours bien couplez, son gracieux accueil, 

Une douceur naïfve, et comme d'un bon œil 

Il caressoit courtois les hommes remarquables 

Du beau nom de vertu, qui les rend vénérables ? 

On sent percer la sincère estime du marquis pour Bel- 
leau, à travers ces douces manières et cette bienveillance 
gracieuse tant vantées par le poète. Même les ennemis des 
Guises ne l'accusaient pas de méchanceté et c'est tout au 
plus s'ils raillaient ce modeste officier qui jouait un rôle tou- 
jours secondaire, peu agressif à côté de ses frères. L'auteur 
de la fameuse Légende de Charles de Lorraine dit ironiquement 
à propos d'une ville perdue par le marquis d'Elbeuf, que le 
métier de soldat n'était pas fait pour lui : cnl estoit plus propre 
à manier une bouteille et un jambon». I)'aj)rès le même 
écrivain, le Grand-Prieur et le marquis d'Elbeuf auraient eu 
«autant d'esprit seulement que le Cardinal de Lorraine leur 
frère leur en avoit disliibué, et n'csloyent factieux (jue par 
ses instructions et commandcmens''^). Elbeuf était, paraît-il, 
a.ssez inoffensif pour les Huguenots. 

* Cf. les Epilhcli's de M. de la Porte, les Eloçjia de Sainte-Marthe 
et dans les Premières Oùivres (1569) de celui-ci un sonnet adressé au 
marquis d'Elbeuf. 

^ Préface de la lienjeric de 1565. 

" La leijendc de Charles Cardinal de Lorraine et de ses frères de la 
maison de Guise. Descrile en trois livres, par Fiançois de l'Isle. Reims, 
Martin 1576, ff. Bib, et 119a. 



Sa carrière niililairc fui en cOet courte et insignifiante : 
il servit au ravitaillement de Metz (1552), fut à la tête de la 
cavalerie à Renty (1554), commanda, nous l'avons vu, toute 
la cavalerie légère et les Suisses en Italie ( 155G à 1557 j, échoua 
dans sa tentative de secourir les F'rançais assiégés dans Leith 
en Ecosse (1559), accompagna Marie Stuart dans ce pays. 
(1561), enleva et reperdit aussitôt le château de Caen défendu 
par les Huguenots (février-mars 1562), fut nommé général 
des galères (15()2)^ et mourut subitement en 1566. Sa femme 
Louise de Rieux mourut de chagrin peu de temps après lui. 
A l'aide des Larmes et du Tombeau de Belleau (II, 68) on 
peut reconstituer les circonstances de cette double mort étrange. 
J'ai montré ci-dessus que René d'Elbeuf eut tout probablement 
en 15()() une rencontre avec des coi'saires de la Méditerranée 
où Belleau fut aussi présent. Or, on apprend par le Tombeau 
de Louise de Rieux que, ne pouvant survivre à son mari, 
elle vint mourir sur les côtes de Provence-. Y a-t-il un rap- 
port entre ces deux événements ? Que vint-elle chercher en 
Provence ? On peut supposer, je pense, que Piené d'Elbeuf, 
général des galères, mourut immédiatement après ou peut- 
être par suite de ce combat naval, qu'il fut débarqué mort 
ou mourant dans un port de Provence où sa femme accourut 
et mourut à son tour dix-huit jours après lui*. Belleau qui 
était en comjiagnie de son maitre, les vit peut-être mourir 
tous deux. 

Le ciel sembla crouler sur la tête du [)oète. Un moment 
il se sentit comj)lètemcnt désorienté, craignant même de perdre 
son pain. Il poussa, «morne, palle et pensif», un cri déchirant 
dans les Larmes ( II, 72 ) : 

* Le 25 février 1565 il est en Touraine où lui écrit le duc d'Au- 
male son frère. Cf. la lettre interceptée et publiée par l'auteur de la 
Légende de Charles Cardinal de Lorraine, 1576, f. 97a. 

- Vierçjes Déesses Néréides . . . pleurez ceste bonne Princesse . . 
Qui a rendu sur vostre bord || Les derniers soupirs de la mort ... Et 
vous, Ny miettes Provençales |i Versez de vos mains libérales, H Sur le 
tombeau de ces deux corps 11 Des œillets etc. (II, 75 et 78). 

^ Cf. la notice de Belleau à la fin de l'édition de 1566 des Larmes : 
«Postremo bustum uxor . . . perpetuis lacrimis prosecuta, luctu simul, et 
adamati desiderio exlincta . . . decimo octavo post die ultro est sub- 
secuta. R. Bellaqueus PP. B. M. m. P.» J'ignore le sens de ces abré- 
viations. 



88 

Mon uKiistrc. mon seigneur, le secours de ma vie, 
Que jay dans son tombeau pauvret ensevelie, 
Sans jamais espérer de pouvoir derechef 
Nourrir ce poil grison qui languist sur mon chef : 
Sans jamais espérer de trouver telle place 
D'honneur ou de faveur: car si de quelque qrace, 
De caresse, ou d accueil Ihonune se peut vanter. 
Je pouvois à bon droit des grands me contenter. 

Sa siliuition ressemblait à celle de ces poêles courtisans de 
naguère qui se trouvaient sur le pavé après la mort de leur 
maître si tel était le bon plaisir du successeur. Cependant 
Belleau fut j)réservé d'une pareille mésaventure, les services 
qu'il avait rendus à la maison de Lorraine étaient assez im- 
portants poiu- qu'on le gardât aussi longtemps qu'il vivrait. 
A ce moment d'ailleurs, .son élève Charles d'Elbeuf était déjà 
assez grand ])our le protéger à son tour. C'est à lui et à son 
oncle Louis de Lorraine, cardinal de Guise qu'il dédia par 
la suite l'édition définitive de sa Bergerie. On le garda parce 
qu'on l'aimait, parait-il. pour sa modestie et pour sa politesse : 
il était le modèle du courtisan honnête, tel qu'il le dépeignit 
lui-même dans un de ses sonnets : 

Ce n'est peu de louange estre fait Serviteur 

D'un Prince, ou d'un grand Roy, et leur pouvoir complaire, 

Il y a quelque grâce à les sçavoir attraire 

Et jouir bienheureus de leur douce faveur: 

Il faut estre bien né pour avoir ce bonheur, 
Estre sobre à parler, et plus sage à se taire, 
Il faut estre courtoys, loyal et débonnaire, 
Et d'humble modestie honorer son Seigneur i. 

C'est son propre portrait que Belleau a fait ici. On com- 
prend dès lors que l'on aima ce poète-savant de si bonnes 
façons, si discret, si courtois et si loyal. 

Le séjour de Joinville marqua une heureuse diversion 
dans la poésie de Belleau. Détourné des études par les- 
quelles il était en voie de devenir le plus rébarbatif de tous 
les poètes de la Pléiade, — il traduisait Aratus et imitait les 

* Pièce liminaire en tête de la Musique de Guillaume Cosleleif 1570, 
réimprimée dans les Maures musiciens de la Rencdssauce française (Jer 
fasc. 1896) de M. Expert et dans la Reuue de la Renaissance 1903, p. 171. 



89 

Liihica du pseudo-Orphée, — il vint dans ce cliâlcau luxueux 
où il connut un coin admirable de la douce Champagne. Les 
charmes de son nouvel entourage o|)érèrent sur son âme, il 
se releva de l'apathie où l'avait plonge sa maladie et toutes 
ses facultés poétiques se développèrent sous l'influence de ce 
pays, de ce luxe et de cette noble compagnie. Il se mit à 
composer de petites pièces qu'il réunit ensuite dans sa Ber- 
gerie où il donna la mesure de son talent. Toutefois il com- 
l)osa ce recueil surtout pour les dames de Joinville, de là 
l'afféterie, la recherche de la mignardise, du joli dans ses 
l)oésies. Un poète n'agrée jamais impunément aux femmes, 
comme on l'a dit. 



CHAPITRE V 

DERNIÈRES ANNÉES, MALADIE, MORT. - LES AMIS 
DE BELLEAU; SON CARACTERE 

(1566—1577) 

I. Au Collèfje (le Navarre. Au. Collège Royal. A la Cour. Préoccu- 
pations des dernières années; retour à la Bible et soucis patriotiques. 
Maladie. Travail fiévreux. Mort. 

II. Les amis : Ronsard, .Magny, Baïf, Scévole de Sainte-Marthe, 
Nicolas. Caractère de Belleau. Conclusion. 

I 

La chari*c de Belleau auprès de son élève n'était pas 
difficile ni absorbante. «Trop de plaisir et de loisir» (II, 1) 
lui permit de revenir à la j)oésie. Lorsque sa santé fut ré- 
tablie, il alla aussi à Paris à maintes reprises. Par exemple 
en 1565 il était dans la capitale, peut-être pour faire imprimer 
sa Bergerie, car Passerai, en juin de cette année, le nomme 
au nombre de ceux qui pleurent avec Delbene, Baïf et Ron- 
sard sur le tombeau de Turnèbe '. L'année suivante, au mois 
de février il est encore ou de nouveau à Paris, au Collège de 
Navarre, d'où il écrit une lettre à Scévole de Sainte-Marthe *-. 
Que cherchait Belleau au Collège de Navarre? Y faisait-il des 
cours de grec comme Passerai avait professé le latin à Bon- 
cour quelques années auparavant ? ^ Sur la liste des profes- 

1 Compluinle sur le Irespas de [Adrien Turnebe par Jean Passerai 
Troïen à P. de Ronsard, 1565. 

2 La date de ceUe lettre, 2G lévrier 1566 fut conservée par Colletel 
qui dit l'avoir vue entre les mains des frères de Sainte-Marthe (Gouver- 
neur, t. l). 

^ Edgar v. Mojsisovics, Jeun Passerai, sein I.eben und seine Per- 
sônlichkeil, Halle 1907, p. 3. 



seurs du collège on ne relève à celte date aucun nom qui 
figure dans l'œuvre de Belleau ^. Du reste, si même on l'avait 
appelé à faire des cours, la chose n'aurait eu rien d'étonnant 
puisqu'il était déjà un helléniste renommé. L'année suivante 
en 15G7, il fut invité à assister au Collège Royal comme 
censeur de grec, à l'examen d'aptitude de Nicolas Goulu, 
gendre de Dorât. Celui-ci voulait résigner sa chaire en faveur 
de Goulu; mais, pour poser cette candidature, un examen 
était nécessaire en vertu d'une décision royale que Ramus 
avait ohtenue i)our emj)êcher la nomination de professeurs 
ignorants. Après l'examen, Belleau signa l'acte déclarant Goulu 
(ligne de la chaire de lettres grecques et latines du Collège 
Royal : «Ego Remigius Bellaqueus testificor me audisse puhlice 
legentem Xicolaum Gulonium in grecis literis et regia cathedra 
dignum judico — R. Bellaqueus)). L'acte est signé, en dehors 
de notre poète, par Louis Duret, Jacques Charpentier, Pierre 
de Ronsard, Jean Dorât, le heau-père, Léger du Chesne, Jean- 
Antoine de Baïf et Denis Lambin -. 

Les rapports de Belleau avec les j)rofesseurs du Collège 
Roj^al étaient assez intimes. En dehors de Dorât et de Ixa- 
mus il connaissait Denis Lambin, l'ingénieux éditeur de 
textes latins, auquel il envoya des distiques liminaires pour 
son Cicéron^. Il dut aussi connaître Adrien Turnèbe, car Pas- 
serai lui fait verser des larmes sur le tombeau de ce savant : 

Tu vois nostre Delbene, et le gentil Belleau, 

De leurs pleurs comme nous, arroser son tombeau \ 



* Voici, en l'année 1565, les noms de quelques professeurs conser- 
vés dans un manuscrit des Archives Nationales (M. 180) : Jehan Le Pel- 
letier, docteur régent à la faculté de théologie, grand maître du collège, 
Mametz Courtot, principal des artiens, Jacques Naudot, principal des 
grammairiens, Jacques Menard, Adrian Dofîroy, Georges Godraon, Ni- 
colle Daudignon, Denis Michel, sous-maîtres des artiens etc. 

- C'est M. Abel Leiranc qui, dans une plaquette (La Pléiade au 
Collège de France en 1567, Paris, Leroux 1903), a montré l'importance 
historique très considérable de ce document récemment découvert. 

«* Ces vers que Gouverneur n'a pas relevés parurent à la suite 
d'autres vers pareils de Ronsard et de Baïf dans M. Tullii Ciceronis opéra 
oninia, quae exstanl, a Dionysio Lambino . . . eniendala . . . Luleliae, ap. 
Bern. Turisanum, sub Aid. Bibl. 1566 (Privilège 10 mars 1566 [v. s. I], 
achevé d'impr. fé\Tier 1566). 

* Passerat, otwr. cité. 



92 

Les cours de Tiirnèl)C qui connut «les entrailles creuses 
du sol, la ])ierre précieuse qu'on tire du sable d'Erythrée, les 
dilfércntes esj)èces d'oiseaux, d'hommes et de hêtes et tout ce 
qui naît dans l'océan ... les plantes, les arbustes et les herbes 
qui guérissenl, la marche de la terre, les étoiles du ciel, la 
baguette géométrique, le compas et les calculs astronomiques,*» 
contribuèrent certainement, avec les leçons de Dorât, à diri- 
ger l'attention de Belleau sur la minéralogie. Les Pierres Pré- 
cieuses doivent sans doute ({uekiue chose au savant philologue. 
Léger du Chesne, lecteur royal et ennemi mortel de Ramus 
et du protestantisme, était aussi lié avec Belleau qui tra- 
duisit en français un de ses généthliaques^. Dorât, Ramus, 
Lambin. Turnèbe et Du Chesne, voilà les connaissances de 
Belleau dans le monde savant. 

On sait très peu de chose sur les dernières années du 
poète. Vers 1573 il lut devant le roi à Fontainebleau son 
Discours de la vanité (II, 201). C'est peut-être Nicolas, secré- 
taire du roi, son ami toujours prêt à lui être agréable, qui 
l'avait présenté à la Cour. Il faut donc ajouter le nom de 
Belleau à ceux de Dorât, de Ronsard et de Baïf que Charles IX 
écoutait si volontiers et que, cependant, il traitait avec tant de 
circonspection, ne les nourrissant qu'avec mesure, comme un 
bon cheval, disait-il '^ Belleau ne parut pas à l'Académie des 
Valois, mais il ne refusa pas de petits services au roi. Un 
manuscrit de l'Arsenal a conservé quatorze devises que, 
d'après le copiste, Belleau aurait faites pour M^^^ d'Atri, autre- 
ment appelée Anne d'Aquaviva, maîtresse de Charles IX. 
Ronsard consacra à cette illustre liaison, tout un recueil in- 
titulé Les Amours d'Eurymedon et Callirée''^ Les devises de 
Belleau sont de petits dessins symboliques tracés à l'encre et 

^ Éloge Intin de Du Bellay dans les Deliliae Poetariim Galloriim 
I, 486. 

- Amplissimae spei populo, Francisco Gonzaguae, nobilissimi Prin- 
cipis, Ducis Xiuerneiisis filio. Leodu(jarius a Quercii . . . Chant d'alaigresse, 
pris des vers de M. du Chesne, lecleur du Roi]. Plus une autre traduction 
des œuvres dudit du Chesne . . . 1576 (M.-L. I, 161 et 369). 

3 Brantôme, VI, 294. 

* Laumonier, Ronsard p. 242 et Vie de Ronsard p. 161. Ces devises 
furent découvertes et publiées par M. Van Bever dans son édition des 
Amours et nouveaux eschancjes des pierres précieuses de Remij Belleau, 
Paris 1909. 



93 

colories, accoiiipiigiK's chacun, en liant d'une senlence latine 
et, en bas, d'un quatrain français. Or, il est curieux, et on ne 
l'a pas remarqué encore, que la Bergerie de lôG.") décrit déjà 
trois de ces devises que le poète aurait vues sur un miroir 
italien : les petits amours caiiinant et saj)pant» un rocher de 
leurs flèches ; une atrousse» brûlant à petit feu ; et l'Amour 
semant des grains de pavot. Soit que le miroir décrit dans 
la Bergerie ait réellement existé et ([u'alors Belleau n'ait fait 
que copier ces trois devises d'après les artistes italiens, soit 
({u'il les ait imaginées de son propre fonds, il est certain 
qu'originairement elles ne furent pas composées pour Anne 
d'Aquaviva mais plutôt à l'usage des dames de Joinville, car 
la liaison du roi avec la demoiselle d'Atri ne remonte pas 
au-delà de 1570*. 

Pendant les dernières années de Belleau, l'horizon poli- 
tique s'était rembruni et les guerres civiles sévissaient avec 
une fureur extrême. Comme pour réagir contre ce déchaîne- 
ment de passions effrénées, le poète retourna à l'Ecriture 
Sainte. Cependant ce ne fut pas là un mouvement particuher 
à Belleau : un souffle de piété pénètre toute la littérature de 
cette époque"-. Déjà en ir)72 Belleau avait mis en vers quel- 
ques chapitres du livre si pessimiste de Job '^ et avait com- 
posé les Amours de David et de Bersabée. Il est vrai que, dans 
cette dernière pièce, Belleau fait encore descendre l'Amour 
enfant, sur Bersabée ; mais ce n'est là, on le devine peut-être, 
qu'un souvenir d'Apollonius de Rhodes qui, dans ses Argo- 
naules, envoyait Cupidon tirer sa flèche empoisonnée sur 
Médée. Chez Belleau comme chez Apollonius, l'intervention 
de l'Amour allume les mêmes flammes, produit les mêmes 
gestes et Belleau aboutit ainsi à un récit galant, mélange 
d'Ecriture Sainte et de poésie alexandrine que le bon abbé 



^ Cf. Laumonier, ihld. 

2 Margarete Fôrster, Die franzôsischen Psalmenûberselzungen vom 
XIL bis :um XVIII. Jahrluinderl, Berlin 1914. 

3 Voici le relevé exact des chapitres utilisés par Belleau dans 
l'ordre des chants de la Bergerie (M.-L. II, 5 à 18): VII, 17—21; 
X, 1-7; X, 7—13 ; XIII, 23— 28 ; XIV, 1-6; XIV, 13-17; XVII, 1—16; 
XIX, 20—27 ; X, 18 — 22. Avant Belleau, on connaît une paraphrase 
d'Armand Du Plessis, Le livre de Job. Iradiiit en poésie française, Gé- 
rard 1552. 



94 

Goujcl, criti(iuanl noire poclc, (jualilia non sans raison de 
«pièce ini|)eilinenle ^». 

Avee sa paiaphrase du Discours de la Vanité (jiii, ])liit 
tant à {.harles IX, Belleau i'ournit une preuve de plus de la 
popularité de l'Ecclésiaste. En effet, ce livre avait été mis en 
vers fort souvent et de|)uis lont^temps déjà. Le moytMi-â«e et 
les rhétoriqueurs y avaient puisé leur sagesse-; Armand Du 
Plessis-^ et Lancelot de Caries, l'évcque ami de Ronsard 
l'avaient traduit en vers français*; Ronsard lui-même mourra 
les paroles de l'Ecclésiaste sur les lèvres^. Helleau, en com- 
posant sa i)araphrase, ne lit donc que reprendre une vieille 
tradition littéraire qui se continuera jusqu'à Voltaire. Enfin 
notre poète versifia, comme Voltaire encore, le Cantique des 
Cantiques dont il fit une églogue gracieuse mais un peu 
mignardée et dépourvu du grand souffle poétique de l'origi- 
nal. Tous ces ouvrages n'étaient pas du goût de la Sorbonne, 
((ui avait maintes fois protesté contre la vulgarisation de la 
Bible et plus expressément contre la lecture du Cantique des 
Cantiques^. Belleau était encore un peu entacbé d'ccévangé- 
lisme»: c'était ])eut-étre le dernier reste de ses anciennes 
amitiés compromettantes. 

Le retour à la Bible n'est i)as le seul sym])tôme du 
cbangement de caractère de Belleau. Tout indifférent qu'il 
€st pour la cause des partis, son patriotisme et sa dignité 
humaine souffre au spectacle des fureurs de la guerre civile. 
Le rire bouffon du Dictamen est mort sur ses lèvres ; il ne 



1 Goujet, BiblioUièqnc française 1748 ; XII, 291 à 301. C'est le 3^ 
livre (V. 154 à 160, 27Ô à 298, 761 à 765 et 828 à 835) des Ar()onaulcs qui 
servit de modèle à Belleau, le même livre auquel il avait déjà renvoyé 
dans son Commentaire, car Ronsard en tira l'idée de deux sonnets (Ne 
me sui point Belleau et Amour voulut le corps de celle mouche prendre). 

~ H. Gu\', Les Rh('t()n<}nenrs, 1910 et Gaspary, Geschichlc dcr ital. 
Literatur I, 139. 

3 Les proverbes de Salomon ensemble rLeelesiasle, mis en cantique 
et rime française . . . Lausanne 1556. 

* L'ecclesias'e de Salomon, paraphrase, Lyon, Edouard 1561 (Biblio- 
Iheca exotica p. 185). Après Belleau on trouve une paraphrase de Paul 
Perrot (Paris 1.595). Ilaym cite quatre versions italiennes pour le sei- 
zième siècle (Bibliath. Ilaliana IV, 278). 

^ Oraison funél>rc de Ronsard, ((Euvrcs de Du JU'rron 1633 p. 668). 
( ^ Brunot, Histoire de la huujue françtdse II, 21. 



95 

trouve plus que plaintes et invectives nnières à tout pro- 
pos. Les doléances qu'il formule sur les malheurs j)ublics, 
restent sans doute values, générales. imj)ersonnelles, car il a 
bien soin de se tenir loin des querelles où Ronsard s'est jeté 
à corps perdu. C.ependant, cette douleur patriotique devient 
presque une obsession dans les Pierres Précieuses dont la compo- 
sition est entrecouj)ée à chaque instant par les cris d'indignation 
et les plaintes amères du poète sur l'absurdité de la guerre civile. 
Outre cela, Belleau semble poursuivre un but particulier en 
mêlant ces allusions politiques à ses légendes et descriptions 
de gemmes : chacune de ses «pierres» est dédiée à une dame 
de très haute naissance qui, elle ou son mari, jouait un rôle 
prépondérant sur la scène ])olitique si tumultueuse de l'époque. 
Aussi tout en flétrissant la guerre civile, et en priant Dieu 
ou la jiierre précieuse d'apaiser le cœur des hommes, vise-t-il 
en réalité ces princesses qui étaient peut-être à même de re- 
fréner la folie générale. Et cette intention secrète du poète 
se manifeste le mieux dans ce fait que, pour exprimer sa 
colère à son aise, il attribue à ses pierres précieuses l'effet 
de calmer les esprits même là où ses sources littéraires ne 
l'indiquent point*. Ainsi pour la Turquoise, Belleau sup- 
pose qu'elle devient l'amie affectionnée de celui qui la porte; 
elle pâlit s'il tombe malade ; elle recouvre sa couleur s'il 
guérit. Combien cette pierre est plus sensible que les hommes ! 
Ceux-ci, dans leur cupidité, se moquent de leur prochain et 
font la guerre pour assouvir leurs passions coupables. Puisse 
l'accord se rétablir entre les princes pour entraver la ruine 
totale du pays (II, 223) ! Mais la Pierre sanguinaire est la plus 
forte expression de l'indignation du poète. Le mot sang 
évoque en lui tous les malheurs qu'il a vus depuis vingt ans. 
Les villes, les villages, les ports sont rouges de sang et «pâles 
de corps morts». Et pourtant quelle guerre absurde où des 
frères s'entr'égorgent ! Le })oète prie alors le Tout-Puissant 
de détourner sa vengeance de dessus la France, de réunir 
les cœurs des princes et d'accorder enfin aux Français cette 



^ Cf. Reinhold Besser, Das Vcrhâltnis von Remij Bclleaiis Stcin- 
çjedicht . . . zii den frùheren Stcinbiichern iind den sonstigen Qiiellen, (Dis- 
sert. Oppeln), paru in-extenso dans la Zeitsclir. fur neulranz. Sprache u. 
Literatur, t. VII, 1886 ; p. 41 du tirage à part. 



96 

|)ai\ tant tlésircc. D'ailleurs, Bclleau trouve la raison de la 
colère de Dieu dans l'impiété des «grands», affirmation un 
j)en hardie dans la bouche d'un serviteur des Guises (II, 254). 

.le ne saurais j)asser ici sous silence la Complainte de 
Promcthec jnibliée dans la Bergerie. Je n'aurais jamais eu 
l'idée, je l'avoue, d'y voir une allégorie politique, si le poète 
ne l'avait pas lui-même signalée. c(Je vous laisse à interpré- 
ter, — écrit-il en tête de son poème, — sous les eschanges 
de ce temps, ce qui se peut entendre sous la peau de ceste 
fable tant célébrée des anciens» (II, 12). Le Prométhée de 
Helleau, tiré d'ailleurs d'un monologue du Prométhée en- 
chaîné d'Eschyle, aurait donc une signification cachée. C'est 
peut-être la France dont ses propres fils, pareils au vautour 
de Prométhée, rongent les entrailles. On connaît la fameuse 
allégorie analogue de D'Aubigné : la France-mère aux seins 
meurtris ])ar les enfants qu'elle allaite. Dans le poème même 
Belleau ne nous laisse rien soupçonner de ses intentions se- 
crètes, et l'on serait tenté de croire que l'interprétation allé- 
gorique du poème ne vint qu'après coup à son esprit*. 

Quoi qu'il en soit, nous trouvons Belleau, vers la fin de 
sa vie, profondément désolé de l'état lamentable de la France. 
Il était «pacifiste», comme presque tous les autres poètes de 
cette époque. Depuis la bataille de Moncontour où l'on avait 
cru en finir avec les guerres intestines, Belleau tout atlaché 
qu'il fût aux Guises, n'avait approuvé ni les catholiques ni 
les protestants. Son humeur s'était aigrie ; la piété qui s'em- 
parait des esprits émus de tant d'horreurs avait envahi aussi 
son âme, il transcrivait en vers certains chapitres de la Bible, 
tandis que son angoisse et son désespoir sur la situation lui 
inspiraient des accents plaintifs qui allaient se multipliant 
dans ses poèmes. 

* M. Kurt Glaser (Reilraçfe ziir Geschichle der polilischen Lileratur 
Frankreichs, Zeitschrift f. iranz. Sprache u. Lileratur XXXIV, p. 244) 
trouve que Prométhée est le symbole de la Réforme enctiaînée. Mais 
son argument, — le vautour est nommé «ministre ensoufréw — ne tient 
pas debout, car ce n'étaient pas les minisires proleslants qui torturaient 
le protestantisme. Quant à Gouverneur qui le premier avait émis l'hypo- 
thèse du protestantisme (II, 194) on peut lui répondre ceci: Belleau 
aurait-il signalé ce symbole dans sa Bergerie dédiée à la maison de 
Lorraine ? — Outre les poésies citées cf. encore trois sonnets posthumes 
(M-L. I, 176j où le poète déplore les malheurs publics. 



97 

Après la mort inaltendue de Charles IX (.'50 mai l.")?!), 
Belleau lïil rei)ris, eelte fois i*ravenienl, j)ar son aneicn mal 
qui le tourmenta pendant deux longues années de suite, mais 
sans rempèeher de eom|)oser (juelques pièees de eireonstance ^ 
A j)eine rétabli, il se remit fiévreusement au travail, publia 
sur les instances de son ami, l'abbé de Pimpont, les Pierres 
Précieuses, ouvrage (|ue lui et ses amis considérèrent comme 
son chef-d'œuvre, termina le Discours delà Va/7/7e qu'il avait 
commencé trois ans auj)aravant et mil en vers le Cantique 
des Cantiques. Il se croyait guéri, car on lit dans la Pierre 
laicte.use, j)ièce posthume, qu'il avait conçu le plan d'un 
hymne en l'honneur du lait auquel il devait, prétendait-il, 
d'avoir échappé à la mort. Il se trompait, car le printemps 
de 1Ô77 l'emporta"'^. 

C'est le 7 mars 17)77 que ses amis portèrent, à la ma- 
nière grecque, le cercueil de Belleau sur leurs épaules au 
couvent des Grands-Augustins où, selon l'épitaphe, le poète 
avait désiré reposer*'. Gouverneur a supposé, avec assez de 
vraisemblance, que c'étaient Jean Galland, Ronsard, Baïf 
Desportes et Amadis .lamyn qui s'étaient chargés de satis- 
faire aux derniers vœux du mourant, en recueillant pieu- 
sement ses papiers en vue d'une édition complète de ses 
œuvres qui parut en effet en 1578; ils avaient publié déjà 
Tannée précédente le Tombeau de Belleau oi\ tous les amis 
du poète lui apportèrent leurs derniers hommages en vers 
funéraires grecs, latins et français. 

II 

Les rares événements qui jalonnent la vie du poète ne 
suffisent pas pour nous faire bien connaître l'homme. Si l'on 
veut approfondir la personnalité de Belleau, trop modeste 
pour parler de lui dans ses poésies, il faut s'adresser à ses 
amis qui s'occupent abondamment de sa personne. Le carac- 
tère de Belleau se révèle tout entier dans les amitiés du poète. 



1 Cartel daté du 3 juin 1575 (M.-L. I, 149). Sur sa maladie cf. la 
préface du Discours de la vanilé. 

^ La Croix du Maine affirme qu'il mourut le 6 mars. 
3 M.-L. I, XIV. Cf. l'éloge de Se. de Sainte-Marthe. 

Eckhardt : Remy Belleau. 7 



98 

Voici d'aboril le mailrc, Ronsard (jiii avait reçu Bellcaii 
avec tant d'enthousiasme dans la «brigade des bons». Les 
premières marques de leur amitié furent des vers qu'ils 
échangèrent. C'est Ronsard (|ui avait commencé en envoyant 
à Belleau le Freslon et la Grenouille ; la Foiirmy les suivit 
un ])eu ])lus tard*. Relleau répondit j)ar un Papillon, j)uis 
]iar l'Heure, la Cerise et VEscargot. Toutes ces |)ièces, les pre- 
mières j)oésies de Belleau, j)arurent même la première lois 
dans les recueils de Ronsard où le maître les inséra à la suite 
de ses propres productions'-. Dans ces recueils le nom de 
Belleau revient déjà bien souvent sous la plume de Ronsard •'. 
Leur amitié était ferme et intime dès le début ; mais, Belleau 
y mêlait quelque vénération respectueuse. Sa Muse est fière 
de l'amitié de Ronsard qui, dit Belleau, 

. . . daigne bien 
Lire mes vers qui ne sont rien (I, 52). 

Un autre passage non moins modeste montre qu'il sou- 
mettait ses vers à la critique du maître : il envoya sa Cerise 
à Ronsard a(in que celui-ci la corrigeât (I, 77): 

Si l'auras-tu, mais je t'asseure, 
Qii'eir n'est pas encor assez meure, 
Elle sent encor la verdeur 
N'ayant nj- le teint, ny l'odeur : 

1 Belleau a commis une erreur clironologique en disant à son 
Papillon (I, 52j : 

Tu luy diras que son Remy 
A qu'il a donné son Fourmy, 
Son Fourmi, et depuis encore 
Un double présent qu'il honore 
D'une Grenouille, et d'un Frelon, 
Pour recompense, un Papillon . . . 
Or cela contredit P»onsard (jui parle au début de sa Fourmi! de 
la Grenouille et du Freslon comme de présents déjà laits à Belleau : 
Puis que de moi tu as en don 
El ma Grenouille et mon Freslon 
Je te férois tort, mon Rem}' 
Si que](iu'autre avoit ce Fourmy. 

2 Le Papillon parut dans le liocmje (15.')4), les trois autres pièces 
dans la Continualion des Amours (1555). 

^ Cf. les sonnets D'une belle Marie en une autre Marie . . ., Je i>eus 
me souvenenl de ma genlille amie . . ., Ne me sui point Belleau, etc. 



à 



99 

Mais pour tromper la pourriture 
S'il te phiist, par la confiture 
De ton saint miel llymettien, 
Et du crystal Pegasion 
Qui sort (le ta bouche sacrée, 
Tu la rendras toute sucrée, 
A fin que par toy meurissant 
On ne la trouve pourrissant. 

Si tu le fais, je n'ay pas crainte 
Ny des frimas, ny de l'atteinte 
Des coups d'un orage gresleux . . . 

Telle qu'elle est je te la donne . . . 

La niéla|)horc de Belleau est d'un goiil forl précieux, 
elle serait même dépourvue de toute siijniliealion si le «miel» 
et le («cristal» de Ronsard qui mûrissent la Cerise de Belleau 
ne désignaient pas les corrections du maître. 

Belleau j)araît aussi mêlé à la vie privée de Ronsard. 
Son Commentaire du Second livre des Amours (15(50) est la 
preuve éloquente de rinlimité de leurs raj)})orls. Déjà le fait que 
Ronsard confia à Belleau la tâche délicate de commenter ses 
j)oésies amoureuses montre qu'il avait beaucoup de confiance 
en son ami. Belleau connaît, en effet, maints détails intimes 
de la vie de Ronsard. On a même supposé, et cela non sans 
raison, que ce fut lui qui accompagnait Ronsard dans son voyage 
à Bourgueil et qu'il y fut témoin de sa j^assiou pour la belle 
Marie*, car il ny a i)as de lieu nommé dans les Amours de 
Marie, quehpie insignifiant soit-il, dont il ne sache indiquer 
remphtccment exact. Le conuuentaire du Voiage de Tours 
abonde surtout en renseignements sur ce voyage idyllique de 
Ronsard et de Baïf. D'autre part, Belleau })rélend lui-même 
qu'il est le dépositaire des confidences de son ami : «^L'auteur 
pour l'amitié qu'il me i)orte m'a toujours familièrement des- 
couverl ses j)lus secrettes passions-». Ce préambule sert à 
appuyer l'autorité du commentaire historique du sonnet D'une 
belle Marie en une autre Marie. Belleau sait rapporter, — ce 
qu'on ne saurait apprendre du sonnet commenté, — que 
Ronsard, ayant pris congé de Marie, vint à Paris où il tomba 
amoureux d'une autre dame portant le même nom. Ailleurs 



1 Laumonier, Vie de Ronsard p. 230, Longnon, Ronsard, p. 30ô. 
■- Amours 1560, f 68b. 



100 

Belleau relaie ([ue son ami lui a confié son déplaisir à faire 
des vers de connnande *. Ronsard, expansif et exubérant, trouva 
en lui l'ami aucpiel il put s'ouvrir sans crainte d'être trompé. Il 
se brouilla i)lusieurs fois avec Baïf, une fois même avec Du 
Bellay, ([ui étaient tous deux très sensibles et très irri- 
tables. Or nous ne savons rien de pareil concernant ses rap- 
ports avec Belleau. L'admiration s])ontanée et sans réserve 
du savant disciple, de quatre ans plus jeune que son maître, 
sa nature tranquille et réllécbie gagna vite le cœur très con- 
fiant mais aussi très irritable de Ronsard'-. Comment se se- 
rait-il brouillé avec un admirateur discret et prudent? Aussi 
Belleau fut-il le confident de la vie intime de Ronsard tel 
qu'il nous parait dans son Commentaire. 

La mort de Belleau causa une grande douleur à Ron- 
sard (jui devait vivre huit ans encore. Il l'exjM'ima notam- 
ment en insérant son nom dans le dernier vers du sonnet 
Pour célébrer des astres devcstus, comj)osé originairement 
en 1ÔÔ2. Pour vanter la beauté de sa bien-aimée, dit-il, il lui 
faudrait un Pontus, un Du Bellay, un Desautels, un Baïf 

Et un Belleau que les sœurs ont nourry^. 

Même en 1584, le souvenir de l'ami si fidèle, si sympa- 
thique, remplissait encore son âme de tristesse : le temps 
n'avait fait que rendre plus sensible l'absence de l'ancien 
camarade, car Ronsard omit les noms de Desautels et de 
Baïf pour faire place à de nouveaux vers pleins de souvenirs 
mélancoliques du cher disparu. Je donne ici tout le sonnet 
pour montrer le contraste qu'il y a entre les deux quatrains,, 
facture de V^T)!, et les deux tercets, inspiration de 1584 : 

1 Commentaire du sonnet Douce heaiitc (jui me tenez le cœur dans 
l'édition de 15G7 des Amours, p. 489. 

- Cf. le portrait que Ronsard a fait de lui-même dans le Discours 
à Jacques Grevin (M.-L. VI, 218) : 

Je suis opinia.stre, indiscret, fantastique, 
Farouche, soupçonneux, triste et melancliolique, 
Content et non content, mal propre et mal courtois: 
Au reste craignant Dieu, les Princes et les loix, 
Né d'assez bon esprit, de nature assez bonne, 
Qui pour rien ne voudroit avoir fasché personne. 
3 Var. de 1578. Cf. l'édition de Vaganay des Amours de Ronsard. 



101 

Pour célébrer des astres devestus 
L'heur (jui s'escoule en celle qui lime 
Et pour louer son esprit, qui n'estime 
Que le parlait des plus rares vertus, 

Et ses reqards, ains traits d'Amour pointus 
Que son bel œil au fond du cœur m'imprime, 
Il me faudroit non l'ardeur de ma rime, 
Mais l'Enthousiasme, aiguillon de Pontus 

Il me faudroit une Ij're Angevine 

Et un Dorât Sereine Limousine 

Et un Belleau qui vivant fut mon bien 

De mesmcs mœurs, d'estude et de jeunesse. 
Qui maintenant des morts accroist la presse 
Ayant fini son soir avant le mien. 

On verra plus loin l'ascendant que le génie de Ronsard 
exerça sur l'œuvre de Belleau, el l'on jugera combien l'ori- 
ginalité de celle-ci eut à en souffrir. 

Belleau était fait, jiarait-il, pour gagner les sympathies 
générales. Les vers qu'on lui adresse de tous côtés ne parlent 
que d'amitié, et cela sur un ton si éloquent et si solennel 
qu'on ne saurait douler de leur sincérité, quand bien même 
on considérerait que les humanistes n'étaient pas précisément 
avares de ces manifestations amicales. A peine Belleau eut-il 
paru à Paris que Magny le mit «au plus haut rang» de ses 
amis et qu'il termina ses Gagetez par une ode adressée à 
notre poète *. D'autre ])art, nous avons vu le jeu d'anagramme 
que Pasquier fit «pour gage de l'immortelle amitié qu'il por- 
tait» à Belleau. Baïf parle de ses sentiments pour Belleau à 
peu près sur le même ton (pie Ronsard. Il publia dans ses 
Poëmes une ode qui n'est qu'une apologie de l'amitié: 

Quel autre bien plus grand 
Console nostre vie, 
Que la joye qu'on prend 
D'une amitié qui lie, 
Belleau, les mesmes cœurs 
D'un nœu de mesmes mœurs? 

1 Gayetez 1554 (Éd. Blanchemain, Turin 1869, p. 61). 



Parmy tant de travaux 
Qui troublent nostre race, 
Le seul confort des maux 
Que le malheur nous brasse, 
(ycst lamy qui scfjret 
Kntcnd nostre rccjret . . . 

Mais des cieux seroit point 
Nostre amitié venue, 
Qui nos deux âmes joint, 
Bclleau, d'une Iby nuë, 
Avec telle douceur 
Glissant dans nostre cœur?* 

L'accent sincère et énui de cette ode nous fait sentir 
c(iie Baïf trouva aussi en Helleau l'ami discret à qui il put 
confier ses plaintes secrètes; au milieu des désastres poli- 
tiques, il se reposait dans ses relations franches et cor- 
diales avec son camarade. 11 l'invita, on l'a vu, à défendre 
la nymphe du petit Bièvre contre les teinturiers et son hon- 
neur de poète contre un calomniateur-, et la cacha très pro- 
bablement sous le nom de Belin dans deux de ses églogues 
(IV et IX). Belleau fut le confident de son bonheur et de ses 
amères déceptions d'amour. Pour éviter dans l'avenir les re- 
vers amoureux, Baïf prétend même dans ses vers vivre désor- 
mais à la manière de Belleau, sans trop s'attacher à une 
femme et sans s'affliger plus (ju'il ne faut si elle est infidèle**. 
Belleau, à son tour, lui montre dans un sonnet le danger de 
vouloir creuser la cause de ses chagrins, imaginaires ou réels ; 
si Baïf apprenait que c'est l'amour (jui les a produits, le sou- 
venir de son ancien mal le rej)longerait dans la désolation 
(I, 252). Mais Baïf ne sait j)as éviter la rechute, et il en fait 
part comme d'ime chose incroyable à son ami*. 

Belleau paya de retour ces manjues d'amitié; il gémit 
dans ses idylles en compagnie de Tenot (Baïf) sur leur état 
lamentable et il lui dédia plusieurs de ses poésies. D'autre part, 
dans son Commentaire de Bonsard, le lendemain de la seconde 

1 M.-L. Il, 400. 

2 M.-L. II, 221. 

3 Premier livre des Diverses Amours, M.-L. I, 323. 

* Le cro}Tas-tu, Belleau, quand on te le dira, !! Que je me soy re- 
mis sous le jouq amoureux ? (M.-L. I, 344). 



103 

brouille de Ronsard avec Baïf, il inséra celle remarque au 
nom de celui-ci : «l'un des meilleurs el plus fidelles amys que 
j'aye en ce monde-». Néanmoins, il i^arda son indépendance 
d'espril envers son ami, car, selon Tabourot, il désapj)rouva 
les nouveaux vers mesurés, bien que Scévole de Sainle- 
Martbe l'eùl in vile à s'associer à la réforme de Baïf'\ 

Les relations de Belleau avec le savant historiograpbe 
paraissent aussi des plus intimes et des i)lus cordiales. Après 
Ronsard, Sainte-Marlhe fut le meilleur ami de Belleau ; dans 
une lettre il l'appelle même son «frère d'alliance*». Cepen- 
dant leur amitié remontait tout au plus à l'année lôfiO, car 
c'est à celte date (jue Sainte-Marthe vint dans la capitale 
pour suivre les cours de Ramus, de Turnèbe, de Slobée et de 
Muret ^. Belleau, on l'a vu, suivait aussi ])rol)al)lcment les 
mêmes cours. 

Belleau et Sainte-Marthe ont donné de nombreuses dé- 
monstrations de leur profonde amitié. Il y a d'abord entre 
eux un vif échange de vers. Dans les Premières œuvres de 
Sainte-Marthe, Belleau publia l'imitation française d'un «bai- 
ser» latin de son ami*' cpii à son tour y réimprima un son- 



* Cf. mon article sous presse : Pldçjiiimvdd Ronsard cllcn (Ronsard 
accusé de plagiat) dans Egijelemes Philologiai Kôzlôny 1917/8. Je me ré- 
sume brièvement : Florent Clirestien (Apoliniic on Dcffcnse d'nn homme 
chrcslicn 1361) accusa lionsard davoir plagie Alcrlin (^occaie, et encore 
un de ses meilleurs amis. Cet ami «illustre, docte en l'une et l'autre 
langue» qui se serait plaint à Clirestien du tort qu'on lui avait fait, ne 
peut être que Baif; en e(Tet ses Eglognes montrent des analogies frap- 
pantes avec celles de Ronsard. Ba'if, quoique jaloux de sa priorité dans 
le genre idyllique, protesta contre l'indiscrétion de FI. Clirestien et le 
démentit ; les vers de sa 3^ églogue si pleins d'amertume, sur l'incon- 
stance de l'amitié, ne peuvent se rapporter qu'à cette brouille de Ron- 
sard et de Ba'if. Quant à Merlin Coccaie, il paraît bien avéré que Ron- 
sard a pris chez lui l'idée de son lignine de l'Élé. Cf. ci-dessus p. 66. 

- Second linre dea Amours de Ronsard 1567, f. 26/>. 

•^ Les Rigarrnres, 1583, fol. 154; Sainte-Marthe, Lijricorum l. II, Ad 
Januni Antonium Baifium. Cf. Augé-Chiquet, Baïf, p. 421. 

'* Cf. Colletet chez Gouverneur I, XXV. 

•"• Urbain Grandier, Oraison funèbre de Scevole de Sainle-Marlhe, 
Paris 1629. et Léon Feugère, E ude sur Scévole de Sainle-Marlhe 1854. 

" C'est la pièce réimi)riméc dans la Bergerie de 1572: «Quand je 
vay recueillant dessus tes lèvres douces» (M.-L. II, 88). Les éditeurs de 
Belleau n'ont pas remarqué que cette pièce avait déjà été publiée en 1569. 



104 

net de Bcllcau et le lît suivre iriine traduction latine*. Il 
ti-aduisit de même un é|)il]ialanie de Hellcau, composé origi- 
nairement pour une autre |)ersoime et envoyé par la suite 
au mariage de Sainte-Marthe. Belleau inséra cette traduction 
dans sa Bergerie-, ainsi qu'un sonnet liminaire de son ami 
en tète de ses Baisers'-*. Enlin Helleau envoya à Sainte-Marthe 
un sonnet pour sa traduction de Marcel Palingcne '''. D'autre 
part, Belleau était en correspondance suivie avec son ami. 
La lettre que Colletct avait vue entre les mains des frères de 
Sainte-Marthe était peut-être au nomhre de celles que Feu- 
gèrc vit encore récemment et qui périrent dans l'incendie de 
la hihliothèque du Louvre^. 

C'est Scévole de Sainte-Marthe lui-même qui donna la 
meilleure analyse de leur affection réciproque. S'occui)ant 
damour et damitié dans son adaptation du Zodiaque de Pa- 
lingène, il quitte hrusquoment son original pour parler de son 
amitié, dont la profondeur et la solidité lui semblent uniques 
au milieu de tant d'animosités et de haines: 

Tous ces maux n'aviendroient, si au temps ou nous sommes, 

Quelque amour se logeoit dedans le cœur des hommes : 

Mais de tout son pouvoir chacun s'efTorceroit 

D'aider et secourir celuy qu'il aimeroit. 

Croyez que seulement la vie alors est vie, 

Quand on a quelque amy sus lequel on s'appuj^e, 

Qui lasché de voz maux vous aide à les porter. 

Qui joyeux de voz biens vous aide à les gouster, 

Et vous aide à tromper les jeux de la fortune, 

Soit elle favorable, ou soit importune. 

Comme toy, mon Belleau, (ju'une pure amitié 

Fait estre de mon cucur la seconde moitié ; 

Ce que je ne voudrois donner en contr eschange 

Pour toute l'Arabie, et tout le bord estrange. 

Où l'hoste de l'Aurore amasse au poinct du jour 

Les perles, qui des I^ois doivent estre l'alour. 

La Muse, qui tous deux nous tire à mesme estude, 

Et de mœurs et d'humeurs quelque similitude, 



1 C'est le sonnet Lune porlc- flambeau, seule fille heriliere (M.-L. I, 308). 

2 Gouverneur II, 332. Cf M.-L. II, 126 et 476. 
« M.-L. II, 8.-). 

* M.-L. I, 160: ce sonnet avait déjà paru dans les Premières œiinres. 
^ Léon Feugère. op. cit. p. lOô. Les lettres de Belleau étaient dans 
le manuscrit coté 242. 



105 

Ton bon sçavoir sur tout et ta rare vertu 
Furent les londeniens (jui le pouvoir ont eu 
D'eslablir entre nous ceste union si saincte, 
Qui par le cours des ans ne sera point esteinte : 
Ains fera voir, niauçjré ce siècle vicieux, 
Que quelcjuc aniilié loge encore sous les Cieux^. 

L'identité de leurs curiosités, la science et les «rares 
vertus» de Helleau ont fait que Se. de Sainte-Marthe, tout 
comme Ronsard ou Baïf, trouva en lui le confident sûr, fidèle 
et constant à (|ui il put se fier comme à sa «seconde moitié». 

Le facétieux Etienne ïabourot, le seigneur «Des Accords» 
comme il se plaisait à se nommer, fut aussi des intimes de 
Belleau. Leur amitié date de réi)oque où Tabourot, encore 
«jeune escholier'-» de seize ans, mit en latin le Papillon de 
notre poète (1565). Ils étaient en correspondance suivie •*, et 
dans une de ses éi)igrannnes le jeime Tabourot invita le 
j)oèle à s'acquitter de la promesse qu'il lui avait faite de le 
j)résenter à Ronsard, ou du moins à lui envoyer des jîoésies 
écrites de la propre main du grand poète ''. Plus tard, devenu 
officiai de Langres, Tabourot convia son ami à de joyeuses 
aga})es, lorsque celui-ci, encore une fois malade, fut obligé de 
faire un séjour à Langres. Voici ce que Tabourot en dit dans 
ses Bigarrures chapitre des .Equivoques: «Or si l'on s'est 
délecté sur ceste invention en vers, aussi à Ion bien faict en 
prose comme le tre.s-ingenieux et sçavant personnage mon- 
sieur Torvabat [Tabourot], lequel après les plus sérieuses oc- 
cii|)ations ne desdaigne point de s'sbattre en ces spirituelles 
inventions, qui escrivoit à feu monsieur Belleau excellent 
Poète François, l'invitant à disner pendant le séjour d'un 
quatre ou cinq mois, qu'il fut contrainct faire estant malade 
en ceste belle et forte ville, size souz l'élévation du Pôle 
deg. 47. M| ayant de longitude deg. 26 

Mi selon la supputation de Ptolomee^». 

* Zodiaque de la vie, chap. De l'amour dans les Imilalions de Se. 
de Sainle-Marlhe. 

2 Bigarrures, 1583; I, 10. 

=* Une épigramme de Tabourot publiée à la suite de sa traduction 
de la Fourmi de Ronsard et du Papillon de Belleau (1565) porte le titre : 
De Responso Bellqi 27. Marlii dalo Querimonia Calullianis fere omnis ver- 
bis expressa. 

* Ibid. — s Bigarrures 1583, f. 52. 



106 

Il va sans dire ({lie coite localité dont Tabourot rapporte 
avec tant de i)rccision la latitude et la longitude est la ville 
de Langres où il demeurait ^ Il discutait avec Belleau les 
questions de la ])oésie, ils i)arlaient de vers rétrogrades^, et 
de la nouvelle métrique ((ue plusieurs poètes voulurent in- 
troduire dans la versification française ". 

Un autre grand ami de Belleau fut Vaillant de Guesle"*, 
abbé de Pimpont (Gcrmanus Valens Pim])onius), et évoque 
de Meung vers la lin de ses jours. Il avait déjà charmé 
François I<^i' de son esi)rit'' et fut chargé par celui-ci de di- 
verses missions politiques*'. Il i)ul)lia un Virgile avec des 
commentaires ". Ce fut un guisard intrépide, et ses épigrammes 
latines contre Henri III où il semble avoir prédit l'assassinat 
du roi, couraient de main en main*. Belleau se lia avec lui 
en traduisant son é])itaphe latine d'Anne le Montmorency 
(-J- 1567)". L'abbé de Pimpont envoya à son tour à Belleau des 
pièces liminaires ])our la Bergerie et les Pierres Précieuses. 
Leur amitié fut intime à ce point que l'abbé se glorifia 
d'avoir contraint Belleau, à force de prières et de menaces, à 
publier les Pierres Précieuses qu'il gardail dans son coffre *°. 

Belleau donna aussi une traduction des Imprécations 
de Pimpont sur la mort du seigneur «Loys du Gaz». Louis 
de Béranger, seigneur de Guast était un capitaine dauphinois, 
mignon de Henri III et ami des lettres: c'est de lui que 
Brantôme entendit l'histoire de la matrone d'Ephèse que Du 
Guast tenait de Dorât ^^; les poètes et les savants renommés 



* Cf. la carte dOrtclius : Thea'nim orbis Icrranim, Antverpiœ 1579. 

~ BUjarriiri's I, 10 Des vers rdrogadcs. 

^ Ibid. Des vers Léonins, f. 154. 

'* On trouve aussi la graptiie Guérie ou Guelle. 

^ Il imprimait des vers liminaires déjà en 1543 en tête de VAma- 
dis d'Hert)eray des Kssarts (Vaganaj', Amadis en français, Essai de bU)lio- 
grajihie, Bibliofilia 1904, p. 147,1. Il mourut en 1586. 

^ Cf. Se. de Sainte-Marthe, Elogia. 

' P. VinjUius Maro el in eum commenlaliones, el Paralipomena G. 
V. G., Antverpicc 1575, in-fol. 

« P. de l'Estoile, Mémoires-journaux, I, 271, 301, II, 344, XI, 365. 

» Gouverneur I, 229 ; M.-L. I, 166. 
10 In lib. Remifiii Jiellaci de Gemmis G. Valens Guellius PP. (Gou- 
verneur III, 13). 

" Brantôme XII, 151. 



107 

se réunissaient à sa table: Brantôme y rencontra un jour 
Ronsard. Haïf, Desportes, D'Aul)igné, Esi)inay de Bretagne, 
évè(iue de Dol et «d'autres desquels ne me souvient*.). On 
peut supj)oser à bon droit ([Ue Pimpont et Belleau n'y man- 
quaient j)()int. Ce capitaine qui se vantait d'avoir pris part au.K 
sinistres événements de la Saint-Barthélémy^ et qui recevait 
de riches jiréscnfs du roi **, fut assassiné ])ar le baron de 
Viteaux sur l'ordre de Marguerite de Navarre dont Du (iuast 
avait divulgué la liaison avec Bussy d'Amboise. Mais l'assassin 
ne fut pas découvert ni j)oursuivi, le roi se contenta de 
faire des funérailles magnifi((ues à son mignon *. Pimpont, 
très attaché à Du Guast, appelle dans ses vers toute la ven- 
geance des enfers sur la télé de l'assassin et fait vœu de 
garder pour toujours le souvenir de son ami (I, 165). 

Il est curieux, de voir les ])oèlcs du XVI*^ siècle se grouper 
autour des secrétaires du roi et des trésoriers d'État. Le 
Commentaire de Belleau est dédié à Florimond Robertet, 
secrétaire dElat et des finances du roi ; ce François Hotman, 
seigneur de Fontenay auquel Belleau envoya une églogue (II, 
43) n'était ])as, comme l'a j)ensé Gouverneur, le célèbre auteur 
de la Franco-Gallia, mais le trésorier de l'épargne sous Henri 
III"'; ce Jules Gassot qui reçut la dédicace de la troisième 
édition QVAnacréon (II, 3) était secrétaire de Charles IX et 
de Henri III et faisait lui-même des vers, car, chose sin- 
gulière, tous ces secrétaires et trésoriers étaient amateurs de 
poésie et de «bonnes lettres;); ce «sieur Salomon» ([ue Bel- 
leau honore dun sonnet fort élogieux. est Salomon G^erton 
auteur de savants vers léipogrammes ci .. . secrétaire du roi". 

Parmi ces secrétaires d'Etat et du roi il faut faire une 
place à part à ce brave Simon Nicolas, secrétaire de Charles 
IX, auquel Ronsard et Belleau paraissaient fort attachés. Ce 
joyeux compagnon ([ui, entre autres besognes plus difficiles. 



■*■ Brantôme IX, 113. 

- P. de l'Estoile, Mcm.-joiirn. 31 oct. 1575. 

•^ Ibid. mars 1575. 

* Ibid. 31 oct. 1575. 

'' Moréri, Diclionnaire hisloriqiie. Ce François Hotman était peut- 
être parent de Pierre Hotman, avocat qui s'occupait de la succession du 
cardinal de Guise, cf. De Pimodan, La Mère des (iuises, p. 403. 

** Gouverneur I, 204 et Brunet, Manuel du libraire. 



108 

avait celle de sii<ner les privilèges des livres*, était fort goûté 
à la ('our pour sa gaîté el ses facéties toujours spirituelles^. 
Le roi lui adressait des vers au\(|ucls il réi)li(juait"\ Ce per- 
sounage si bien en cour fut un libertin, t'un bon corrompu 
et vieil ])eccbeur et lequel on disoit croire en Dieu par béné- 
liee d'inventaire, n'en estant (jue mieux venu aux conij)agnies, 
selon riiumeur corromi)ue de ce sieclo). Quand on lui parlait 
du paradis, il répondit i'{[u'il eust quitté tousjours fort volon- 
tiers sa part de paradis j)our cinquante ans de plus de ceste 
vieo. II composa sa propre éjîitapbe (jui est celle dim viveur 
sceptique : 

.Tay vcscu sans souci, je suis mort sans regret, 
Je ne suis plaint d'aucun, n'aiant pleuré personne. 
De sçavoir où je vais, c'est un trop grand secret : 
J'en laisse le discours à Messieurs de Sorbonne *. 

Ronsard et Belleau trouvèrent un excellent camarade 
dans cet é|)icurien, favori du roi, ami des muses et de la 
bonne compagnie. On voit en effet sur (|uel ton de familiarité 
Belleau. si resj^ectueux d'ordinaire avec les grands jierson- 
nages, j)arle à Nicolas dans son Mulet et dans le i)etit poème 
Sur l'imporluniié d'une cloche^'. Nicolas y est présenté comme 
le meilleur ami et le plus cbarmant mécène. Il parut déjà 
comme tel dans le Commentaire de Belleau en 1572 où il fut 
qualifié de «])ersonnage remanjuable ])our ses vertus, boutez, 
gentillesse, d'esprit, et preud'hommie et pour l'honneur qu'il 
porte à ceux qui font profession des bonnes lettres®». Ron- 
sard et Belleau qui rêvaient comme Rabelais d'une vie tran- 
quille et heureuse, d'une vie de plaisirs sensuels et de joui.s- 
sances spirituelles se sentaient à leur aise dans la société de 
cet ami complaisant, gai et bon vivant. Belleau savait que 



* Cf. VAiuicri'on de 1574 de U. Belleau. 

^ Esloile V, 240, avril 1593. 

•■* Brantôme VI, 293. CI". Laumonicr, Ronsard, p, 259. 

'' Estoile VIII, 120. 

•'' Le Mtilcl parut d'abord dans VAnucrcon de 1573, l'autre pièce 
dans VAnarréon de 1.574 (M.-L. I, 108, 111). 

*' -Au sonnet Qui veut sruDoir Amour et sa nature. On ne peut établir 
avec certitude si c'est Belleau ou Bonsard qui revit le Commentaire 
pour lédition de 1572. 



109 

Nicolas était bien celui aiuiiiel il fallait adresser une de ses 
chansons |)leine de sensualité voluptueuse, imitée d'ailleurs 
de Properce (II, 107). 

L'amitié était la vertu par excellence tle l'humanisnie : 
on laflectait, on rallichait, c'est l'époque des «frères d'al- 
liance», mais on l'éprouvait parfois bien réellement et même 
profondément. Au milieu de tant d'amitiés bruyantes, Belleau 
n'Qii faisait naître que de sincères. Ronsard parle de lui dans 
les mêmes termes (pie lîaïf, Haïf comme Scêvole de Sainte- 
Marthe, Saint-Marthe comme Ma<^ny, avec une chaleur intime 
et une conliance absolue, et ce n'est pas un hasard si Baïf 
et Sainte-Marthe se laissent tous deux entraîner dans des ré- 
flexions générales sur l'amitié lorscjue la sympathique figure 
de Belleau leur vient à la mémoire. 

Si Belleau sut gagner à tel point la confiance de ses 
amis, c'est que son caractère était d'une grande beauté mo- 
rale. Du Bellay oppose ses vertus à l'immoralité de la Cour 
(Regrets CXXXVII); Maurice de la Porte vante «l'intégrité de 
sa vie*i). D'autre part, les épithètes que De la Porte trouve 
pour Belleau sont tout à fait significatives. Belleau est- «nour- 
risson des Muses, divin, jirudent, accort, biendisant, truche- 
ment de Ronsard, taciturne d. Bien que De la Porte ait le 
plus souvent ramassé ses épithètes chez les poètes contem- 
))orains, celles de Belleau ne se retrouvent point dans les 
poésies de l'époque. 11 faut donc croire que le brave impri- 
meur les inventa lui-même et qu'il donna ainsi la caractéris- 
tique du poète qu'il connaissait personnellement. 

Belleau était donc «prudent, accort-, biendisant, taci- 
turne». Il était dès lors d'une discrétion à toute épreuve et 
d'une gracieuse affabilité ; il n'était point bavard et quand il 
parlait, c'était avec beaucoup de tact et de prudence. Le 
Tombeau de Remy Belleau, recueil des hommages poétiques 
de ses amis, achève ce portrait. Je n'ignore pas que le style 
humaniste préfère l'hyperbole, suitout dans les pièces de cir- 
constance : mais ici les témoignages sont tellement concor- 
dants qu'on aurait tort de ne pas les prendre à la lettre. Baïf 
dit que son ami était honnête, doux, affable, prudent, docte, 

1 De la Porte, Les Epilheles, 1571. 

- Sur l'explication de ce mot par Belleau cf. ci-dessus p. 32. 



no 

gracieux, en un iiK^l xaXoxaYaO'ô; et affirnie (juil n'eut i)oint 
d'eniuMiiis île sou vivant: I)es|)()rtes vanle sa science, sa dou- 
ceur et ses vertus; Hiuci assure qu'il n"y eut jamais d'ami 
plus sincère ; N. Goulu |)rélend (|u'il fut dou\, aimable 
^•étranger à la haine maudite», Troussilh fait ressortir qu'il 
n"eul "uy langue vanteresse, n'amhiiion en son cerveau*)). 
De ces traits épars on peut dessiner nettement le por- 
trait symi)alhique de Remy Belleau: un brave homme mo- 
deste, presque soumis, fort discret et sans ambition, ami franc 
et loyal, gagnant facilement le monde i)ar ses manières en- 
gageantes, imposant le resi)ect par sa science et par son 
talent poétique. On a voulu faire de lui un ])oète des mignons 
de cour, lascif, voluptueux et sans caractère-. Rien n'est ])lus 
faux: il ne fut lascif et voluptueux que sur le papier et qu'en 
tant que le furent ses modèles Properce, Jean Second et 

l'Ai'ioste, 

* 

La vie de Belleau, on le voit, n'est ])as troj) mouve- 
mentée. Il eut de bons ])rolecleurs j)endant toute sa vie : 
dans sa jeunesse il avait obtenu la faveur de l'excellent abbé 
de Mureaux, et pour le reste de sa vie celle de la puissante 
maison de Lorraine. Son existence matérielle fut mieux ga- 
rantie que celle de ses comj)agnons. L'aventure de Naj)les, 
des élans ])assagers vers le protestantisme, enlin les chagrins 
patriotiques des dernières années dérangèrent seuls cette 
vie monotone et un peu effacée de ])oète et de précepteur. 
Deux événements furent décisifs pour sa poésie : son aj)- 
parition dans la brigade de Pionsard qui se l'attacha j)our 
toujours, et le séjour de Joinville qui contribua à l'essor de 
ses facultés poétiques. Pour mettre à jour ces facultés fuyant 
parfois dans le labyrinthe des imitations banales et disparais- 
sant sous le fardeau j)esant de l'érudition, il faut mettre dune 
part ce qui est imité et de l'autre ce qui est vrai et vécu 
dans l'œuvre du poète. L'originalité de son talent est assez 
forte pour justifier létendue de notre travail. 



* Gouverneur III, 365. 

'^ Lcnient, Iji sa.'ire en France ou la lillcra'.urc militanlc au XVP 
siècle 1877. » 



DEUXIEME PARTIE 

LA «BERGERIE» 

SOURCES ET MODÈLES 



CMAPITRE l^' 

LA .BERGERIE», LE GENRE ET LES MODÈLES 

DU CADRE 

I. Histoire de louvraçie. Supériorité de la i)reniière édition (1565) 
à la seconde (1572*. Ce qu'il y a de nouveau dans la Benjcne. 

II. Nouveauté du genre. Revendications de Vauquelin de la Fresnaie, 
Jean Lemaire de Belges. Sannazar, le grand modèle. UAmelo de Boccace. 
Les modèles latins du genre. UArcadia et la prose de la Bergerie. In- 
fluence dans la composition, dans la technique du récit et dans les 
détails. 

I 

Qu'est-ce que cette Bergerie (|ui déconcerte le lecteur 
par son aspect bizarre? Comment se reconnaître dans cet 
enchevêtrement de poésies de genres si différents, qui se suc- 
cèdent sans conséquence et qui alternent avec des morceaux 
de prose plus ou moins longs ? 

La Bergerie est le recueil de presque toutes les j)oésies 
de Bclleau, écrites avant 1572; et les vers y sont encadres 
dans un récit en prose. Celui-ci contient la description un peu 
idéalisée des plaisirs du poète à Joinville, et forme un tout 
complet ; cependant il s'interrompt à chaque instant et sous 
tout jnétexte pour céder la place à des hors-d'œuvre ((ui ne 
tiennent au récit lui-même que par des fils fort ténus. 

L'histoire de cet ouvrage est relatée par l'auteur, pour 
s'excuser de Tincohérence et du défaut de composition de la 
Bergerie. Sortant de la maladie qui l'avait immobilisé depuis 
son arrivée à Joinville, il s'était remis à écrire : «le trop de 
plaisir et de loisir, ou la beauté naturelle du lieu et de la 
saison ou bien l'honneste et douce conversation d'une gave 
et vertueuse compagnie» lui inspirèrent «tantost un Sonnet, 
tantost une Complainte, une Eclogue, une description, et ne 

Eckhardt : Remv Belleau. o 



114 

sçay telles quelles fictions Poétiques, selon l'occasion qui lors 
se presentoit, avec une inlinito de tels vains et petits argu- 
ments, et sugets de légère mar(jue et de peu de valeur, de 
sorte qu'estant en ceste ville [Paris], voulant recoudre ces 
inventions mal cousues, mal polies, mal agencées, sans l'es- 
pérer je trouve un livre ramassé de pièces rapportées, chose 
véritablement qui n'ha membre, ny figure qui puisse former 
un corps entier et parfaict^». Les pièces de vers de la Ber- 
gerie n'étaient donc pas composées originairement pour être 
mises côte à côte dans un récit en prose : et l'idée de réunir 
toutes ces poésies en un corps collectif ne \int à Belleau 
qu'après coup. Il eut recours à sa grande inspiration, «la 
beauté naturelle du lieu et de la saison >% et imagina ce récit 
où, passant en revue les agréments de Joinville, il put faire 
rentrer en même temps toutes ses productions poétiques. Au 
commencement, tout alla bien : mais après la publication de 
la première «journée" les petites pièces s'entassèrent sur sa 
table, tandis que les premières impressions qu'il avait reçues 
dans son nouveau milieu se ternirent bientôt. Dès lors, la 
seconde cjournée». contenant beaucoup plus de poésies dé- 
tachées que la premère. ne pouvait se terminer qu'au grand 
mécontentement de l'auteur qui en sentit, mieux que tout 
autre, les défauts. Tandis qu'en 1565 il vantait encore la diver- 
sité et le mélange des inventions de son ou\Tage. en 1572 
il en prononce déjà la condamnation e exprime clairement 
sa surprise de l'échec que sa composition avait subi. 

En effet, telle qu'elle se présente — divisée en deux 
ajournées D — dans l'édition de 1572 et dans toutes les sui- 
vantes, la Bergerie contient des transformations importantes. 
La première édition ne renferme que la première journée : 
mais cette partie se présente ici sous une forme plus heureuse 
que dans les éditions suivantes. Les éditeurs de Belleau ont 
eu tort de négliger, comme s'ils s'étaient mis d'accord, cette 
édition de la Bergerie. 

D'abord, la seconde édition contient des fautes d'impression 
fâcheuses qui défigurent le texte en plusieurs endroits. Par 
exemple, les cariatides d'un sépulcre y soutiennent un chasteau 
au lieu d'un chapiteau : on trouve les belles grâces au lieu des 

* Préface de la Seconde Journée. 1572 M.-L. II. 4'. 



115 

belles glaces d'un miroir, puis des tritons soufflent dans des 
cocques au lieu de conques, etc. * D'autre part, l'édition de 
1565 me paraît faite avec plus de soin et de goût. Ainsi, il 
arrive au Belleau de la seconde édition d'intercaler huit nou- 
veaux sonnets entre deux sonnets déjà parus en IÔIm et. 
oubliant cette addition importante, de laisser subsister ces 
mots devenus inexacts: ^L'autre [sonnet] commençoit ainsi» 
(I, 253). Quant au goût du poète, on peut établir quen 1505 
il fait i)reuve dune certaine réserve et de beaucoup de sens 
poétique dans le choix des pièces réunies dans la Bergerie. 
Ainsi il prend des poèmes tout faits précisément les morceaux 
où son talent descriptif se présente sous une forme originale, 
et laisse de côté le reste qui e.st pâle poncif et même fatigant. 
Par exemple, de l'Eté et des Vendangeurs, tous deux imités 
de Daphnis et Chloé, Belleau ne garde que deux peintures 
brillantes-, et de la Complainte sur la mort de J. Du Bellay, 
fade idylle imitée de Sannazar. il insère seulement la de- 
scription tout à fait originale d'une coupe de bois faite 
avec exactitude et minutie^. En 1572 toutes ces pièces re- 
paraissent intégralement, elles ne sont plus écourtées pour 
mettre en relief le vrai talent du poète : tout ce qui est sien 
semble maintenant cher à Belleau. En revanche, le poète a 
suj)primé une très grande partie de la description d'un mi- 
roir, qui. malgré sa longueur, est l'expression de tout un art. 
D'autre part, le grand nombre des pièces de vers nouvelle- 
ment insérées dans la prose, a fait perdre à cette dernière 
beaucoup de son allure et de l'importance qu'elle présentait. 
Dijà en 1505, Belleau n'avait réussi qu'à grand'peine à la tenir 
en équilibre avec les poésies qui, originairement, n'avaient 
aucun rapport avec elle ; tout de même, il y avait plus de 
fraîcheur et de spontanéité dans cette première forme qui 
reflète l'enchantement et l'effet immédiat de la beauté de 
Joinville sur Belleau. Seul Y Avril cette gracieuse chanson si 
bien connue, fait exception, car elle vient en 1572 remplacer 
heureusement quelques vagues alexandrins détachés d'une 
pièce de circonstance*. 

^ Édition de 1565 pp. 24. 83 et 81 ; édition de 1572. M.-L. I, 213 
279 et 278. 

2 Ed. 1565. pp. 23 et 40. 3 Éd. 1565. p. 108. 
* Éd. 1565, p. 21 : c est un morceau du Chant Pastoral de la Paix. 

8* 



116 

Pour l'histoire de la Bergerie il importe d'établir exacte- 
ment ce qu'il y avait d'inédit dans la première édition et ce 
([lie le poète y ajouta dans la seconde. 

La partie en prose rédigée d'un seul jet en vue de 
décrire le château de Joinville et de réunir les poésies disper- 
sées jusqu'alors: voilà ce que la Bergerie présente de ])lus 
neuf dans l'édition de 1505. Quant aux vers on trouve 
dabord deux nouvelles descriptions (Eté, Vendangeur^), frag- 
ments détachés de deux idylles qui étaient déjà achevées très 
probablement avant 1505 ^ En outre, on compte vingt-quatre 
nouveaux sonnets, quatre chansons, une «prière pastorale» et 
quatre ])ièces de circonstance qui n'avaient pas encore paru. 
A ces poésies viennent se joindre celles que le poète avait 
publiées auparavant : le Chant de la paix, ïOde au Duc de 
Guise; VEpiihalame du duc de Lorraine et de Claude de 
France ; la description d'une coupe, extraite du Chant pastoral 
sur la mort de Du Bellay, et même, avec une transformation 
hardie, la Vérité fugitive qui est devenue la Chasteté. On 
trouve aussi une j)ièce de Ronsard dans la Bergerie de 1"65; 
c'est une mascarade récitée aux fêtes de Bar-le-Duc-. 

La seconde édition parue en 1572 contient les deux 
«journées» mais on constate dans la première journée même 
de notables changements. Les deux idylles, dont VEté et les 
Vendangeurs étaient extraits, paraissent dans toute leur éten- 
due : V Avril et la description du May remplacent un frag- 
ment du Chant Pastoral de la Paix; trente-deux nouveaux 
sonnets viennent élargir le cadre de la Bergerie; la «j)rière 
pastorale» disparaît, mais la j)reinière j)artie du Chant pasto- 
ral sur la mort de J. Du Bellay dont la description de la 
coupe de bois avait été détachée en 15G5, reparaît entière- 
ment; enfin, treize sonnets-«baisers» ont j)assé dans la seconde 
journée. 



* Le portrait de l'Amour (jui se trouve à la p. 32 est la conlinua- 
tion des Vcndaïuiciirs ; tous les deux morceaux sont tirés du même 
chapitre du roman de Lonyus. 

2 Elle commence par le vers Je l'ay donné, Charles, Roij des Fran- 
çois. Il serait curieux de savoir si la Bergerie n'a pas précédé les Elégies, 
Mascarades el Bergerie de Ronsard imprimées également en 1565 (juillet, 
selon M. Laumonier; cf. son Tableau chronologique) où cette pièce parut 
pour la première fois. 



117 

* 

On voit que la Bergerie est un véritable habit d'arlequin. 
Examinons maintenant si l'idée de mêler les vers et la prose 
dans un pareil désordre vient vraiment de Bcllcau. 

II 

Dans la j)réface de sa Bergerie, Belleau a lui-même in- 
sisté sur la nouveauté de son ouvrage : ù\ vous plaira, écrit-il 
au marquis d'Elbcuf, tant ])()ur la faveur que vous me portez 
((ue |)our la diversité et meslange des inventions rustiques et 
nouvelle façon d'escrire qui n'a encorcs esté pratiquée ny 
cogneue en nostre France*». Le poète renvoie clairement à 
un modèle étranger: à Sannazar, et à son poème pastoral, 
VArradia où la |)rose alterne avec les vers comme dans la 
Bergerie. 

Au XVI® siècle, le grand mérite littéraire était de créer 
un genre nouveau d'après les modèles gréco-latins et italiens; 
et les poètes, avides de gloire, se disputaient longuement sur 
la |)riorité. Ronsard soutint de longs débats sur l'invention 
de l'ode et se réserva dès le début le grand genre, l'épopée. 
J'ai montré ailleurs avec quelle animosité Baïf défendit ses 
droits d'inventeur du genre bucolique contre Ronsard, son ami 
intime qui l'avait précédé i)ar l'impression de ses églogues^. 
De même, Belleau se j)i(|uad'étre le premier en France de 
à imiter le genre Sannazar, le mélange de la prose et 
des vers. 

Cejiendant il se trouve quelqu'un qui revendique pour 
lui, et à juste titre, ce droit de priorité. Vauquelin de la 
Fresnaie écrit deu\ fois dans ses vers l'histoire de l'idylle en 
France pour montrer que sa Foresterie (1555) fut dans ce 
pays une des j)remières productions du genre bucolique, et 
que, en tout cas, elle fut bien la première où la prose se 
trouvait mêlée aux vers comme dans VArcadia. Il n'est pas 
sans intérêt d'écouter son indignation contre ceux qui avaient 
passé sous silence sa tentative, et l'on comprend sans peine 
qu'il songe à Belleau et à la Bergerie : 

^ Var. de 1565. Cf. M.-L. I, 180 : nouvelles inventions et recogneue 
pour inv. rustiques et cogneue. 

- Cf. mon article (sous presse) Plâgiunwâd Ronsard ellen, (Ronsard 
accusé de plagiat) dans Egyetemes Phil. Kôzlôny 1918 et ci-dessus p. 103. 



118 

« 
Et ce flagcol estoit resté Napolitain, 
Quand pasteur, des premiers sur les rives du Clain, 
Hardi je rembouchay, frayant parmi la France, 
Ce chemin inconnu pour la rude ignorance : 
Je ne luen repen point, plustost je suis joyeux. 
Que maint autre depuis ait bien sceu l'aire mieux. 
Mais plusieurs toutefois, nos forests epandues. 
Ont sans m'en faire hommage effrontément tondues : 
Et raesprisant mon nom ils ont rendu plus beaux 
Leurs ombres decouvers de mes fueilles rameaux. 

Baïf et Tahureau, tous en raesmes années. 
Avions par les forests ces Muses pourmenees : 
Belleau, qui vint après, nostre langage estant 
Plus abondant et dous, la nature imitant, 
Egalla tous bergers, toutefois dire j'ose 
Que des premiers aux vers j'avois meslé la prose*. 

Vauquelin est loyal ; il se dit heureux que la poésie fran- 
çaise se soit enrichie de meilleurs fruits que son pauvre livre, 
il veut hien même admettre que Belleau, par sa Bergerie, 
égala tous ses prédécesseurs, non sans observer toutefois 
que Belleau avait beau jeu à cette époque, puisque la langue 
française, grâce aux premiers elîorls de la Renaissance litté- 
raire, était déjà assouplie. Et quand Vauquelin j)arle de ses 
forêts t< effrontément tondues» par «plusieurs» sans lui en 
«faire hommage», c'est évidemment à la préface de la Berge- 
rie qu'il vise, où Belleau se vante précisément d'une nouvelle 
façon d'écrire «qui n'a encore esté ny pratiquée ny recogneue» 
en France. 

Vauquelin de la Fresnaie avait certainement raison et 
même plus peut-être qu'il ne le croyait. En effet, on peut dé- 
couvrir dans la Foresterie des indices probants de son in- 
fluence sur la Bergerie; en outre, la Foresterie ~ est aussi 
une sorte d'Arcadia, une suite de prose et de vers idylliques ; 
de sorte (jue Belleau parla à tort d'un genre inconnu en 
France à propos de sa Bergerie. Chez Vauquelin de la Fresnaie 
le poète Philereme raconte sa promenade dans un bosquet 
où il s'amuse à déchiffrer des vers écrits sur lécorce des 



* Les diverses poésies du sieur de la Fresnaie Vauquelin, Caen 1605, 
1. III, p. 89. Cf. aussi Idillies II, p. 620. 

- Les deus premiers livres des Foresteries de I. Vauquelin de la 
Fresnaie, Poitiers 1555. 



119 

arbres, gravés sur des tablettes ou sur un rocher moussu ; 
des vers qui, au reste, n'ont pas plus de rapport entre eux. 
que les poésies dispersées dans la Bergerie de Belleau, tandis 
que les ((canzone» de VArcadia s'adaptent aux caractères et 
à l'histoire des personnages. Il semble bien, dès lors, que 
Belleau trouva cette idée d'enchâsser ses pièces de vers 
dans un récit en prose chez Vauquelin ([iii, lui aussi, insère 
dans sa Foresterie non seulement des idylles comme Sanna- 
zar, mais encore des «baisers» et d'autres poésies? 

Cependant le père de la Renaissance littéraire en France, 
Jean Lemaire de Belges aurait pu accuser Vauquelin à son 
tour d'avoir «tondu» ses lauriers. Car ce n'est ni la Bergerie, 
ni la Foresterie, mais le Temple d'honneur et de vertus de J 
Lemaire qui est, à ce (jue je sache, le premier ouvrage fran- 
çais où la prose alterne avec toutes sortes de poésies ^. C'est 
même chez Jean Lemaire (jue Vauquelin apprit le truc, — 
car c'en est un, — de trouver ses vers sculptés sur les rochers'-. 
Le Temple d'honneur et de vertus, rempli d'ailleurs de poésies 
idylliques, put, avec VArcadia, suggérer à Vauquelin l'idée de 
sa Foresterie. Mais le bon vieux Jean Lemaire ne survécut 
pas à Vauquelin pour réclamer la priorité. 

Belleau connaissait-il le Temple d'honneur? C'est possible ; 
mais on ne peut l'établir avec autant de sûreté que pour la 
Foresterie. Par exemple, dans une des tapisseries que Belleau 
dessina si finement on reconnaît bien un tableau idyllique 
de Vauquelin : 

Il voit encor [le Soleil] les lascives chevrettes 
Tondre menu parmi les herbeletcs 
Le chevre-iueil : et si voit les pasteurs 
Faire mille labeurs. 

L'un tâche à part au son de sa lourete 
Agaillardir sa camuse troupete, 

* J, Lemaire de Belges, Œuvres, (édition Stecher) Louvain 1882 — 
1891 ; t. IV, p. 183. 

2 «Du costé dextre de la fontaine, je trouva)' entaillé en la roche, 
de graveure antique, ce qui sensuit» (III, 127), «Quand j'euz achevé de 
lire tout ce beau dittier, composé de rhytme Alexandrine, gravé en la 
planure du Rocher ample et spacieux ... je fus bien joyeux ...» (III, 
131). L'idée de ces inscriptions rimées vient originairement de Virgile 
(Égl. V, 13). 



120 

Et réjouir les aime-bois Sylvans, 
Et les Aganipans. 

In autre assis façonne une faiscelle 
De petit jonc : l'autre le gros jonc pelle. 
Et puis le plie, et façonne un chapeau 
Qu'il porte au renouveau . . . 

L Un contre un arbre aus ombres verdoïantes, 
D'osier mouillé, de branclictcs j)liantes 
Comme une voûte un grand volier fera. 
Ou ses oiscaus metra . . . 

Un bouc ici broute une bfanchelete, 
Pour la brouter se hause une chevretc : 
L'autre s'en va rongeotant les rameaus 
Des petits erableaus : 

L'autre boivant sus le bord d'un rivage 
Se réjouit d'i voir peint son image. 
Et quelque bouc épeurc le vachier 
Du cou peau d'un rochier : 

Au pié duquel de sa vois éclatante 
L'ennui (juil a grossement il enchante 
Mais se tournant il a peur d'avoir vu 
En hault un bouc cornue. 

Et voici les détails correspondants de la tapisserie de 
Belleau: «Le berger j)res d'un ruisselet faisoit danser son 
troupeau au son de son flageol. Près de cette eau s'elevoit 
un rocher ridé, caverneux, et calfeutré de mousse espaisse et 
délicate, comme s'il eust esté tapissé de quelque fin coton : 
là vous eussiez veu les chèvres barbues lécher le salpestre 
sur les flancs de la roche, les unes grimper, et à les voir 
d'embas on eust jugé qu'elles y estoyent pendues: les autres 
broutoient le tendre rejet qui ne commençoit qu'à ])oinleler 
hors de la terre nouvellement eschaufite : les unes allongeant 
les flancs et la teste se haussoient sur les ergots de derrière, 
pour prendre et entortiller des lèvres et de la langue le 
sommet des petits arbrisseaux, les autres buvo3'ent à petites 
reprises dedans les clairs ruisseaux, mirant leurs barbes au 
coulant de leurs ondes argentelettes. Sous les flancs de cette 

1 L. II, forest. ô ; fol. 55b. 



121 

roche y avoit une troui)e de l)ergers tous se doiinans ])laisir 
(l'un doux et gracieux travail : les uns faisoient des paniers 
de viorne, les autres des corbeilles d'ozier, autres arrachoient 
l'escorce des joncs pour en tirer la moûclle et en façonner 
des chapeaux, autres Faisoient de petites tresses de paille de 
seigle hatu et niouillé, j)our faire des cof/ins . . . autres laçoyent 
des filets, des rets, des lacez por.r prendre les oiseaux ...» (I, 227). 

Nous retrouvons dans cette tai)isserie les détails du tableau 
de Vauciuelin : les chèvres grimpant sur les rocs escarpés, se 
mirant dans Teau courante et se haussant pour brouter les 
bourgeons des arbustes: les bergers façonnant des chaj)eaux 
avec les joncs, celui (jui fait danser son trouj)eau au son de 
la llùte et celui (jui fait la cage pour les oiseaux {|u'il prendra. 
Malgré la finesse de Texécution, l'imitation est incontestable, 
et l'on ne j)eut se défendre de s'étonner du silence obstiné 
que garde Belleau en j)arlant de la nouveauté de son livre. 
C'est peut-être une défaillance de mémoire habituelle aux 
écrivains cjui développent et j)erfectionncnt en quelque sens 
la matière de leurs emprunts. 

Néanmoins, Belleau doit à Sannazar in fini ment plus 
qu'à Vauquelin. Celui-là est le grand modèle (|ue l'on ne 
cache point, le parent riche dont on n'est pas honteux. Du 
reste, les rai)ports entre VArcadia et la Bergerie furent re- 
marqués dès l'apparition de cet ouvrage, et Belleau lui-même 
révélait dans la.])réface, à mots couverts, son ambition d'in- 
troduire en France le genre de Sannazar. 

UArcadia est un récit en prose, dans lecjuel des bergers 
se lamentent en vers sur leurs désespoirs amoureux. L'idée 
de cette forme hybride n'est pas de l'invention de Sannazar, 
comme Vauquelin de la Fresnaie le croyait. En effet, rien 
n'est original chez Sannazar. Il doit toute la substance et 
même la forme de son poème à VAmeto de Boccace où la 
prose du roman idyllique est entrecoupée parfois de chansons 
amoureuses. Boccace, à son tour, doit sa forme à la Vita 
Nuova de Dante, et peut-être à l'ouvrage de Francesco Bar- 
berino intitulé Del Reggimento e Costumi di Donna qui con- 
tinue ces nombreux traités moraux sur la fennne, connus en 
Provence sous le nom d' ensenhaments d'amor\ Les origines 

* Scherillo dans son excellente édition de VArcadia (Torino, Lœscher 



122 

latines de ce mélange de prose et de vers sont la Consolation 
de Boèee, peut-être le Satyriron de Pétrone et la Métamorphose 
d'Apulée. 

Boccace. à mi-ehemin entre l'allégorie philosophique du 
moyen-âge et la littérature païenne de la Renaissance, avait 
conçu son roman sur un plan allégorico-philosophique un 
peu à Timitation de la Divine Comédie. C'est le conflit entre 
l'amour céleste et lamour terrestre \ c'est l'histoire de l'homme 
(}ui ayant goûté un à un tous les plaisirs des sens, s'élève 
par la science jusqu'à Dieu. De ce fonds philosophique rien 
ne passa dans VArcadia. L'œuvre de Sannazar n'est qu'un 
rêve de prés verdoyants qui dut son succès énorme à cette 
impression de quiétude mélancolique et sentimentale qu'elle 
laisse chez le lecteur-. Néanmoins, le tissu du roman, les 
portraits des bergers et des bergères, la description de l'aurore 
et des couchers de soleil, la façon de se lamenter sur les 
peines d'amour et de parler en périodes, les phrases et même 
les mots: tout cela est emprunté à Boccace dans VArcadia. 
Or, il est curieux de reconnaître la petite-fille de VAmeto de 
Boccace dans la Bergerie de Belleau. Certains détails de la 
Bergerie rappellent même vaguement la charpente philoso- 
phique de VAmeto. Ainsi, comme le héros de Boccace en 
Élrurie. Belleau décrit tous les plaisirs que ses sens éprou- 
vent à Joinville ; comme lui, il surprend des nymphes ; même 
le sommeil d'Ameto est légèrement esquissé, vers la fin de 
la Première Journée. Mais ces descriptions, ces visions, ces 
nymphes, ce sommeil n'ont déjà aucune signification allégo- 
rique chez notre poète, pas plus que dans VArcadia de San- 
nazar. 

Après l'indication sommaire de La Croix du Maine ^, ce 
fut Pasquier qui releva le premier les emprunts de Belleau à 
Sannazar: «Il voulut imiter Sannazar aux œuvres dont il 
nous a fait part. Car tout ainsi que Sannazar en son Arcadie, 
fait parler des Pasteurs en prose dedans la{[uelle il a glassé 
toute sa poésie Toscane: Aussi a fait le semblable nostre 

I8881 remonte du Dante directement à Boèce. Sur Barberino cf. Gaspary 
I, 203 et II. 17. 

* Scherillo. op. cil. p. CVIII. 
2 Ibid. p. CCXXIV. 

* Edit. Rigoley de Juvigny t. II, p. 351. 



123 

Belîeau dans sa Bergerie *d. Ainsi Pasquier remarqua déjà 
l'identité de forme des deux, ouvrages, mais il fit erreur en 
disant que Sannazar avait encadré dans la prose de son 
poème toutes ses poésies. 

Pour le détail des imitations dans la Bergerie, on a 
l'habitude de renvoyer à M. Torraca-, mais celui-ci n'exa- 
mine guère dans son livre que l'influence des églogues la- 
tines de Sannazar sur la Bergerie et renvoie à son tour à 
Massarengo, un ancien commentateur de VArcadia^. Or 
Massarengo n'est ni complet ni exact, et n'a relevé en somme 
que des parallèles incertains. Mais il a montré tout de même 
que la magicienne de la Bergerie est une copie très fidèle de 
ce sorcier Enareto qui veut guérir Opico, le berger amou- 
reux*. Ajoutons que Sannazar avait imité de son coté Théo- 
crite, Horace et les pharmaceutries néo-latines. 

Essayons, maintenant, de combler les lacunes du com- 
mentaire de Massarengo, ne serait-ce qu'en partie. Nous 
avons déjà vu que Sannazar, avec Vauquelin et Jean Le- 
maire donna à Belleau l'idée de ce mélange de prose et de 
vers qu'est la Bergerie. Nous trouvons encore que c'est à 
VArcadia que la Bergerie doit sa teinture pastorale. Tout le 
monde y est berger et bergère, jusqu'à Antoinette de Bour- 
bon et à ses demoiselles d'honneur, et même jusqu'à ce prince 
qui voyage avec un valet en Italie. Celui-ci, parlant un 
langage passionné à l'e.Ktrème, n'est qu'un pastiche de ces ber- 
gers de Sannazar que «le mépris d'une femme aimée jette 
dans un état physique lamentable''». Il pousse des gémisse- 
ments, des cris de mort, et développe toute la rhétorique du 

* Les Recherches de la France, 1617, 1. VII, chap. VII, p. 746. La 
même citation chez M. Jules Marsan (Im pastorale drainai if lue en France 
p. 149) donne une autre variante: «dedans laquelle il a ylané toute la 
poésie toscane». 

2 Gli imilaiori stranieri di Jacopo Sannazaro ; Roma, Lœscher, 
1882, p. 51. 

3 Le commentaire de Jean-Baptiste Massarengo vint s'ajouter en 
1595 à ceux de Porcacchi et de Sansovino, cf. Haym, Bibliolcca ilaliana 
1803, II, 106. Il est, selon MM. Torraca et Scherillo, le plus ennuyeux 
et le plus difTus de tous les commentaires de Sannazar. 

^ M.-L. II, 81. Belleau avait probablement sous les yeux la tra- 
duction de Jean Martin (L'Arcadie 1544) f. 69b. 

•"' Jules Marsan, La pastorale dramatique en France, p. 25. 



124 

desespoir danioiir, lorsque sa bergère pudibonde l'envoie 
parler à ses parents; il craint «quelque fascheux rapport», le 
malheureux! Le portrait en ])rose que ce sensible berger fait 
de sa belle rappelle de fort près celui que le Sincero de 
Sannazar a ébauché de son Aniaranthe^. Kniin les nymphes 
que Belleau aperçoit dans le jardin de Joinville doivent aussi 
quelque chose à ces merveilleuses bergères entrevues sur les 
prés éternellement verts de l'Arcadie. 

Quant à la technique du récit, l'idée d'insérer des des- 
criptions artistiques dans le tissu du roman vient aussi de 
Sannazar. Les bergers de VArcadia ([ui vont au temple s'arrê- 
tent pour regarder les peintures du portail re])i'ésentant des 
scènes mythologiques ; le vase de bois décrit dans le même 
ouvrage, est orné aussi de pareils sujets. 

Ce procédé intéressant a deux sources dans la littérature 
antique: d'abord la technique des épopées et des romans 
grcco-latins, ensuite les descriptions de Théocrite et d'Ana- 
créon. Depuis les romans de Longus et d'Achille Tatius jus- 
qu'à Catulle (Noces de Péléiis et de Tliétis) et juscju'à V Enéide 
(VI) où Énée, attendant la Sibylle, admire les fresques du 
temple, la scène du héros s'arrélant devant une ])einture 
devint traditionnelle chez les romanciers et les poètes épiques. 
A l'origine, ce procédé était destiné à révéler indirectement 
les émotions secrètes des personnages, mais déjà Virgile 
abandonna ce truc et inséra des peintures rien que pour le 
plaisir de la description'-. Ovide et Virgile léguèrent ce pro- 
cédé à la poésie française (Roman de la Rose), et par cette voie 
à la poésie italienne (Intelligenzia)'\ La Renaissance revint 
aux premiers modèles, et Politien dans la Giostra, célèbre 
pour le coloris brillant de ses tableaux, décora dans le goût 
de Virgile et d'Ovide les murs du palais de Venus (Stanza 97). 

xMais Politien, comme après lui Sannazar, a puisé encore 
dans une autre source : dans les poètes de Y Anthologie et 
dans Théocrite. (pii peignaient, gravaient et sculptaient à 
l'envi. rivalisant avec les artistes du pinceau, du burin et de 



» Prose IV: M.-L. I. 254. 

2 Gercke-Norden, EinleUiinq in die Aller! iimstoisscriscluifl, 1910 ; 
380. 

3 Gaspary, I, 206. 



125 

la lime. Or les peintures du portail de VArcadia tiennent tout 
autant des fresques de l'Enéide que de la coupe de bois de 
Théocrite. En voici une, prise au hasard: «Mais ce que plus 
ententivcnient me pleut a regarder, furent certaines Nymphes 
nues, lesquelles estoient demy cachées derrière une tige de 
Chastaignier, et ryoient d'un mouton qui s'amusoyt à ronger 
une branche de Chesne pendant devant ses yeux, qui luy 
ostoit la souvenance de paistre les herbes d'autour de luy ^». 
Cela nous rappelle parfaitement le petit berger de Théocrite 
qui pendant qu'un renard dégarnit sa besace, tresse sa cage 
à sauterelles en toute tranquillité, 

Belleau introduit, lui aussi, et à chaque instant, des pein- 
tures ou des tapisseries à sujet idyllique. Par exemple, ses 
bergères brodent une tapisserie, tout comme les nymphes 
du songe de Sincero (I, 227). De même que Sannazar décrit 
des houlettes, ainsi Belleau décrit un ])âlon merveilleux'-. La 
façon dont ce dernier insiste sur l'exactitude de ses propres 
descriptions remonte aussi à Sannazar. Ainsi, les peintures 
du temple représentent des chiens de garde dont la trace 
«se monstroit comme naturelle sus la terre»; et une houlette 
merveilleusement façonnée se termine par un loup emportant 
un mouton <ffaict de si grand artifice, qu'on luy eust bien 
haslé les chiens^». C'est à ces pas.sages qu'il faut penser, 
quand on lit dans Belleau que la laine des brebis, sur une 
tapisserie, est si doucement ondoyante «qu'on eust jugé avoir 
esté pignez et tressez de la main de quelque gentille ber- 
gère» (I, 227). D'autre part, le poète avait aussi à faire accep- 
ter la longueur invraisemblable de ses inscriptions rimées; il 
imagina donc des détails destinés à convaincre le lecteur. 
Une fois, il s'interrompt au beau milieu d'une inscription 
«parce que je ne sçay par quel malheur on avoit autresfois 
laissé une fenestre entr'ouverte, qui frappoit droit sur ce 
tableau, et le vent avoit donné à l'endroit où estoyent ces 
vers, de façon qu'il ne me fut possible d'en retirer davan- 
tage» (I, 193). Ailleurs, un bon vieillard retire «de sa gibbes- 
siere (après l'avoir retournée deux ou trois fois) ... un vieux 



1 Trad. de J. Martin, f. 16b. 

2 Ibid. f. 61/j ; M.-L. I, 304. 

3 Ibid. f. 61b. 



126 

roulet . . . tout crasseux et rongé par les plis, et l'escriture 
jaunaslre et enfumée de vieillesse» (I, 221). Il se trouve que 
ce vieux manuscrit est la Chasteté, ci-devant Vérité fugitive. 
Tous ces traits introduits pour tixcr l'imagination du lecteur 
un peu incrédule, remontent en dernière analyse à ces obser- 
vations sur la fidélité des représentations artistiques qui, elles 
aussi, n'avaient d'autre destination cjue de nourrir l'illusion. 

Notons cnlin que YArcadia et la première journée de la 
Bergerie se terminent toutes deux par un songe dans lequel 
les poètes assoupis par les fatigues et les plaisirs du jour, 
voient de véritables merveilles, et par des réflexions morales 
recommandant la vie simple et sans ambition *. 

Voilà, à peu près, les dettes que Belleau a contractées 
envers Sannazar. Elles s'étendent à la composition, à la tech- 
nique du récit, — certains procédés réalistes, — et même à 
des emprunts matériels, moins nombreux pourtant qu'on 
n'aurait attendu. Au surplus, l'art de la composition fait ab- 
solument défaut dans l'œuvre de notre poète, et la Bergerie 
n'est qu'une série de tableaux et de vers; mais au lieu du 
vague milieu idyllique où Sannazar avait placé la scène de 
son livre, Belleau a pris un paysage et un château qu'il a su 
observer et qu'il décrit en détail. En revanche il n'a point visé 
à cette unité de ton mélancolique qui fait que les hommes ■ 

de goût peuvent lire, même aujourd'hui, avec plaisir la char- 
mante fantaisie de Sannazar. 

* J. Martin f. 1446 ; M.-L. I, 36. 



CHAPITRE II 
LES IDYLLES DE LA «BERGERIE» 



Le Chant pastoral de la paix, modèles : Navagero, Jean Second. 
Le Chaiil pastoral sur la mort de Joachini Du Bellaij, modèles : Théocrite, 
Sannazar, Moschus. Les Larmes sur René dElbeuf, modèle : Sannazar. 
Le Pcschenr et les Pescheurs, sources : Théocrite, Sannazar. La Guérison 
d'amour, modèles : Sannazar, Pontano, Tibulle. L'Eld, les Vendangeurs, 
l'Hiver, tirés de Daphnis et Chloé. 

Dans la prose de la Bergerie la couleur pastorale se 
réduit à ce fait que tous les personnages qui y paraissent, 
sont appelés bergers ou bergères. D'autre part, la description 
du château et de ses plaisirs est fidèle ; et l'on ne doit guère 
chercher le faux pastoral que dans les églogues insérées dans 
le récit. Ces pièces sont au nombre de neuf, sans compter 
les petits morceaux bucoliques. Trois des églogues ne sont 
d'ailleurs que des poésies de circonstances et ont même paru 
séparément. 

Le Chant pastoral de la paix, publié d'abord en 1559 
est inspiré du Damon de Navagero (Lusus XX.); de même 
que Damon gémissait sur le sort de sa patrie envahie par 
les Français, ainsi Belleau se lamente à peu] près dans les 
mêmes termes sur la France dévastée par les Espagnols. 
Cette églogue de Navagero parait, d'ailleurs, avoir joui d'une 
faveur singulière chez les poètes de la Pléiade: Ronsard lui- 
même l'a traduite littéralement pour l'appliquer à d'autres 
événements ^ La nature y est peinte dans un état désolant: 
la terre est stérile, les arbres sont chauves, les Faunes 
et les Nymphes se sont cachés; il n'y a pas de refuge si 

* Cf. Paul Kuhn, L'influence néo-latine dans les églogues de Ronsard 
(Rev. d'Hist. Litt. 1914). 



128 

écarte (|ue les bergers ne cherchent pour se dérober aux 
tumultes de la guerre. Or, lîelleau met toutes ces choses 
dans la bouche de Toinct et de Bellot, qui pleurent sur 
leur propres malheurs par surcroît. Le chant de la paix, 
entonné par Tenot (I. 189), est fait sans doute selon la recette 
bien connue de Tibulle (I, 11). mais certains de ses détails 
sont empruntés à une élégie de Jean Second*: «La Paix 
descend enfin, écrit J. Second, cette Paix tant désirée, aux 
cheveux noués j)ar une couronne de laurier ...» La Foi, 
les Muses, Plutus et l'Amour reviennent et vous, Pauvreté, 
Faim, Souci, Deuil et Mort «allez habiter chez les peuples 
lointains, partez sur les ondes de la mer; qu'il n'y ait plus 
de lieu fréquenté par des bêtes féroces. Et vous, épées, devenez 
des faux recourbées, changez le rang des combattants en un 
rang doré d'épis. Et le bouclier qui tantôt, repoussait les 
javelots rigides, vannera habilement la paille légère; et la 
pique qui tout à l'heure pressait le dos de l'ennemi fuyant, 
fendra le sol fertile, changée en un soc recourbé. Et vous, 
jeunes gens, chantez, jouez, aimez ; il faut marquer de 
vers ce temps heureux». On trouve les mêmes idées chez 
Belleau : 

Donqucs à lin que jamais nespcrions 

Guerre ici bas, que l'estendart fleurisse 

En verds rameaux, et que larnigne ourdisse 

Sa fine trame es vuides morions : 

Que des brassarts et des corps de cuirasse 

Le fer sallonqc en la pointe d un soc : 

Le coutelas, la pislolle et la masse 

Dans le fourreau se moisissent au croc. 

Et s'il restoit encor dessus les murs 
De nos citez, de rancœur quelque trace, 
A coups de pic pousse-le dans la Thrace, 
Ou sur le chef des Scythes, et des Turcs . . . 

. . . Sus donc Bergers, qu'il n y ait arbrisseau 

Dessus le tronc qui ne porte engravee 

De ceste Paix la saison retrouvée 

Et de ce jour le bienheureux flambeau . . . 



* fcileg. lib. III, 8. De pace Cumcraci j'nc'a inlvr fÀiroliim Iinp. et 
Franciscum Galliae regem, auuo Ï.Ï2.9. 



129 

L'autel et les libations à la fin du poème remonlent de 
nouveau à Navagcro. Le genre de l'hymne à la Paix avait 
d'ailleurs une famille étendue dans la poésie néo-latine'. Il 
est très prohalile que Bclleau s'était ressouvenu aussi dun 
poème analogue de Pontano, qu'il mentionnera un an plus 
tard dans son Commentaire et qu'il devait goûter singulière- 
ment puisqu'il le cite, quoi (ju'il en dise, sans raison'-. 

Le Chant Pastoral sur la mort de Joachim Du Bellay 
(1560), qui fut coupé en deux morceaux pour entrer dans la 
Bergerie ^, est dans sa première partie un pastiche des Bouco- 
liastes de Théocrite (Id. V) et dans certains couplets l'imita- 
tion d'une églogue de ÏArcadia'': nous y retrouvons le con- 
cours si connu entre deux poètes bergers, avec cette différence 
(jue les prix sont décrits avec une précision sans pareille 
chez les imitateurs de Virgile^. La seconde partie: la com- 
plainte proprement dite est une copie presque littérale de la 
célèbre églogue que fit Moschus (III) en souvenir de son 
ami Bion ^'. 

La pièce intitulée Larmes sur le trespas de Monseigneur 
René de Lorraine, Marquis d'Elbeuf (1566 ; II, 68) diffère des 
autres églogues par la sincérité de son inspiration ; le poète 
est vraiment envahi par la tristesse à cause de la mort 
subite de ses protecteurs. De plus, cette églogue contient 
deux tableaux de combats navals dessinés avec une réelle 
vigueur mais un peu alourdis par de prétentieu.ses comparaisons 
homériques. De plus le début si artificiel de ce poème est 
un pastiche de Sannazar: la terreur des marins à la vue des 
signes naturels qui présagent un grand malheur, remonte à 
la première piscatoria du poète italien '. C'est cette même 

1 Par exemple le poème de Capilupi ressemble du tout au tout 
à lélégie de J. Second (Delitiae ce. Ilaloruni Poelarum, coll Rhan. Ghero 
1608). 

- Exiiltalio de pace iam fada (De amore coniug. 1. II) Opéra, Ba- 
sileae, 1556 ; p. 3343. Voici le texte du Commenlaire (1560, f. 36/;) : «je 
n'ay voulu omettre un vers de Pontan qui me semble fort à propos». 

a M.-L. I, 293 et II, 133. 

^ La description de lare rappelle la XXXI^ idylle de Théocrite et 
de la I»e de Bion. 

^ Cf. Torraca, Gli imilalori siranieri di J. Sannazaro, 1882, p. 52. 

® Colletet signale déjà cette analogie dans sa biographie de Belleau. 

' M. Torraca n"a pas remarqué la parenté de ces deux pièces. Jean 

Eckhardt : Reiny Bclleau. 9 



130 

vu'i^loguc inaritiimM> cjui ins|)ira le Tombeau de Madame Loyse 
de Rieiw marquise d'Elbeuf composé immédiatement après 
les Larmes. Tous deux, et Belleau et Sannazar, convient les 
Néréides. Thétis, Palémon, Glauque et Panojie à verser des 
larmes, tous deux déi)eignent avec les mêmes couleurs le 
bonheur et la tranquillité des divinités maritimes dans leur 
élément liquide, tous deux terminent leurs poèmes par une 
description des plaisirs des Cliamps-EIysées. 

Le Pescheur et les Pescheurs (1572 II, 52 et 56) sont, à 
en croire le poète lui-même, imités d'un «vieil Marinier 
Sicilieni>, c'est-à-dire de Théocrite. Belleau a dit vrai, mais 
ses églogues, comme l'a montré M, Torraca, n'en doivent 
pas moins, à deux piscaiorias de Sannazar qui elles aussi, 
ne sont que le développement de la XXI^ idylle de Théocrite. 
Celle-ci plaisait généralement par son éloge de la pauvreté, — 
les poètes ont été des miséreux de tout temps, — et Ronsard 
se la rappellera dans un de ses pamphlets (V, 416) : 

Tu dis que jay du bien: c'est donques en esprit. 
Ou comme le pescheur qui songe en Theocrit, 

L'églogue de la Guérison d'amour (II, 43) commence 
tout comme une idylle de Navagero (Jolas), imitée tour à 
tour par Baïf (Id. IVj et par Ronsard (Id. II). Deux bergers, 
Bellin et Janot, invitent leurs brebis à brouter l'herbe nou- 
velle et à remplir leurs pis de lait, lorsqu'ils aperçoivent 
Perrot qui se consumant d'amour, abandonne ses bêtes et 
erre à travers les prés. Ses amis s'empressent de lui proposer 
des sortilèges magiques dont Belleau a trouvé la recette dans 
VArcadia. Ce sont les mêmes remèdes qu'Enareto y recom- 
mande au berger Opico, mais Belleau put les lire encore dans 
Pontano * qui, tout comme Sannazar,' ne fit que transcrire 
Virgile. Quant au désir de Perrot qu'on lui élève, après sa 



Lemaire de Belges avait déjà imité cette piscatoria dans son Temple 
d'Honneur eji de Verlus. 

* Pontano, Amor.l. II. Maçjica ad depellendam amorem ad Theodo- 
rum Gazam (Basilcae 1556, t. IV. p. 3284). Un commenlalcur de Sannazar 
(Ac'i'n Si/ncrri Sannazarii . . . Opéra la'ina omnia cl in'cçjra . . . Amslel., 
W'etslein 1689j veut que Belleau ait ici imité la Vc églogue de Sannazar- 
11 a tort; on a vu les véritables sources du poète. 



131 

iiiorl, un monument avec une opitaplic en vers rapportant 
son malheur, c'est TibiiUe (III, 2) (|iii l'a inspiré. 

Il y a enfin trois poèmes idylliques inlilulés ïEté, les 
Vendangeurs et VHiver, qui sont autant de morceaux détachés 
du roman pastoral de Longus, Daphnis et Chloé^. Dans le 
premier, après la description d'un paysage d'été nous vo3^ons 
Bellol, amoureux de Catin, entrer dans la rivière et courir 
après les poissons. Catin survient ; ils baignent et jouent 
ensemble. Bellot prend sa flûte et apprend à Catin à en tirer 
des sons. Tout cela n'est que Daphnis et Chloé (Livre II) ver- 
sifié et développé. Ensuite on écoute les soupirs des deux 
amants, ce que leur modèle ne contient pas ; et d'ailleurs tout 
ce morceau écrit dans le style conventionnel de la poésie 
pastorale et de la dialectique d'amour alexandrine, gâte le 
style du roman grec si rapide et si concis. Enfin, comme 
Catin ne refuse pas de combler les vœux de son amant, 
Bellot, débordant de joie, fait danser son troupeau, ainsi que 
Daphnis fait danser le sien dans le roman de Longus. 
(Livre l\)-. 

Les Vendangeurs sont, peut-être, une copie encore plus 
fidèle du modèle grec. Le tableau de la vendange est de 
nouveau largement brossé. Mais à partir de l'apparation du 
vieillard, messager de l'Amour qui veut marier Bellot et 
Catin, le poète suit mot à mot la traduction d'Amyot''. Voici, 
par exemple, quelques lignes d'Amyot et de Belleau : 

Ami/ot (p. 29) : 

. . . jay un beau verger que jay moy mesme planté, semé, 
labouré et acoustré de mes propres mains, depuis le temps que pour 
ma vieiflesse jay cessé de garder et mener les bestes aux cliamps: il y 
a dedans ce verger tout ce que Ion y pourroit souhaitter pour fa saison : 
au printemps des rozes, des violettes, des lys: en esté du pavot, des 
poires, des pommes : maintenant ([uil est Automne, des raisins, des figues, 

1 M. Wagner (Bcimi Belleau and seine Werke p. 19) s'est aperçu 
de certaines ressemblances entre la Bergerie et le roman de Longus 
mais tout ce qu'il en dit est vague, incertain et fragmentaire. 

2 P. 101 de la traduction d'Amyot. 

3 Amyot, Les amours pastorales de Daplinis et Chloé escriptes pre- 
mièrement en Grec par Longus, el puis Iraduictes en François 1559. — 
Réédité chez Lemerre, 1872. 

9* 



132 

des grenades, des (grains de meurte : et y viennent par chacun jour à 
grandes voilées toutes sortes doyscaux . . . 

Bellean (M.-L., I, 233) : 

Des-lors. dist ce vieillart en recourbant les reins, 
Que je laissé les champs, jay de mes propres mains 
Planté un beau verger de si bonne avanture 
Que le ciel tout bénin, et la douce nature 
Ont tant favorisé, qu'on ne voit rien de beau 
Qu'aisément on ne trouve en ce complant nouveau. 
Là les lis argentez, les roses vermeillcttes, 
Les boutons entrouverts de diverses fleurettes 
Y sont sur le printemps peintes de cent couleurs, 
Embasmant l'air serain de leurs souefves odeurs : 
Aux chaleurs de l'Esté à foison y jaunissent 
Les poires de fin or, les pommes y rougissent, 
La guigne, la cerise, et le pavot aussi. 
Propre pour assopir tout ennuyeux souci. 
Puis la chaleur passée, on y voit sur 1 Autonne 
L'œillet et le safl'ran, aux arbres y foisonne 
La grenade, et la figue, aux vignes les raisins 
Et la pomme escaillee en pomme sur les pins. 

Enfin, VHiver, dans lequel on remarque le beau tableau 
de la saison froide et des paysans occupés à diverses be- 
sognes, est tiré du troisième livre de Daphnis et Chloé. 

Sauf pour les descriptions dont nous parlerons plus loin, 
on ne saurait dire que Longus ait gagné sous la plume de 
Belleau. Un style doucereux et insupportable remplace tout 
ce qui n'est que brièvement et rapidement indiqué dans 
l'original. Le raffinement de Longus, cette innocence mêlée 
de perversité calculée, devient chez Belleau de la platitude ; 
cependant il faut dire, pour être juste, que son genre idyllique 
n'est ni pire ni meilleur que celui de Baïf ou de Ronsard. 
Le ton de Belleau est Ijien faux, mais il n'en est qu'à demi 
responsable. Le style Inicolique semblera encore longtemps le 
langage le plus simple et ces faux bergers seront considé- 
rés comme les hommes les plus naturels. Vauqelin de la 
Fresnaie prétend dans ses idylles peindre «la Nature en 
chemise»^ ; Ronsard parle à peu près comme lui : 

* Préf. des Idylles. 



133 

Plus belle est une Nymphe en sa cotte agrafée, 
Aux bras à (iemy nudz, (juiine dame coifée 
D'artifice soigneux, toute peinte de fart : 
Car toujours la Nature est meilleure que l'art. 

Pource je me promets que le chant solitaire 
Des sauvages Pasteurs, doibt davantage plaire 
(D autant cpi il est nayf sans art et sans façon) 
Qu'une plus curieuse et superbe chanson . . . 

Parler de nature dans les Elégies, Mascarades et Bergerie ! 
Car notre citation est tirée de ce recueil de pièces de cir- 
constance ^ dont la fadeur ne laisse rien à désirer. Au XVI^ 
siècle c'est dans l'idylle qu'on cherche et qu'on trouve la 
nature. Par exemple dans la Bergerie de 1565 on lit après 
une ('prière pastorale» assez mièvre ce qui suit: «les bergè- 
res ne se sceurent «garder de rire oyant cette prière si pasto- 
ralle, si passionnée, et faite si à propos...-». Ces dames 
riaient de la naïveté du jeune berger qui, priant le dieu Pan 
de l'aider à éteindre les feux d'amour qui le consument, lui 
promet «un trochet de noisilles franches, de raisins muscats, 
une belle moissine, un petit oyson, la première toyson de son 
grand bellier» et même une belle nichée d'éloiu'neaux qui se 
trouve dans le trou d'un arbre. Tout cela passe pour du naïf 
ou du naturel, — c'est la même cliose au XVl'' siècle, — et 
même pour du rusti({ue dont il faut rire ou en excuser la 
grossièreté. 

M. Lcgrand dans son travail sur Théocrite, a montré 
combien il }' a de bourgeois et de maniéré, dès l'époque du 
poète grec sous le costume des bergers. Cependant Virgile 
renchérit sur la signification allégori(|ue de l'habit pastoral 
et désormais, l'autorité de ces deux modèles devint une loi 
pour les poètes : l'idylle fut un genre ou tout détail était 
prévu et prescrit. Chez Sannazar, par exemple, rien n'est vrai, 
tout est imitation; Belleau, comme tous ses collègues, manqua 
complètement d'originalité. Néanmoins, il sut racheter ses 
défauts par ces brillantes descriptions, dont la justesse et le 
coloris jurent avec le faux pastoral auquel elles sont mêlées. 

* Les vers cités se trouvent f. 16 b. 
2 Bergerie, 156ô, p. 80. 



CHAPITRE III 
LES «BLASONS» 



I. Les Hijmncs. — Influence des poètes bernesques sur les bla- 
sons de Belleau. Autres sources. Le blason transformé en hymne-méta- 
morphose. Les doctrines de Dorât et la fable des blasons-hymnes. 

IL Les Pierres Précieuses. — Les Pierres considérées comme le 
chef-d œuvre de Belleau. Elles sont des blasons-hymnes. 

III. VAvril. — C'est aussi un hymne-blason. Influence de Jean 
Second et de Ronsard. Raisons du succès de cette poésie. 



I 

Parmi les pièces insérées dmis la Bergerie, le Sifflet 
présente l'aspect le plus singulier. C'est un hymne adressé à 
tout ce que ce nom signifiait à l'époque de noire poète : c'était 
le siphon, la gorge de l'homme et des oiseaux, le sifïlet des 
chasseurs, le pipeau du herger, le sifflement des vents etc. 
Et il fut composé en l'honneur du seigneur d'Haplaincourt 
qui, dans son lief, avait un tonneau d'où le vin coulait sans 
interruption jour et nuit Qu'est-ce donc que celle poésie 
singulière ? Est-ce hicn par hasard que Belleau eut l'idée 
hizarre de chauler les louanges du silfiel? 

Il faut relever avanl tout que le Sifflet n'est qu'un anneau 
dans la longue chaîne de poésies du même genre qu'écrivit 
le poêle. Celle chaîne commence par ses premières produc- 
tions et finit par ses dernières poésies. En eifel, les premières 
«inventions» de Belleau .sont le Papillon (1554), V Heure, la 
Cerise el Escargot (1555) puis viennent le Coral, VHuistre. le 
Pinceau, l'Ombre, la Tortue, le Ver luisant de nuict (1556), le 
Mulet, Sur ï importuniié dune cloche el les Cornes (157.T). En 
même temps que Belleau envoie son Papillon el son Escargot 
à Ronsard,' celui-ci lui adresse une Fourmi, une Grenouille 



135 

et un Freslon. On voit qu'il s'a«fil ici d'un gcMire spécial que 
Belleaii appelle hymne dans ses Odes d'Anacréon où il en 
publie les premiers essais. 

La critique ne niancpia pas de faire ressortir les rapports 
de ces poésies avec les blasons bernesques ^, et il est acquis 
que c'est le poète satirique italien Berni (1496 — 1536) qui eut 
l'idée de ces éloges singuliers. Ses poésies écrites en terza rima 
comme la parodie de Dante par Finiguerri, portaient le nom 
de capitoli'-. Berni qui ne permit jamais d'imprimer ses 
capitoli de son vivant, récitait ses vers dans les académies, 
réunions joyeuses où l'on parodiait un peu l'académie de 
Laurent le Magnilique. Berni cbanla l'éloge de la peste, de 
la pèche, de l'anguille, du chardon, de la gélatine, du pot de 
chambre, d'un jeu de cartes, d'Arislote, de l'aiguille, de la 
cornemuse, des figues, du rien, de l'hôtellerie, du moustique 
etc. Les disciples de Berni furent légion ; on fit de vastes 
recueils de lem-s œuvres qui eurent des lecteurs -jusqu'au 
XVIII<^ siècle et même des imitateurs. En France on se mit 
de bonne heure à composer des pièces similaires^. Un 
nouveau genre se forma: le blason, dont le nom signifie 
originairement description héraldique des armoiries, ensuite 
au figuré: éloge, et plus tard seulement: médisance, 
moquerie '^ 

Le blason de la Pléiade garda tous les caractères du 
vieux blason franco-italien. On y trouve les mêmes apostro- 
phes à l'adresse de l'objet vanté, les mêmes répétitions, le 
même salut final, enfin la même forme préférée : f octosyllabe. 
Ainsi, Belleau interpelle le papillon et le sifflet comme il suit : 

O que j'estime ta naissance 

Pour de rien navoir connoissance, 



* Cf. Laumonier (Ronsard p. 139, n. 3) qui dans une rapide note 
a renvoyé à Belleau et aux poètes de la Pléiade. V. aussi Vianey. Brus- 
cambillc et les poêles bernesqiies [\\e\. dHist. Litt. 1901, p. 569) et Toldo, 
Poésie burlesque de la Renaissance (Zeitsclir. f. rom. Phil. 1901). 

- Gaspary, Geschichle dcr ilal. LU. II, 515. 

* V. notamment les Rlasoii^ analontiqnes du corps féminin, 1535 et 
les Blasons doincsHqiics de (ailles f'.orrozct, 1539. Tous deux furent ré- 
imprimes par M. D. M. M. (Dominique Martin Méon, Blasons, poésies an- 
ciennes des XV et XVI"^* siècles) 1809. 

* Nyrop, Grammaire historique IV, 95. 



136 

Gentil Papillon tremblotant, 
Papillon toujours voletant . . . 

Sifflet gentil secours de nostre vie. 
Avale-soing, chasse-nielancolie . . . 

Sifflet, l'honneur de la troupe sacrée 
Des compagnons à la gorge altérée . . . 

Et voici les adieux qu'il leur fait: 

Or vy donques bien fortuné 
Mon mignon, sans estre estonné 
Des traverses de la fortune . . . 

Donques, Siffleurs. compagnons de cet ordre, 
Vivez unis en paix et sans desordre, 
Vivez heureux et beuvez à longs trais. 
Chaud en Hyver, en Esté sous le frais . . . 

C'est bien toujours le vieux blason, mais avec quelques 
diflférences: d'abord Belleau ne le nomme plus «blason», 
mais lui décerne le titre d'bymne qui est certainement 
plus prétentieux. La Pléiade se rattachait volontiers à la poésie 
grecque, — dans l'espèce aux hymnes d'Homère, d aOrphée», et 
de Callimaque, — elle reniait ses origines qui étaient, du 
moins en partie, beaucoup plus modestes comme on le sait. 
Elle s'efforçait même d'ennoblir le genre originairement pa- 
rodique du blason, en le corsant de fables et d'histoires em- 
pruntées à rantitjuité. 

C'est chez Belleau que l'on peut observer le mieux cette 
évolution du «blason», car il part des poètes bernesques, lui 
aussi. Le Mulet de Belleau n'est qu'une contre-partie de la 
Mula de Berni *. Le j)()èle français décrit un animal doux, 
facile à manier qu'il oppose à ces bêtes hargneuses impossi- 
bles à maîtriser. L'allusion vise sans doute la mule de Berni, 
la monture la moins traitable du monde. Un disciple de Berni, 
Bronzino fit comme Belleau l'éloge du pinceau'-: toutefois, 
ils n'ont de commun que le titre et le genre de leurs poésies. 

* Berni, Dcscriue iina mula. 

- Bronzino, Del penneHo (Londres 1729; III, 39j : Belleau Le Pinceau 
(M.-L. I, 58). Le même Bronzino, autrement appelé Allori, fit, à en croire 
M. Toldo (art. cité p. 527], aussi un poème analogue à la Cloche de Belleau. 



137 

Il est plus juste de rapprocher le Capiiolo del ciregio d'An- 
tonio Negrisoli de la Cerise de notre poète*. On trouve chez 
tous deux un éloge identique des couleurs et de l'analomie 
de la cerise, et des tableaux idylliques que l'on peut rap- 
procher: Negrisoli montre une jeune lille cueillant joyeuse- 
ment des cerises; Belleau se représente lui-même couché 
dans l'herbe avec sa maîtresse, ils abaissent une branche et 
cueillent avec la bouche les fruits. 

L'influence des poètes bernesques sur les hymnes de 
Belleau est ainsi bien établie, .sans doute. Toutefois, Rellcau 
voulait faire mieux qu'eux et que les vieux blasonneurs 
français. En effet, on ne saurait contester à ses blasons un 
certain degré d'érudition. Le blason des Cornes, adressé à un 
mari qui en porte de puissantes, doit avoir été composé à 
laide de l'article CORNU du Thésaurus de Robert Estienne, 
peut-être, car on ne saurait autrement expliquer la présence 
de certaines signilicalions purement latines du mol corne 
dans l'éloge de Relleau. D'autre pari, pour savoir que VHeure 
est la «(i délie porliere de l'Olympe sourcilleux^, il faut avoir 
lu Homère {Iliade V) qui représente les Heures gardant les 
portes de l'Olympe, les ouvrant et les refermant à l'aide d'un 
nuage épais. C'est Ovide qui rapporte (Met. H, 118) que les 
Heures mettent le frein au «cheval pié-volant» et le retiennent 

Quand dispos le Soleil monte 
Dans son char estincellant. 

C'est Théocrile (Syracusaines XV, 102) qui parle de la 
lenteur des Heures el qui dit qu'elles nous portent le bonheur. 
C'est Pline qui fournit à Belleau le sujet de son Huisire, de 
son Ver luisant de /ïizic/, ainsi que les détails sur l'usage mé- 
dicinal de la Tortue'-. Le Coral est un morceau des Lithica 

1 Belleau, La Cerise (M.-L. I, 71) ; A. M. Negrisoli Ferrarese, Cap. 
ciel ciregio al medesimo Signor Ginseppe. Je n'ai vu cette pièce que dans 
une édition de 1603 des poètes bernesques, Délie rime piacevoli del Berni 
etc., Vicenza 1603 ; III, 50/?. Cependant Negrisoli était contemporain de 
Belleau et publia un recueil dès 1552 : La Georgica . . . con sciolli versi 
traddulla . . . dal magnifico M. A. M. Negri<ioli . . . Rime et allre cose del 
medesimo con sue risposie ad allre rime allai scrille . . . 1552 (Catalogue du 
British Muséum). Haym {Bibl. ital. II, 209) cite une édition de 1543 de sa 
Georgica. 

2 Hisî. nal. IX, 54 ; XI, 28 ; XVIII, 26 et 28 ; XXXII, 4. 



138 

du psoudo-Oiplire Ininsformo en hymne. Le dél)iil de la 
Tortue où Bellcnu racoiilc l'invenlion de la lyre est inspiré de 
la Bibliothèque d'Apollodore (III, 10, 2) ou bien d'Hésiode 
{Thcog. 38) cl de Ihymne homérique à Hermès. 

Remplir le blason de réminiscences anlicpics était cer- 
tainement une façon de l'ennoblir. Mais il y a mieux : Belleau, 
tout comme Ronsard, ne se contentait pas d'une énumération 
des (pialilés de l'objet vanté dans ses blasons qu'il appe- 
lait, i)rélenlieuscmenl, hymnes, mais il ajoutait souvent 
une fable de sa propre invention. Ainsi le poète raconte 
dans VEscargot la guerre des Titans contre Jupiter et prétend 
quils furent métamorphosés en escargots. En souvenir du 
grand combat ils portent encore leur maison comme une 
cuirasse; ils sortent et même ils dressent contre le ciel leurs 
petites cornes, mais lorsqu'ils entendent le bruit du tonnerre, 
ils les rentrent aussitôt. Puis en haine de Bacchus qui tua 
Rhœtus au cours de leur lutte, ils montent sur les ceps de 
vignes et en rongent les sarments. C'est une jolie fable, mais 
il serait inutile d'en chercher les origines dans 1 antiquité. 
Les détails du combat de Jupiter sont connus par Hésiode, 
par AjDollodore *, par Horace qui rapporte la mort de 
Rhœtus-, et par Ovide dont le récit, — les hommes auraient 
été créés avec le sang des Titans, — se trouve être le plus 
voisin (le celui de Belleau '\ Mais aucun de ces auteurs ne 
parle des escai-gots. Belleau a tiré toute celte légende <le son 
propre fonds: et l'on pourrait en dire autant de la fable de 
la Cerise. En introduisant ces légendes étiologiques les poètes 
de la Pléiade crurent élever le blason au niveau d'une méta- 
morphose ovidienne ou plutôt à celui des hymnes de Calli- 
maque et d'Homère avec cette différence que des animaux et 
des plantes y figurent à la place des dieux'''. 

Si l'on demande maintenant comment Belleau et Ronsard 



1 Bibliotlî. VI, 2. '-i Carm. Il, 19. 

« Met. I, 102. 

'^ De 1res rares modèles néo-latins annoncent ce genre nouveau. 
Le poème de Flaminio, De laudibus Lauri, est un hymne-blason, où ni le 
style conventionnel de I éloge ni la métamorphose ne fait défaut (Delitiae 
liai. Poet. I. 992). Les Sulices et In munim Cundidam de Sannazar (Ecl. 
VI et Eleg. II, 4) ont à peu près les mêmes caraclères. Pour les traités 
analogues de l'antiquité cl', la préi'ace de /7:/oir/e de la Folie d Erasme. 



i:i9 

eurent l'idée de composer des fal)les, on trouve la rc j)onse 
dans leurs propres j)oésies. Dans son Hynne de l'Autonne 
dont la fal)le est pour la plus giande partie de Tinventioii 
du poète, Ronsard a fait des aveux précieux : 

Ainsi (lisoil la Nymphe et de là je vins cslre 

Disciple de Uorat, qui lonç/ temps fut mon maistre, 

Mapprisl la Poésie et me montra comment 

On doit feindre et cacher les fables proprement, 

Et à bien desguiser le vérité des choses 

D un fabuleux manteau dont elles sont encloses ^. 

Dans V Hiver, Ronsard développa la même idée : 

Puis à lin (jue le peuple içjnorant ne mesprise 

I^a vérité connue après l'avoir apprise, 

1) un voile bien subtil (corne les peintres font 

Aux tableaux bien portraits) lui couvre tout le front, 

Et laisse seulement tout au travers du voile 

Paroistre ses rayons comme une belle estoile, 

A tincjue le vulgaire ait désir de chercher 

La couverte beauté dont il nose ap])rochcr. 

Tel jay tracé cet Hynne imitant Icxemplaire 
Des fables d'Hésiode et de celles dHomere ~. 

On apprend dans ces textes que c'est Dorât qui avait 
enseigné aux jeunes poètes à inventer des fables et que 
ceux-ci préféraient déguiser la vérité, ou la laisser soupçon- 
ner seulement au lieu de l'exprimer avec sincérité. Dorât 
et ses disciples ignoraient, paraît-il, le fond religieux de la 
mythologie grecque et n'y voyaient que des symboles inven- 
tés par les poètes pour leur plaisir. Cette hypothèse semble 
même confirmée par les vers suivants de Belleau sur Aratus 
dont les Phénomènes relatent les fables qui se rapportent aux 
constellations (II, 1()7): 

Lautre voulant semer son nom par l'univers 
Légèrement porté sur l'aile de ses vers, 
A conlvouvé, genlil, pour marque mémorable, 
Des images du Ciel et des Dieux une fable. 

Quant à la «vérité» que les amis du poète prétendaient 
déguiser dans leurs œuvres, elle consistait surtout à adopter 

1 M.-L. IV, 313. — 2 M-L. IV, 327. 



140 

à (juelque chose de réel les fables qu'ils inventaient; par 
exemple: le fait que les escargots se plaisent à attaquer les 
raisins est expliqué par la rancune que ces prétendus Titans 
niétamor])liosés gardent contre Baccluis, leur vainqueur. 

Il imj)orle surtout pour notre étude que la leçon vint 
de Dorât et (jue Belleau, connue ses h3^nmes le prouvent, en 
profita autant que Ronsard. Dès les premières productions de 
Belleau on constate ainsi rinfluence de Dorât sur ses idées 
poétiques; et si sa poésie, après le brillant épisode de la 
Bergerie, se perd dans l'érudition des Pierres Précieuses, il 
faut penser peut-être encore à ce même helléniste dont 
l'alexandrinismc fut si peu favorable à la véritable connais- 
sance des beautés classiques. 

En joignant la fable au blason, le plus souvent sous la 
forme d'une métamorphose ovidienne, les poètes de la 
Pléiade ont ennobli la vieille forme du blason, sans toutefois 
l'abandonner complètement. L'invention d'une fable nouvelle 
leur permit aussi de faire valoir leur imagination narra- 
tive et descriptive. C'est par là que le blason, un peu sec par 
lui-même, se rapproche de la poésie. 

II 

Je ne nie serais pas si longuement étendu sur l'étude 
de l'hymne-blason, si ce genre n'avait présenté une impor- 
tance capitale pour l'œuvre de Belleau. En effet, ce poète 
impersonnel et érudit crut trouver dans Phymne la forme qui 
convenait le mieux à son idéal poétique. Les Amours et Nou- 
veaux Eschanges des Pierres Précieuses ne sont en dernière 
analyse qu'un recueil d'hymnes-blasons; cependant Belleau 
et ses amis considéraient les Pierres Précieuses comme son 
chef-d'œuvre, et tous ses autres ouvrages n'étaient à leurs 
yeux que des coups d'essai. La préface des Pierres dédiée à 
Henri III. rayonne de contentement; ce n'est plus un «petit 
labeur» comme Anacréon, ni un ^avant-coureur» comme la 
Bergerie, mais une «nouvelle invention d'écrire», et Belleau 
la présente avec fierté. 

Déjà dans son élégie-préface de VAnacréon (lô.K)), Ron- 
sard lit savoir que son ami allait révéler des poésies absolu- 
ment originales : 



141 

Qui as (come bien-né) ton naturel suivy, 

Et que les Muscs ont naïvement ravy 

Aux contemplations de leurs sciences belles, 

Te faisant enlantcr choses toutes nouvelles, 

Sans immiter que toy, et la gentille erreur 

Qui t'alume 1 esprit dune docte fureur, 

Ne faisant cas de ceux qui en mesme lançjange 

Ensuivent les premiers par faute de courage, 

Et faute de noser aller boire de l'eau 

Sur le mont d'Elicon, par un sentier nouveau. 

Mais avant que vouloir te déclarer au monde, 

Tu as daigné tanter dexprimer la faconde 

Des Grecz en nostre langue, et as pour ton patron 

Choisy le doux archet du vieil Anacreon . . . 

Et voici comment Belieau annonce ses Pierres Précieuses 
vingt ans après (II, 1(36): 

Cherchon, Muse, cherchon quelque sentier nouveau 

Et fuyon le chemin de ce tertre jumeau : 

11 n'est que trop battu, les ondes de Permesse 

Ne sçauroyent contenter une si forte presse . . . 

Mais Muse, mon souci, fay moi ceste faveur, 

Que je puisse, animé de nouvelle fureur. 

De mes poulmons enflez et poussez d'autre haleine 

Remplir nostre air François d'une voix plus hautaine, 

Que nest celle de ceux, qui noscnt s'eslever 

Hors du commun sentier, à fin de gaigner laer . . . 

C'est bien l'accomplissement de la promesse contenue 
dans les vei's de Ronsard : le sentier nouveau, que Belieau 
«gravissait!) dès 155() et où il s'engagea résolument en com- 
posant ses Pierres Précieuses. Dès lors, les hymnes n'étaient 
que le travail préliminaire du grand ouvrage. Deux de ces 
hymnes: VHuisire et le Coral furent fondus dans la Perle et 
dans le Coral des Pierres Précieuses. D'autre part, V Escargot 
et la Cerise contenaient déjà des fables inventées de toutes 
pièces, et ce sera aussi toute l'originalité des Pierres Précieuses. 
Enfm, si l'on considère que Belieau avait commencé d'étudier 
et d'utiliser dès 1555 Pline et les Lithica (le Coral), deux 
sources des Pierres Précieuses, il faut rejeter l'hypothèse de 
M. Besser qui en date la première idée de l'année 15()1, lors- 
que parut une réédition du Grand Lapidaire de Mandeville, 
autre source importante des Pierres. L'abbé de Pimpont, ami 



142 

inlinie do lîoUeau nous dit d'ailleurs exprcssômenl que les 
Pierres claienl composées longtemps avant leur publication : 
c'est lui qui oblif^ea son ami à mettre au jour ces «joyaux 
prccieuxi>. Le «clief-d'anivre^> de Belleau était donc préparé 
de longue main, et occupait le poète au plus tard dès 1556, 
lorsque Ronsard en lança rannonce en termes si pompeux. 

Que sont ces Pieiirs Précieuses, et en (pioi ces léclames 
étaient-elles justifiées ? Les Amours et Nouveaux Eschanges 
des Pierres Précieuses, vertus et proprie tez d'icelles, sont un 
recueil de petits poèmes dont chacun se rapporte à une pierre 
précieuse ou réputée telle à Fépoque de Belleau. Le poète 
rapporte leurs qualités physiques et leurs vertus médicinales 
et ajoute presque toujours une fable qu'il a lui même inven- 
tée. M. Besser a indiqué les traités dont Belleau a tiré ses 
matériaux: les Lithica du pseudo-Orphée, l'histoire naturelle 
de Pline, et plusieui's lapidaires du moyen-âge : le Liber lapi- 
dum de Marbode, le Grand Lapidaire du pseudo-Mandeville, 
deux traités de George Agricola (De ortu et causis subter- 
raneorum et De natura fossilium), le traité de Jérôme Car- 
danus. De subtilitate et celui de Dioscoride, De re medica. 

Cependant tous ces traités écrits en prose ou en hexa- 
mètres, ne sont lien moins ({ue poétiques, exception faite 
des Lithica où l'on remarque une certaine tendance au 
lyrisme. Belleau dépouilla ces traités plus ou moins rébarba- 
tifs et chercha à en présenter la matière sous une forme 
agréable à l'œil et à l'esprit : il les transforma en blasons- 
hymnes. Les Pierres Précieuses ne font que continuer le 
genre de V Escargot et de ïHuistre : ce sont des éloges adressés 
à chacune des gemmes qu'il invoquait. La plupart des pièces 
ont même gardé la forme lyrique du blason, les octosyllabes, 
les répétitions, enlin le salut final. 

Chante qui voudra l'amour, — dit Belleau dans la Coupe 

de crystal — 

Quant à moy je ne chanteray 
Et rien plus je ne vanlerai] 
Que ccste Coupe crystaline ... 

O riclie et bien-heureux Crystal, 
Plus précieux que le métal . . . 

Crj'stal poli dessus le tour 
Arrondi de la main d'Amour . . . 



143 



Cn'stal enté mignnrdcment 
Sur un pié qui l'nit justement 
La baze d'une collonnette . . . 

Crystal que jamais on n a veu 
Que promicment on n "y ait bou . . . 

El voici le soulîuil (le la lin : 

Jamais ne se puisse casser, 
Esclater, feller ou froisser 
De ce Crystal la glace belle : 
Mais tousjours près de mon soûlas 
Comble de vin ou d'bippocras 
Demeure compagne fidelle. 

Le dernier projet du poète, exposé dans la Pierre laicteuse, 
est de l'aire le blason-hymne du lait auquel il croyait devoir 
la gucrison et la vie : 

Je serois trop ingrat, ayant tiré ma vie 

Des serres de la mort qui me lavoit ravie 

Sans le secours du laict, si du laict ne chantoy ^ 

La puissance et leftect, dont j'ai fait preuve en moy. 

Je ne veux, commencer par la trace laicteuse 

Qui paroist dans le ciel, lors (jue l'ombre nuiteuse 

I^ecouvre en temps serain les feux qui sont aux cieux, 

Droit chemin pour entrer dans le palais des Dieux : 

Qui fut lors que Junon par le ciel vint espandre 

Comme un torrent de laict, quand de la lèvre tendre 

Honteuse reitra le bout de son tetin 

D'un bastard supposé quon nommoit Herculin. 

Car le vouloir chanter, c'est charge trop pesante 

Pour le dos afïoibly ae celuy qui le vante : 

Mais s'il peut une fois rendre force à ses ners. 

Je te jure, dévot, par lame de mes vers, 

Et par le Delien qui sa fureur m'inspire. 

De te chanter, ù Laict, sur les nerfs de ma lyre. 

Seulement je diray les vertus de la pierre 

Qui derobbe ton nom . . . 

Belleau en aurait fait un bel hymne où rien n'aurait 
manqué, sans doute, pas même la fable mythologique. 

Blasonner les pierres précieuses n'était plus une idée 
neuve en 1576. J. Lemaire de Belges avait déjà introduit dans 
la prose de sa Couronne margaritique la description physique. 



144 

et synil)()li(juc do dix |)ioirc's |)i"Cfit'uses, (|U il n\n\[ lirce 
dos Inpidairos du inox on-à^i*o. D'aiilro part, lo Blason des 
pierres précieuses de Jean de la Taille '■ avait aussi piiru deu\ 
ans plus lot. C'est une assez courte dissertation en prose 
suivie de ileux pièces de vers : le Blason de la Marguerite 
et des autres pierres précieuses et le Blason de l'Aijmant, 
imite du Magnes de Claudien, tout comme la Pierre d'Aymant 
de BoUoau. Un éloge en vers octosyllabes, dans la forme 
traditionnelle du blason, rapportant les vertus magiques de 
la perle et de Taimant, voilà l'ouvrage de Jean de la Taille 
et voilà aussi en substance les Pierres de Belleau. Cependant, 
tandis que Jean de la Taille resta en dehors de l'évolution 
que la Pléiade venait de faire subir au genre et n'écrivit que 
de purs blasons, Belleau ne manqua pas, en général, d'y 
ajouter la fable étiologique où il laissa libre cours à son 
imagination. UAmethyste aurait été, par exemple, une vierge 
persécutée par Bacchus et pétrifiée par les dieux qui voulaient 
la sauver. Bacchus lui donna alors la couleur de son vin et 
toutes sortes de vertus, entre autres celle de dégriser les 
buveurs. Par ces légendes les pièces de Belleau a})prochent 
des hymnes de Ronsard, dans lesquels le maître se glorifia, 
tout comme Belleau, de créer quelque chose de nouveau. 
L'originalité consistait en effet dans l'invention des fables et 
dans leur application aux quatre saisons et aux pierres pré- 
cieuses, mais le genre était bien l'hymne-blason de la pre- 
mière heure. 

III 

Il y a encore un hymne dont je n'ai pas fait mention 
jusquà présent: c'est le charmant Avril que tout le monde 
connaît depuis que Sainte-Beuve l'a découvert dans les 
broussailles de la Bergerie. V Avril est aussi un hymne-blason, 
car il fait simplement l'éloge du mois d'avril et contient 
l'apostrophe répétée qui est le trait caractéristique de ce 
genre de poésies : 

Avril 1 honneur et des bois, 
Et des mois : 

* Paris, L. Breyer, 1574. Privilège du 4 décembre 1573. Réimpr. 
moderne par René de Maulde, Œuvres de J. de la Taille, 1878 1879, t. 
III, p. CCVI. 



145 

Avril, la douce espérance 
Des fruicls qui sous le coton 

Du bouton 
Nourrissent leur jeune enfance. 

Avril, 1 honneur des prez verds ... * 

L'Avril me seml)lc être la réplique de l'élégie que Jean 
Second compo.sa en Ihonneiir du mois de mai (Eleg. sol. III): 

Majus alit flores, Majo pulcherrimus annus 

Vernet. Acidaliae yaudia Majus alit... 
Mojc, dcciis mcnsium, pastori'.m, Maje, voluptas 

Dives opum, terrae luxuriantis amor. 

Le «decus mensium» correspond tout à fait bien à 
r«honneur des mois» de Bclleau ; et d'ailleurs, vers la 
iin de son hymne il rappelle aussi les agréments du mois 
de mai : 

May vantera ses fraischeurs, 

Ses fruicts meurs, 
Et sa féconde rosée, 
La manne et le sucre doux, 

Le miel roux. 
Dont sa grâce est arrosée. 

Mais moy je donne ma voix 

A ce mois, 
Qui prend le surnom de celle 
Qui de lescumeuse mer 

Veit germer 
Sa naissance maternelle -. 

D'autre part on constate l'influence très considérable 
d une chanson de Ronsard sur ïAvril de Belleau. C'est la 
très belle chanson imitée de Pétrarque Quand ce beau prin- 
temps je voy (1503) qui inspira au poète le rythme et lallure 
si fraîche de VAvril. On n'a qu'à comparer le maître et le 
disciple : 

Quand je voy tant de couleurs 
Et de fleurs 

1 M.-L. I, 20L 

- Rapprochement fantaisiste du nom d'Aphrodite et du mot 
aprilis. 

Eckhardt : Remy Belleau. 10 



146 

Qui csmaillent un rivage. 
Je pense voir le beau teint 

Qui est peint 
Si vermeil en son visage . . . 

Quand je sens parmy les prez 

Diaprez 
Les fleurs dont la terre est pleine 
Lors je fais croire à mes sens 

Que je sens 
La douceur de son haleine. 

De ce parallèle de la nature et de l'amante Belleau 
n'a pris que la description du printemps : 

Avril, l'honneur des prez verds, 

Jaunes, pars, 
Qui dune humeur bigarrée 
Emaillant de mille fleurs 

De couleurs, 
Leur parure diaprée. 

Qu'est-ce qui a fait le succès de V Avril? La description 
du printemps que le poète y présente est loin d'être aussi 
originale que les tableaux qu'il a peints des autres saisons. Le 
printemps fut un sujet poétique de toutes les époques, par 
conséquent la tradition littéraire pesait davantage sur la sen- 
sibilité assez souple de Belleau. L'Avril n'a rien de plus 
achevé que telle description prinlanièrc d'Horace, d'Ovide, de 
Sannazar, de l'Arioste, de Bembo, de Navagero, de Guillaume 
de Lorris, et surtout ... de Ronsard. Ce sont les mêmes prés 
émaillés de fleurs, la même chanson des rossignols, le même 
souffle des zéphyrs . . . Néanmoins, il y a quelque chose que 
l'on ne trouve point chez ces prédécesseurs: l'heureuse ren- 
contre de la forme et du sujet. Ronsard, il est vrai, avait déjà 
adapté au printemps cette strophe d'une légèreté admirable, 
mais sa chanson était trop longue pour être goûtée *. La 

^ Cette strophe dérive, je crois, du virelai. Pour la former Marot 
n'eut qu'à découper le virelai en strophes isométriques. 'Voici par 
exemple un virelai d'Eustache Deschamps (Bartsch, Chreslomalhie, p. 267) : 

Dame je vous remercy 

et gracy 

de cuer, de corps, de pensée, 

de l'anvoy qui tant raagree 



147 

musique de cette strophe si artistique ne se fit valoir que 
dans l'Avril où le style très gracieux mais un peu mignard 
de Belleau, la douce consonance de ses mots produisent une 
musique molle et caressante qui respire la fraîcheur du 
printemps. L Avril est le plus parfait des hymnes (je n'ose 
pas dire : des blasons) de Belleau où le poète a quitté les 
formes traditionnelles du genre pour faire de la vraie poésie. 

que je dy 

c'onques plus biau don ne vi 

faire a créature née 

plus plaisant ne plus jolj' 

ne qui sy 

m'ait ma leesce doublée etc. 

Sur les poètes qui avaient employé cette forme avant Ronsard cf. 
Laumonier, Ronsard p. 690. Elle se rencontre assez fréquemment chez les 
chansonniers protestants qui donnent comme «ad notamy> un certain 
Chant de Pienne (Chansonnier huguenot, 1870-71 ; I, 117 et 278). Était-ce 
une chanson qui courait sur la malheureuse demoiselle de Pienne, 
amante de François de Montmorency? (Cf Bourciez, Les moeurs polies 
et la littérature de Cour sous Henri II). 



10* 



CHAPITRE IV 
LA POÉSIE AMOUREUSE DE BELLEAU 



I. Les amours de Belleau. Madelon et Catin. Témoignage de Baïf : 
Belleau nétait amoureux que sur le papier. 

II. Belleau, poète pétrarquiste. Sujets et style pétrarquistes. 

III. Belleau, poète mignard. Mignardise de la poésie j^ançaise de 
la Renaissance. Influence de Ronsard. Le style mignard. Mignardise 
dans les descriptions de Belleau. 

IV. Les Buiscrs de Belleau. Modèles : Properce, Pontano, Jean Se- 
cond. 

I 

La plupart des pièces de la Bergerie sont des sonnets 
et des chansons d'amour. Baïf avait raison d'écrire à son ami : 

Tu consacras de tes vers la plus part 
De Cytheree au petit fils mignard *. 

On sait qu'au .seizième siècle, il n'est pas inutile de 
poser la question de l'amour chez les poètes lyriques. Nous 
devons donc nous demander si Belleau fut vraiment amou- 
reux. Les bioj*ra])hes ont relevé sa discrétion en cette ma- 
tière ; si même il aima d'amour, il se garda ])ien de nous 
révéler le nom de sa maîtresse. Mais Gouverneur et Marty- 
Laveaux se sont ingéniés à le découvrir quand même, et 
citent un sonnet dans lequel Ronsard invite Belleau à boire 
à leurs amies : 

Soit que m amie ait nom ou Cassandre ou Marie, 
Neuf fois je m'en vay boire aux lettres de son nom 
Et toy si de ta belle et jeune Magdelon, 
Belleau, lamour te poind, je te pri' ne loublie-. 

1 M.-L. I, 9. 

2 M.L. Œuvres de Belleau I, IV. 



149 

L'amante de Belleau s'appelait donc Magdclon, dit 
Marty-Laveaiix, et comme Belleau écrit que la jeune fille 
«façonne sur la gaze les douze lettres de son nom» (I, 80), 
le savant éditeur en conclut qu'elle devait avoir un nom de 
famille assez court, puisque son nom de baptême (Madelon, 
Magdeleine) comi)le déjà sept lettres au moins. Il trouve 
même que ce nom devait commencer par un M, car on lit 
en tête d'un sonnet de Belleau : A M. M. ce qui veut dire 
apparemment: à Madeleine M. Par contre, Marty-Laveaux 
doute de la sincérité des sentiments de Belleau ])our une 
certaine Catin, dont le i)oète déplora la mort dans une com- 
plainte un peu trop artificielle. 

Ces hypothèses sont erronées en tout point. L'amie de 
Belleau s'appelle bien Madelon dans le sonnet cité de Ron- 
sard, mais seulement dans le premier texte qui parut dans 
la Continuation des Amours, en 1555. Cinq ans plus tard, 
la même pièce commentée j)ar Belleau dans le second livre 
des Amours porte Catelon à la place de Madelon (f. 26), et 
cette variante se conserve dans l'édition de 15(37 des Amours. 
Puis en 1572, Madelon reparaît dans le texte, soit par in- 
advertance, soit pour restituer au sonnet sa forme primitive. 
Quoi qu'il en soit, l'édition que Belleau a commentée et 
dont, pour ainsi dire, il était responsable, mentionne Catelon, 
et cela vaut bien un témoignage direct. 

Quant au sonnet A M. M., n'est-il pas plus simple de 
lire: A Ma Maistresse, comme Belleau écrit ailleurs, en toutes 
lettres: A Sa Maistresse^. S'il faut attacher de l'importance à 
ces noms, c'est bien Catin qui règne dans le cœur de Bel- 
Jeau. En effet, tandis que Madelon n'est mentionnée qu'une 
seule fois et seulement par l'ami du poète, Catin est souvent 
nommée dans les Baisers et dans les idylles de notre poète, 
où elle est opposée à la Francine de Baïf et à la Cassandre 
de Ronsard. Une poésie de Ronsard permet même de dire 
avec quelque précision quand commença cette liaison ; c'est 
un épithalame daté de 1559, où l'on trouve les lignes que 
voici : 



* Ce sonnet parut d'abord, de même que la pièce «A M. M.», dans 
l'édition de 1573 des Odes d'Aiiacréon. 



150 

Et le cordon tressé duquel elle est pendue, 

Belin me l'a donné, houpé tout à l'entour 

Des couleurs qu'il gaigna de Calon l'autre jour *. 

Cette Catelon, Calon ou Câlin, fut-elle un amour sérieux 
ou une simple liaison sans imporlanee? Baïf, l'ami intime 
de Belleau nous donne un renseignement précieux à cet 
égard. Une de ses poésies adressée à Belleau, après une grande 
déception d'amour, s'occupe de l'inconstance des femmes. 
Baïf s'était fait l'esclave d'une seule femme, car il s'en croyait 
aimé; mais il a dû apprendre qu'il avait partagé ses faveurs, 
avec d'autres, et il en est toul lionteux. 

De toute femme en mesme ranc soit prise 
Dorénavant la gaye mignardise : 
Et sans que plus quelcune te maistrise 
Pren ton plaisir. 

Ne vueilles une entre toutes choisir: 
Mais soit égal en toutes ton désir, 
Ne te laissant de folle amour saisir 
Qui nous assomme. 

La femme est un miroir qui garde notre image tant que 
nous sommes en sa présence. Fais de même, dit Baïf à Bel- 
leau, oublie-la et si elle te trompe, trompe-la à ton tour. 

Mon cher Belleau, voicy la vraye guise 
Dont faut souffrir que ce Dieu nous atise, 
Qui ciel et mer et la terre maistrise : 
Aimons ainsi. 

Dn autre sot, palle, morne, transi, 
Ronge son cœur de lamoureux soucy, 
Triste jaloux sun autre rit aussi 
Avec sa dame. 

Il esf bien fol, qui laisse dans son ame 
Si fort gagner une amoureuse flame, 
Qu il soit jaloux, voire qu'il se diffame, 
Pour 1 heur d'autruy. 

* Chant pastoral sur les Xopces de Mgr Charles duc de Lorraine el 
de Madame Claude, 1559. Je cite le texte de Marty-Laveaux — c'est l'édi- 
tion de l."384, — car par malheur, je ne suis pas à même de collationner 
son texte avec celui de la première édition. 



151 

Du bien d'un autre endurer de 1 ennuy, 
Voire du sien, mon Belleau, je le iuy: 
Tout autrement mon amour je poursuy : 
Mien je veu vivre. 

Tant que vivray, comme toi je veu suivre 
Un train d'amour, de loul soucy délivre : 
C'est bien assez si pour nous nosire livre 
Se voit transi *. 

On ne saurait être plus explicite. Belleau ne fut jamais 
amoureux sérieusement et réellement, mais rien que dans 
ses écrits. D'ailleurs Belleau n'insista jamais sur l'intensité 
de sa passion pour Catin. Il ne réunit pas ses poésies amou- 
reuses dans un cvcle, comme le firent tous ses collègues, 
jusqu'aux derniers. Il ne chanta pas sa Catin, comme Baïf 
sa Francine, Du Bellay son Olive, Grévin son Olympe, Tahu- 
reau son Admirée , . . Mais il n'en parle pas moins de «milles 
morts», de «martyres», de «peines cruelles» et de «tourments 
affreux» dans ses poésies. 

Notre étude des poésies amoureuses de Belleau sera 
donc forcément une étude de sources, de thèmes et de style 
plutôt que l'histoire de sa vie sentimentale. 

II 

Belleau fit imprimer dans la Bergerie une grande quan- 
tité de sonnets pétrarquistes, et après sa mort, on en trouva 
d'autres dans ses papiers. M. Vianey a montré les origines cie 
la préciosité de ces pièces ; quatre ou cinq d'entre elles sont 
imitées de Tebaldeo, prince des poètes précieux^. Les résul- 
tats que M. Vianey a obtenus, sont fort satisfaisants; tout de 
même, nous essayerons d'y apporter notre part, si faible 
qu'elle soit. 

La manière pétrarquiste de définir l'amour consistait à 
relever ce que ce sentiment implique de contradictions. Ici, les 
modèles sont le Canzoniere de Pétrarque et une pièce de Bembo : 
Amor è Donne care, fort estimée à son époque. Les imita- 
tions pétrarquistes de ce capitolo sont innombrables : Ronsard 

* Baïf, Diverses Amours, M.-L. I, 322. Cf. ibid. I, 344. 
2 Le Pétrarquisme en France, p. 219. 



1Ô2 

a écrit une foule de poésies de ce ly])e V et Belleau, à son 
tour, abuse de ce procédé (pii lui fournit des pointes en 
quantité. Ce prince-berger de la Bergerie dont le langage ne 
se com})ose que de lieux connnuns latins-grecs et italiens, 
gémit de la façon que voici : ^^Hà condition fascheuse, et trop 
estrange adventure ! le demeurer me martyre, et le fuir me 
passionne : Tesperance me guide, et le desespoir deslrousse 
mes entreprises : la présence me désespère, et l'absence me 
fait espérer : ma petitesse m'eleve, et sa hautesse amoindrist 
mon alTcction : le mallicur qui me presse est celuy du([uel je 
désire plus raccroissement. ce qui plus me plaist est ce qui 
plus me cause de desplaisir: 

Et bref c'est une cliose estrange 

Qu'il semble qu'un contraire eschange 

De plaisir ou de passion, 

Nous punisse par le contraire 

Du bon-heur qui nous vient attraire 

A suyvre nostre affection 2. 

Il est difficile de distinguer, ici, ce que Belleau doit à 
Ronsard et ce qu'il a emprunté aux Italiens. Mais en der- 
nière analyse, Ronsard est aussi le disciple de ces derniers. 

Belleau fit aussi deux sonncl^-erotopaegnion, c'est-à-dire 
des pièces dont le centre est l'espiègle Eros*. Ce genre avait 
été répandu par Tebaldeo et Serafmo* qui l'avaient trouvé 
chez les néo-latins Marulle et Angeriano. Ainsi que Serafino 
Belleau raconte que l'Amour las de chasser, donna ses armes 
à sa maîtresse qui s'en servit contre lui. 

Quant aux autres pièces, il est à remarcjuer que le son- 
net Heureuses fleurs et vous herbes heureuses (I, 273), est la 
traduction littérale d'un sonnet de Pétrarque (CXI. Lieti fiori 
e felici, e ben naie herbe). Il faut relever aussi un autre où 
Belleau donne une nouvelle forme à un thème platonicien 
dont l'Arioste et Tansillo firent chacun un sonnet devenu fort 

* Laumonier, Ronsard p. 487. 

2 M.-L. I, 256. Cf. aussi I, 269, II, 105 et I, 139. 

3 V. les sonnets Amour estant tassé (M.-L. I, 255) et Qu'Amour vou- 
lant forger (M.-L. I, 258). 

* Cf. le sonnet cité par Ph.-A. Becker, Jean Lemaire de Betges p. 
373 et les imitations marulliennes de Balassi, très remarquable poète 
et fondateur du genre hTifjue en Hongrie (1551 —1594). 



153 

célèbre : le penser amoureux, pousse par le désir, prend des 
ailes et monte vers la lumière céleste, riscjuant à chaque in- 
stant de faire une chute mortelle \ Ronsard et Du Bellay 
avaient brodé sur ce thème, et Belleau prit son essor à 
son lour : 

Un désir trop ardant d'un vol libre et hautain 
Jusques dedans le ciel me porte sur ses ailes, 
Mais approchant trop près des flammes immortelles 
Il brusle son plumage et trébuche soudain '-. 

On lit chez Gaspary que les poètes siciliens du XIII^ 
siècle avaient déjà comparé la femme à un léopard qui attire 
sa victime par son i)arfuni irrésistible"'. Or, Belleau fit un 
sonnet sur ce thème * quil avait sans doute trouvé chez un 
pétrarquiste italien. On pourrait multiplier ces rapproche- 
ments; chaque sonnet de Belleau aurait ses analogies chez 
les poètes du cinqiiecento et on verrait toujours que Belleau, 
qui ne fut jamais sérieusement amoureux, pétrarquisait tout 
de bon: il jouait avec les thèmes, cherchait des pointes, et 
faisait le «transi dans son livre», pour parler avec Baïf. 

On connaît l'attitude humble et désespérée de l'amant 
pétrarquiste : elle remonte, en dernière analyse, à Ovide et 
antérieurement encore, à la poésie alexandrine. Je n'analy- 
serai pas, après tant d'autres, la peinture des souffrances 
cruelles qui tourmentent l'amant, les im])récations. les re- 
proches contre la maîtresse inhumaine, les compliments, et 
les lieux communs à la même adresse, enfin tout l'arsenal de 
cette dialectique dont la plus grande faute est d'être savante 
et sans sincérité. C'est tout ce poncif qui sert aussi à Belleau 
quand il parle d'amour : et dans les sonnets, et dans les 
idylles, et dans les Pierres Précieuses. Toutes les fois qu'il 



* Ariosto, Rime, son. VIII; Tansillo : // Parnasso Ilaliano 1787, 
XXXI, 304. 

~ M.-L. I, 256. Comme nous parlons de lArioste, il est à remar- 
quer que la Nuict (M.-L. I, 130) qui a valu à Belleau la qualification de 
poète des mignons de Henri ill (Lenient, La salire en France 1877), est 
une très fidèle traduction du capilolo VI de lArioste : più chc V giorno 
a me lucida, e chiara. 

'^ Gaspar}', Geschichle der ilal. Literatur I, 65. 

* Hà deplaisans plaisirs (M.-L. I, 251). 



154 

essaie d'employer le langage de l'amour, ses vers si nourris 
quand il s'agit de décrire, deviennent ternes et insipides. 

A cette manière essenliellcment italienne s'ajoute chez 
BcUeau un style plus français : la mignardise. Ce style, ap- 
partient à la dette considérable qu'il contracta envers Ron- 
sard. Néanmoins, comme la mignardise a influencé même le 
talent descriptif de notre poète, il mérite qu'on s'y arrête 
un peu. 

III 

Le style mignard, dont la marque caractéristique est 
l'usage abondant et même copieux des diminutifs était déjà 
Ydrt connu dans l'ancienne poésie française ; les pastourelles, 
les chansons, le Roman de la Rose, Alain Chartier, Martial 
d'Auvergne et Jean Lemaire de Belges usent largement de 
ces diminutifs qui prêtent au vers une grâce légère, un rythme 
facile et des rimes aisées ^. A l'époque de la Renaissance ce 
style traditionnel s'unit à la mignardise des poètes latins. 
L'imitation de Catulle et des poètes catulliens Pontano, Ma- 
rulle et Jean Second, envahit toute la poésie française ; et on 
le retrouve chez tous les poètes de la Pléiade. Baïf s'en sert 
en mille endroits de son œuvre : 

Meline blanche garcete 
Geste charnure doucete 
Le lait et le lis efface : 
Et ceste vermeille face, 
Gomme ivoyre en pourpre teint 
La rose incarnate éteint . . . 

Montre tes temples, maistresse, 
Montre ta blondete tresse, 
Plus que le fin or blondete : 
Montre la gorge reféte 
Montre penchant à costé 
Ge col de lait cailloté^. 

C'est aussi le ton général des Foresteries de Vauquelin 
de la Fresnaye, que Belleau connaissait trop bien, comme 
on l'a vu : 



1 Bartsch, Chrcstomalhie de F ancien français 1910, pp. 215, 220, 286, 295. 

2 Amours de Meline 1552 (M.-L I, 56). 



É 



155 

Là ne manque la plaisance 

Aiant au gain alliance 

Par le mi-tan du jardin 

Va le cristal argentin, 

Qui sa claire eau gassouillarde 

Fait sauteler trepillarde 

Ou m'araie a mille fois 

Marotant lavé ses dois : 

De ses dois, et mains blanchetes 

Arrousant les herbeletes, 

Et baignant tout l'environ *. 

Tahiireau qui intitula son ouvrage Sonnets, Odes et Mi- 
gnardises amoureuses de l'Admirée (1554), composa beaucoup 
de vers de ce genre : 

Que je suce encor, mignonette, 
De tes yeux une larmelette^. 

Mais celui qui vulgarisa ce style et qui se l'appropria 
pendant toute une période de sa carrière poétique fut Ron- 
sard, le fervent admirateur et imitateurs des poètes catulliens, 
surtout de Marulle'*. Belleau qui commenta le second livre 
des Amours, où Ronsard imita principalement Marulle, ne 
manqua jamais de relever combien ces vers sont mignards. 
Ce mot était- un éloge au XVI*^ siècle *, et avait plusieurs 
signilications. C'est d'abord le gentil, le joli: «Douce con- 
traire, Douce ennemye, Douce guerrière, Aigre-douce. || Mots 
mignardement inventez pour signifier les contraires passions 
d'Amour qui se paist friandement de telles confitures», dit le 
commentaire de Belleau^. Cependant ce mot est parfois le 
synonyme de beau. Belleau trouve par exemple trop de mo- 
destie à nommer chansons «un bon nombre d'Odes autant 
mignardes et gentilles que les premières®». Ailleurs mignar- 
dise signifie agrément, car Belleau parle de «lieux cham- 

* Foresteries 1555, f. 27. 

2 Anthologie de Crépet II, 93. 

3 Sur la mignardise de Ronsard et sur ses origines néo-latines cf. 
Laumonier, Ronsard p. 534 et ss. 

* Laumonier, Ronsard p. 168, n. 3. 

* Commentaire de 1560, f 77 : 67 j'avoys un hayneiis. 
6 Ibid. f 12. 



156 

paistrcs osloni»ncz des mignardises et délicatesses des villes» *. 
On liouve enlin le mol mignardise dans le sens qu'on lui 
donne aujouicriuii. La chanson Ma maisiresse est toute ange- 
Ictie est remplie de diminutifs et d'expressions caressantes, 
Vel suivie de ces lignes de IJelleau : «Ce ne sont que mignar- 
dises et alTections amoureuses, voi l'invention dans MaruUe-». 
Dans un sonnet Ronsard appelle sa maîtresse «sa vie, son 
ame, son souci, son objet, son œil, sa glace, son feu, n'oubliant 
rien de toutes ces mignardises, desquelles il scait fort bien 
s'accoutrer (|uant il veut"^). Après cela on ne s'étonnera pas 
si l'ailmirable petite comédie qu'est le sonnet bien connu 
Mignonne levés-vous reçoit le même éloge que ces fades pas- 
tiches de Marulle: «Ce ne sont que mignardises» et si l'ode 
passionnée de Sapho, «cette petite odelette saphonienne» n'est 
que «mignarde et gentille»). 

Ce fut bien la lecture du second livre des Amours qui 
gagna Belleau pour ce style : on le voit par sa traduction des 
odes anacréontiques dans lesquelles il garde un ton naturel 
et simple, encore que ces pastiches soient eux-mêmes bien 
mignards. Par contre, après 1560, date de son commentaire, 
Belleau mignardc à plaisir. En \7)\Si Ronsard avait brodé sur 
un passage d'Anacréon (Elégie à Janet 1554) ainsi qu'il suit: 

Fay lui premier les cheveux ondelez 
Serrez, retors, recrespez, annelez. 

En 155(3 Belleau traduisit le môme passage dans un style 
fort simple : 

Fay lui le cheveu noircissant 
En longues tresses finissant. 

Mais, en 1505 il revient aux enjolivements de Ronsard 
<I, 200) : 

Fay lui les cheveux houpclus 
Frizez, retors, blonds, crespelus. 

On voit par cet cxem])le (pie le second livre des Amours 
modifia considérablement son expression. 



* Commentaire de 1560, f. 3o. 

2 Ibid. (. 44. 

3 Ibid. f. 31. 



157 

Ce style plut laiit à BcUcaii qu'il ne sut plus parler 
d'amour, de beauté et de femmes sans tomber dans la mi- 
gnardise sauf quand il pétrarquisait. Dans son ode pompeuse 
et pindarique sur la bataille de Moncontour il lui arrive 
qu'au milieu de la peinture des tumultes il rappelle les 
amours de Mars et de Vénus et le voilà aussitôt abandonnant la 
trompette pour la llûle, le pindarisme pour la mignardise (I, 98) : 

La terre tremble esbranlee 
Dessous 1 etïroyable horreur 
Des chevaux, quand la meslee 
Commence entrer ei\ fureur: 
Le ciel frémit de forage 
Des coups, des cris, et du son, 
De la flamme et du canon 
Se brasse un espais nuage. 

Mars soudain laisse la Thrace 
Pour voir ce cruel eslour 
Mais vestu d'une autre grâce 
Qu'il est pour faire l'Amour, 
Quand de la lèvre dorée 
De Venus au blanc tetin, 
Il prend un baiser sucrin 
De sa bouchette pourprée. 

A ce point de vue d'ailleurs, rien n'est plus instructif 
que la paraphrase du Cantique des Cantiques où Belleau 
mignarde librement, puisqu'on n'y parle que d'amour. La 
chevelure de l'Épouse est «gredillée, retorse en menus crespil- 
lons», le poil des brebis est «frisé d'ondoyantes crespines» et 
ainsi de suite ; tout y est mignarde, développé avec une grâce 
mièvre que la Bible ne connaît point. 

Dans les sonnets de Belleau, la mignardise, à côté du 
pétrarquisme est d'usage courant : 

Mais, làs ! où volez vous, belles blondes avetes. 
Et travaillez si loin vos crespes ailerons, 
Pour suçoter le miel à petits becs larrons, 
A fin de le musser en vos tendres cuissettes ? 

Venez avecques moy, venez, mes doucelettes, 
Sur la bouche à madame, et de vos piquerons 
Gardez bien d offenser les deux riches tendrons, 
Rougissans sur les bords de ses lèvres mollettes ^. 

1 M.-L. II, 93. 



158 

(Vest celte phraséologie sucrée à l'excès, mais fort goûtée 
tout (le même au XYI"" siècle, qui valut à Belleau l'épithète 
de gentil, et la comparaison avec les abeilles et le miel. Elle 
a son lexique spécial: d'abord les diminutifs en -elei, -eleite> 
-et -elle, -ot, -otie, -illon (ruisselet, mignardelctte, mollet, 
nymphette, archerot); les expressions caressantes: mon cœur, 
mon œil, mon tout etc. ; les fréquentatifs en -Hier, et -oier, 
cx])rimant les petits mouvements réitérés (grapiller, baisoter, 
bcuvoler, suçoter); les adjectifs en -in et -ine (sucrin, pou- 
pine); certains mots remplis de tendresse et de grâce: douil- 
let, crêpe, crépillon, argentin (pour l'eauX diapré (pour le pré), 
frétillard (pour l'oiseau), etc. 

Lorsque Du Bellay lança sa vigoureuse attaque contre 
les pétrarquistes, il ne manqua pas de relever l'afféterie du 
style mignard : 

Cest autre après va le sien mignardant 
Comme un second Catulle. 

Or, vers le milieu du XVI« siècle tous les poètes fran- 
çais péchaient de la sorte, et Tabourot, dans les Bigarrures, 
les railla à bon droit: «Nos poètes François nommeement 
du Maigny se sont pieu aux diminutifs d'une fort bonne 
grâce. Car ils font de petitelettes descriptionnettes qui sont 
fort agreableteletles aux oreillettes delicatelettes, principalette- 
ment des mignardelettes damoisettelettes, 

Ma nymphe follastrelette 
Ma follastre nymphelette» *. 

Je ne me serais pas arrêté si longuement à l'examen de 
ce style, .s'il n'avait influencé le poète même en ce qu'il a 
d'original. Car si les descriptions de Belleau manquent de 
grandes lignes et tombent parfois dans le joli, c'est qu'elles 
sont pleines de cette mignardise qui n'aime ni la per- 
.spective ni la ligne droite. Il y a trop de «frisé» de «retors» 
d'«ondoyant)), de «moucheté», de «tavelé» dans les dessins 
de Belleau. D'autre part, la mollesse sensuelle du style 
mignard, et la musique voluptueuse des vers du poète con- 
tribuent aussi à pioduire sur le lecteur celle impression de 

^ Les Rkjarrures du Seigneur des Accordz 1583, f. 170. 



159 

douce langueur où toute énergie virile fait défaut. Lisez, par 
exemple, ce paysage (II, 193): 

Près de luy verdissoyent les jeunes revenues 

De Lauriers sursemez de perlettes menues, 

Et les Pins clievelus bras à bras accoliez 

Espanchoyent à l'envy leurs ombrages moUez : 

Là les soupirs coulez des bouches Zephyrines 

Esbranloyent surpendus les nouvelles crespines, 

Et les tendres jetions des arbres verdoyans : 

Sur les plis argentez des ruisseaux ondoyans : 

Là la terre de fleurs et de couleurs parée 

Au Soleil évantoit sa robe bigaree : 

Entre ces rangs fueillus sesgayoit argentin, 

Un ruisseau trepillant dun reph' serpentin, 

Qui d un murmure doux dans les eaux gazouillantes 

Apprenoit le jargon aux pierrettes roulantes . . . 

Peut-on imaginer ([uelque chose de plus doux, de plus 
voluptueux mais aussi de plus mignard, de plus efféminé que 
le dessin et la musique de ces vers? 

On a vu que le style mignard n'était pas ignoré dans 
l'ancienne poésie française et que la Renaissance, ici comme 
ailleurs, vint rencontrer et renforcer une tendance qui était 
déjà esquissée. C'est à Ronsard et à ses Amours de Marie 
que Belleau dut principalement ce style qu'il fit sien à jamais. 
Il en est pénétré non seulement dans ses poésies amoureuses, 
mais encore dans ses descriptions qui deviennent par là fort 
jolies, et très gracieuses, mais qui manquent absolument de 
perspective et de largeur. 

IV 

La mignardise avait son genre spécial au XVI® siècle : 
le baiser qui tire son origine de la poésie latine ^. Le baiser 
est une petite scène lascive ou une invention d'un goût pré- 
cieux où le baiser, un baiser humide et sensuel, est le fait 
principal. Les Grecs Tappellaient «xaca7XoTTb[ioç)) dit Belleau 
dans son Commentaire'-. Notre poète publia dès 1565 un cer- 
tain nombre de baisers, mais il ne les réunit en un cycle, — 



1 Laumonier, Ronsard p. 518. 

2 Commentaire de 1560, f. 60 b. La forme exacte du mot serait : 



160 

à l'instar de Pontano et de Jean Second, — qu'en 1572, dans 
la Seconde Journée. A ce groupe de sonnels-])aisers, il faut 
ajouter les chansons adressées à Nicolas (II, 107) el au Sei- 
gneur dTlerville, enfin deux autres chansons de la Première 
Journée ih 279 et 310). 

Belleau puisa, de même que Ronsard, dans les sources 
latines. La chanson à Nicolas est le développement d'une 
élégie de Properce (II, 1")), que Helleau raviva avec des sou- 
venirs de Ponlano et de Jean Second. Les vers de Properce 

Quani vario amplexu mutamus brachia, quantum 
Oscula sunt labris nostra morata luis, 

ne sont que le point de départ d'une série d'attitudes et de 
scènes pleines de raffinement lascif. Pour le reste, l'imitation 
est assez fidèle. L'idée d'un sonnet-haiser (II, î)8) où le poète 
se compare, lui et sa maîtresse, à une paire de colombes 
vient peut-être de la même élégie du poète latin. 

Le baiser un peu épicé qu'on imprima dans les œuvres 
du pseudo-Gallus. inspira deux sonnets des plus folâtres de 
Belleau, surtout par son vers lascif 

Conde papillas, conde gemipomas*. 

D'autre part, c'est de Pontano, grand-maître de baisers 
savants, qui ne rêva que de luciduli ocelli et dliumiduli la- 
belli dans ses hendécasyllabes, que Belleau tira les peintures 
voluptueuses de son Epithalame sur les nosses de René Dolu 
(1569)^ 

Néanmoins, c'est Jean Second qui est le grand modèle 
de Belleau, ainsi que de tous les poètes de baisers. La chan- 
son que le prince-berger chante devant les ducliesses-bergères 
de Joinville et dont il excuse «la mauvaise lyaison . . . parce 
que ce n'estoit que la traduction d'un langage estranger '*;) 



* Cornelii Galli Frarjmcnln, Vcnetiœ 1.501 : Lidin hclln piiella can- 
dida. CeUe pièce fut réimprimée par M. Laumonier, Ronsard p. 762. 
Les sonnets de Belleau en question v. M.-L. II, 99 et 100. 

2 M.-L. I, 126 et 475. — lo. lov. Pontani Carminiim . . . lihri, Basileae 
1.556: IV, 336.3: De amore coniugali 1. III. 

3 lierçjcrif de 1565, p. 85. Cet aveu est supprimé dans les éditions 
postérieures. 



IGl 

est traduite de Jean Second. Quelques stroplies des deux poêles 

mises en regard feront mieux ressortir les emprunts de 

Belleau : 

./. Second, Baiser XVI 

Latona-, niveo sidcre blandior, 
Et Stella Venerls pulchrior aurea, 

Da niihi basia centum, 

Da tôt basia, quut dccUt 
Vati nuillivolo Lcsbia, (|Uot tulit : 
Quot blandic Vcncres, quotque Cupidines 

Et labella pererrant 

Et qcnas roseas tuas : 
Quot vilas oc-ulis, (iuot(}uc' neces geris, 
Quot spcs, (luolcjue metus, quotque perennibus 

Mista (jaudia curis, 

El suspiria amantium : 
Da, quam multa nieo spicula pectori 
Insevit volueris dira manus Dei : 

Et quam niulta pharetra 

Conservavit in aurca . . . 

Belleau (I, 279) 

Douce et belle bouchelette 

Plus fraische, et plus vermeillette 

Que le bouton aiglantin 

Au matin. 
Plus suave et mieux fleurante 
Que limniortel Amaranthe, 
Et plus mignardc cent lois 
Que nest la douce rosée 
Dont la terre est arrosée, 
Goule à goule au plus doux mois. 
Baise moy ma douce amie, 
Baise moy ma chère vie. 
Autant de fois que je voy 

Dedans toy 
De peurs, de rigueurs, d'audaces, 
De cruautez, el de grâces. 
Et de sous-ris gracieux, 
Damoureaux, et de Cyprines 
Dessus tes lèvres pourprines. 
Et de morts dedans tes yeux. 
Autant ([ue les mains cruelles 
De ce Dieu (|ui a des aelles 
A fiché de traits ardans 

Au dedans 
De mon cœur . . . 



Eckhardt: Remy Belleau 



11 



162 

La traduction, on le voit, n'est pas trop fidèle; le poète 
développe l'original, le quitte de temps à autre quand il se 
rappelle d'autres lieux eommuns, puis revient au poète latin. 
C'est la «traduction» du XVI*^ siècle ; Ronsard, Haïf, Du Bellay 
l'entendaient aussi de la sorte. Le Baiser II de .Ican Second 
dont Ronsard tira, cette fois après Helleau, sa chanson Pour 
Hélène: Plus estroil que la Vigne, est le modèle de la chanson 
que chante une nymphe dans la première nuit de la Ber- 
gerie (l, 310): 

Comme la vigne tendre 

Bourgeonnant vient estendre 

En menus entrclas 
Ses petits bras. 

Et de façon gentille, 

Mollette sentortille 

A lentour des ormeaux, 

A petits nœuds glissante 

Sur le ventre rampante 

Des prochains arbrisseaux. 

L'adaptation de Relleau est agréable, le vers y est mu- 
sical et présente celle grâce légère si particulière à .ses poésies. 

Les sonnets-baisers remontent, presque sans exception, 
aux baisers de Jean Second. Ici c'est une image, ou un vers, 
là c'est le sonnet tout entier, et toujours le style, le ton 
général qui rappellent les élucubrations poétiques du poète 
néo-latin. Ainsi le Baiser V, description typique du xatavXwt- 
Tta{j.a, ne fut pas fidèlement imité, mais il se trouve au fond 
de toutes ces pièces; le Baiser Vil fournit une comparaison 
(serre moi aussi fort que se serrent les deux écailles de 
l'huilre)^: les numéros IV, XV, XVII et XVIII donnèrent 
chacun un thème de sonnet*^; enfin la dernière pièce de 
Jean Second (Ad apes XIX) où le poète invite les abeilles à 
cueillir le miel sur les lèvres de sa maîtresse, fut deux fois 
imitée par Belleau"*. 

Belleau a réussi dans le baiser autant que Ronsard, sans 
être néanmoins aussi passionné, il a su esquisser ces scènes 



1 M.-L. II, 92. 

'■* Ibid. II, 88, 92, 93 (deux pièces). 

•■* Ibid. II, 86 et 93. Cf. limitation du même baiser par le poète 
hongrois Balassi. 



163 

lascives avec un réalisme qui paraît avoir produit sur ses 
lecteurs un certain etVel. Scévole de Sainte-Marthe ne recom- 
mande pas sa lecture aux jeunes épouses : 

Il ne sera mauvais que son esprit s'amuse 
A quelque fois aimer les livres et la Muse, 
Non pour lire les vers que ce divin Ronsard 
Escrit quand il luy plaist d un stile si miqnard, 
Ou ces baisers friands quencor depuis naiguiere 
Le biendisant Belleau nous a mis en lumière. 
Croyez-moy que lAmour est caché la dessoubs, 
Et quand vous les lisez vous sentez maugré vous, 
Qu'il coule i)ar voz yeux juscpien vostre pensée 
De sa folastre humeur doucement offensée*. 

L'examen des poésies amoureuses a justifié l'appréciation 
de Baïf: les amours de Belleau sont absolument livresques, 
elles servent de thèmes à développer. Ces poésies ne sont 
que de jolis exercices littéraires; cependant leur importance 
historique dans l'œuvre de Belleau et dans la littérature de 
l'époque méritaient, croyons-nous, l'attention que nous leur 
avons consacrée. 



• Marcel Palingene, Zodiaque de la vie trad. par Se. de Sainte 
Marthe (Premières œuvres . . . qui conlienenl ses Iniitalions et Traductions, 
Paris, Fed. Morel 1569), chap. Du Mariage f. 19 6. 



11* 



CHAPITRE V 
BELLEAU DISCIPLE DE RONSARD 

Influence sur les hymnes-blasons. Anacrcun. Thèmes de sonnets. 
Comment Belleau compose un sonnet. Influence sur le style. Ordre des 
publications. Conclusion. 

Dès son appnration dans la brigade, Belleau subit l'in- 
fluence de ce maître autoritaire et imposant qu'était Ronsard. 
Il s'attacha comme une ombre aux pas de son maître, et 
l'originalité de son œuvre perdit de ce fait. On n'a pas encore 
étudié en détail, à ma connais.sance, la poésie d'un disciple 
de Ronsard dans ses rapports avec celle du chef d'école ; les 
pages suivantes ne seront donc pas peut-être dépourvues 
d'intérêt. 

■K 

Il faut commencer par les hymnes-blasons: l'idée de 
ces éloges- doit être attri])uée à Ronsard qui le premier en- 
voya à Belleau sa Grenouille, son Freslon et sa Fourmi. Ces 
pièces sont des modèles du genre ; Belleau s'en inspirera dans ses 
hymnes-blasons et dans .ses pierreries. 

Or. il y a mieux que les blasons et l'on ne se douterait 
pas de la grande influence que la poésie de Ronsard exerça 
sur YAnacréon de Belleau. Les odes anacréonti([ues de Ronsard 
qui s'était mis à imiter le poète grec dès sa publication en 
1554, ont déterminé la forme, le style et assez souvent le 
texte même de la traduction de Belleau. Ce rapport intime 
entre Ronsard et lielleau ressort le ])lus clairement là où il 
s'agit de développer un vers plus ou moins obscur de l'ori- 
ginal. Par exemple, une ode d'Anacréon contient un vers fort 
difficile à traduire textuellement à cause des ellipses qu'il 



165 

conlicMit. Le poète vient éniiniércr les armes dont la natuie 
a muni les animaux et Thomme, et termine par ees mots: 

yuvaifiv oùx ex' Ei/.^"'' 

Henri Estienne commenta ainsi ce vers: «non jam potcrat 
Soôvat '^p6vYj[j.a, vel ([uod jam uni dono datam, alteri donare 
non posset»; et c'est dans le sens de ce commentaire que 
Ronsard dévelop])a la tournure elliptique d'Anacréon. La na- 
ture donna, écrit -il 

Aux poissons le nouer, et aux aigles l'adresse 

De tranclier l'air soudain, aux lièvres la vistesse, 

A riiomme la |)rudence ; et n'ayant plus puissance 

De donner comme à l'iiomme, aux femmes la prudence, 

Leur (tonna la beauté . . . ' 

Belleau traduit en reprenant les rimes et les tournures 
de Ronsard (L 8) : 

L'ongle au cheval, et la vitesse 
Aux lièvres, aux poissons l'adresse 
Ue nager, aux Lions les dens, 
Et aux hommes d'estre prudens : 
Or n'estant plus en sa puissance 
Donner aux femmes la prudence, 
Que leur a elle présenté? 

Ce texte n'a pu être fait apparemment sans l'ode de 
Ronsard que j'ai citée. Dans une autre pièce Ronsard eut à 
rendre le mot x'^^^"^ ^I^'i sit^nilie faire des dons aux dieux des 

Enfers ■■^: 

Je ne veux selon la coutume 

Que d'encens ma tombe on parfume, 

Ny qu'on y verse des odeurs ^. 

Et Belleau développe de même : 

Donc que nous sert de parfumer. 
Les tombes d'encens, et semer 
La terre de lis et d'odeurs * V 

1 M.-L. II, 227. Je nai pu voir le texte de 1554. 
- Voici les vers d'Anacréon : 

x'. as. Oit Xiâov uupi^c'.v ; 

3 Bocage (1554), réédité p. M. Van Bever, Livret de Folas'ries p. 205 
* M.-L. I, 10. 



166 

Le dchut do la mcinc ode présente aussi des analojjjies 
frappantes. Ici Ronsard avait remplacé le «pap^Tus» d'Anacréon 
par un «petit brin de lin ou de chenevière». Belleau en fit, 
à son tour, «un fîl de soie»: 

Ronsard Belleau 

El veux <jii' Amour d'un petit Ijrin El veux qu'Amour d'un fil de soye 

Ou de lin, ou de chenevière Trousse sa robe qui ondoyé 

Trousse au liane .sa robe légère Dessus l'espaule en me servant. 
Et my-nu me verse du vin 

Un passai<e du Polirait de sa maistresse montre égale- 
ment que Belleau, en coinj)osant ses vers, avait dans l'oreille 
les vers de la grande Elégie à Janet, peintre du roy (Meslanges 
17)7)4) où Ronsard avait fondu les deux portraits d'Anacréon. 
Le poète grec prie le peintre de faire à sa maîtresse 

j-ô -opoupotfft yaiTai; 

EÂESavTlVCiV [lETtiJ-OV. 

C'est-à-dire «front d'ivoire», rien de plus. Ronsard développe,^ 
comme d'habitude : 

Fai lui le front en bosse revouté 
Sur lequel soient d'un et d'autre costé 
Peins gravement sur trois sièges divoire, 
Sa majesté, le vergongne et la gloire*. 

Belleau amplifie lui aussi (I, 24) : 

Fais y, Peintre, un beau front d'ivoyre, 
Le siège de honte, et de gloire ... 

D'où vient ce «siège de honte et de gloire»)) si ce n'est 
des vers de Ronsard ? 

On peut relever, en outre, un gi-and nombre de vers et 
de rimes identiques chez les deux poètes. Ronsard est tou- 
jours antérieur à Belleau: l'influence réciproque est impossible. 

Je mets ici en regard ces passages qui, montrent que 
Belleau emprunta quelquefois à son maître des vers entiers -. 



* Les Amours de Ronsard, édit. Vaganay 1910, p. 372. 
■-i Uonsard, M.-L. VI, 378; II, 215; Van Bever, Folaslries, p. 107 
•M.-L. I, 107. Belleau, M.-L. I, 17, 9, 18, 16. 



Ronsard 

L'un dit la prise des murailles 
De Thcbc, et 1 autre les batailles 
De Troije ; mais j'ay entrepris 
De dire coinmc je fus pris . . . 
. . . Un nouveau sradroii furieux 
D'Aniourcaux, arme de beaux yeux 
De ma Dame, a caiisr ma pi-isc. 

Qui fait à mon huis sa plain'.e ? 
Je suis enfant, n'ai/c munie . . . 

J'entens, soit de jour soit de nuit, 
De ces petits Amours le bruit 
Béans pour avoir la bêchée. 
Qui sont nourris par les plus grans, 
Ht grands devenus, tous les ans 
Font une nouvelle nichée. 

Vulcan fais moy d'un art gcnt 
Un creux qol)ele! d'argent 
Et de toute ta puissance, 
Larqe, creuse lui hi panse. 
Et me fay non point autour 
Des estoilles le retour 
Nij la charrette céleste 
Ny cet Orion moleste . . . 

Tout despit s'est lujMîiesme en 

flesche transformé, 

Puis en moy se rua d'une puissance 
extresme. 



167 

Belleau 
L'un chantera les grands faits 

d'armes 
De Thebes, l'autre les allarmes 
De Troye, et des Grégeois le pris : 
Mais moy las ! comme fu pris . . . 
. . . Sans ])lus un escadron nouveau 
Qui sort de l'œil qui me maistrise, 
Est seul la cause de ma prise. 

Ouvre donc et n\u/e crainte. 
Je pris pitié de sa plainte . . . 

Puis ceste amoureuse nichée 
Tousjours demande le bechee . . . 

Vulcan fay moy d'argent fin . . . 
Un gobelet à double anse, 
Creux au fond, large la panse, 
Et puis me grave à l'entour, 
Non des astres le retour, 
Ni; leur charrette courriere . . . 

// se transforme en sagette, 
Et despit, sur moj' se jette *. 



On trouve quatre rimes identiques dans ces deux pièces : 



Ronsard 

. . . Venus les trampoit dans du miel, 
Amour les trampoit dans du fiel, 
Quand Mars retourné des alarmes 
En se moquant, les mesprisoit ; 
En branlant sa hache disait, 
Voicy bien de plus fortes armes -. 



Belleau 
. . . Puis aussi tost Venus la belle 
En trempoit la pointe cruelle 
L'une après l'autre de doux miel. 
Mais Amour les mouilloit de fiel, 
Quand Mars revenant des alarmes 
Branlant une grand hache d'armes 
En se mocquant les cfforçoit ^. 



* Cf. Anacréon où le mot despit n'a pas d'équivalent: 

fo; o'o'jy. âV {(y_ oioToùç 
à^îj/EV £i: [jeX£[j.vov. 

2 Meslanges 1554, M.-L. II, 453. - » M.-L. I, 38. 



168 



Knlin voici qualrc iKissages où Hcllcau ira fait, ou à 
peu près, que copier Ronsard ^ 



Ronsard 
Aux lU)is je ne porte envie . . . 

Tu m'as rendue ])Ius jazarde 
Qu'une Corneille babillarde . . . 
La race en amour ne i)eut rien . . . 
. . . Et qui pis est nous recevons 
La mort ]iar luy, (largentl nous qui 
vivons. 

Pour ce fuyez-vous-en, esmoy. 
Qui ronqez mon C(x>ur à tous coups, 
Fuyez-vous-en bien loin de moy. 
Je n'ay que faire aveccpie vous. 



ndlcaii 
Aux Rois je ne jjortc envie . . . 

. . . plus babillarde 
Qu'une corneille jazarde 
Tu m'as laite . . . 

La race en amours ne peut rien 
Qui ])is, les amans misérables, 
Par elle finissent leurs- jours . . . 

Loin (le moy fuyez tristesse, 
Fuyez ennuis et détresse, 
Loin de moy fuyez vous tous, 
Je n'ai que faire avec vous ! 



Kvidcmnicnl, les vers de Pxonsard étaient trop fortement 
gravés dans lesprit de Belleau pour l'empêcher de se servir 
des tournures et des rimes du maître. L'influence de Ronsard 
est encore plus considérable dans le ton général des odelettes, 
plus difficile à analyser que la reprise d'un vers ou d'une 
rime. Cette allure libre, ce badinage gai et dégagé qui rend 
si animé et si agréable la lecture de VAnaciron de Belleau 
vient des adaptations de Ronsard. L'habitude de moderniser 
son texte, de changer l'hyacinthe en œillet, le lapis de poiu*- 
pre en tapis de soie, etc., est due également à Pionsard. Tout 
cela nous frappe moins, il est vrai, chez le maître qui ne 
prélendit pas donner une traduction comme Belleau. 

Le Portrait de sa Maistresse ([ue Belleau publia dans 
la Bergerie (I, 2()0) semble aussi cire la para])hrase des deux 
portraits d'Anacréon. Or il n'en est rien: le Portrait de Bel- 
leau n'est qu'un décalque de V Elégie à Janet que Ronsard 
avait publiée en LV) 1 -. Belleau ne prit rien à Anacréon et 
emprunta tout de Ronsard. Si Ronsard avait été jaloux, il 
aurait pu crier au plagiat; cependant Belleau n'est pas un 



1 Ron.sard, Van Rover p. 107: M.-L. II, 452; II, 364; II, 368: Bel- 
leau, M.-L. L 17, 14, 38, 22. 

2 Les Amours de Ronsard, édit. Vaganay 1910, p. 372. 



169 

plai.',iaiie. mais un disciple rcspcciiiciix cl soumis: il ne songe 
point à contrefaire son maître, il lui suffit d'en être l'écho. 

Le commentaire (pi'll fit en \7){'){) du second livre des 
Amours de lionsard, renforça encore l'ascendant ([ue l'œuvre 
du maître avait pris sur lui. Belleau s'imprégna d'images 
d'idées et de style ronsardiens au cours de son travail de 
commentateur. Il admira d'abord les ((gentilles inventions» 
de Ronsard et celles de Marulle, indirectement. Cost dans 
ces thèmes de sonnets et de chansons ])lus ou moins ingé- 
nieux ([ue s'épuisèrent les etforts des |)oèles i)élrar(|uisants. 
Helleau goûte fort ces «gentilles^ et «divines» inventions, car 
la (jualilé de «divines» revient à «toutes celles de ce gentil 
Marulle, et de nostre autheur*». 

Après cela, on ne s'étonnera pas cpie Belleau ait trouvé 
dans les Amours de Ronsard un certain nombre de ses thèmes 
de sonnet. Le commentateur s'assimila les idées et le style 
de son ])oè(e à tel j^oinl (|u'on ne compte pas moins de 
douze sonnets de Belleau cpii doivent leur existence aux 
Amours. 

Dans un sonnet Ron.sard «se couvre d'une honneste ex- 
cuse contre le mauvais visage de sa maîtresse qui estoit cour- 
roucée contre lui pource que maugré elle, il lui avoit taté la 
cuisse disant c[u'il faut qu'elle lui pardonne, comme à celui 
qui est esgaré de la raison et (jui est hors de sentiment, car 
la trop grande affection (piil lui porte a tellement aliéné son 
esprit, qu'il ne lui reste, (|uune seule fiueur pour guide-». 
Belleau qui a si bien résumé cette pièce ne manquera pas 
d'utiliser Tidée de Ronsard (I, Itô): 

Vous me dites sans fin, et le tiens pour le seur 

Que ne voulez aimant en rien estre forcée. 

Qu'il ne soit vérité, je vous vey courroucée 

Hier quand maugré vous je vous baisé, mon Cœur. 

Doncques je vous suppl}' pour moster ceste peur 
Désormais tant soit peu de vous rendre offensée, 
Humaine pardonnez à ma chaste pensée. 
Et remettez la faute aux traits de ma fureur. 



^ Commentaire 1560, f 84a. 

■- Commentaire de Belleau 1560, f 42b au sonnet Las par vous 
trop aimer. 



170 

Ailleurs, Ronsard »sc i)Iainl que ((uelquc pari qu'il aille, 
il se trouve aconij)ai*né duu penser importun qui le tour- 
mente, jniis il dresse sa ])arolle à ee penser, et le prie lui 
donner quelque relâche, autrement en mourant il prendra 
vengeance de lui ' ...» Le l)erger amoureux de la Bergerie 
adresse la même j)rièie à ses pensers (I, 210): 

Hà pensers trop pensez, donnez quckiue repos . . . 

Rien n'est j)lus instructif ([ue le commentaire de la 
chanson Je veiis chauler en ces vers ma tristesse. La chanson 
elle-même a pour sujet ce lieu commun cpie l'amoureux, est 
ramené à l'image de sa maitresse par tout ce qu'il voit autour 
de lui. 

Si japerçoi quelque chamj) qui blondoj'e 

D'épics fraizez au travers des sillons, 

Je pense voir ses beaux cheveus de soye 

Relrisotez en mille crespillons. 

Si j'aperçoy quelque table quarée 

D yvoire, ou Jaspe aplany proprement, 

Je pense voir la voûte mesurée 

De son beau Iront egallé jjlenement. 

Si le croissant au premier mois j'avise 
Je pense voir son sourcy ressemblant 
A 1 arc d'un Turc, qui la sagetle a mise 
Dedans la coche, et menace le blanc. 

Quand à mes yeus les estoilles drillantes 
Viennent la nuit au temps calme s'oOrir, 
Je pense voir ses prunelles ardantes. 
Que je ne puis ny fuir ny soufTrir . . . 

Si j'entens bruire une fontaine claire 
Je pense ouyr sa vois dessus le bord 
Qui, se plaignant de ma triste misère. 
M'appelle à soy pour me donner confort . . . 

Le commentaire de Belleau nous montre son ravissement 
à la lecture de cette poésie. Il est un j)eu fâché que Ronsard 
l'ait cjualifié simplement de chanson, «(^ette chanson meritoit 

1 (iommenlairc de lielleau, 1560 f. 86/) au sonnet A pas mornes 
el le ni s. 



I 



171 

bien (jiK'hjuc' nom plus honorable que cclUii cy, Ciir si lu us 
envie de voir le regret passioné de Tabsence d'une 'mais- 
Iresse bien el naivenient [natureliemenl] déduit, ly seulement, 
et tu veri'as (si lu as jamais esj)i()uvé la force d'amour) comme 
l'amant absent de sa dame ne se peut imaginer im autre 
object (|ue celuy de la personne aymee. II fait mille belles 
comparaisons, comme d'espics frizés et blondisans sur la 
plaine, aux tresses jaunissantes des cheveus de sa maistresse, 
d'une table polie de quelque ivoire ou de laspe bien choisi, 
à la beauté et pollisure de son front, d'un nouveau croissant 
ou d'un arc tiirquois encordé el presl à décocher à la vou- 
lure délicate de ses souicis, des esloilles luisantes par une 
nuicl seraine, aus clers tlambeaus de ses yens, d'une Rose 
freschement cueillie, au teint vermeil de ses lèvres, de l'épa- 
nouissement d'une infinité de fleurs parmy la prée, au pour- 
pre entremeslé dedans ses joues, d'un beau chesne droit, 
eslevé, à sa taille et à ses grèves, et à la juste proportion de 
ses membres, du dous murmure de quelque ruisseau argen- 
tirij à sa vois et à ses paroUes doucement prononcées^». 

Cette chanson dont les comparaisons un peu usées plu- 
rent tant à Belleau amateur d'images, de portraits et de pay- 
sages, ne put rester sans etTet sur lui. Il fit un sonnet qui est 
l'écho du grand modèle admiré (I, 2,"51): 

Je ne voy rien qui ne me refigure 
Ce front, cet œil, ce ctieveu jaunissant, 
Et ce tetin en bouton finissant, 
Bouton de rose encor en sa verdure. 

Son beau sourci est la juste vouturc 
D'un arc Turquois, et le rajon issant 
Du poinct du jour est son œil languissant, 
Son sein, le sein qui surpasse nature. 

Quand j'oy le bruit des argentins ruisseaux 
Je pense ouir mille discours nouveaux, 
Q)u'Amour compose en sa bouche de basme. 

Si c'est un vent, il me fait souvenir 
De la douceur d'un amoureux soupir, 
En soupirant qui me vient piller l'ame. 

* Commen'.aiir, 1560, f. 21a. Tout ce commentaire se trouve sup- 
primé dès la seconde édition (1567). 



172 

Le sonnet de Helleau élail déjà ébauché dans le résumé 
du coinnienlaire : les expressions l'arc iiirqiwis et le ruisseau 
argentin qui nélaienl j)as dans Toriginal. reparaissent dans la 
])oésie. Nous assistons ici, à la naissance d'une composition 
de Bclleau: nous avons vu son extase devant le modèle, puis 
le 11 avait de sélection (pii s'acconij)lit ; le ])()èlc relève dans 
son commentaire les détails qui lui plaisent ])arliculière- 
menl, et avec ces d'clails il composera, — troisième étape, — 
le sonnet de la Bergerie. 

Quant aux autres imitations, il suffira de les indiquer. 
Le berger (pii tlit son adieu <'de si bonne grâce, et de telle 
atîection que les larmes vindrenl aux yeux de toutes ces 
fdles» (I, 28iî) la j)ris dans un sonnet de llonsard. Le com- 
mentaire trahit encore l'émotion que Belleau éprouva à la 
lecture de son modèle: d Estant pressé de faire ([uelque long 
voiage il dit adieu à sa maistresse, certe assez amoureuse- 
ment l'appellant sa vie, son âme, son souci, son objet, son 
œil, sa glace, son feu, n'oubliant rien de toutes ces mignar- 
dises, desquelles il scait fort bien s'accoutrer quant il veut, 
l-^n fin il lui fait ])resent de son cœur en la baisant^». Tout 
cela jusqu'à l'offrande du cœur, avec le môme mouvement, 
presque avec les mêmes paroles se retrouve dans les vers de 
Belleau. Le sonnet à la Lune (I, 309) rappelle celui que 
Ronsard adresse à l'amant d'Endymion - que tous deux ap- 
pellent, avec la même faute, le <> dormeur de Latmie» au lieu 
de Laime ou de Latmon qui serait la forme correcte ^. 

Dans un autre sonnet Ronsard compare son amour à la 
chaleur qui fond la neige au «feste Erimanthe ou sus Rho- 
doj)e. ou sur quelque autre mont'''». Belleau, lui, voudrait 
être un terme sur ces montagnes (I, 2ii)8) : 

Hé que ne suis-je ou dessus Erj'mantlie, 
Ou sur lUiodope un terme rcndurci 
En corps de glace, ou d'Eiiie le sourci 
Tousjours couvert de neige blanchissante. 

^ (lommvntaire 1560, f. 44a. Au sonnet Cjunmcnl au départir adieu 
pourroy-je dire. — - Les Amours (Vaganayi p. 421. 

•'' La'mius est un adjectif. Cf. Ovide, Ars. am. 111, 83. : «Latmius 
Endymiony ; Tristes II, 299 : «Latmius héros» ; Catulle 06, 5 : f(Latmia 
saxa» ; Apollodore IV, 57 : «AiTixiov àv-pov>;. 

* Les Amours (Vaganay) p. 259. 



173 

Belk'au n'a fail en somme que recueillir dans Horace 
un troisième nom de montagne pour l'ajouter à ceux que 
Ronsard y avait trouvés '. 

C.ependant Bellcau doit à Ronsard non seulement ces 
thèmes, mais encore certains procédés de style cpril emploie 
avec prédilection. Car, c'est chez Ronsard plutôt que chez les 
Italiens, maîtres de Ronsard, qu'il apprit ce jeu dantithèses 
et de parallèles qui aboutit à un type de sonnet fort répandu 
chez les pétrarquistes: 

Plus soupire mon coeur, plus de soupirs nouveaux 
S'enflent dans ma poitrine, et plus mon oeil lamente 
Plus je sens de mes pleurs que la source s'augmente, 
Et que de mes yeus renaissent deux ruisseaux -. 

Ronsard avait fail plusieurs sonnets de ce type ; entre 
autres celui que Helleau dut connnenter. Notre poète ne man- 
qua pas d'insister sur la beauté de ces paralèlles: «Il poursuit 
fort bien la Métaphore d'une (icvre continue sur les passions 
d'amour^». La métaplwie poursuivie c'est le balancement 
d'antithèses. Aussi Belleau qui ne fut jamais sérieusement 
amoureux se plut-il à ces trucs aussi symétriques que froids*. 
Cette autre ((gentille» figure de l'hétorique appelée, selon Muret, 
àzoD/ôfjd-oiaiç et «((ue les Français peuvent nommer correclion''», 
passa aussi très probablement d'un sonnet de Ronsard dans un 
autre de Belleau. (^ar Belleau s'extasiait sur ce sonnet à Sinopc : 

Sinope, baisez moi : non : ne me baisez pas, 
Mais tirez moi le cœur de vostre douce haleine. 
Non : ne le tirez pas mais hors de chaque vene 
Sucez moi toute lame esparse entre vos bras. 

*■ Carm. I, 21 (Erymanthusi ; III, 20 (lihodopc) ; I, 12 et 37 (Hsemus). 
On a vu ci-dessus ip. 145) ce que Wivril doit à Ronsard. Ajoutons que 
l'annonce solennelle que Belleau mit en tète de ses Pierres Précieuses 
(Amethj'ste) pour relever l'originalité de son ouvrage, est elle-même une 
imitation du ])réambule de Vllijinne de la mort (M.-L. IV, 364 1 de Ronsard. 

- Ronsard, M.-L. II, 324 ; Belleau, M.-L. I, 268. Ajoutons que la 
pièce intitulée Sur la maladie de sa mais'.resse (M.-L. I, 115) rappelle 
par endroit de fort près certains vers bien connus de l'ode Miguonm', 
allons voir si la rose : 

Mais je voy las ! qu'en peu d'espace 
Le teint de la rose se passe ... 

3 Commentaire 1561), f. 83a : Caliste mon amy . . . 

4 Cf. M.-L. I. 139, I 148, II 105 et I 256 (prose). 
^ Les Amours iVaganay) p. 294. 



174 

Non ne le sucez, car après le trespas 

Que seroi-je. sinon une senil)lance veine, 

Sans corps de sur la rive ou l'amour ne denieine 

Comme il lait icy haut, qu'en fainles, ses esbas . . . 

Et voici le commentaire de Bcllcaii : «Ce sonnet est des 
plus beaux (|ui se puissent trouver en nostre auteur pour estre 
tout plein de gentilles répétitions*». Tant dadmiration pour 
ces «gentilles répétitions)» ne pouvait rester sans jîroduire son 
effet sur Belleau. Le sonnet Qui n'a ueii quelquefois au lever 
du Soleil, imité de .lean Second-, se termine par un tercet 
qui n'est pas dans Toriginal (II, 93): 

Mais làs ! faites, ù dieux, s'autre (juc nioy l'approche, 
Que sa bouche ternisse, et devienne de roche, 
Non, ne le faites pas : si faites, je le veux. 

Ronsard n"avait pas mieux fait ces «corrections». 

L'influence du style de Ronsard fut, d'ailleurs, i^énérale 
et décisive sur le style de Belleau. Cette mignardise marullo- 
catullienne qui caractérise le Second Livre des Amours, devint, 
on l'a vu dans le chapitre précédent, le style préféré de la 
poésie de Belleau. 

Il ressort déjà de son intimité avec Ronsard que même 
l'ordre de ses publications est sous l'influence du maître. 
Sans compter les pièces liminiaires où il paraît le plus sou- 
vent en compagnie de Ronsard, ses hymnes-blasons ne sont 
que la réplique à des pièces analogues de Ronsard ; VAna- 
créon ne parut qu'après les imitations anacréontiques de 
Ronsard, lépithalame de Charles de Lorraine et de Claude 
de France fut publié en même temps que le Chant pastoral 
de Ronsard écrit pour la même occasion, le Chant pastoral 
de la paix na(|uit à Tombie des pièces analogues de I»onsard '', 
le Didamen Metrificuni sinspira, on l'a vu, de la (Continuation 
du Discours des Misères de ce Temps ; les tiophées que Bel- 
leau entassa sur le tombeau de François duc de (iuise (Ber- 
gerie !.")(),")) sont les mêmes que Ronsard y avait dressés dans 

• ('.Diumcntaivc 1560, f. Gla. 

^ V. ci-après p. 

3 Jm Paix au Roy 1559. (Cf. Laumonier, Tableau chrouol.) 



175 

sa Prosopopée de. jeu François de Lorraine, Dur de Guise 
(lôliii)'; le Chant de triomphe sur la victoire en la bataille 
de Moncoutour parut dans les Paeanes de Doial à la suite et 
sous la forte inlUieiice de VHijdre desfait de llonsai'd. 

Depuis r.4/ï acréon jusqu'aux Pierres Précieuses y m montré 
combien sont forts les liens qui attachent la poésie de Bel- 
leau à l'œuvre de Ronsard. Très peu volontaire, point 
ambitieux, Belleau subit sans résistance le charme de la 
jDoésie du maitre. Néanmoins, Torii^inalité de sa poésie est 
assez forte pour le sauver de ces faiblesses. Nous allons avoir 
à déterminer cette ori<ïinalité qui valut au poète, de la part 
du chef d'école, la flatteuse qualification de «peintre de 
nature)). 

1 Trois livres du Recueil des Xouvelles Poésies 1563 (M.-L. V, 263). 



TROISIÈME PARTIE 

LE «PEINTRE DE NATURE» 



Eckhardt: Remy Belleau. 



12 



I 



J 



CHAPITRE I«^ 
INFLUENCES LITTÉRAIRES 

Le commentaire des Amours révèle le goût de Belleau pour le 
genre descriptif. Modèles : Anacréon, Tliéocrite, Sannazar. Belleau trans- 
forme avec beaucoup de finesse la matière de ses emprunts. 

Nous sommes arrivés à la question de l'originalité de 
Belleau : notre poète a, en effet, le don de l'observation, un 
remarquable talent descriptif qui se fraye une voie en dépit 
des théories de l'époque sur l'obligation d'imiter. Ce talent 
descriptif fait excuser ses pires défauts : son manque de 
lyrisme et de goût, et surtout son penchant à la didactique. 
Tout compte fait, Belleau est un véritable artiste dont les 
efforts présentent des analogies avec certaines tendances tout 
à fait modernes. 

Le Commentaire des Amours de Ronsard nous sera, ici 
comme ailleurs, d'un précieux secours. Si Belleau manifeste 
tant de goût pour la description, on peut supposer que cette 
œuvre, tableau si fidèle des goûts du poète, va nous montrer 
ses étonnements, ou ses admirations devant des mots ou des 
vers pittoresques de Ronsard. 

En effet, ses yeux sont frappés, par exemple, avec une 
intensité sans pareille par ces trois vers du maître : 

Vous avés les tetins, comme deus mons de lait, 
Qui pommelent ainsi qu'au printemps nouvelet 
Pommelent deus boutons que leur chasse environne. 

«On ne pouroit mieux descrire, écrit Belleau, la naive 
blancheur d'un tetin bien troussé, ny sa rondeur également 
proportionnée que par ces deus belles comparaisons, dont 
l'une est de deus montagnettes de lait caillé, pour signifier 

12* 



KSO 

1 enfleure gentille de son tetin, lequel ne surpasse la grosseur 
d'une pomme et pource il a proprement usurpé ce mot 
mignard de pommelet tiré du verbe Grec xoôwvidw, qui signi- 
fie grossir en forme d'une cognasse, il a imité aussi en cette 
comparaison un epigramme de Leonide, ou il dit parlant du 
tetin de Venus xal [^aatôç àx{XT^ç à^^eXoç xoSwviâ : l'autre par 
le boulon vermeil de la rose, qui commençant à poindre 
sentie peu à peu au commencement du printems, et s'esleve 
hors de sa chasse. Chasse, est la revesture barbelée, en la- 
quelle le bouton est enclos, des grecz appelle xâXoS*». Le 
commentaire est assez long et on ne s'expliquerait pas sa 
longueur, si l'on ne voyait avec combien de plaisir Belleau 
s'arrête au mot plastique xoôwvtdtù, à l'épigramme de Léonide 
qui est une brillante peinture de la Vénus Anadyomène, un 
des sujets les plus répandus de l'art antique et de la Renais- 
sance", enfin à la «revesture barbelée» du bouton s' arron- 
dissant dans son calice. 

A propos d'une autre pièce de Ronsard Belleau montre, 
en citant deux vers d'Anacréon, qu'elle est imitée du poète 
grec, mais un de ses passages arrête le commentateur par 
le geste pittoresque qui y est décrit : Ronsard y «a voulu, 
écrit-il, paindre au naturel les gestes mesme que l'on fait 
pour bien encorder un arc, usant d'une belle similitude d'un 
nouveau croissant pour exprimer ce que les poêles Latins 
disent, Lunare : lunavitque genu sinuosum fortiter arcum. Ho- 
mère est singulier à donner telles couleurs à son ouvrage^». 
Gomme précédemment un mot plastique, maintenant une belle 
image captive son attention et lui rappelle un vers pittoresque 
d'Ovide (Am. I, 23) qu'il avait aussi bien gravé dans sa 
mémoire. Et chose curieuse, déjà lorsque Belleau avait dû 
traduire les mêmes vers d'Anacréon il associa celte image 
d'Ovide aux vers du poète grec : 

Il le bande, el foui voiislé 
Ainsi qu'un Tan, il me jette 
Droit au coeur une sagette. 

* Commenlaire de 1560, au sonnet Marie, vous avés la joue aussi 
vermeille (f. 11 b). 

2 Cf. le mênae thème décoratif chez Anacréon (trad. Belleau I, 41) 
et chez Politien (Gaspary II, 233). 

•* Coninienlaire de 1560, f. 78. 



181 

Le «tout vousté» est l'addition de Belleau qui compléta 
ainsi le geste de l'Amour mouillé. La vision de ce geste était 
si nette en lui qu'il le reprendra encore une fois plus tard 
dans la description de l'arc d'Adonis que les Amours sont oc- 
cupés à bander (I, 295) : 

Lun fiche de son arc la corne contre terre, 
Et de bras et de pieds tout courbé le tient serre, 
L'autre de la main dextre à l'autre bout se pend 
Hors de terre guindé, et le pié gauche eslend 
Sur le ventre de l'arc : puis en traînant la corde 
Sous le bras dextrement il le plie et l'encordé. 

Devant une femme de Ronsard, sommeillant «mi-penchee 
dessus le coude droit, fermant sa bouche et ses yeus», la tête 
enveloppée d'un «riche escofion ouvré de soie verte», Belleau 
a des transports d'admiration : «Voy dans ce sonet le divin 
portrait d'une femme endormie de bonne grâce sur un lit, 
et peinte de la main d'un gentil ouvrier *». Dans le commen- 
taire de VElegie à Janet, peintre du roy, Belleau prétend que 
Janet, malgré son talent, «aura bien à faire de la pourtraire 
[la maîtresse de Ronsard] aussi bien par couleurs, comme le 
Poëte par la seule couleur de l'ancre l'a icy pourtraitte. Au 
reste ce ne sont que belles descriptions, vives représentations, 
et douces mignardises d'amour, prises des beautez de la 
mesme Venus». On a vu ci-dessus que ces «vives représen- 
tations» firent un si grand effet sur notre poète qu'il reprit 
cette élégie trait pour trait dans son Portrait de sa maistresse. 
Pendant qu'il lisait Ronsard, Belleau, réellement ému par la 
vérité de la description, recueillait les dessins et les couleurs 
pour les utiliser plus tard dans ses propres poésies. 

Or, la manière dont Belleau emploie ces souvenirs pré- 
sente quelque chose d'original qui imprime à ses descriptions 
un certain cachet. Quelle est cette originalité ? Qui est-ce qui 
a développé en lui cette faculté d'observation si précise ? 

-K 

Il y a, d'abord, les modèles littéraires : Anacréon, Théo- 
crite et Sannazar. Bien que l'imitation d'Anacréon puisse 
être difficilement démontrée en détail chez Belleau, il est 

* Au sonnet : J'ai l'ame pour un lit, (Comm. de 1560, f. 83). 



182 

certain (ju'il goûUi les lableaulins • gracieux du lyrique grec 
qu'il a même traduits. Sans parler des portraits qu'Anacréon 
traça de sa maîtresse et de son Ikithylle, et dont Belleau 
s'inspira à travers Ronsard, notre poète appréciait sans doute 
particulièrement la description du gobelet d'Anacréon portant 
sur le pourtow une «.vigne aux raisins d'or» et sur le côté, 
un Bacchus foulant le raisin dans un tonneau. Un autre vase 
représente Vénus, Bacchus, les Amours et les Grâces riant à 
l'ombre des vignes courbées sous le poids du raisin pourpré. 
Ailleurs, Anacréon peint avec des couleurs brillantes Vénus 
Anadyomène sur un bassin d'argent. Certes, Belleau apprit 
dans Anacréon l'art de ciseler en vers des œuvres d'art et 
d'apprécier la finesse de ces descriptions inspirées par la 
peinture et l'art plastique. Il lui arrive même d'achever le 
travail artistique du poète grec : il ajoute des anses et tout 
comme Ronsard, un ventre rebondi au gobelet d' Anacréon 
qui n'était que creux et profond V 

Aujourd'hui, nous savons que les poèmes anacréon- 
tiques, dans leurs descriptions, avaient subi l'influence de 
l'Anthologie et du Cantique des Cantiques; mais pour Belleau 
et pour son siècle, Anacréon représentait un art jeune et 
original. Belleau goûtait les contours nets et fins de ses des- 
sins qui lui rappelaient le travail des orfèvres. 

Mais le grand modèle de Belleau est Théocrite. Les 
paysages qui forment le décor des idylles de ce poète sont 
d'un dessin simple et faits de telle sorte que le lecteur se 
les imagine sans grande dépense d'effort -. Ce paysage, 
devenu plus tard le décor conventionnel des idylles, présente, 
en général, des détails infiniment petits, perceptibles même à 
un homme somnolant à l'ombre d'un arbre : c'est le chant 
des cigales, le bourdonnement des insectes, le bruit des pom- 
mes de pin tombant sur le sol. Point de grandes lignes: un 
lézard qui se cache sous les ronces, un insecte qui se balance 
au bout d'un brin d'herbe. Par-dessus tout, un soleil d'été, 
le brûlant soleil de Syracuse qui paralyse les mouvements, as- 
soupit le voyageur et le berger. Voilà ce que Théocrite enseigna 

* Ode XVII : TioTTjpiov 5£ x&rXov 

ooov ûuvTj, pa^ûvaç. Cf. ci-dessus p. 167. 
2 Cf. Legrand, Élude sur Théocrite 1898. 



183 

à Belleau à voir et à entendre dans la nature : le petit monde 
des insectes, des oiseaux et leurs bruits légers, autant de 
détails qui donnent une précision extraordinaire au tableau. 

D'autre part, la célèbre coupe de la première idylle 
rappelle les descriptions artistiques des odes d'Anacréon. Le 
poète y peint une œuvre d'art. On a beaucoup discuté sur 
la question de savoir si Théocrite avait réellement lorsqu'il 
composa son idylle, une coupe sous les yeux. Quoi qu'il en 
soit, Théocrite vit très bien la différence qu'il y a entre 
sculpter une coupe et faire imaginer cette coupe au lecteur. 
C'estpourquoi, en artiste conscient de ses moyens, il mit dans 
chaque compartiment du relief de sa coupe un trait qui, 
suffit pour fixer l'attention du lecteur. Tout le monde se 
rappelle le petit garçon tressant sa cage à sauterelles, et le 
vieux pêcheur à qui l'effort de retirer un filet rempli de 
poissons enfle les muscles du bras. Ces petits traits point 
banals et bien observés occupent l'imagination et c'est ce que 
savent les poètes réalistes de tous les temps : Hérédia, par 
exemple, termine ses sonnets par un geste expressif qui 
frappe par sa précision. 

L'autre modèle de Belleau, Sannazar, n'est qu'un dis- 
ciple dans ses descriptions d'objets d'art. L'auteur de VArcadia 
a décrit trois houlettes, deux coupes et un portail dans le 
goût de Théocrite. Sur l'une des coupes, par exemple, une 
nymphe se débat dans les bras de Priape, deux enfants s'ef- 
forcent de la délivrer ; un troisième inattentif aux signes de 
son compagnon, fabrique une cage de jonc et de paille pour 
enfermer des grillons. La même manière d'enchaîner des 
tableaux successifs se voit sur le vase d'érable fait par «Man- 
tegna Padovan», et ailleurs. 

Tous les trois modèles de Belleau: Anacréon, Théocrite 
et Sannazar lui ont montré comment on décrit des objets 
d'art, et tous les trois, aimant le petit détail, ont contribué 
à développer en lui le j^oùt pour le dessin fin et précis. 



Lorsque Belleau emprunte des matériaux à ses modèles, 
ces matériaux subissent des transformations importantes après 
avoir passé par son imagination. 

Voici par exemple une idylle de Théocrite (XXXI) qui, 



184 

en vérité, n'est pas l'œuvre du grand poète grec, mais au 
XVI*^ siècle on la lui attribuait encore. Cette idylle n'est 
descriptive que dans sa première partie, où l'on voit le sang- 
lier qui tua Adonis, lié par les petits amours sur l'ordre de 
Cythérée. «L'un d'eux avec un lacet, attacha et traîna le 
prisonnier ; un autre le poussait par derrière et le frappait 
avec ses flèches. La bête marchait craintivement car elle 
redoutait Cythérée*». Dans la seconde partie on entend les 
lamentations et les reproches amers de Vénus et enfin, les 
excuses du sanglier. 

Toute cette idylle se transforma chez Belleau en une 
peinture sur cet arc d'ivoire que Bellin offre à Toinet comme 
prix de concours (I, 295). Belleau y ajouta même quelques 
détails de la première idylle de Bion ; les larmes de Vénus 
se mêlant au sang d'Adonis se changent en fleurs : les larmes 
en anémones, le sang en roses. Il se rappela aussi un passage 
des Syracusaines de Théocrite, le même qu'il citera avec 
éloge dans son Commentaire- : le gracieux tableau des Amours 
voltigeant autour du berceau d'Adonis et comparés à des 
rossignols essayant leurs ailes naissantes. 

Avec l'idylle du pseudo-Théocrite et avec ses souvenirs 
de lecture Belleau fit une peinture finement détaillée. Adonis 
est couché «dans le creux d'une ovalle, sur un tapis de fleurs 
de couleur jaune et palle». Vénus pleurante est assise auprès 
du corps d'oîi le sang coule «à petits flots . . . ondoyant deçà 
delà». Mais ce sont les Amours qui donnent une vie frémis- 
sante au tableau ; Belleau acheva l'esquisse des Syracusaines : 
les uns. les larmes aux yeux, agitent autour du cadavre les 
cerceaux de leurs dos emplumés, les autres, volant tout bas, 
lèchent le sang d'Adonis du bout de leurs plumes dorées. 
D'autres versent l'eau de cruches azurées et nettoient de leurs 
doigts marbrins les membres yvoirins du corps glacé. Deux 
Amours bandent l'arc d'Adonis, l'un d'eux suspendu à 
l'extrémité du bois de l'arc appuie l'arme contre terre, et 
tire la corde en la passant sous le bras. Un autre Amour 
évente le cadavre de ses ailes si bien que le mort semble 

* Traduction de Fr. Barbier (Garnier Fr.). 

2 Commentaire de 1560 (Voiage de Tours) : «pource que les vers 
Grecs sont fort beaus je les ay bien voulu mettre icy». 



185 

reprendre vie : «on voit presque mouvoir les membres desja 
morts». D'autres enfin, en foule, brandissent un «espieu 
nouailleux» contre le sanglier et revêtent les armes d'Adonis. 

En dehors de la mignardise de ce tableau qui consiste 
à oppo.ser au sanglier les petits Amours, on remarque nette- 
ment la tendance de Belleau à dessiner des traits minuscules 
et aussi exacts que possil)le. Le poète a noté le geste de 
l'enfant qui tire la corde, les mouvements à peine percep- 
tibles des petites ailes des Amours, effleurant le sang qui coule 
et éventant le corps. Conmie on est loin de l'idylle du pseudo- 
Théocrite ! Il y a, je l'ai dit, un peu de recherche dans cette 
peinture, mais le fini du dessin chez Belleau et son art de 
trouver partout le mot et le geste expressifs fixent notre ima- 
gination aussi bien que les reliefs de la coupe de Théocrite. 

L'idylle de Belleau dont cette description fait partie, 
fut imprimée en lôOO*. La finesse du dessin gagna, paraît-il, 
même Ronsard, et cette fois, c'est le maître qui imita le 
disciple, car dans son Adonis publié en 1563 il traça la même 
scène avec des détails qui rappellent de fort près le joli 
tableau de Belleau (IV, 36): 

Que l'un de ses beaus doits, luy serre la paupière, 
L'un souslieve sa teste, et l'autre par derrière 
L'esuente de son aile, et l'un porte de l'eau 
Dans un bassin doré, pour nel loyer sa peau. 

On retrouve le petit Amour qui évente le corps d'Adonis 
mais sans le trait qui complétait la scène chez notre poète : 
le cadavre ne semble pas se ranimer au gracieux battement 
d'ailes. Au demeurant, Ronsard avait maintenu la forme 
élégiaque de Bion ; chez lui, la description n'est qu'un détail 
secondaire, tandis qu'elle est la raison d'être des vers chez 
Belleau. 

La divergence de leurs talents se voit encore très nette- 
ment dans un cas où tous deux travaillent sur le même sujet 
emprunté. On a plusiers fois admiré le triomphe de Bacchus 
dans rA/ne//iy5/e de Belleau -. Or, l'entrée des Bacchantes, on 

* Chanl pastoral sur la mort de I. Du Bellay (M.-L. I, 354). 
2 Arthur Tilley, The literature of the french Renaissance 1904 ; II, 4. 
Wagner, op. cité. 



186 

ne la pas remarqué encore, est tirée du même hymne de 
Marulle dont Ronsard fit ses Dithyrambes et son Hinne à 
Bacchns *. Mais tandis que Ronsard avait gardé le lyrisme de 
son modèle et composé des pièces où il imitait la fureur 
bachique de Marulle, Relleau n'en tira que les détails pitto- 
resques: gestes, sons, cris farouches, couleurs voyantes, enfin 
tout ce qui pouvait entrer dans la description d'une orgie. 
A tout cela se mêlent dans sa tétc quelques réminiscences 
des Dionysiaques de Nonnus-; enfin Relleau fit avec ces 
éléments une orgie qui surpasse en richesse de couleurs et 
de lignes les tableaux de ses modèles: 

Lune portoit en main une lance étofl'ee 

De Lierre ondoyant, où pendoyent pour trofee 

Les'despouilles dun Bouc: l'autre pleine du Dieu 

Qui la pousse en fureur, sur le fer d'un espieu 

Secouoit embroché, victime de la feste, 

Dun porc gaste-raisin le simier et la teste : 

L'autre portoit d'un Fan tavelé sur la peau 

Les cornichons pointus, comme un croissant nouveau : 

L'autre sur une fourche à deux pointes guerrières 

La hure d'un Sanglier, aux défenses meurdrieres : 

De ligues et de fleurs 1 autre avec le coflin 

Bransloit au ventre creux un vase plein de vin. 

Le tableau a perdu sous la plume de Relleau tout ce 
qu'il contenait de lyrique chez Marulle : il est évident que ce 
sont le dessin et les couleurs qui intéressent principalement 
notre poète ; les cornes pointues du faon à la peau tavelée que 
la bacchante porte dans ses cheveux comme un croissant, 

* Ces deux pièces de Ronsard et 1 hymne de Marulle ont été 
réimprimées par M. Laumonier, Ronsard p. 736. 

2 Voici ces passages dans la traduction du Cic de Marcellus (Didot 
1856): f'Les Corybantes s'empressent autour de la brillante crèche des 
léopards, passent le harnais autour de leurs tètes ; et attachant les lions 
par des courroies de lierre tressé, ils assujettissent à leurs lèvres ce 
frein menaçant» PCIV, 265 à 268); «dans larmée de Bacchus, les uns 
se revêtaient de peaux toutes brutes, les autres se fortifiaient sous les 
peaux hérissées des lions ; ceux-ci s'entourent de la plus formidable 
enveloppe des panthères, ceux-là sarment des plus longues massues ; 
tantôt ils passent autour de leurs reins des peaux de cerf aux bois ra- 
neux, et s en font une ceinture diaprée à l'égal du ciel étoile, tantôt, sur 
leurs tempes, autour de leurs fronts, s'allongent les doubles pointes 
aiguës de la cornei- (Ibid. v. 128 à 136). 



187 

la fourche à deux pointes d'où sortent les défenses d'un 
sanglier, tout cela est exactement vu, fort l)ien imaginé et 
prouve de sérieuses intentions artistiques. Si Ion saute les 
vers suivants où Belleau retombe dans ce ton de rhétorique 
qui gâte malheureusement ses meilleures compositions, et 
que l'on passe à la description de l'attelage de Hacchus, les 
couleurs deviennent encore plus l)rillanles. Le poète, impas- 
sible et précis comme un Parnassien, note que les onces 
tirant le char ont le dos moucheté d'étoiles et le mufle hérissé 
de deux longues moustaches, qu'elles marchent en roulant 
les yeux et en ronilant de colère, qu'elles sont recouvertes 
d'un fin drap d'or semé de perles fines, dont les houppes à 
crépines flottent sur leurs genoux. Enfin, comme pour achever 
par un geste pittoresque et frappant, le poète montre comment 
on arrange le queue de ces bétes féroces en «menus tortil- 
lons». Ensuite vient la description du char, mais pour nous, 
les passages indiqués montrent suffisamment comment Belleau 
modifia ses emprunts et comment il les transforma en une 
peinture exacte et bien vue jusque dans ses plus petits 
détails. 

J'ai montré que les trois poèmes de Belleau : YÉté, les 
Vendangeurs et VHiver, ont été tirés du roman de Longus, 
Daphnis et Chloé. Mais quand on ne considère que les 
tableaux des trois saisons qui se placent au début de ces 
poèmes on est frappé de la finesse de l'exécution et de 
l'originalité de la vision de Belleau. Au tableau voluptueux 
mais un peu vague de Longus, Belleau ajoute des lignes et 
des gestes précis : les épis barbus se hérissant en bataillons 
crêtes et montrant leur flancs dorés aux dents de la faucille, 
les moissonneurs qui coupent le blé et qui le lient en gerbes, 
le glaneur qui va «talonnant le pas du courbe moissonneur^) 
pour ramasser les épis échappés des mains suantes des Heurs. 
On voit même une fourche nouailleuse et un râteau édenté. 
Rien de tout cela chez Longus. Même là où Belleau suit le 
roman grec, comme il est plus précis que son modèle ! Lon- 
gus nous montre Daphnis s'amusant à «chasser, à prendre 
les poissons qui s'enfuyoient an fond de l'eaux» (Amyot); 
Belleau décrit la troupe des petits poissons qui se sauvent 
«à la fuitte avec le fil de l'eau, en ondoyans scadrons)), et 
son Bellot poursuit un poisson à petits pas «larrons» 



188 



Et layanl rescrré se met en eschauguette 
En recourbant le dos, puis finement l'aguette, 
Et levant les caillous par dedans le gravois 
Il avance la main, et le pcrt de ses dois *. 



C'est la vie observée avec des yeux grand ouverts sur 
les moindres incidents. 

Ronsard lit, lui aussi, une Venue de l'esté qui, cependant, 
est loin d'avoir la précision du tableau de Belleau, Quel- 
ques traits, pourtant, en ont été repris par notre poète. Com- 
parons les deux premiers vers de VEsté de Belleau avec les 
vers suivants, tirés de la Venue de l'esté: 

Ja voit on la plaine altérée 
Par la grande torche etherée 
De soif se lascher et souvrir 2. 

Belleau se sert de la même image et des mêmes rimes : 

Tout estoit en chaleur, et la flamme étheree 
^ Fendoit le sein béant de la terre altérée. 

On retrouve même le moissonneur qui «abat les hon- 
neurs de la prée. D'une faucille au dos courbé)^, tout comme 
le moissonneur de Belleau. Mais cette attitude pittoresque ne 
parait d'abord que dans l'édition de 1584 et dès lors, il faut 
de nouveau supposer que ce sont les vers de Belleau qui 
suggérèrent à Ronsard ce détail aussi juste que précis. D'ailleurs, 
l'ode de Ronsard, plus lyrique que descriptive, ne présente 
pas ce travail soigné et concentré dans le dessin, cette netteté 
parfaite dans les lignes qu'ont les vers de Belleau. 

Les Vendangeurs ont aussi pour point de déj)art la pas- 
torale de Longus: <*Estant ja l'Automne en sa vigueur, écrit 
le romancier grec, et la saison des vendanges venue, chas- 
cun aux champs estoit en besogne à faire ses aprestz: les 
uns racouslroyent les pressouers, les autres racloyent les 
tonneaux, les autres faisoyent les hottes et penniers à porter 
la vendange, les autres esmouloient leurs serpettes et sacleaux 

^ M.-L. I, 208. Dans le texte on lit : «se pert», faute évidente. 
2 M.-L. II, 273 (III. livre des Odes 1550J. 



18» 

pour vendanger, les autres apprestoyenl la meule pour fouler 
et briser les raisins, et les autres preparoyent de lozier sec, 
dont on avoit osté l'escorce, à force de le batre, pour en 
faire des llambeaux à tirer et entonner le vin la nuict» 
(Amyot, Second livre). Tous ces ouvriers d'occupations diver- 
ses se retrouvent dans les Vendangeurs de Belleau. Mais ils 
sont encore plus nombreux, et leurs gestes sont devenus 
plus précis : 

... les uns lavoient les coupes 
Et rinsoyent les barils, autres sur les genoux 
Aguisoj'cnt des faucets pour percer les vins doux, 
Et pi([uoltant leurs flancs dune adresse fort gaye 
En trois tours de foret laisoyent saigner la playe, 
Puis à bouillons fumeux le faisoyent doisiller 
Louche dedans la tasse, et tombant pétiller. 

La richesse de couleurs et de «mots propres» laisse 
soupçonner que Belleau allait souvent voir les vendangeurs 
dans la vigne de Joinville dont il fit une si brillante descrip- 
tion dans la Bergerie. Il regardait attentivement le travail 
des vignerons, et notait leurs gestes et leur manière de 
parler. Ronsard qui, dans le Vendômois, voyait aussi beau- 
coup de vendanges en donna également une description^. 
Belleau semble s'en être souvenu lorsqu'il décrivit le travail 
et surtout les gémissements du pressoir, toutefois le tableau 
de Belleau est plus tableau, si j'ose dire, dans le vrai sens 
du mot. 

Enfin, si le brave Vauquelin de la Fresnaie n'a pas 
remarqué que JBelleau lui avait pris le sujet d'une de ses 
tapisseries, c'est que Belleau acheva le tableau de Vauquelin 
avec son pinceau si fin et si gracieux. Dans sa tapisserie, 
par exemple, la chèvre qui broute une branche, allonge son 
flanCy et pour prendre le sommet du buisson elle Ventortille 
des lèvres et de la langue (I, 228) ^ 

Partout le même résultat: Belleau est un vrai artiste, 
et même lorsqu'il fait des emprunts, il met de la finesse 
dans le dessiri et de l'exactitude dans l'expression. Par là, sa 

* En ce pendant que le pesteux Automne (M.-L. II, 39). 
2 V. ci-dessus p. 120. 



190 

poésie t;randit en importance ; de disciple il devient maître : 
Ronsard lui-même ne peut échapper quelquefois à rallrail de 
sa notation précise et suggestive. En effet, Belleau avait bien 
profité de létude d'Anacréon, de Théocrite et de Sannazar, 
et y avait trouvé la direction que devait prendre sa poésie : 
l'étude attentive des œuvres d'art et surtout la fixation du 
trait saillant, du détail original qui, à lui seul, suffit pour fixer 
l'imagination du lecteur. 



CHAPITRE II 
BELLEAU ET L'ART DÉCORATIF 

Le château de Joinville. Le tombeau des Guises. Les tapisseries. 
Un miroir somptueux. Les costumes. Belleau est l'expression littéraire 
de l'art décoratif de la Renaissance. 

Le talent de Belleau a cependant avec l'art des attaches 
plus solides que la coupe de Théocrite, les vases et les bâtqns_^-'< 
de Sannazar. Au château somptueux de Joinville, Belleau ^ 
n'avait qu'à ouvrir les yeux pour voir de merveilleux objets 
d'art. Si, dans la Bergerie, le poète a entrepris de faire une 
description détaillée du château, il ne faut pas y chercher 
seulement comme l'a fait M. J. Marsan^, un expédient com- 
mode de relier ses ouvrages dispersés jusqu'alors ou un 
simple acte de reconnaissance à l'égard de la châtelaine. La 
Bergerie est bien l'expression de la réelle admiration que 
Belleau éprouvait pour les agréments de cette demeure seigneu- 
riale et le poète a cru faire, non sans raison, du bon travail ^ 
artistique, en fixant sur le papier, sous la forme de descrip- 
tions exactes, ses impressions de toute cette magnificence que 
chaque jour il voyait. 

Son admiration allait, avant tout, aux œuvres d'art. Le 
château lui-même formait un monument artistique merveil- 
leux. C'était un très vieil édifice du XI^ siècle, que Claude 
de Lorraine, le père des Guises, avait fait restaurer à fond. 
Il y fit ajouter, dit un historien, des corps de logis, une 
façade toute entière à la nouvelle mode, avec terrasses, gale- 
ries et lucarnes monumentales^. Cette nouvelle mode était le 



* Marsan, La pastorale dramatique en France p. 149. 
2 Bonnaffé. Le Mausolée de Claude de Guise (Gazette des beaux- 
arts, t. XXX, 2e période, p. 315). 



192 

style classique des architectes italiens qui commençaient à 
envahir la Fiance dès celle époque. Et c'est précisément ce 
goût ilalo-classique qui enchanta le poète Belleau, car il ne 
détaille rien avec autant de plaisir que cette terrasse avec ses 
appuis et ornements de pierre taillés à jour et les petites 
tourelles avancées, le pavé qui est de «porphyre bastard, 
moucheté de taches blanches, rouges, verdes, grises et de 
cent couleurs dilTerentes, nettoyée par des esgouts faits à 
gargouilles et nuiffles de Lyon», la galerie pavée de carreaux 
de couleur, enfin le frontispice «à grandes colonnes, canellees 
et rudantees. garnies de leurs hases, chapiteaux, architrave, 
frise, cornice et moulcures de bonne grâce et de juste propor- 
tion» (I, 182). Belleau représente son époque lorsqu'il admire 
cette terrasse et ses colonnes romaines ; ce style fut pour 
l'architecture en France ce que fut la Pléiade pour la poésie 
française, avec ses engoûments italo-classiques. 

A côté de cette terrasse, de cette galerie et de cette 
façade il n'y a qu'un endroit du palais dont Belleau nous 
parle avec autant d'intérêt. C'est le sépulcre de Claude de 
Lorraine, un chef-d'œuvre de la sculpture italo-française qui 
mérite qu'on s'y attarde un peu avec le poète. Ce sépulcre 
était élevé dans une chapelle qui reliait les salles du château 
avec la grande église Saint-Landeric ou Saint-Laurent^. La 
duchesse douairière y allait, on l'a vu, prier chaque matin. 
«Ceste sépulture est faite et cizelee de marbre blanc et noir, 
de jaspe, d'albastre et de porphyre, au bas le Prince est en 
son mort, a dessus .vivant et priant avec ceste vénérable 
Dame, sa bonne et lidelle compagne. . . Ceste sépulture est en 
figure carrée, au lieu de colonnes ce sont les Vertus appro- 
chantes à la moyenne proportion du colosse : elles sous- 
tiennent le vase et taillouer du chapiteau dessus leurs tes- 
tes, enrichies de fueilles d'Acanthe et Branche-ursine, pour 
soustenir le plinthe de ce bastiment, si bien conduit, et si 
bien achevé, qu'il ne sçauroit rougir pour les antiques. De- 

* Cf. la vue du château dans Fr. de Belleforest, La Cosmographie 
universelle de loul le monde, Paris, M. Sonnius 1575, I, 347. La plus 
complète description du château se trouve à la Bibl. Nat., ms. fr. 1 1559 
f. 262. V. encore Jules Fériel, Noies historiques sur la ville et les seigneurs 
de Joinville, Paris 1835, in-8. Fériel fut copié sans scrupule dans plu- 
sieurs notices postérieures. 



1 



li)3 

dans une lal)lc de marbre y a une Nymphe élevée à demy 
bosse, le visa<^e palle et maigre, qui porte les cheveux espais 
et hérissez, flollans sur les espaules, les yeux caves et meur- 
dris de pleurs, les bras croisez, la face vers le Ciel, toute 
éploree qui souspire la mort de ce bon et vertueux Prince, 
et dit». [Suit une épitaphe en vers] (éd. loi).")). 

Ce monument qui (it Tadmiration de Helleau avait été 
érigé par Antoinette de Hourbon, la vertueuse duchesse de 
Joinville, en souvenir de son époux, mort empoisonné et 
qu'elle avait aimé avec tant de fidélité. Elle s'était fait re- 
présenter avec son mari dans deux poses : d'abord age- 
nouillée sur le portique, et puis, couchée sur le sarco- 
phage ^ Les recherches de MM. Kœchlin et Marquet de Vas- 
selot ont jeté une grande lumière sur l'histoire de ce célèbre 
tombeau qui fut démoli avec le château pendant la Révolu- 
tion-. Les plans du monument sont du Primatice lui-même, 
mais l'exécution fut confiée à ses deux élèves Dominique 
Florentin et Jean Picard dit le Roux^. Le marbre, l'albâtre 
et les pierres de couleur, admirés par notre poète, furent 
amenés d'Italie : la fidèle épouse ne regardait pas à la dé- 
pense quand il s'agissait de la gloire de son mari et de sa fa- 
mille qu'elle selforçait de maintenir à l'égal de la maison royale. 

La description que Belleau donna de ce monument a 
ce défaut que le poète n'}^ a pas pris le recul nécessaire 
pour bien faire voir sa construction un peu compliquée*. 

1 lîibl. Nat., ms. Ir. 11009, f. 249 et ss. 

- I^aj'moud Kœclilin et Jean-J. Marquet de Vasselot, La scnlplurc 
à Troijcs cl dans la Champagne Méridionale au seizième siècle, élude sur 
la transition de l'arl ijolhique à Vilalianismc, Paris, Colin 1900. 

3 Ibid. p. 313. Les dessins du Primatice sont au Louvre. J ai 
trouvé aussi à la Bibl. Nat. (nis. fr. 2249) un plan et une esquisse du 
tombeau avec échelle. Cf. Jolibois, La Haute-Marne ancienne cl moderne. 

* La meilleure description du sépulcre est le rapport du peintre 
Joseph Benoist qui l'a vu encore en 1792 ; ce rapport fut publié par 
Koechlin, op. cilé p. 312. Voici d'après MM. Kœchlin et Marquet de Vas- 
selot ce ([ui reste de ce monument magnifique : 1" deux cariatides du 
portique, la Justice et la Tempérance à Joinville, les mêmes dont Bel- 
leau parle dans sa Benjerie (Kœchlin fig. 91 et 93) ; 2" deux bas-reliefs 
allégoriques et deux petites figures du tympan au musée de Chaumont 
(Kœchlin fig. 89 et 90) ; 3° les deux génies funéraires entourant loeil- 
dc-boeuf de larrière-fond et deux petits reliefs du sarcophage au Louvre, 
Salle Goujon (no^ 374 et 374iJis du Catalogue sommaire des sculptures). 

Eckhardt : Remv Belleau. 1.3 



194 

Le regard de Belleaii se perd un peu dans renchevêtrement 
des feuilles d'acanthe des chapiteaux corinthiens. 

Belleau parle dans sa description d'un relief représen- 
tant une nymphe en pleurs. Or, cette nymphe est introu- 
vable dans les descriptions authentiqes du sépulcre. Il est évi- 
dent que le poète l'imagina de toutes pièces pour lui mettre 
ses vers dans la bouche; toujours est-il qu'elle est bien ima- 
ginée. Peut-être Belleau se rappelait-il ces nymphes en relief, 
fort en usage sur les sarcophages de l'époque. On en trouve 
une, par exemple, au bas du magnifique tombeau de l'amiral 
Chabot (f l.")13\ œuvre de Goujon (Louvre, Salle Goujon). 
C'est une nymphe couchée, telle que Belleau la décrit, le 
visage maigre et tourné vers le ciel, les cheveux épars sur 
les épaules, et la bouche ouverte. Belleau l'avait vu peut-être 
à l'église des Célestins à Paris, où le tombeau de Chabot était 
élevé originairement. Cette nymphe me paraît un bel exemple 
de la forte impression que les œuvres d'art faisaient sur Belleau. 

En plusieurs endroits de sa Bergerie, Belleau déciit 
des tableaux figurant, dit-il, sur des tapisseries. On a vu que 
ces tapisseries sont imaginaires, car on trouve les sources de 
ces peintures dans Daphnis et Chloé et ailleurs. Néanmoins, 
n'y a-t-il aucune réalité dans ces ouvrages ? Nulle part en 
France, en dehors de la maison royale peut-être, il n'y avait 
autant de tapisseries, de meubles et de pierres précieuses 
que clans la maison de Lorraine et surtout à Joinville. Bel- 
leau y pouvait admirer chaque jour les Douze mois de l'an, 
tapisserie de haute lice rehaussée d'or et de soie ayant le 
fond rouge brun de fme laine, les célèbres Douze mois de 
l'an, dits de Belle Chasse, de haute lice faite de fine laine et 
de soie rehaussée d'or et d'argent, sept pièces de verdures et 
bocages, V Histoire d'Atalante, les Boucquillons (boucherons). 
Sainte Suzanne etc., rares trésors soigneusement enregistrés 
dans les inventaires des meubles du château V Au château de 



^ Les deux inventaires des meubles du ctiâteau de Joinville, l'un 
du 17 mars 1583, l'autre du 3 févr. 1589, sont aux Archives Nationales 
(K 529,1. Sur les tapisseries cf. Jules Guiffrey, Histoire de la tapisserie 
depuis le moi/en-âge jusqu'à nos jours, Tours 1886 et GuifTrey, Mûntz, 
Pinchart, Histoire qénérale de la tapisserie : (juifirey, Tapisseries françaises 
(s. d.i in-fol ; J. Guifirey, Les tapisseries du XH" à la fin du XVI'' siècle 
iïlist. gén. des arts appliqées, t. VI), Paris, Lévy, in-fol. 



195 

Nancy, siège du duc de Guise on pouvait admirer par dou- 
zaines les vieilles el les nouvelles bergeries, sept pièces du 
pressoir etc. *. Belleau vit peut-être celles-ci, mais en tout cas 
celles-là. Et lorsqu'il entrait dans une salle décorée d'une 
tapisserie «dcsja ancienne, mais des mieu.\ tissues qui se trouve» 
et qu'il prétendait y voir des moissonneurs, cela est vrai en 
partie. Et encore, oserais-je affirmer que les détails de ces 
tableaux de moissonneurs, de vendangeurs et de bergers ne 
doivent rien à ces Douze mois de l'an et à ces nombreuses 
Bergeries? Les artistes notent aussi volontiers le trait carac- 
téristique et le geste précis; le travail de sélection est déjà 
opéré sur l'œuvre d'art, et le poète n'a qu'à copier la couleur 
et le geste que le dessinateur a notés. Quoi qu'il en soit, 
Belleau n'eût pas introduit ces descriptions comme des sujets 
de tapisserie s'il n'en avait pas vu de pareilles sur les tapis- 
series du château. De plus, quand il trouve des vers «tissus 
contre le ventre d'une grande cuve» sur cette tapisserie de 
vendangeurs, cela est plus vrai qu'on ne le pense, car on lit 
souvent des vers sur les tapisseries en général et sur les ber- 
geries en particulier'-. 

11 y a mieux: on peut établir des rapports encore plus 
directs entre une belle tapisserie du XVI® siècle et la Ber- 
gerie. M. (iuifîrey a écrit l'histoire d'une tapisserie du 
musée de Saint-Lô, mentionnée sous le nom de Gombault 
et Massé dans un inventaire de 1532 des meubles de Flori- 
mond liobertet^ Elle représente les amours et les noces 
du paysan Gombaut avec la jeune Macée et se compose 
d'une longue série de tableaux, chacun avec un couplet dans 
le coin. 

Or, Belleau décrit une tapisserie où l'on voit des «ber- 
gères en simple cotillon échevelee.s, un chapeau de fleurs en 
leur chef, qui dançoyent en rond sous un grand orme, avec 
des bergers, tous si bien contrefaits qu'on eust jugé qu'ils 

* Era. Molinier, Invenlaire des tapisseries des Ducs de Lorraine (Bul- 
letin archéologique du Comité des Travaux historiques), 1885. 

2 Cf. plusieurs pièces de bergerie au Louvre, Musée des Arts 
Décoratifs. 

'^ Jules Guiffrey, Les Amours de Gombault et de Macée, étude sur 
une tapisserie française du musée de Saint -Lô ; Paris, Charavay, 1882, 
in-fol. 

13* 



X 



sautassent à la cadence d'un de la troupe qui senibloil chanier 
cesle chanson. 

Faites-vous la sourde, Macee ? 
Voyez Couibaut qui vient à vous, 
Pour ravoir ce que vostre œil doux 
Lu}' a tiré de la pensée ^I, 236i». 

Et cette chanson chantée pai* un bergei" ami de Com- 
baul, se termine par la demande formelle de la main de la 
jeune paysanne. 

Faut-il établir un rapport entre la tapisserie de Helleau 
et celle de Florimond Robertet ? Belleau connaissait fort bien 
Florimont Robertet III, seigneur d'AUuye, pelit-lils du proprié- 
taire de la tapisserie, il lui dédia même en lôtJO, comme à 
son protecteur, son Commentaire des Amours de Ronsard. Le 
poète put donc voir la tapisserie de Gombaiill et Macee dans 
la maison du secrétaire d'Etat. Il y a en elTet, sur la tapis- 
serie de Robertet une scène (la Dance) où des couples de 
paj'sans dansent aux noces de Goml)aut et de Macée, c'est 
cette scène qui inspira, sans doute, à Belleau ses paysannes 
dansant à la ronde \ La tapisserie de Gombaut et Massée 
présente donc avec assez de vraisemblance, un exemple frap- 
pant de l'influence des ligurations artistiques sur la poésie de 
Belleau. 

Plus que la façade à colonnes, plus que le magnifique 
mausolée des Guises, plus que les tapisseries «à grand sujet» 
elles-mêmes, un somptueux miroir ravit les sens de notre 
poète et la description qu'il en fit nous laisse voir le fond 
de son esprit. Cette description est l'expression la plus heu- 
reuse du talent de Belleau et nous devons regretter que le 
poète en ait supprimé la moitié dans la seconde édition de 
la Bergerie. Comme le texte de loi).") fut négligé par tous les 

1 II est à remarquer cependant, que la licniciie de 1565 présente les 
noms de Francine et de Tenot (Baïf) au lieu de ceux de Combaut et de 
Macée. Belleau, comme i^onsard, changeait les noms de ses personnages 
d'une édition à l'autre et il restitua en 1572 la leçon Combaut et Macée 
qui doit être, malgré la chronologie, le premier texte. Sinon com- 
ment expliquer cette variante de 1572 .' Les identifications de Gou- 
verneur (Combaut=Hobert de Combaut, sieur d'Arcis-sur-Aube ; Macée — 
«\a. petite nymphe MacécM de Ronsard) sont absolument l'anlaisistes. 



197 

éditeurs de Belleau. qu'il me soit permis de donner ici in 
extenso celle brillante description et cela d'autant plus que 
la variante écourtée présente maint passage incompréhen- 
sible sans le contexte : 

«Ces bergères . . . l'importunèrent tant qu'il fut contraint de leur 
montrer ce quil avoit raporté de son volage, entre autres nouveautez, 
je vous conteray dun miroir qu'il me * monstra, je m'asseure ((ue vous 
confesserez que c'est le plus bel ouvrage et le mieux parfait qui fut 
jamais veu. Le pié de ce miroir est en triangle, comme tout le reste, il est de 
porcelaine élevé en demyrond. enrichy de mille petits animaux marins, les 
uns en cociue, les autres en escaille, les autres en peau, tous entortillez par 
le repli des vagues et des llotz courbez, et entassez l'un sur l'autre et 
semble à voir ces troupes escaillecs que ce soit un triomfe marin. On 
voit sur l'une des faces, entre ces i)etits animaux deux Tritons eslevez 
par dessus les autres, qui embouchent leurs cocques ~, tortillées et 
abouties en pointe, mouchetées de taches de couleur, aspres et grume- 
leuses en ([ueUpies endroits, ils ont la queue de poisson large et ouverte 
sur le bas. Sur l'autre lace est un coche •', où y a un R03' assis en 
majesté, couronné dune couronne de joncs mollets, meslez de grandez 
et larges lucilles qui se trouvent sur la grève de la mer : il porte la 
barbe longue et hérissée de couleur bleue, et semble qu'une infinité de 
ruisseaux distilent de ses moustaches, allongées et cordonnees dessus 
ses lèvres : il tient de la main dextre une fourche à trois ])ointes, de 
l'autre il guide et conduit ses chevaux marins galoppans à bouche 
ouverte, ayans les piez déchiquetez et découpez menu comme les 
nageoires des poissons : ils ont la queue entortillée comme serpens. 
Les roues de ce char sont faites de rames et d'avirons, assemblez pour 
lendre et couper la tourmente, et l'épaisseur des flots comme à coups 
de cizcau. De l'autre face est une Déesse en face riante, belle et de 
bonne grâce : elle a un pié en l'air, et l'autre planté sur une coquille 
de mer, conduisant dune main en petit enfant ''*. 
Et gras et potelé, un enfant que nature 
A fait pour un chef d'oeuvre il a dedans ses mains 
Des pommes de grenade, et mille petis grains 
De Murte verdoyant, il porte des flammèches 
Un arc d'Ivoire blanc, un carquois plain de flèches 
Il porte sur les yeux je ne scay quel bandeau 
Des aelles sur le dos : sa délicate peau 
Est blanche comme neige encore non touchée 
Ou le lait caillolté sur la verte jonchée. 

* Var. 1572: leur monstra (I, 278). 

- L'édition de 1572 donne : cocques faute d'impression évidente. 

•^ L'édition de 1572 donne à tort: rocher. 

'* Le texte de 1572 s'arrête à ce mot pour reprendre plus loin. 
Les vers, extraits des Vendangeurs, prennent place comme de juste, dans 
ce poème dès 1572, lorsque le poète en réunit les morceaux dispersés. 



^ 



198 

Dessus cet embassement soustenu de trois tortues y a le Dieu des 
bornes, termes et divises, je croy qu'il est de bronze Corinthien, il peut 
avoir trois pieds de hauteur, la base et les tortues un pié deux pouces. 
Il montre trois faces fort bien élabourees, l'une semble rire, l'autre 
semble estre mélancolique, et laulre pleurer. Au dessus sont posez trois 
cartouches, au bout desquelz est rais un masque de Lion, l'un qui tient 
à lèvres entrouvertes et dents serrées une grosse boucle d'or, de la- 
quelle pendent des festons cjui représentent mille sorte de fruits mis et 
entrecachez sous des fueilles de vigne, branque ursine, d'olivier, et de 
\yerre, toutes ces fueilles sont émaillecs de leur couleur, et les fruits 
^/ taillez de pierre fine, comme de diainans, rubis, émeraudes, saphirs, 
marguerites, écarboucles, jaspes, crysolitcs, onices, acates, cristal, corna- 
lines, coural, ametistes, et autres. Or mouvant ce mirouër, ces festons 
branlent et rendent un lustre pour la diversité de cette pierrerie le plus 
que l'œil purroit souhaitter. Sur ces cartouches y a une bande longue 
d'un pié et demy, sur la hauteur, de quatre pouces entre deux petis 
gaillochis, dont 1 un est d'or, et l'autre d'argent, si bien et si proprement 
entrclassez qu'ils façonnent un cordon : sur le contour y a un gros 
diamant taillé en pointe, au dedans de cette bande se voit une guerre 
navalle de monstres marins, à chaque angle sont posées et assises deux 
colonnes de pierre transparante, ayant leurs bases et chapiteaux de 
mesme façon que les festons. Entre ces colonnes sont mises les belles 
glaces * de ce mirouër, enchâssées en tableaux fort bien élabourcz de 
petites vignettes, lyerres, ou rampent mille petis animaux, comme fre- 
lons, mouches, guespes, sauterelles, cigalles, lizars, et mille sortes de 
petis oisillons : sur ces colonnettes se voit un epistyle perleté en toutes 
ses faces, la frize enrichie de plusieurs dépouilles, en mode de trophées, 
amoncelez et entassez l'un sur l'autre, et taillez de porcelaine, et autres 
pierres de couleur: la comice en est dentelée et au haut de chacune 
denteleure y a deux petis annelets d'or, et la doucine enrichie de feuilles 
de branque ursine, entre lesquelles y a des gosses et quelques volutes. 
Au milieu de cette frize pend à chacune face un tableau où y a trois 
divises de l'Amour, en letre d'or, gravées sur le noir. En la première 
ce sont petis Amours portant des aelles, minant et sapant du bout de 
leurs flèches acérées l'entour d'un rocher, et y a escrit en Latin, Saxca 
suffodimus sic peclora. L'autre est fait d'un autel lait à l'aniique, sur 
lequel y a une trousse de flèches qui brûlent par le fer, à petit feu, il 
y a escrit. Si lentiis lamcn aelernns. Dedans l'autre y a un Amour qui 
serae du pavot, et au dessous, obliuioni. Sur la cornice y a trois sty 
lobâtes où acroteres -, sur chacun un petit enfant nud, tenant d'une 
main un cor, de l'autre une palme amortie d'un gros strin =* taillé en 

* Le texte de 1572 qui reprend cette phrase jusqu'à : «de petis 
oisillons» pour achever la description, donne par erreur: les grâces de 
ce miroir. 

2 Dans le texte original de 1565 faute d'impression : acroteles. Acro- 
tere = socle de statue, de vase placé sur un fronton. 

3 strin = strass (Godefroy). 



199 

pyramide, gravée de divises et lettres Hiéroglyphes. Pour le dernier 
amortissement y a une victoire qui embouche une trompe, tenant de 
l'autre main une palme : elle a des aelles sur le dos, que sont bigarrées 
et peintes d'une inlinité dyeux. Voilà le mirouër que je vy entre les 
mains de ce berger». 

Cette merveille d'orfèvrerie a-t-elle jamais existé ? Des 
raisons sérieuses nous portent à douter de l'exactitude de 
cette description. Il y a tout d'abord le portrait en vers de 
l'Amour qu'il faut éliminer décidément, car il n'est que la 
transscription dun passade de Daphnis et Chioé. Les trois 
devises avec les inscriptions latines sont aussi suspectes au 
plus haut degré. Elles se trouvent, on l'a vu, dans un re- 
cueil de devises et au nombre de celles que le copiste du 
recueil dit être inventées par Belleau ^. Dans ce cas Belleau 
ne les a pas trouvées sur le miroir. Ou faut-il croire que 
toutes ces (juatorze devises y étaient gravées, puisque Belleau 
dit avoir vu d'autres devises en dehors des trois qu'il décrit 
avec exactitude? (^esl peu probable. D'autre part, je trouve 
un peu trop de luxe à ce miroir. Il y a trop de diamants, trop 
d'or ;et surtout trop d'ornements pour que ce meuble admi- 
rable ait disparu sans laisser quelque trace dans les inven- 
taires -. 

Pour moi, ce miroir a bien existé, Belleau l'a vu, seule- 
ment il l'a chargé et même surchargé de nou\ eaux détails. 
Quelle part faut-il faire à son imagination? Tout ce qu'on 
peut en dire, c'est que ce chef-d'œuvre d'orfèvrerie était l'ou- 
vrage d'un maître italien. Cela ressort du texte même de la 
Bergerie. D'après l'édition de lôtk"), ce miroir est une de ces 
nouveautés que le prince-berger rapporte de son voyage d'Ita- 
lie ^. Tout venait de l'Italie, la mode, l'art, la poésie . . . On 
comprend que les dames de Joinville s'arrachaient ce pauvre 
berger qui venait de rentrer du pays des miracles. 

* Cf. ci-dessus p. 93. 

- On objectera peut-être aussi que certaines parties du miroir 
sont faites de porcelaine, bien que la fabrication de la porcelaine soit 
restée inconnue en Europe jusqu'à la fin du XVIIe siècle. Mais le nom 
de porcelaine revient à cette époque à tout coquillage et à toute pierre 
laiteuse à reflets irisés et, par extension, à tout objet en verre opalain 
(cf. Henry Havard, Dictionnaire de Vameublemenl). 

=' Bergerie de 1565, p. 80. M.-L. I, 278. Le cadeau des «pennaches» 
(p. 77) paraît aussi une nouveauté italienne. 



200 

Tout, d'ailleurs, trahit le goût italo-elassi(iuc sur ce miroir. 
Le triomphe naval de Neptune taillé sur le pied du miroir, 
le Terme formant le support, les colonnes corinthiennes en- 
cadrant les glaces, même les plus j)elils motifs décoratifs: les 
fruits mêlés aux feuilles de vigne, (racanthe et de lierre, les 
trophées à ranti(iue et la richesse touffue d'ornementation, 
tout est de larl italien, cet art exubérant et luxueux qui 
sembla un moment arrêter révolution de Fart français. 

Le miroir de Belleau était un miroir à pied tel qu'on 
en faisait pour se passer des services d'un valet. Le pied 
en était triangulaire ; le dieu Terme qui formait le support 
avait aussi trois visages et soutenait trois glaces. Abstraction 
faite de cette construction triangulaire dont on ne trouve 
guère de semblable, on se fait une idée assez exacte de ce 
que pouvait être le miroir de Belleau si on le compare avec ce 
beau miroir à pied de fer damasquiné, magnilique ouvrage 
du X\T<^ siècle, conservé au musée de South-Kensington *. 
Ici comme là, une base solide, large et gravée de scènes 
historicjues qui correspondent aux scènes mythologi{[ues du 
miroir de Belleau. Sur le support composé de formes pure- 
ment géométriques repose la glace encadrée de cariatides, 
chez Belleau de colonnes corinthiennes. Le miioir de South- 
Kensington se termine par une statuette de Vénus tenant 
l'Amour à la main, et correspondant à la Victoire ailée du 
miroir de l^elleau. On peut citer encore cet autre miroir 
offert par la ville de Mâcon à la duchesse de Mayenne, ([ui 
était «de cristal d.e roche, garny d'argent vermeil, d'un 
ouvraige cyzelé bien achevé, auquel y a ung pied de relief, 
en paysage garny de bastions, au milieu (hujuel y a un 
trône, contre lequel est appuyé ung satyre soubz tenant 
sur son col ung compartiment enrichy d'ung Neptune, de 
nymphes et monstres marins environnant la lune de cristal 
lin de roche'-». N'est-ce pas le coche du Neptune de Belleau 
avec les tritons et les «mille petits animaux marins» ? Au 
Musée de Cluny plusieurs cadres de miroir en bois du XVI<^ 



* V. sa reproduction cliez Havard, op. cilc, III, col. 802. Une pho- 
tographie plus exacte se trouve à la Bibliothèque Maciet : (Bibl. du 
Musée des Arts Décoratifs) Cadres e! Miroirs, t. 341. 

2 Cf. H. Havard, op. cilé, t. III, col. 795. 



I 



201 

siècle sont ornés, coninie le miroir de Belleaii, de ces «che- 
vaux marins galoppans à houche ouverte ayans les piez dé- 
chiquetez et découpez menu comme les nageoires des pois- 
sons» et «la queue entortillée comme serpens», et l'on y voit 
même ce char dont les roues sont faites «de rames et d'avirons, 
assemblez pour fendre et couper la tourmente, et l'épaisseur 
des flots comme à coups de cizeau». 

Voilà, je pense, assez d'analogies pour ne pas douter 
que le miroir de Belleau ail existé réellement; le poète n'y 
a ajouté ({ue des enjolivements. 

(.es pages de la première Bergerie ont un double intérêt. 
D'ime part elles montrent l'art de Belleau dans son entier 
développement ; de l'autre, elles sont comme la manifestation 
littéraire de tout l'art décoratif de la Renaissance. 

Belleau s'y montre, en effet, infiniment exact dans l'obser- 
vation. Dans toute cette orgie d'ornementation, aucun détail 
ne lui échappe, quekpie insignifiant qu'il paraisse maintenant 
à nos yeux. Car Belleau est visiblement enchanté lorsqu'il 
découvre sur ce miroir somptueux un petit joyau ou une figure 
mythologique. Avec quel plaisir ne suit-il pas les plis sinueux 
des vagues et des flots, la (pieue de poisson de ces tritons et 
celte «infinité de ruisseaux») (jui «distilent» des «moustaches 
allongées et cordonnees» de Neptune! Qui aura vu des meubles 
de la Renaissance, sera frappé de la justesse et de la préci- 
sion avec lesquelles Belleau a saisi ressentiel de la décoration 
de cette époque. 

Aussi ne puis-je m'empêcher de voir en même temps 
dans ces pages l'expression heureuse de l'esprit de cet art 
décoratif. Le plaisir visible de Belleau à laisser errer ses 
regards dans ce labyrinthe dornemenls, à les arrêter sur tel 
détail minuscule ou sur telle pierre précieuse nous fait com- 
prendre que pour l'homme de la Renaissance il n'y avait 
rien d'inutile dans cette décoration touffue. Qu'on ouvre les 
ouvrages modernes sur ce style décoratif, et l'on remarquera 
la fatigue que le critique éprouve, de nos jours, devant cette 
fastueuse surabondance d'ornementation. «L'Olympe en grand 
complet, dit un historien de l'art décoratif, jusqu'aux moindres 
divinités, descendit sur les armoires; les divinités de second 
ordre, faunes, sirènes, dryades, satyres, sources, fiu'ent mis à 
contribution pour porter les fardeaux, se changèrent en pieds, 



202 

se roidirent en cariatides... Avec l'école de Bourgogne le 
goùl italien se fait encore plus toulVu, plus luxuriant, sous la 
magnillcence du travail. Jamais peut-être le bois n'a été plus 
tourmenté, plus refouillé, ne s"est prêté à une belle profusion 
d'arabesques, de cariatides, de chimères, de mascarons, d'attri- 
buts, de feuillages, de palmetles, de guirlandes, de grotesques. 
C'est un délire de décoration, auquel se prête complaisam- 
ment le noyer». (A. Alexandre). Ce qu'on dit ici du bois, on 
peut le répéter pour les autres matières. Aussi retrouvons- 
nous toutes ces divinités, tous ces feuillages et arabesques sur le 
miroir de Belleau et il faut lire les cinq pages que notre 
poète eut la patience d'écrire là-dessus, pour comprendre qu'on 
voyait et qu'on goûtait la barbe de Neptune, les pieds dé- 
chiquetés de ses chevaux, les feuilles d'acanthe, d'olivier, de 
vigne et de lierre, et les fruits minuscules en pierreries. 

Et à ce point de vue il importe peu que Belleau ait 
réellement vu ce miroir ou qu'il l'ait simplement imaginé. 
S'il l'a imaginé, ma thèse n'en est que plus solide: le regard 
sûr et affiné du poète sut tii'cr l'essentiel des œuvres d'art de 
la Renaissance afin de composer un chef-d'œuvre d'orfèvrerie 
qu'on voit jusque dans ses plus petits ornements. Belleau ra- 
ma.ssa sur ce miroir tout ce qu'il avait rêvé de beauté et de 
luxe décoratifs. 

Ce rêve trouva sa nourriture dans l'entourage luxueux 
du poète. Sans les magnificences du château de .loinville 
Belleau eût-il jamais écrit ses Pierres Précieuses"^ Il ne faut 
pas s'attendre, cependant, dans cet ouvrage à de fins trauvaux 
d'art décoratif comme le miroir de la Bergerie. Pour faire 
son «chef-dœuvre»), Belleau quitta l'art pour la .science dilfuse 
des lapidaires. On y relève néanmoins des descriptions char- 
mantes. Voici par exemple une coupe de cristal (11, 231): 

Crystal enté mignardement 
Sur un pié (jui fait justement 
La t)aze d'une colonnelle 
Où règne pour le chapiteau 
A lueillage un triple rouleau, 
Le seur appuy de la cuvette. 

Même sa traduction du Cantique des Cantiques fait prouve 
de son goût marqué pour l'orfèvrerie. «Nous te ferons des 



203 

atours d'or avec des boutons d'argent», écrit la Bible. Mais 
Belleau n'est pas satisfait de ces expressions vagues, il veut 
voir les bijoux (II, 302): 

Deux bracelets d'or taillez en Damasquine 
Une chaisne, un carquan, et de soye plus fine 
Un tissu marqueté de beaux gros boutons d'or 
Mis en œuvre d'espargne et des bagues encor. 

Les boutons d'or de l'Ecriture, passant par les mains de 
Belleau, prennent un superbe relief sur le lin tissu de soie, 
car il faut savoir que la taille d épargne consiste à ménager 
le relief des parties qui forment un dessin, en enlevant le 
fond \ 

Un motif de décoration souvent rencontré depuis la 
Renaissance^ et qui rappelle un usage de l'antiquité, le tro- 
phée, cet entassement d'armes, de cuirasses, de drapeaux, de 
carquois et d'autres objets semblables inspira à Belleau le 
magnifique tombeau qu'il imagina en l'honneur du Duc de 
Guise assassiné. Il y a certainement dans ce trophée des 
réminiscences de Ronsard^, mais celui-ci n'avait pas trouvé 
les détails pittoresques que Belleau imagina se rappelant les 
horribles visions de la guerre (I, 219): 

Sus, France, qu'on luy dresse un triomphe nouveau 
Maintenant qu'il est mort, et riche qu'on luy donne 
De bronze ou de porphyre, une grande colonne : 
Où pendront attachez, enfoncez et forcez, 
Cent et cent corcelets l'un sur l'autre entassez, 
Cent et cent morions tous comblez de leurs testes, 
A moustache tremblant, portant plumes et crestes 
Roussoj'antes de sang, cent brassars dont la main 
Mi-morte cerche prise, et se manie en vain . . . 

Avec son procédé de noter toujours le petit détail signi- 
ficatif, il réussit à évoquer avec une effroyable clarté l'image 
d'une tête tranchée dont la moustache tremble, d'un bras 
coupé dont le poing convulsé se serre comme pour saisir le 
néant. Au demeurant, ces vers de Belleau appartiennent aussi 
à ceux qu'inspira l'art décoratif de la Renaissance. 

* Havard, Dictionnaire de l'ameublement. 

2 Nous l'avons trouvé sur le miroir de Belleau. 

3 Cf. ci-dessus p. 174. 



201 

Bcllcnu. poète de cour, et ordonnateur de fêtes, devait 
aussi beaucoup étudier la pompe des costumes et leur teclini- 
(|ue dans le détail. Il ne tarit pas sur les habillements de 
ces trois jeunes fdles qui jouèrent sa mascarade: elles n'étaient 
pas nues «comme les ont peintes et gravées la plus part des 
anciens, mais vestues d'un habit de satin blanc à grande 
broderie de canelille d'argent, et argent trait, ceintes juste- 
ment sous renflcure souspirantc de leur telin, d'une ceinture 
large et bouclée sur le coslé» (I, 284) et ainsi de suite. Si l'on 
veut lire une description fidèle des mascarades à sujet mytho- 
logique, alors très à la mode, qu'on lise les pages où Belleau 
décrit sa propre mascarade, ou celles qu'il consacre à cette 
autre qu'on joua à Bar-le-Duc (I, 292). On comprend dès 
lors, pourquoi même les nymphes qui paraissent dans la Ber- 
gerie, portent «des cotillons Jaunes, verts, et écarlates tirant 
sur le violet . . . tissus en broderie de leurs chitTres et de- 
vises». Ce sont des nymphes de mascarade, vêtues comme 
ces dames qui figuraient dans l'impromptu de Belleau. 



Notre poète dont la vue s'était affinée à l'école d'Anacréon, 
de Théocrite et de Sannazar trouva, à Joinville, un grand 
stimulant dans le luxe de sou nouveau milieu. Son talent 
descriptif s'étala dès lors dans la Bergerie, sa création la plus 
vraie. Ses yeux admiraient le château, le sépulcre des Princes, 
les tapisseries, les tableaux, les bijoux et les costumes, s'ar- 
rêtant volontiers sur les plus petits détails. 

Les descriptions de Belleau ont l'avantage d'être infini- 
ment précises, mais aussi le défaut d'être un peu touffues. Or 
ce sont là les qualités et les défauts de l'art décoratif de la Re- 
naissance. Belleau est l'expression littéraire de cet art luxu- 
riant, et c'est ce qui fait la haute importance de sa poésie. 
Les rapports qu'on a désespéré de trouver entre la poésie et 
l'art du XVI^ siècle existent en réalité: il faut les chercher 
dans l'œuvre de Belleau. C'est lui qui découvrit qu'on peut 
filer des tapisseries, peindre des tableaux et monter des bijoux 
en prose et en vers. 

Or ne peut-on pas y voir comme le germe de certaines 
tendances modernes? N'est-ce pas là, outre la note philo- 
sophique résultat d'une longue évolution historique et litté- 



205 

rairc, — le rêve d\u\ Théophile Gaiilier on d'un Hcrctlia? 
El si Ton lioiive que ce nip])rochenîent esl trop risqué, qu'on 
veuille bien comparer le Vase de Heredia avec une coupe 
dont Belleau fil la description. On y trouve, il esl vrai, à la 
place des scènes mythologiques du vase de Heredia, des 
motifs purement décoratifs, mais Belleau ainsi que Heredia, 
termine sa description par la ligne gracieuse des deux anses, 
comme pour embrasser lous les petits détails dénoml)rés 
(I, 297): 

L'anse de ceste coupe est faite d'un lévrier 
Haulsé par le devant, que le gentil ouvrier 
A si bien labouré, que la teste arrengee 
Et mise entre ses pies, est si bien allongée, 
Qu'estant sur les ergots estendu de son long 
Il semble selTorcer à boire dans le fond 
De {juelque ruisselet à la source argentine.^ 

Et voici comment se termine le Va.se de Heredia : 

Enfin, en forme d'anse arrondissant leurs flancs 

Et posant aux deux bords leurs seins fermes et blancs, 

Dans le vase sans fond s'abreuvent des Chimères. 

Heredia surpasse infiniment l'auteur de la Bergerie pour 
la concision du style mais je ne sais si ce n'est pas la ligne 
de Belleau qui est la plus gracieuse, la plus artistique. Et 
cette recontre des deux poètes ne s'explique que par leurs 
efforts analogues de monter des bijoux, de peindre des tableaux, 
tle ciseler des vases dans leurs poésies. 11 y a tel sonnet de 
Belleau (H, 102), M. Vianey l'a signalé avant moi-, qui est 
écrit pour un geste pittoresque. Or ce geste rappelle le 
Laboureur de Heredia et les ex-voto de l'Anthologie : 

Donques suyvant ta grâce, humble et devotieux, 
Je te donne maistresse, et ma vie et mes j'eux. 
Imitant le Pasteur qui porte une couronne 

* Sannazar décrit aussi un vase orné de peintures de Mantegna, 
sur lequel un serpent qui «avec la bouche ouverte venant à trouver 
le bord d'icelluy formoit une anse merveilleusement belle et estrange 
pour le tour» (Trad. J. Martin, p. 86). Néanmoins ici oii ne saurait par- 
er d'imitation de la part de Belleau, car on verra plus loin (p. 211) que 
le vase de notre poète était l'ouvrage bien réel d'un artiste dont le nom 
même nous est révélé par Belleau. 

* J. Vianey, Le Pélrarquismc en France 1909 ; p. 219. 



206 

Pour mettre au front des dieux, haut en marbre eslevés : 
Mais se trouvant petit, la met devant leurs piez, 
Excusant son défaut dune volonté bonne. 

Loin de moi la pensée de considérer Bclleau comme 
un précurseur, ou de chercher son influence chez les poètes 
modernes. Ils suivaient le même chemin, ils devaient arriver 
au même point. Seulement, Bclleau vivait à une époque où 
Timilation. le lyrisme et l'érudition étaient les mots d'ordre, 
et ces mots d'ordre entravaient l'essor de son talent. 



CHAPITRE III 
BELLEAU ET LA NATURE 

Belleau observateur de la vie chunipèlre. Prédilection pour le petit 
détail. Culte du mot j)roprc. Étude des termes techniques. Le tourneur 
Bourjard. 

Nous avons vu lîellcau anialcur enthousiaste d'œuvres 
d'art, d'archileclure, de sculpture, de tapisserie et d'orfèvrerie. 
Mais la nature elle-même n'avait-elle aucun attrait pour lui? 
N'avail-il d'yeux que pour les sépulcres et pour les miroirs? 

J'ai montré déjà que ses tableau.^ des trois saisons sont 
imilés de Daphnis et Chloé, mais qu'au lieu de transcrire 
trait pour trait son modèle, il l'a enrichi de brillantes pein- 
tures qu'il trouva dans ses propres souvenirs. Le moissonneur 
courbé, le glaneur ramassant les épis qui échappent des luains 
suantes du lieur, le paysan qui aiguise sa fourche nouailleuse 
à trois pointes, et celui qui dresse de «superbes lueulons», il 
les vit tous lui-iuéme et retint leur gestes. Il observa de 
même les vendangeurs dans les vignes de Joinville, et nota 
soigneusement leurs travaux. Tout est précis dans son tableau : 
un homme, en trois tours de foret, ouvre le flanc du tonneau 
pour faire adoisiller» le vin qui tombe en pétillant dans la 
(dasse» ; un vendangeur, sur une pierre, aiguise le «petit bec 
crochu» de sa serpette émoussêe, d'autres raclent les parois 
des tonneaux «émaillés» de tartre et couverts de mousse, les 
resserrent avec un cerceau de peuplier et frappent les bon- 
dons à coups de maillet. Il nota même l'usage d'annoncer la 
mère-goutte, c'est-à-dire les premières gouttes de vin qui cou- 
lent du pressoir. Or ceux qui crient la mère-goutte à tue-tête, 
marchent en titubant, grisés — trait d'observation juste et 
fin, — rien que par les fumées des vins doux. Enfin, dans 



20S 

VHiucr, HoUcaii point des nrl)rcs (|ni scmblciil niorls et des 
nionlMgnes (|iii j)()iienl «la blanclie toison » de neige, niais il 
ne nian{|ue pas de donner des détails j)lus j)réeis (II, 80): 

On ne voyoit sinon les rives descouvertes 
Des niiiresls paresseux, et les bordures vertes 
Des fontaines d'eau vive, et des coulans ruisseaux, 
Dedans les chcsnes creux se mussoyent les oyseaux 
Le ])ic dedans la plume, cl la lamine dure 
Seule les liroit hors pour chercher leur pasture. 
Les lingots distilez en pointes de glaçons 
Pendoyent aux bords des toits, longlcc et les frissons, 
Mesme devant le feu. de la troupe tremblante 
Tenoyent les doigts jarcez de froidure mordante. 

Tous ees tableaux respirent la vie et dépassent en pré- 
cision les paysages esquissés à trop grands traits du roman grec. 
On a remarqué .sans doute dans ces descriptions une 
certaine prédilection pour le petit détail qui, tout en précisant 
avec une netteté parfaite s'accorde si bien avec la mignardise 
du poète. Les traits du dessin de Belleau sont toujours précis, 
souvent cbarmants, mais quelquefois un peu mièvres. On ne 
peut imaginer rien de plus exact et de plus mignard, en même 
temp.s, que la description de celte vigne qu'il voyait du liaut 
de la terrasse du cliâteau : «La vigne commençoil à ébourrer 
le colon délicat de son bourgeon, allongeant entre ses fueilles 
tendrettes deux petites manottes, tortillées et recourbées comme 

{ deus petites cornes de Lymaçon. En quelques lieux se voyoit 
le pampre verdi.ssant qui commençoit à desveloper ses fueilles 
targettes découpées, un peu jaunissantes sur les bords, et em- 
perlees de rosée comme de petit duvet, qui les rendoil ar- 
gentées quand le soleil rayonnoit sur ce coustau» (I, 200). 
Peut-on être plus délicat et plus précis? Belleau est un poète 
pour qui le monde existe, mais c'est surtout le monde des 

•>Ci gouttes de rosée, des vrilles et des feuilles de vigne lobées 
qui jaunissent sur les bords. Le papillon enchante le poète 
par la grâce de ses mouvements, par son petit mufle «élé- 
phanliny (I, 7)0), par son (fcor.selety délicat et par les ner- 
vures de ses «ailereltes» (II, 4')9). Ailleurs il décrit un serin 
apprivoisé qui porte «les miettes de pain broyées et froissées 
entre les doigs mignards de l'une de ces niles» à ses petits 
(fpepians et ouvrans le bec marqueté, et frangé d'une trace 



209 

jaunissante sur les bords, comme d'un petit ourlet de satin 
jaune, ou d'un petit passement peint de saffrau)) (I, 247). On 
ne saurait être plus précis, mais en même temps plus «gentil)). 
Belleau vit la nature à travers ses modèles littéraires, 
Anacréon et Théocrite, et surtout à travers l'art décoratif de 
son époque, qui abhorrait les grandes lignes. Les brebis d'une 
tapisserie, «à floccons houpelus, frizez et pendans jusques en 
terre . . . ondoyans qu'on eust jugé avoir esté pignez et tressez 
de la main de quelque gentille bergère )), les escargots, sculptés 
sur une coupe de bois, montrant «le refTait et le defîait de 
leur corne craintive» sont du même style que le miroir dont 
on a admiré la décoration touffue. L'art décoratif de la Re- 
naissance n'aime pas les lignes droites ; il les cache sous une 
profusion d'arabesques et de lignes contournées. De là chez 
Belleau cette prédilection pour les courbes et les spirales^ 
pour les «manottes)) tortues de la vigne, et pour le mufle 
«éléphantin» du papillon. Il note le dos courbé des moisson- 
neurs, le dos penché des vendangeurs et même Jupiter pétrit, 
«en recourbant le dos)), la Junon de nuage qui sendra à 
tenter Ixion. La courbe est plus plaisante que la ligne droite 
et d'ailleurs, le sens du grandiose, du grand art fit toujours 
défaut à Belleau; il admirait Homère et l'imitait de temps à 
autre, mais il n'en retint que quelques comparaisons. Ses 
poèmes à grand sujet, son Prométhée et son Ixion, sont des 
morceaux de rhétorique sans portée poétique : il ne put y 
mettre la grâce de ses dessins et de ses couleurs. Belleau 
avait vu Rome et l'Italie et avait passé auprès de leurs beautés 
sans en être touché comme Du Bellay. Il vit juste bien cer- 
tainement, mais il était myope si je puis m'exprimer ainsi. 
Il observa la nature avec les yeux d'un orfèvre ou d'un gra- 
veur, et n'y vit qu'un aii minutieux, cet art dont le chef- 
d'œuvre est le miroir de la Bergerie. Et voilà un trait de plus 
qui le rapproche des Théophile Gautier et des Heredia qui, 
eux aussi, estimaient moins la nature que l'art, surtout l'art 
décoratif. 

Il 3'^ a encore un point sur lequel Belleau s'accorde avec 
ces poètes modernes si peintres et si orfèvres : c'est le culte 
du mot propre. Je ne connais pas de style plus rempli de 
précisions par exemple, que celui de VEté: 

Eckhardt : Remv Belleau. 14 



/ 



210 

L'autre de franc ozier tortille des liens 
Pour fagoter le poil, qu il couppe et cju il râtelle 
Es près tonduz de frais, un autre lanioncelle 
En pointes le dressant de superbes meulons, 
Le joiiet quelquefois des venteux tourbillons. 

Ou bien lisez cette descriplioii du pressoir (Vendangeurs) . 

Les uns buvoient aux bords de la fumante gueule 
Des cuves au grand ventre, autres tournoyent la meule 
Faisant craquer le grain et pleurer le raisin, 
Puis sous larbre avallé un grand torrent de vin 
Rouloit dedans la met*, et dune force estrange 
Faisoyent geindre le bois, et pleuvoir la vendange. 

Chaque mot est à sa place, point de verbes oiseux ni 
d'épilhètes inutiles. On apprend qu'on calfeutre les bondons 
avec un fîl empoissé, qu'on doisille le lonneau avec un faucet 
et qu'on trempe les tinettes et les hottes dans les ruisseaux. 
Belleau parait avoir étudié le lexique des termes des métiers 
pour l'exactitude de ses descriptions. Ainsi, le Pescheur doit 
beaucoup aux Piscaloria de Sannazai", sauf les termes tech- 
niques qui abondent dans Belleau (II, .ri): 

Je ferois maintenant de grands nasses desclisse 
Et de saule et dosier, et de jonc qui se plisse, 
J'en feroy lembouchcure estroite et longue, à fin 
D'y trouver le turbot prisonnier au matin : 
De long poil de cheval je ferois de la tresse. 
Où pendroient attachez la ligne tromperesse. 
Et le fer amorcé de trois cens ameçons, 
Pour desrober les nuicts, et tromper les poissons : 
Je lacerois des rets, attachant au cordage 
De ce bois c|ui dans Icau légèrement surnage. 
Et puis poUi' 1 affondrer jusques dans le sablon 
Du plus creux de la mer, jy lacerois du pion: 
Jaurois tousjours chez raoy mille ruses gentiles. 
Mille sortes dappas, mille façons subtiles 
Pour faire des engins, des bâches, du vervain, 
A fin de nestre oisif et de chasser la fain. 

Belleau s'en f retint sans doute souvent avec ce pêcheur 
des bords de la Marne qu'il décrit dans sa /ierr/ene ; «appuyé 
contre un saule creux», ce taquineur de poisson épie de l'œil 

* met = mait. fond de la cuve. 



211 

«le tremblement lej^er du liège de sa ligne déliée, amorcée 
d'un moucheron, pour tromper l'innocence du poisson afiamé, 
surpendu aux languettes de l'hameçon* (II, 52). 

Notre poète aime aussi les énumérations qui attestent sa 
curiosité pour les termes techniques, et en même temps, la 
richesse remarquable de son vocabulaire. Il flânait souvent 
dans Joinville, et regardait attentivement les étalages des mar- 
chands. «Geste ville est riche de toutes les commoditez que 
les bergers, chevriers, bouviers, laboureurs pourroycnt souhait- 
ter, fust pour trouver panetières ouvrées et taillées au poinçon 
avec leurs écharpcs, colliers hérissez de clous pour les mas- 
tins, houlettes tournées, polies, et bien ferrées, fust de pince, 
fust de crochet, musettes au ventre de cerf à grand bourdon, 
eml)ouchees de cornes de daim, ou de laton, fleutes, flageo- 
lets de canne de sureau, d'escorce de peuplier, cages d'ozier 
et de ronces escarrees et pertuisees avec une brochette rougie 
au feu, et éclissees de petits barreaux de troinelle pelée, 
garnies de cocasses de Limas pour servir d'abreuvoir et 
daugettes pour les oiseaux, couples de crein de cheval, son- 
nettes, jects, longes, vervelles*, petites prisons de joncs mol- 
lets pour enfermer des sauterelles, ceintures, rubans, brace- 
lets, vans, tleaux, eclisses, ouïes-, bartes^, terrines, tirouërs, 
et toutes sortes de vaisseaux propres à la bergerie, vacherie 
et labourage.) (I, 303). 

Cette ivresse de mots, analogue- aux dénombrements 
bouffons de Rabelais, montre que Belleau observait son en- 
tourage les yeux ouverts. Il connaît très bien les termes 
techniques militaires et marins; il manie admirablement le 
lexique de la sculpture et de l'orfèvrerie. 

On peut même établir le nom d'un artisan qui commu- 
niquait à Belleau les secrets de son art et que le poète allait 
souvent voir dans son atelier. C'était, — chose curieuse, — un 
tourneur qui s'appelait Hougard et qui était originaire de 

* Termes de fauconnerie : jel, petite entrave qu'on met aux pieds 
de l'oiseau ; longe, lanière avec laquelle on l'attache ; uervelle, anneau 
fixé aux courroies qui retient les faucons par les pattes ; liroir, objet 
propre à attirer l'oiseau pour le prendre au poing. 

2 ouïe, marmite (lat. olla). 

3 barle, sorte de tasse de bois. Du Gange cite un passage où ce 
sens est évident, malgré la traduction différente du lexicographe. 

14* 



X 



212 

Nogent-le-Rotrou. C'est Bellcau lui-même qui le nomme dans 
ses poésies; le poète était encore à Paris (15G0), lorsqu'il mit 
ces vers dans la bouche de Toinet (Baïf): 

J'ai du gentil Bougar une coupe taillée 
Dun fresne bien choisi, cil qui me l'a baillée 
Lavoit receue eu pris, pour avoir quelquefois 
Vaincu de son flageol un berger dans ces bois *. 

Suit la description minutieuse de la coupe; elle se ter- 
mine, dans rédilion de lôOO, par les vers que voici (I, 297 
et 350): 

Or voyla le thresor de ma pauvre cassine, 
Elle est encor pucelle. et sent encor du bois 
La nouvelle fraischcur, et les artistes dois 
De ce gentil Bougard, qui tailla l'engravure 
Et ce vase embelli de si juste embouchure. 

Il y a ici une contradiction évidente. Au début de la 
description Bougard aurait gagné la coupe dans un concours 
pastoral, à la fin c'est lui-même qui l'aurait taillée avec ses 
(^artistes doigts». Belleau fit disparaître celte contradiction dès 
1572, en supprimant le nom de Bougard à la fin de la descrip- 
tion et en le remplaçant par le mot ouvrier. Il est clair qu'en 
1572, il sacrifia la vérité au masque pastoral car qui croira 
à un concours de bergers au temps de Belleau? Je ne pense 
pas que Bougard fût iln berger imaginaire ; ce nom n'est pas 
assez général pour cela. Janol, Michaud, voilà des noms 
convenables; mais Bougard ne convient pas, je crois. 

D'ailleurs, nous sommes à même de serrer la vérité de 
plus près autour de ce personnage. On trouve dans la Ber- 
gerie la description d'un bâlon, véritable chef-d'œuvre d'ingé- 
niosité technique qui réunit les qualités d'un cadran solaire, 
d'une boussole, d'une boîte à dessin, et qui sert à mesurer 
l'aune de Paris, de Lyon, de Provins et même la distance 
des étoiles. Ce merveilleux i)âlon contient, en plus, un «engin 
hydraulique pour puiser l'eau subtilement du bas en haut». 
Que veut-on de plus? On peut l'employer même, — y aurait- 
on pensé? — comme un simple bâton de voyage «bien ferré 
par le bout d'embas» (I, 304). Or, ce bâton extraordinaire qui 

« ChanI pasiora! sur lu morl de I. Du Bellay, M.-L. I, 296. 



213 

rappelle ces machines merveilleuses, objets d'admiration pour 
un public aussi curieux que naïf: armoires à tiroirs secrets, 
horloi^es au coq chanlanl et au sfjueletle sortant de sa niche, 
fut inventé et exécuté d'après la Bergerie de 15G5, par un 
artisan venu de la «riue d'Vvigne» et qui a nom Bougard*. 
Vvigne n'est qu'une variante orthographique de l'Huisne, petit 
fleuve qui traverse le Perche, pays de Hemy Belleau^. 
Certes, Belleau pensait ici à Caritheo, bouvier de VArcadia 
«venu naguieres tle la fertile Espaigne*» qui apporte une hou- 
letle de myrte, la traditionnelle houlette des églogues. Mais ce 
n'est qu'une analogie de forme ; les données de Belleau sont 
très précises dans le fond. Nui doute que ce Bougard ne soit 
identique avec le tourneur du vase de bois. Belleau retrouva 
à Joinville ce brave artisan de son pays, dont il avait fait la 
connaissance pendant son séjour à Paris. Il le vit, écrit-il, 
«qui manioit le tour si proprement que les petis vases qui se 
dcroboient de ses dois estoient si délicatement tournez et 
polis que les pressant doucement de la lèvre ils se ployoyent 
et obeissoyent comme le plus fin papier qui se trouve, en- 
cores qu'ils fussent de buis, de corneiller, d'ivoire, de corne 
de bufle, d'ebene, ou d'autre bois. Ce berger estoit si parfait 
en son art qu'il tournoit les mouleures des chapiteaux de 
colonnettes en quarré, en triangle, en ovale, et en toutes 
figuresj) (I, 304). On voit le poète dans l'atelier de maître 
Bougard et penché sur son établi ; on le voit qui admire le 
bois s'amincissant sous la lame et ces colonnettes d'ivoire 
s'arrondissant sous la pointe de l'habile tourneur. Car ce 
Bougard n'était pas un gâcheur quelconque: il faisait, comme 
dit Belleau, du tour en ovale, et cela passait pour un art si 
merveilleux que le titre du tourneur en ovale était recherché 
par les artisans les plus habiles de la profession'*. En géné- 
ral, le métier de tourneur eut une véritable renaissance au 

* Bergerie 1565, pp. 109 et 119. Dès 1 édition de 1572 fauteur sup- 
prima ces détails quil trouva peut-être trop précis. 

2 La forme Hvinnc, Hoirie est généralement adoptée au XVfe siècle. 
Cf. M.-L. II, 489. n. 111 et Gilles Bry, op. cité p. 374. La graphie -ign'e 
pour -z/ie est répandue à cette époque, car la mouillé se réduit souvent 
à n. J. Courtin de Cissé écrit Huigne (Gouverneur III, 379). 

3 Trad. Jean Martin f. 9. 

* H. Havard, Diclionnaire de V ameublement et de la décoration. 



214 

XVl^ siècle, époque de roriiement riche et du luxe efTrénc. 
Les princes payaient dignement les maîtres du tour et peut- 
être est-ce sur la recommandation du poète qu'Antoinette de 
Bourbon invita Bougard à s'établir à Joinville, car je ne sau- 
rais considérer comme un hasard cette rencontre à Joinville 
des deux Nogcntais. 

Dès lors, je crois pouvoir supposer que même la coupe 
dont il a été question ci-dessus fut un objet que Belleau vit 
réellement dans iatelier de Bougard à Paris. Cinq ans après, 
celui-ci façonne encore des vases de bois minces comme le 
papier. Au reste, il n'y a rien sur celte coupe qui rappelle le 
prix conventionnel des concours idylliques. Point de scènes 
di'amatiques, de nymphes en fuite, de petits Amours, mais 
rien que des ornements. La description commence même par 
des indications purement techniques (I, 296) : 

Elle est faille au grand tour, obliquement creusée, 
Cernant un double rond, en ovale eslendu." 

Le tour en ovale, l'invention de Léonard de Vinci, re- 
paraît ici comme un éloge de l'exécution technique. On se 
rappelle d'ailleurs que Belleau nous a dit autre part encore 
que Bougard travaillait en ovale. Quant au détail de l'exécu- 
tion, cette coupe présente aussi ce décor touffu de fruits, de 
fleurs et de feuilles, fourmillant de petits animaux, tout ce 
luxe d'ornements que nous avons trouvé sur le miroir italien. 
La coupe de Bougard me semble donc un ouvrage bien réel et 
dans les vers de Belleau il n'y a d'imaginaire que le conven- 
tionnel milieu pastoral où cette coupe est présentée. Elle est 
aussi réelle que ce bâton mirifique que le poète reçut de 
l'habile artisan. Il serait à désirer que de nouvelles re- 
cherches jettent un peu plus de lumière sur la sympathique 
figure de ce tourneur que ses rapports avec un poète de la 
Pléiade et peut-être même avec un autre (Baïf-Toinet) rendent 
si intéressant^. Le fait est que Belleau fréquentait, comme 

* Jai vu trop lard le livre de M. de Pimodan, (La mère des Guises 
p. 442) pour chercher dans les Archives Nationales ces nombreuses listes 
d'habitants de Joinville entre 1568 et 1590, (Arch. Nat., P. 2314, 2319, 
2322, 232G, 2330, 2331) dans lesquelles on pourrait peut-être rencontrer 
le nom de Bougard. Gilles Bry (Hisloire des pays el comté du Perche et 
duché d'Alençon, Paris 1620, p. 375) nomme parmi les personnages il- 



215 



l'exigeait le programme de la Pléiade, non seulement les sa- 
vants, mais encore «toutes sortes d Ouvriers et gens Méca- 
niques, comme Mariniers, Fondeurs, Peintres, Engraveurs et 
autres)^ savait «leurs inventions, les noms des matières, des 
outilz, et les termes usilez en leurs Ars, et Métiers» et qu'il 
tira de cette élude moins de «belles comparaisons» que plu- 
tôt de «vives descriptions de toutes choses*». 

Si ce fut précisément à un tourneur qu'il s'attacha de 
préférence cela témoigne une fois de plus de son goût pour 
les petits détails et pour le fini du dessin. Dans l'atelier du 
tourneur il eut l'occasion de voir s'animer le bois et l'ivoire, 
et devenir tout un petit monde de feuilles de lierre, de glands, 
d'escargots. Peut-être même parla-t-il à Bougard des reliefs 
admirables de la coupe de Théocrite et fit-il prendi'e âme 
aux vers de Virgile si plastiques et si mélodieux: 

Lenta quibus torno facili superaddita vitis 
Diffusos hedera vestit patiente corymbos. 

lustres du Perche un «Jean Bougard grand Mathématicien et Architecte • 
se voyent des premières œuvres de Ronsard dédiées à luy». Mais comme 
on ne peut relever aucune trace de Bougard dans les œuvres de Ron- 
sard, il faut supposer que G. Bry a confondu le Bougard de Belleau 
avec Jean Martin, poète et architecte auquel Ronsard dédia en effet une 
ode pindarique. 

1 Deffence et illuslralion de la langue française, 1. II, chap. 11. 



CONCLUSION 



Belleau est une très forte personnalité littéraire. Après 
avoir étudié Théocrite, Anacréon et surtout l'art décoratif de 
son époque, il s'était mis à peindre des tableaux où domine 
k? petit trait frappant et suggestif: l'expression évoquant un 
geste, une ligne ou un relief très précis. Il fut, en somme, un 
excellent peintre réaliste; il eut le culte du mot propre, il 
étudia certains métiers même pour être exact dans ses descrip- 
tions. Toutes ces qualités le font différer de Ronsard qui 
.malgré ses paysages charmants, reste toujours essentiellement 
lyrique. D'autre part, Belleau manque d'originalité dès qu'il 
quitte ses descriptions : l'admiration qu'il avait pour son grand 
ami Ronsard ne modifia que trop souvent son goût souple et 
très peu résistant, et lui fit prendre le style du maître, mais 
principalement sa mignardise. Belleau, dans le genre lyrique, 
est une médiocrité. En outre, il ne vit pas clairement les 
limites de son talent: il avait bien commencé par le blason- 
hymne où il avait cru trouver le genre convenant à ses facultés 
poétiques, mais ce genre laissant le champ ouvert à la disser- 
tation et à un vain étalage d'érudition, aboutit finalement aux 
Pierres Précieuses qui, en dépit des efforts du poète, n'ont 
guère une valeur poétique beaucoup plus considérable que les 
lapidaires du moyen-âge. Belleau ne réussit que trop à deve- 
nir r «Orphée» de son pays. 

C'est dans la Bergerie que Belleau avait donné la mesure 
de son talent. Cette œuvre, considérée par l'auteur comme 
un impromptu, contient à côté de nombreux pastiches ba- 
nals, des pages qui respirent la vie réelle et qui expriment 
1 étonnement naïf du poète devant son entourage somptueux. 
C'est le luxe princier de Joinville qui avait fini par dévelop- 
per les facultés d'observation de Belleau. 



217 

Et si l'on trouve que j'exagère l'importance des descrip- 
tions du poète, on n'a qu'à lire ses contemporains. En effet, 
ceux-ci ne manquèrent pas de reconnaître qu'ils avaient 
affaire à un talent fort original et se plurent à le dire bien 
haut. Ronsard appela Belleau «le peintre de nature*)); Baïf 
qui était son ami intime et qui devait bien connaître ses 
intentions, résume aussi avec beaucoup de justesse les carac- 
tères de sa poésie : 

Belleau gentil, qui desquise peinture 
Soigneusement imites la nature . . . ^ 

Baïf est même encore plus clair en un autre endroit: 

Au Toê, Ici ouvrier peins le vrê, jantil Béleau, 
Nature cliêrchant kontrefêr' an son naïf...-"* 

Il faut ajouter à ces critiques la fine observation de 
Scévole de Sainte-Marthe : «Certes, écrit-il dans son Eloge, 
quand il estoit question d'exprimer naïfvement les choses, 
ses beaux vers bucoliques le faisaient avec tant d'adresse et 
tant de grâce, qu'il sembloit estre une vivante peinture des 
choses, ou plustost les choses mesmes*». 

Les amis de Belleau reconnurent donc l'importance de 
sa poésie, goûtèrent la justesse de ses dessins et apprécièrent 
ses elforts pour copier la nature avec la plus grande exac- 
titude qu'il pouvait. Ses contemporains savaient même qu'il 
étudiait les métiers rien que pour ajouter à ses descriptions les 
mots propres et les détails précis. C'est à cela que fait allusion, 
sans doute, ce sonnet d'Amadis Jamyn adressé à Belleau^: 

Le peintre est le mieux né, qui plus naifvement 
Sçait imiter l'objet des formes naturelles. 
Et les faisant revivre en ses couleurs nouvelles, 
En tire les beaux traits plus quautre nettement. 

* Laumonier, Vie de Ronsard de Cl. Binet, p. 43. 

2 M.-L. I, 9. Cité par Laumonier, Vie de Ronsard p. 211. 

3 Etrénes de poézie fransoêze au vers mezurés : Aus poètes fransoês 
(M.-L. V, 324). Cf. aussi Vauquelin de la Fresnaie, ci-dessus p. 118. 

'* Traduction un peu libre de Colletet. Voici le texte original: 
ftQui oranino siquid versibus effingendum susciperes, praesentim in 
Bucolicis, rem ipsam pingere et oculis subjicere videbaris». 

^ Bergerie de 1572. (Gouverneur II). 



218 

Le Poète est plus divin, qui plus divinement 
Représente à Icsprit toutes choses mortelles, 
Les mystères du ciel et les sciences belles. 
Comme on voit en ces vers bastis si doctement. 

Venus lut si bien peinte en un tableau dApelle, 
Qu'il sembloit (}uil eust veu le corps de l'immortelle : 
Et le divin Bellcau en sa docte peinture 

Dépeint si bien Neptune, Venus, Diane, Mars, 
Qu'il semble avoir cogneii ensemble lous les aiis. 
Tous les mesliers du monde et secrets de nature. 

Belleau n'était pas, on le voit, un poète d'ordre inférieur 
que Ronsard, dans un élan d'amitié, imposa au public; 
il n'avait pas bien certainement le talent si fécond de 
ses amis de la Pléiade, cependant il écrivit des pages qui 
sont d'un travail conscient et soigné. Parmi lous ces poètes 
lyriques il fut le parnassien par son culte des arts déco- 
ratifs, dont il fut comme l'expression littéraire, et des termes 
techniques, de même que par le fini et le réalisme de ses 
tableaux. 

Il eut non seulement des admirateurs, mais encore des 
imitateurs : Jean de la Jessée. poète originaire de Gascogne, 
à qui Belleau avait envoyé son May \ fit à son tour un May 
où l'on retrouve la forme, l'allure et même des expressions 
et des rimes de VAuril et sur la fin, la conclusion textuelle 
de la Description du printemps (II. 10) de Belleau: 

Bref ore que tout nous rit 

Tout fleurit. 
Fors toy, misérable France ! ^ 

Les sonnets, notamment les sonnets-baisers de Belleau 
trouvèrent aussi un très fidèle imitateur en Jacques Courtin 
de Cissé, écrivain percheron, ami et grand admirateur de 
notre poète qui fit même, d'après La Croix du Maine (II, 351), 
une Bergerie où il cherchait à imiter le chef-d'œuvre de Bel- 



* Gouverneur II. 

2 Les premières œuvres de Jean de la Jessée, Secrétaire de la Chambre 
de Monseigneur, Anvers, Christ. Plantin 1583, 2 vol. 



219 

leau ^ D'autre pari, son Dictamen metrificum fui imité par 
l'auteur du poème macaroiiique intitulé Cagasanga Reistro- 
suyssolansqnettorum (1588), qui se cacha sous le nom de 
J.-B. Lichiard et qu'on a identifié d'abord avec Tabourot, 
puis récemment avec un certain Jean Hichard. Ce pastiche 
du Dictamen, fait sans le goût et sans la verve de Belleau, pro- 
voqua même une réplique dans le camp huguenot-. 

Le discrédit où Ronsard tomba au XVII*^ siècle ternit 
aussi la renommée de Belleau. C'est précisément son culte 
du mot propre qui le desservit auprès de Malherbe. Les vers 
que Régnier (Satire IX) met dans la bouche des ennemis de 
la Pléiade sont fort instructifs à ce sujet: 

Ronsard en son métier n'estoit qu'un aprentif. 

Il avoit le cerveau fantastique et rétif 

Desportes n'est pas net, du Bellay trop facille, 

Belleau ne parle pas comme on parle à la ville. 

Il a des mots tiargneux, bouffis et relevez, 

Qui du peuple aujourd'huy ne sont pas approuvez ^ 

Or, Malherbe triomphe et Belleau est oublié ; c'est à 
peine si La Lande le cite quelquefois dans son Anti-Roman ; 
encore se moquc-t-il lui aussi, de la composition décousue de 
de la Bergerie'^. Désormais on ne lit que le Dictamen et on 
ne parle guère que de Y Anacréon, mais seulement pour répri- 
mander le style vieillot de sa traduction. Lorsque Sainte- 
Beuve découvrit aux poètes romantiques les beautés oubliées 
de la Pléiade, il déterra aussi V Anacréon et V Avril de Belleau 
qu'il rendit ainsi fort populaires, mais il n'eut pas le cou- 
rage de lire la Bergerie, les maladresses de la composition 
et les nombreux pastiches l'effrayaient probablement. Cet 
ouvrage, le chef-d'œuvre de Belleau, continua à vivre dans 
l'obscurité jusqu'à l'édition que Gouverneur publia des œuvres 

* Les œuvres poeliqiies de Jacques Courlin de Cissé Genlil-homme 
Percheron, Paris, Gilles Beys 1581. Le grand nombre des sonnets de 
Jacques Courtin imités de Belleau me dispense de donner ici des ren- 
vois exacts. 

- Cf. Schneegans, Geschichte der groteskcn Satire, p. 344, qui renvoie 
à O. Delapierre, Macaroneana (Philobiblon Society Miscellanies VII). 

3 Édition Lemerre. 

.* Anti-Roman II, 955. 



220 

complètes du poète. C'est alors seulement que Gaston Paris, 
faisant un bref compte-rendu de cette nouvelle édition, re- 
leva la beauté des descriptions de Belleau. Tout de même, je 
ne crois pas qu'on lui ait accordé tout l'intérêt qu'il mérite 
par l'originalité incontestable de son talent, et je serais fort 
content si j'avais réussi à montrer seulement ce que ses con- 
temporains apprécièrent dans cette œuvre qui contient des 
pages si neuves et si bien tournées. 



BIBLIOGRAPHIE 



I. Liste chronologique des œuvres de Belleau^ 

1553. - Ode et sonnet liminaire dans les Cantiques du premier aduene- 
menl de Jesu-ChrisI du Conte dAlsinois (Nicolas Denisot). 

1553. — Sonnet liminaire en tête des Amours dOlivier de Magny (Re- 

cueilli p. Blanchemain, Œuvres de Magny, Turin 1869 — 70 ; p. 
Tricotel, Bull, du Bibliophile 1873 et p. Van Bever cf. ci-après). 

1554. — Distiques liminaires inédits en tête du A7 livre d'Amadis de 

Gaule p. Jacques Gohory, Paris, Longis [Bibl. Nat.]. 

1554. — Le Papillon dans le Bocage de Ronsard [Bibl. Nat., Rés. p Ye 124]. 
1555. — L'Heure, La Cerise et LESC ARGOT dans la Continuation des 

Amours de Ronsard [Bibl. Nat., Rés. Ye 4758]. 

1555. — Traduction inédite de quelques citations de Martial, d'Ovide et 

de Parménide dans la Dialectique de Ramus. 

1556. — Les Odes dWnacreon Teien, traduites de Grec en François . . . en- 

semble quelques petites hymnes de son invention, Paris, Wechel. 

1558. — Ode présentée à monseigneur le Duc de Gmjse à son retour de 

Calais, Paris, Wechel. 

1559. — Epithalamc sur le mariage de Monseigneur le Duc de Lorraine et 

de Madame Claude fille du Roy, Paris, Wechel. 
1559. — Chant Pastoral de la Paix, Paris, Wechel. 

* Jai indiqué partout les cotes des bibliothèques, en pensant sur- 
tout au lecteur hongrois ; jai omis les cotes de quelques travaux, pour 
la plupart modernes, que j'ai consultés à la Bibliothèque Nationale. 
Abréviations : Egyet. = Bibliothèque de IDniversité de Budapest (Buda- 
pesti m. kir. tudomânyegyetcm kôn3'vtâra) ; Muz. = Bibliothèque du 
Musée national hongrois (Magyar Nemzeti Muzeum kônyvtâra) à Buda- 
pest ; Râday = Bibliothèque de l'Académie de théologie réformée, à Bu- 
dapest (Ràday-kônyvtâr) ; Arad =: Bibliothèque du Musée d'Arad (Kôz- 
mûvelôdési Intczet) ; Univ. = Bibliothèque de IDniversité de Vienne 
(Univer.sitâtsbibliothek) ; lloflx = Bibliothèque de la Cour Impériale et 
Royale, à Vienne (K. k. Hofbibliothek) ; Bibl. Nat. = Bibliothèque Na- 
tionale ; Bibl. Ars. = Bibliothèque de l'Arsenal. 

2 Sauf indication contraire on trouve ces pièces dans les deux 
éditions modernes des œuvres de Belleau. 



222 

1559. Soniicl liminaire en tète des Snncls de Charles d'Espiiuuj breton, 
Paris, Barbé. 

1560. — Sixain dans Epiluphiiim iii morlcni Ilerriei, Gallornin régis . . . se- 

cuiuli, per Caroluin Ulcnhoviiim, el alios . . . Paris, R. Estienne. 
1560. — Sonnet liminaire dans L'Oliinpe de Jacques Grevin, Paris, R. 

Estienne. 
1560. — Chant pastoral sur la mort de loachim du Bellaij Angevin, Paris, 

R. Estienne. 
1560. — Ode en tête Des recherches de la France de Pasquier. 
1560. — Commentaire encore inédit du Second Livre des Amours de P. 

de Ronsard (Préface du 30 août 1560) ^ [Bibl. Nat., Rés. p. Ye 217]. 
1561. — [anonyme] L'Innocence Prisonnière, L'Innocence Triomphante, La 

Veritc Fngilive. 
1561. — Sylva cui titnliis Veritas Fugiens, trad. latine de la Vérilé Fugitive 

par Florent Chrestien, Paris, R. Estienne. 
1565. — Ode A Mad. Lucrèce de Vallavoir dans les Chastes Amours de N. 

Renaud, Paris, Th. Brumen. (Réimpr. p. Tricotel et Van Bever, 

cf. ci-après). 

1565. — La Bergerie, Paris, Gilles Gilles [Bibl. Nat., Rés. p. Ye 327). Beau- 

coup de variantes importantes encore inédites. 
1565. — Le Fourmg de P. de Ronsard à R. Bellean, Le Papillon de R. 
Belleau à P. de Ronsard. Mis en latin par P. Est. Tabourot. Paris» 
Thibault Bessault 1565 [Bibl. Nat. Rés. Ye 1915]. 

1566. — Distiques liminaires inédits en tête de M. Tullii Ciceronis Opéra 

omnia, quae exslant, a Dionysio Lambino . . . emendata, Lutetiae 
ap. Bern. Turisanum (Aid.) 4 vol. [Hofb.]. Ces vers furent ré- 
imprimés dans les Deliliae C. Poetarum Gallorum t. I. 

1566, — Larmes sur le Irespas de Monseigneur René de Lorraine el de Ma- 

dame Louise de Ricux Manjuis et Marquise d'Elbeuf, Paris, Buon. 

1567. — Commentaire du Second Livre des Amours de Ronsard '•* [Hofb. 

*38. Q. 12|. 
1567. — Chant imprimé dans Le Brave de Jean Ant. de Baïf. 

1567. — Ode liminaire dans le Traiclé de la goutte de Demetrius, trad. p. 

F. Jamot, Paris, De Rouille. 

1568. — Sonnet liminaire dans Porcie, tragédie . . . par R. Garnier, Paris, 

R. Estienne. 
1569. — Deux sonnets: Lune porte-flambeau et A M. Palingene sur la tra- 
duction de Scevole de Sainle-Marlhe dans Les premières œuvres de 
Scevole de Sainte-Marthe, Paris, Morel ^. 

1 Marty-Laveaux (Ronsard t. I) et Vaganay (Rev. des Bibliolh. 1913) 
ont publié quelques fragments du commentaire de Belleau. Je montrerai 
ailleurs que les additions du commentaire de Muret dans cette édition 
de 1560 viennent aussi de la main de Belleau. 

2 Pour les éditions postérieures de Ronsard Ion ne peut guère 
supposer la collaboration active de Belleau. 

^ Les éditeurs modernes de Belleau ne connaissent que les édi- 
tions postérieures de ces pièces. 



223 

1569. — Chant de Iriomplie sur la uidoire en la bataille de Moncontour 

dans Dorat, Paeanes, siue hijmni .... Lutetiœ. 
1569. — Sonnet funéraire dans Sillacii Caslraei . . . Tumuliis ... Le Tiimbeau 

du seigneur de La Chaslre, dicl de Sillac, Paris R. Estienne * 

[Bibl. Nat., Rés. m Yc 925]. 
1569. — Epithalame sur les nosses de Rend Dolu conseiller et trésorier ge^ 

neral de la Reine d'Escosse et de Denize Marcel à Paris XI. jour 

de Juillet. 
1570. — Sonnet liminaire en tête de la Musique de Guillaume Costeley> 

publié dans la Rev. de la Renaissance avril-mai 1903. 
1571.— Sonnet liminaire inédit en tète du Treizième livre d'Amadis de 

Gaule de J. Gohory, Paris, Breyer [Bibl. Nat., Rés. Y* 1374] : 

Un repos bien choisi, afoiblis nous soustient, 
Et décharge l'esprit d'un grand nombre de peines, 
Car le travail altère, et susse dans les veines : 
Une moitte chaleur qui le corps entretient. 

Donq' après ce labeur qui collé te retient 
Sur les graves discours, et conduittes certaines 
Du Prince, et sur le vrai des vaillances Rommaines 
Sage, prcns le plaisir, qui gaillards nous maintient. 

Car ayant repoUi tant de nobles sciences. 
Cherché tant de secrets, fait tant d'expériences. 
Tu refraichis ton ame en ce dous passetemps. 

Ainsi vas éveillant la Françoise jeunesse, 
Puis te donnant plaisir, la mets en alaigresse. 
Et ne perdant un jour, tu mesnages le temps. 

1571. — Sixain inédit dans Le'^Parnasse des poètes français modernes . . . 
par Gilles Corrozet, fol. 41. Réimpr. à la suite de l'Histoire des 
singeries de la ligue par Jean de la Taille (cf. t. I, p. LI de l'éd. 
de René de Maulde) : 

La Vertu fait asseoir ceste troupe honorée 

Sur les bancs que tu vois en la chambre dorée 

Et si Ion bannissoit l'honneur avec le gaing 

Ce grand Palais voûté ne seroit pas si plain, 

Mais vuide demourrait, et ceste cour déserte 

Ne se verroit que d'herbe et de mousse couverte. 

1571. — Sonnet liminaire en tête des Méditations des zélateurs de pieté . . . 
par Jean Guytot Nivernois, Paris, L'HuilIier (Rec. par Marty- 
La veaux, Euvres en rimes de Baïf IV, 470). 

* Ce recueil est inconnu aux éditeurs de Belleau. 



224 

1572. — La Bcnjcric, Paris. Gilles Gilles (Ilolb. *38 K. 66). 
?1572. — Odes d'Anacrcon, Paris, Gilles Gilles. Je n'ai pu retrouver cette 
édition signalée par Marty-Laveaux I, 325. 

1572. — Sonnet liminaire dans la Fraiiciade de Ronsard. (Recueilli par 

Marty-Lavcaux, (lùwrcs j)ocliqiics de Ronsard III, 519). 

1573. — Odes d'Anarreon . . . Nouvellement revcu : corrigé et augmenté 

pour la troisième Edition. Plus (juelques Vers Macaroniqucs du 
mesme Bellcau, Paris, Granion. (Bibl. Mazarin 4G001J. 

1573. — Ode liminaire en tête de Garnier, Cornelie, Paris, R. Estienne. 
(après 1573). — Ode sur le tombeau de Mgr le Due d'Auinalle dans Les 

tondyeaus et discours des Jais et déplorable mort de . . . Claude de 
Lorraine ... p. Jean Ilcluis, Paris, Du Prés. s. d.^ 

1574. — Odes d'Anacrcon . . . Nouvellement rcveu, corrigé et augmenté 

pour la quatriesme édition. Plus quelques vers Macaroniqucs de 
mesme Belleau corrigez et augmentez. Paris, Jehan Charon (Pri- 
vilège du 11 sept. 1567) [Bibl. Arsenal B. L. 2193. Rés.J. 
71574. — Odes d'Anacrcon, Paris, Nicolas Bonfons. (Cf. M.-L. I, 325). 
71574. — Odes d'Anacréon, Paris, Gilles Gilles. (Cf. :\I.-L. I, 325). 

1576. — Les Amours et Nouveaux Hschanijes de Pierres Précieuses : vertus 
et proprietez d'icelles. Discours de la Vanité, pris de VEcclesiaste. 
Eclogues Sacrées prises du Cantique des Cantiques, Paris, Mamert 
Pâtisson. 

1576. — Traduction d'un généthliaque de Léger Du Cheane, Amplissimae 
spei populo, Francisco Gonzagae . . . Chanl d'allaigresse (cf. Marty- 
Laveaux, Ronscu-d V, 409). 

15772. — Odes d'Anacréon, Lyon, Rigaud (réimpression littérale de l'édition 
de 1573) [Bibl. Arsenal 2194 B. L.]. 

1578. — Les Œuvres poétiques, Paris, Mamert Pâtisson ou Gilles Gilles, 
2 vol. 

1583. — Deux vers rétrogrades d'un sonnet inédit, imprimés par Tabou- 
rot dans ses Bigarrures (I, 10). Voici ce que Tabourot écrit à ce 
propos: «Comme j'en discourois [des vers rétrogrades] avec feu 
ce gentil poète Belleau, luy disant que jestimois qu'il fust ira- 
possible d'en faire en nostre langue qui eussent la candeur du 
latin et sans cstre extrêmement forcez, il me fit entendre qu il 
en avoit un sonnet entier qui commençoit: 

Appas faschcux et doux, doux et fascheux trespas, 
Trespas fascheux et doux, doux et fascheux appas. 

* Le Duc d'Aumale est mort en 1573. 

- La pièce obscène Jean qui ne peult recueillie sous le nom de 
Belleau par P. de l'Esloile (I, 212), par Gouverneur et par les nombreux 
Cabinets satiriques du XVlIe siècle, ne peut être écrite par Belleau, car 
d'après le témoignage de P. de l'Estoile, le mariage d'Estienne de Bray, 
impuissant, sur lequel on fit courir cette poésie saliricjue n'eut lieu 
qu en septembre 1577 : or, Bellcau avait été enterré le 8 mars de la 
même année. 



225 

Mais il ne s'en i)iit souvenir, et ne lay point remarqué en ses 
oeuvres . . .». 

1585. Les Oùu'irs pocliiitics, Paris, M. Pâtisson ou (lilles Gilles. 

1586. — Prières el sainles doléances de Job, pièce tirée de la Bergerie 

(2e journée) par Maisonflcur, Les ('auiIkhivs . . . Paris, Mathieu 

Guillemot. 
1592. - Les (Emues }HHii<iiies, Lyon, Th. Soui)ron, 2 vol. 
161)4. Les Œiwres poetùiues, Rouen, Th. Daré, 2 vol. (Hofb. 13 K. 6. T. 27|. 
■ 1621. - Distiques grecs et ode en tête des Couslumes des pays, comte el 

bailliage du Graml Perche, Paris, Le-Mur*. 
H).")!. Poema macaronicum de bello hiicjuemiico, réimpr. à la suite de 

Louis Martin, L'Lschole de Salenie, Paris. 
1657^ Id. Lyon. 

1660. Id. Rouen, Clément Malassis. 
1670. — Id. réimpr. à la suite dAntonius Arena, De bragardissima inlla 

de Soleriis. 
1723. — Diclamen metrifîciim de bello hmjiieiuiico et reistroriim piglainiiw, 

ad so(l(des, s. I. 
1758. — Poema macaronicmn de bello hiiguenetico, réimpr. à la suite 

d'Ant. Arena, De bragardissima villa de Soleriis. 
1829. — Diclamen melrificnm de bello huguenetico, réimpr. par Genthe, 

Geschichle der maear. Poésie. 
1839. — Odes ... et autres poésies traduites par Octave Portret . . . suivies 

de la traduction d'Anacreon par R. Belleau, Paris. 
1855. — La Reconnue réimpr. dans Y Ancien Théâtre François de Viollet 

Le Duc, t. IV. 
1867. (lùmres complètes. Nouvelle édition publiée d'après les textes pri- 

mitils avec variantes et notes par A. Gouverneur Paris, A. Franck, 

3 vol.2 fHofb. 147. M. 48J. 
187.'j. — Tricotel, Vers inédits de lienuj Belleau (Bulletin du Bibliophile 

et du Bibliothécaire). 
1878. G'Awres poétiques avec une notice biographique et des notes par 

Ch. Marty-Laveaux, Paris, Lemerre, 2 vol. [Egyet. Ilf 4669]. 
(s. d.). La Reconnue dans le Thécitre Français au XVP el au XVIF siècle 

d'Edouard Fournier, t. I. 
1909. — Les Amours et Xouoeaux Eschanges des Pierres Précieuses suivis 

d'autres poésies du même auteur publiés sur les éditions origi- 
nales et augmentés de pièces rares ou inédites. Avec une notice 

de l'Abbé Goujet et des notes par Ad. Van Bever, Paris, E. Sansot 

[Quatorze deuises inédites de Belleau et réimpression des pièces 

recueillies p. Tricotel]. 

* Pour les anthologies du XVIJe siècle v. la bibliographie de 
Lachèvre. 

- L'édition de Gouverneur a sur celle de Marty-Laveaux cet avan- 
tage quelle contient aussi l'éloge de CoUetet, les pièces liminaires pla- 
cées en tète des œuvres de Belleau, ses poésies latines et le Tombeau de 
Bellecm public par ses amis. 

Eckhardt : Remy Belleau. 1<^ 



226 



II. Manus«Tils utilisés 

Bihliolhèqnc Xnlioiuilc : Nouv. ac([. fr. ;?073 (biographie de Belleau 
par Colletett; nis. Ir. 205Ô1. 224:53 (Jacques Belleau); ms. IV. 20272, 20540, 
2089rv 22129, 22433, 32031, Coll. Lorr. 28(i, (Choiseuls, Christophle et 
Lancpies) : ms. fr. 20514. 20517. 20.532, 22433 34 (Guise. Elheuf) ; nis. fr. 
11559, 22429, 22441, Moreau 1049, Nouv. ac(i. fr. 4021 (Joiiiville) ; ms. fr. 
22560 (recueil Hasse-Dcsneux) ; ms. fr. 8216, 32944 (épitaphiers). 

Archives Nationales: K529, KK 906-908 (Joinville) ; M 180 (Collège 
de Navarre). 

Bibliothèque de rAisenal : ms. 3184 (devises de Belleau). 



III. I*rineipaux ouvrages consultés 

Alexaudre (Arsène), Histoire de l'aii décoratif s. d. 

Amyot I Jacques), Les amours pastorales de Daphnis et Chloé 1.559. - Ré- 
édition : Lemerre 1872. 

ANAKPEONTOS, KAI AAA^N TIN£2N XvçixâJv noitjzwi- fxé?.?]. Anacreontis . . . 
odae. In easdeni Henr. Stephani olyseruationes. Parisiis, 1556. || Anacreon- 
tis . . . Odae, ah Ilelia Andréa Latinae factae, Lutetia? 15.56 [Egj-et. Hb 
574, rec. factice; la traduction d'Andréas aussi Muz. A. gr. 18031- 

Ancel O. S. B. (Dom René), La nouvelle de la prise de Calais à Rome 
Rev. de la Renaissance 1905. 

Andréa (Alessandro), Delta guerra di camjxKjna di Ronia e del regno di 
Xapoli (Raccolta di tutti... scrittori dell' istoria générale del regno 
di Napoli t. VII) 1769 [Univ. I 236112]. 

Anselme (Pèrei, Histoire (jénéalogique de la maison du roi, 9 vol. 1726— 
1733 [Muz. Gall. 8111. 

Arena (Antonius de), De lyraqcu-dissima villa de Soleriis 1648 [Egj^et. Hf. 
634]. 

— Meijqra entreprisa caloliqui imperatoris, Lugd. 1760 [Hofb. 33291— Aj. — 
Réédition, Aix 1860 [Hofb. 146. G. 76]. 

— Xovellae de querra Romana 1574 [Hofb. B. E. 5. T. 18]. 
Augé-Chiquet (Mathieu), La vie, les idées et l'œuvre de Jean-Antoine de 

Jkiïf, 1909 [Univ. I 357395]. 
Aumale (Duc d), L'histoire des princes de Coudé 8 vol., 1885 [Egyet. Ga 

6524]. 
Avila (D ), Histoire des guerres civiles de France (trad. p. J. Baudoin) Paris 

16.57, 2 vol. [Muz. Gall. 37c]. 
Baïf V. Marty-Laveaux. 
Baillet, Jugement des savants, Amsterdam 1725 16 vol. [Egyet. Gc. 87 et 

900: Réday II Hist. litt. 66]. 
Bartsch, Chrestomathie de V ancien français 1910. 
Beauxchamps, Recherches sur le théâtre français 3 vol. 1735 [Egyet. Hf 

6.5.5] . 
Belleforest (François de), Lu Cosmographie universelle de tout le monde, 

Paris 1575. 



227 

Bembo. Rime Venelia 1562 [Muz. L. eleg. g. 285J. 

— Cdiiiuiut V. (ÀirmiiKi (iiiinqne illiislriiim poclariiin. 

Berni. Dclla Casa, Varchi etc.. Opère hiiiie.sche Firenze 1552 55 [Hotb 

*:{S H. 130J; Vircnza 1603, 3 vol. [llolb. '38. H. 42J ; Loiuira 1723, 2 vol. 

(Ecjyet. Ilf. 117UJ; Amsterdam 1770 (liâday Lit. e. 1623J. 
Bosser (Reinhold), Ûber Reiny Belleaii's Sleiiuiedirhl *Les Amours Et Non - 

veaiiv IHschaiiges Des Pierres Précieuses, Vertus et Propriété: D'icelles», 

uriist einem einleilemien Vl^erblick iUwr die Entwickluini des an die 

Hilclsleine iickiiiipfh'n Alier(il<udH'ns. (Zeitschrift tûr nlVz. Sprache u. 

Liltcratur, t. VIII, 18.S6) : paru en partie sous forme de dissertation . 

Dus Verhâltnis von R. Belleau's Steiiifiedichl . . . zu dcn friihrreii Stcin- 

tnichern, Oppein 1886. 
Bèze (Théodore de), Histoire eccl('si(isli<jne des fùjlises rrfornircs mi roi/cuime 

de France, Toulouse 1882 2 vol. [Egyet. Ac -1342). 
Bildiotheca exolica sine (Adidoijus of/icinalis . . . La lyibliulhciinc uninersaU. 

Frankfort, 1625 [Kgyet. 4" Gc 248J. 
Blasons anatoiniques du corps féminin 1554 [Hofb. *35. L. 92|. 
Boccace, Ameto comedia délie niniphe florentine, Vinegia 1545 [Hofb. 38 K. 

66| : Opère, Firenze 1723 t. IV. [Râday, Lit. c. 1539]. 
Bonfons (Nicolas), Les antiiiuitez croni(ines et sinçiularitez de Paris par 

Gilles Corrozet . . . auijni. par X. B., 1586 [Bibl. Nat.J. 
Bonnalfé, Le Mausolée de Claude de Guise, Gazette des Beaux-Arts 1884, 

t. XXX, 2e période. 
Bourciez (Edouard i, Les mo'urs polies et la littérature de Cour sous Henri 

//, Paris 1886. 
Brantôme, (Euvres complètes 13 vol. (éd. elzév.) 1858 1895 |Univ. I 26574]. 
Brués (Gu3' de), DiaUnjues contre les nouveaux Académiciens, Paris 1557. 
Bry (Gilles), Histoire des pays et comté du Perche et duché d'Alençon 

Paris, 1620. 
Cabinet historique, 1864, t. X, l'"* partie p. 248. (Notice sur la famille de 

Choiseul). 
Cabinet satirique (Le), 1666 et 1697 [Muz. P. O. gall 8" 364 et 364 c|. 
Canniim quinque illustrium poelarum (Bembo, Navagero, Balt. Castiglione 

.1. Cotta. Flaminio). Venetiis 1548 [Muz. P. 0. lat. 1148]. 
Chamard (Ilenrii, Joachim Du Bellaij, Lille 1900. 
Chansonnier huguenot au XVP siècle, Paris 1870 71, 2 vol. [Univ.]. 
Chasles (Emile i, Jm Comédie en France au .neizième siècle, Paris 1862. 
(Chrestien (Florent)], Seconde Réponse de F. de la Baronie à Messire Pierre 

Ronsard. Plus le Temple de Ronsard . . . 1563. [Bibl. Nat., Bcs. p. 

Ye 173]. 

— Apologie ou DefFense dun homme chrestien pour imposeï- silence 
aus sottes reprehensions de M. Pierre de Pionsard, 1564. (Bibl. Nat. 
Rés. Ye 1908 1914]. 

Clément (Louis), Le poète courtisan, Rev. de la Renaissance 1904. 
Colletet V. Sainte-Marthe et lédition de Belleau par Gouverneur. 
Corrozet iGillesi, Le Parnasse des poètes francois modernes, Paris 1571. 
Cornélius Gallus, Fragmenta Venetia 1501 [Egyet. Hb. 4^ 236]. 

15* 



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iHofb. BE VI. T. 18]. 
Coiistunies des pai/s, comté et haillioçie du Grand Perche avec les apostilles 

de M. Charles du Moulin Paris, P. Le-Mur, 1621. 
Crépet (Eugène), Les poètes français .. . depuis les oriijines jusiiuà nos 

jours 1887, 4 vol. 
De la Chesnaye-Desbois et Badier, Dictionnaire de nolylesse. 
De rislc (François), La Leçiende de Charles Cardinal de Lorraine, et de 

ses frères de la maison de Guise, Reims 1576 [Egyet. Ga 5563). 
Delitiae CC. Italornm Poelarum, collectore Hanutio Ghero 1608, 2 vol. 

[Muz. P. O. lat. 1595J. 
Delitiae C. Poelarum Gallorum, collectore Ranulio Ghero 1609 [Egyet. 

Hf 364]. 
Des Accordz v. Tabourot. 
Dorât. (lo. Aurati) Poemalia s. d. à la suite de Turnèbe, Silva [Egyet. 

Hf. 1509] et V. Marty-Lavcaux. 
Du Bellay, L'Olive et autres œuvres poétiques 1569 [Muz. P. O. gall. 543|. 

— Œuvres poétiques, éd. Chamard (Textes français modernes) 1908 1912. 
Du Plessis (Armand), Le livre de lob : traduit en poésie françoise, 1552 

[Hofb. *38 M. 108J. 
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de Ramus et de la Pléiade), Egyetcmes Philologiai Kôzlôny (Rev. de 
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Estoile (Pierre de 1), Mémoires-journaux éd. p. Brunet, ChampoUion etc., 

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Notes et documents pour servir à l'histoire de Joinville, Joinville 1856. 
Feugcre (Léon), Htude sur Scévole de Sainte-Marlhe, Paris 1854. 
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Forneron, Les ducs de Guise et leur époque 2 vol. 1877 (Egyet. Ga 8604]. 

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Platon iClau(le), Mémoires .. . contcnanl le récit des éoénemenls accomplis 
de 13,'>3 à i.nS'? 2 vol. (Documents inédits sur 1 hist. de Fr.) [Dniv. II. 
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Hugo (Dom Louis), Saeri et canonici ordinis Praemonstratensis Annales, 

Xanceii 1736. [Tome I*""" seulement : Muz. H. eccl. 291]. 
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Jolibois (Emile), La Haute-Marne ancienne et moderne, Chaumont 1858. 
Jurien de la Gravière, Les chevaliers de Malte 2 vol. 1887 [Egyet. Ga 6814]. 
Kœchlin dîaymont) et Marcjuet de Vasselot (J.-J.), La sculpture à Troijes 

et dans la Champaijne méridionale au XVP siècle, Paris, 1900. 
Kuhn (Paul), L'influence néo-latine dans les égloyues de Ronsard, Rev. 

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La Chastrc. Mémoire du voyage de M. le Duc de Guise (Coll. Michaud et 

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Mécène, Paris, Wechel 1555 [Bibl. Nat. R. 1791—1795]. 

Raunié (Emile) Epitaphier du vieux Paris, 1890 (Histoire générale de 
Paris). 

Régnier (Mathurin), Les Satires (éd. Lenierre) 1875. [Autres éditions: 
Egyet., Muz. etc.]. 

Renvois}- (Richard), Les odes d'Anacreon mises en musique, Paris 1574 ' 
[Bibl."' Nat., Rés. Vm "^ 227]. 

Ronsard (Pierre de). iJai vu presque toutes les éditions de la Bibl. Nat. 
citées par Launionier, Tableau chron. Je signale seulement les édi- 
tions quon trouve à Budapest, à Kolozsvâr et à Vienne). 

— Œuvres, Paris 1629 [Râday, Lit. c. 3441]. 

— Œuvres poétiques, éd. Marty-Lavoaux 1893 [Egyet. Hf. 4669; Hofb. 
94. 261— B]. 

— Le premier livre des Amours, éd. Vaganay 1910 [Egyet. Hf. 5440]. 

— Odes, Paris 1553 [Hofb. *38. K. 178]. 

— Hijmne de Bacus avec la version kûine de J. Dorai, Paris 1555 [Hofb. 
*44. T. 14]. 

— Xouiyelle continuation des Amours, Rouen 1557. [Hofb. *38. K. 85]. 

— Discours des misères de ce Temps 1572, Continuation du Discours etc. 
[Hofb. B E. 5 Q. 25 recueil factice]. 

* Renvoisy, quoi quen dise Bayle, a donné une version incomplète, 
mais indépendante de celle de Belleau. 



Honsard (Eiwrcs, 1567 |Hofb. *;5S. Q. 12]. 

— Œiiuirs, 1Ô84 IHolb. 21339-D). 
Œuvres, 1601 lliofb. B !•:. ô. T. 6.3). 

— Œuvres, 160i) [Hotb. 40. A. 7). 

— Œuvres, 1617 [Hoit. *38. K. 103]. 

— Œuvres, 1623 [Hofb. B H. 7. H. 1-2). 

— Œuvres inédiles recueillies par Blanchemain [Hofb. 116 H. 2.]. 

— Œuvres, éd. Blancbeniain 1807—1867, 8 vol. [Kolozsvàr Kgyct. et Ilofl). 
147. H. 46]. 

Sainte-Beuve, Tableau historique et critique de la poésie française el du 
Uu'àtre français au XVI' siècle. Nouv. éd. Cbarpenlier, 1893. 

Sainte-Marthe (Scévole de), Les premières oeuvres . . . Qui contiennent 
ses Imitation et Traductions. .. Paris 1569 [Bibl. Nat., Rés. Ye 2118]; 
2^ édition 1571. 

— Gallorum doctrina illustrium virorum Elogia, Poitiers (Aunustoriti Pic- 
tonum) 1598 [Hofb. 74. S. 97] ; 1602 [Bibl. Nat. Ln * 29] ; Jenae 1690 
[Muz. Biogr. 818]. 

— [Scacvoli Sammarthani] Opcra, Lutetiae, 1616. 

— Qiuvres, Paris, Villery 1629 [l'>iyet. 4-r. Ga 838 recueil factice]. 

— Eloges des hommes illustres, mis en fr. par G. Colletel, Paris 1644. 
Sannazar, L'Arcadie (trad. Jean Martin) 1544 [Bibl. Nat. Rés Y* 1184]. 

Le opère volijari . . . colle Annotationi del Porcacchi del San.fovino, e 
del Massarenijo. Padova 1723 [Hofb. 19. R. 18]. 

— Arcadia . . . annotationi da Tlioniaso Porcacchi Ven. 1580 [Muz. P. O. 
it. 418]. 

— Arcadia (éd. critique d'Ed. Scherillo) Torino 1888 [Hofb. 91088— B]. 

— Rime (éd. Lod. Dolce) Ven. 1580 [Muz, P. O. it. 418]. 

— Opcra la'ina, Amsterdam 1689 [Hçjvet. Ht. 411]. 

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Scudéry (Mlle de), Clclie, histoire romaine 1656 [Râday Lit. c. 1479]. 
Secundus iloannes), Opéra 1748 (Kgj'et. Hf. 539]. 
Tabourot (Des Accords), Bigarrures 1583 [Bibl. Nat. Z 2760]. Rouen 

1595-99 [Hofb. 73. M. 75]: Paris 1595 [Hofb. 74. Z. 105]; Paris 1621 

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— Le Eourmy etc. v. Belleau 1565. 

Tahurcau (Jacques), Poésies 1574 [Hofb. B E. V. V. 51]. 

— Odes, sonnets et autres poésies (éd. Blanchemain) Genève 1869 [Hofb. 
146. F. 109]. 

Tansillo (Luigii, SonetU e canzoni, Bologna 1711 [lù/yet. Hf. 1472). 
Théâtre des Oruaulés des Ilérétuiues au Seizième Siècle (réimpr. moderne 

d un ouvrage polémique du XVIe siècle) Lille-Bruges, s. d. in-4. 
Thou (de), (Thuanus) Hisloriarum suorum temporum libri LXIV. [Egyet. 

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INDEX 



Achille Tatius, 124. 
Adrien (empereur), 48. 
Agricola (George), 142. 
Ailly iMnie d). 84. 
Albe (Duc (r),44, 46 48. 
Albret (Jeanne d), 59. 
Alexandre (Arsène), 202. 
Allori Y. Bronzino, 136. 
Amelin, 30. 
Aniyot. 131, 187, 189. 
Anacréon, 15, 17, 18, 21, 

22, 25, 26, 31, 33-35, 

37, 61, 107, 108, 124, 

135, 140, 156, 164—168, 

174, 175. 180 183, 190, 

204, 209, 216, 219. 
x\ncel (Dom Renéi, 48. 
Andelot (D), 59, 62. 
Andréa (Alessandro), 44. 
Andréas (Helias), 34. 
Angeriano, 152. 
Anselme (Père), 15, 16, 

40, 51. 
Antoinette de Bourbon, 

74, 75, 77—79, 81 85, 

193, 214. 
Apollodore, 22, 31, 138, 

172. 
Apollonius de Hhodes, 

32, 93. 
Apulée, 122. 
Aquaviva (Anne di, v. 

Atri (Mlle di. 
Aratus, 21,32,35-37, 53, 

71, 73, 139. 
Arena (Antonius dei, 66, 

67. 



Arioste, 57, 110, 146. 152, 

153. 
Aristole, 28, 31, 32. 
Atri (Mlle d), 92. 
Aubigné (Agrippa d), 96. 

107. 
Augé-Chiquet (Mathieu), 

7, 20, 73, 103. 
Aumale (Duc di, 56, 63. 
Aumale (Duc d ), frère 

de Françoise de (iuise, 

86. 
Baïf (J.-A. de), 7, 18, 20 

25, 31, 42, 73, 90-92, 

97, 99 103, 105, 107, 

109, 130, 149 151, 153, 

154, 162, 217. 
Balassi (Valentin), 152, 

162. 
Barberino (Francescoi, 

121. 
Barbier (Fr.l, 184. 
Bartsch, 146, 154. 
Bayle (Pierre), 33, 34. 
Beaujeu (Charlotte de), 

16. 
Becker (Ph.-A.i, 152. 
Belleau (A.), 12. 
Belleau (Jacques), 12. 
Belleau (Jean), 13. 
Belleiorest (François de), 

77, 192. 
l^embo, 146, 151. 
Benoist (Joseph i, 193. 
Berni, 135, 136. 
Besser (Beinholdi, 7, 95, 

141, 142. 



Bèze (Théodore de), 63,. 

65, 69, 70. 
Binet (Claude), 28, 110. 
Bion, 129, 184. 
Blancheraain, 101. 
Boccace, 22, 121, 122. 
Boèce, 122. 
Bonnairé, 191. 
Bonfons (Nicolas) 11. 
Bougard, 211 215. 
Brantôme, 41, 51, 52, 62, 

82, 92, 106 108. 
Brinon (Jean), 23. 
Bronzino, 136. 
Brués (Guy de), 27, 28, 30. 
Bru net, 107. 
Brunot (Ferdinand), 30, 

31, 94. 
Bruscambille, 25, 135. 
Bry (Gilles), 55, 61, 213, 

214. 
Budé, 37. 

Bussy d'Amboise, 107. 
Buttet, 25. 
Callimaciue, 21, 32, 136, 

138. 
Calvin, 69. 
Capilupi, 129. 
Carafla (Cardinal) , 40, 44, 

47. 
Cardanus (Jérôme), 142. 
Caries (Lancelot), 18,94. 
Carnavalet, 18. 
Catulle, 27, 154, 158. 
Certon (Salo.on), 107. 
Chabot (amiral), 194. 



235 



Chamard (Henrii, 7, 18, 

20, 44. 
Charbonnier, 73. 
Charles-Quint. 39. 
Charles IX, roi de Franee, 

ô8, 8."), 92, 97, 107. 
Charpentier (Jaeques),29, 

91. 
Chartier (.Main), 154. 
Cherouvrier, 14. 
Choiseul (Antoine de) 1."). 

78. 
Choiseul iChristophle 

de), abbé de Mureaux, 

14 17, 33, 54, 77, 78. 
Choiseul (François de), 

15. 
Choiseul (Jean de), v. 

Lancjues. 
Choiseul (Philippe de), 

16. 
Chrestien (Florent), 36, 

55, 59, 73, 103. 
Chrestien (Marguerite), 

51. 
Cicéron, 27, 35, 91. 
Claude de France, 54, 77, 

150, 174. 
Claudien, 144. 
Clément (Louis), 23. 
Colet, 23. 
Coligny. 59. 62. 
CoUetet (Guillaumei, 11, 

28,41,103, 104,129,217. 
Colonna (François), 47. 
Conibaut(P,obertdei,196. 
Condé (Louis, prince de), 

56 59, 61 63, 74, 75. 
Corrozet (Gilles), 11, i:55. 
Cosse (Jeani, 74. 
Costeley (Guillaume), 88. 
Courtin de Cissé (Jac- 
ques), 213, 218. 
Courtot (Mametz), 91. 
Crépet. 62, 155. 
Crétin (G.i, 73. 
Dante, 121, 122, 135. 
Daudignon (Xicolle), 91. 



Delapierre (O.), 219. 

Delbene, 90. 

Denisot (Nicolas), 18, 23, 

27. 
Desautels, 100. 
Deschamps (Eustache), 

146. 
Desmasures, 27. 
Desportes, 20, 24, 97, 107, 

110. 
Dioscoride, 142. 
DonVoy (Adrian), 91. 
Dolu (René), 160. 
Dorât (Jean), 18 21, 23, 

30, 36, 47, 55, 91, 92, 

139, 140, 175. 
Du Bellay (Joachim), 7, 

18, 20-22, 27, 35, 44, 

45, 92, 100, 109, 116, 

129, 151, 153, 158, 162, 

185, 212. 
Du Cange, 211. 
Duchat, 23. 
Du Chesne (Léger i, 91, 

92. 
Du Perron, 94. 
Du Plessis (Armand), 93, 

94. 
Duret (Louis), 91. 
Du Hyer, 44. 
Elbeul' ( Charles, duc d), 

41, 77, 88. 
Elbeuf (René, marquis 

d'), 40, 41, 46, 50 53, 

76 78, 85 88, 129. 
Elbeuf (René bâtard d'), 

51. 
Ellain (Nicolas), 25. 
Empédocle, 27. 
Erasme, 138. 
E.schyle, 21, 96. 
Espinay de Bret., 107. 
Estienne (Henri), 18, 33, 

34, 37, 165. 
Estienne (Robert;, 137. 
Estoile V. LEstoille. 
Estouleville (duchesse 

d), 55. 



Expert (H.), 88. 
Fériel (Jules), 80, 192. 
Feugcre (Léon), 103, 104. 
Finiguerri, 135. 
Flaminio, 138 
Florentin (I)()niini(|ue), 

193. 
Foclin, 28. 
P'olengo (Merlin Coccaie), 

65 67, 103. 
Fontaine (Charles), 2.3, 73. 
Forneron, 39, 45, 62, 74, 

85. 
Fôrster (Margarete), 93. 
François Je'', roi de 

France, 10(5. 
François II, roi de 

France, 56, 58. 
(îalland (Jeani, 19, 97. 
Gallus (pseudo-l, Corné- 
lius, 160. 
Garnier (Robert), 14. 
Gaspary, 124, 135, 153, 

180. ' 
Gassot (Jules), 107. 
Gautier (Théophile), 205, 

209. 
Genthe, 65. 
Gercke-Norden, 124. 
Gernianicus, 35. 
Glaser (Kurt), 96. 
Godefroy, 198. 
Godmon (Georges), 91. 
Gohory (Jac((ues), 23. 
Gonzague (François de),^ 

92. 
Goujct (Abbé), 94. 
Goulet (Nicolas), 55. 
Goulu (Nicolas), 91, 110. 
Gouverneur, 14, 28, 39, 

55, 61, 76, 85, 96, 103, 

104, 106, 107, 110, 217 — 

219. 
Grandier (Urbain), 106. 
Grévin (Jacques), 25, 75, 

100, 151. 
Guast (Louis de Bérenger 

seigneur de), 106, 107. 



236 



Gueslc (Vaillant de) v. 
Pimpont (Abbé de). 

GuillVoy (Jules). 194. 19ô. 

Goujon. lii:{. 194. 

Guise (François de Lor- 
raine. Due de). 38-40, 
43 50. 54. 56-58, 62. 
70, 73—75, 78, 85, 86, 
96. 116. 174. 175, 195. 

Guise (Henri de), 82. 

Guilton (Raoul). 55. 

Guy (H.), 73, 94. 

Guytot (Jean), 75. 

Ilaneciuin (Nicolas) sei- 
gneur du Fay, 85. 

Haplaincourl (seigneur 
d ). 85, 134. 

Haton (Claude), 55. 56, 63. 

Hauser (Henri), 56. 63, 68. 

Havard (Henrii. 199.200. 
203. 214. 

Haym. 94. 123. 137. 

Henri II. roi de France. 
19. 77. 

Henri III. roi de France, 
106, 107, 140. 153. 

Herberay des Essarts, 
106. 

Heredia (José Maria de), 
205, 209. 

Herville (seigneur d), 85. 
160. 

Hésiode. 32. 138. 

Hincelot. 81. 

Hinzelin, 55. 

Homère, 31, 136 138.180. 

Horace. 27, 42, 66. 123, 
r.',H. 146. 173. 

Hotnian (PYançois), 65. 

Hotinan (François), sei- 
gneur de Fontcnay. 
107. 

Holman i Pierre i. 107. 

Hugo (I)om Louis), 16. 

Janiyn (Amadisi. 97, 217. 

Jodeïle 19, 23, 72. 

Jolibois, 80. 193. 

Jurien de la Gravière. 52. 



Juvénal. 27. 

Kœchlin et MaRjUct de 

Vasselot, 193. 
Kuhn (Paul). 127. 
I>a Ghargue (seigneur 

de). 85. 
La Baronie (F. de). 73. 
La Chastre, 40. 
La Chesnnye-Desbois 

(De) et Hadier 13. 40. 
La Croix du Maine, 20, 

77, 97, 122, 218. 
La Garde (baron de), 51, 

52. 
La Jessée (Jean de), 218. 
La Lande (Jean de), 64, 

219. 
Lalanne, 82. 

Lambin (Denis), 91, 92. 
La Monnoye, 34. 
La Noue, 63. 
Langues (Jean de Choi- 

seul, baron de), 15, 40, 

41, 77, 78. 
Lanson (Gustave), 19, 23. 
La Péruse (Jean de), 19. 
La Pierre (seigneur de), 

85. 
La Porte (Maurice de), 

12, 77, 86, 109. 
Lascaris (Jean), 32. 
La Taille (Jean de), 144. 
Laumonier (Paul), 7, 

18-20, 22, 23, 26, 28, 

33, 41, 42, 71, 76, 92, 

93, 99, 116, 135, 155, 

159, 160. 174, 186. 217. 
Laurent le Magnifique. 

145. 
Le Breton (Gabriel), 19. 
Lefranc (Abel), 91. 
Le Frère (Jean), 73. 
Legrand, 182. 
Leniaire de Belges (Jean), 

57, 119, 130, 143. 
Le Maistre (Gilles), 63, 64. 
Lenient, 61, 65, 110. 
Léonard de Vinci. 214. 



Léonide, 32, 180. 
Le Pelletier (Jehan). 91. 
Le Roux V. Picard. 
LEstoille (De), 85, 106 

108. 
Lichiard (J.-B.), 219. 
Llsle (François de). 86. 
Longnon, 20, 99. 
Longus, 116. 131.132. 187. 

188. 
Lorraine (Charles Cardi- 
nal de), 27. 39, 44, 47, 

56-58, 71, 86, 87. 
Lorraine (Charles, duc 

de), 54, 77. 150. 174. 
Lorraine (Claude de), 191. 
Lorraine (Fric de), 16. 
Lorraine (François de), 

Grand-Prieur de Mal- 

the, 48, 51, 52, 86. 
Lorraine (Henri de), Mar- 

(juis du Pont, 77. 
Lorraine (Marie dei. 

reine dKcosse. 51. 
Lorris (Guillaume dci, 

146. 
Lj'cophron, 32. 
:\Iacée. 196. 
Malherbe, 219. 
Marquet de Vasselot v. 

Kœchlin. 
Marcellus (Comte de t. 

186. 
Magny (Olivier de), 101, 

109," 158. 
Mandeville (pseudo-).141. 
Marbode. 142. 
Marguei'ite de Navarre, 

61, 107. 
Marmaigne (seigneur de), 

85. 
Marot (Clément), 27, 59 

61, 73, 146. 
Marsan (Julesi. 123, 191. 
Martial, 27. 28. 
Martial dWuvergne, 154. 
Martin (Jean), 123, 125. 

126. 205. 213. 215. 



237 



Marty-Lavcaux, 8, 149 et 

passim. 
Manille, 152, 154 156, 

16i), 18G. 
Massa reiujo, 123. 
Maulde illené dei, 144. 
Mayenne (duehesse del, 

200. 
Ménandre, 32. 
Menard (Jaccfuesi, 91. 
Méon (Dominique Mar- 
tini, 135. 
Merlin Coeeaie v. Fo- 

lenfjo. 
Mes:v,es, 23. 
Mielu'l (i:>enisi. 91. 
Mimnerme, 32. 
Mojsisovies (Edgar v.), 

90. 
Molinier (Eni.l, 195. 
Montai(;lon, 57. 
Montmorency (Anne de), 

40, 106. 
Montmorency (François 

de), 147. 
Moréri, 77, 107. 
Morf (H.), 73. 
Moschiis, 32, 129. 
Mùntz V. Guifl'rey. 
Muret (Marc-Antoine), 18, 

23, 31, 32, 103, 173. 
Xaudot iJac(|uesi, 91. 
Navagero, 127, 129, 130, 

146. 
Negrisoli (Antonio), 137. 
Nevers (Mlle de), 82. 
Nicandre, 21, 32. 
Niceron (Père), 72. 
Nicolas (^Simon), 107, 109, 

160. 
Nogent (seigneur de), 85. 
Nonnus, 186. 
Nores (Pietro), 46. 
Nyrop, 135. 
Oppien, 32. 
Orphée (pseudo-). 21, 22, 

31, 32,89, 136, 13S, 142, 

216. 



Ortelius, 106. 

Ovide, 27 29, 35, 124, 

137, 138, 146, 172, 180. 
Palingene (Marcel), 104, 

163. 
Paris (Gaston), 64, 220. 
Parménide, 28. 
Pascal (Pierre), 20, 23. 
Pascpiier, 12, 19, 27, 30, 

40, 42, 63, 73, 101, 122, 

123. 
Passerai, 24, 62, 90, 91. 
Paul IV (pape), 39, 44. 
Pelletier (Jacques), 27. 
Perdrizet, 69, 70. 
Perrot (Paul), 94. 
Pétrarque, 145, 151, 152. 
Pétrone, 122. 
Phllétas, 32. 

Philippe II, roi d'Espa- 
gne, 85. 
Picard (Jean), 193. 
Pienne (Mlle de), 147. 
Pimodan (De), 78, 80, 81, 

83, 84, 107, 214. 
Pimi)onl (Abbé de), 97, 

106, 107, 141. 
Pinchart v. GuifFrey. 
Pindare, 32. 
Pisseleu (Charles de), 20, 

41. 
Platon, 32. 
Pline, 137, 142. 
Politien, 124, 180. 
Pontano, 129, 130, 160. 
Porcacchi, 123. 
Primatice (Lel, 193. 
Properce, 27, 109, 110, 

160. 
Ptolémée, 105. 
Kabel (Jean), 12. 
Rabelais, 65, 211. 
Rabutin, 49. 
Raemoiid (Florimond 

de), 69. 
Ramus, 26 31,59,91,92, 

103. 
Rasse-Desneux, 25, 57. 



Raunié (E.), 13. 

liaynel (Denys de), 74. 

Régnier (Mathurin), 219. 

Richard (Jean), 219. 

Rigoley de Juvigny, 122. 

Rieux (Louise de) mar- 
quise d Elbeui; 87, 130. 

Robertet (Florimond I), 
195, 196. 

Robertet (Florimond III), 
seigneur d Alluy e. 107 
196. 

Ronsard, 7, 12 28, 10- 
38, 41, 42, 64-66,68— 
71, 73—76, 90 92, 94, 
95, 97 101, 103, 105, 
107—110, 116, 117, 127, 
130, 132, 134, 138—140, 
142,144 147,149,152— 
156, 159, 160, 162, 164 - 
170,172 175,179-181, 
185, 186, 188, 190, 196, 

203, 215—219. 
Sainctes (Claude de), 68. 
Sainte-Beuve, 26, 33, 35, 

144, 219. 

Sainte-Marthe (Louis de), 
15. 

Sainte-Marthe (Scévole 
de), 15, 25, 26, 38, 41, 
76, 77, 86, 90, 97, 103— 
105, 106, lOU, 163, 217. 

Saint-Remy, 80. 

Salomon v. Certon (Sa- 
lomon). 

Sannazar, 117. 119, 121— 
•126, 129, 120, 133, 138, 
146, 181, 183, li)0, 191, 

204, 205, 210. 
Sansovino, 123. 
Sappho, 32. 
Sauvage, 23. 
Scherillo, 121—123. 
Second (Jean), 110, 128, 

129, 145, 154,160 162, 

174. 
Schneegans, 67, 219. 
Serafino, 152. 



238 



Sorcl (Charles). 64. 

Sleohcr. 119. 

Stobée, 103. 

Sliuirt (Marie). 51. 87. 

Sturni. 27. 

Synesius. 32. 

Tabourot. 103. 105, 106, 
158, 219. 

Tahureau. 151. 155. 

Talon (Omcri, 28. 

Tansillo. 152. 153. 

Tebaldeo. 151. 152. 

Théocrile. 21. 22, 31, 
123-125, 129, 130,137, 
181—185, 190, 204, 209. 



Thou (De), 20. 44, 45, 51, 

62. 63. 
Tibulle. 27, 128, 131. 
Tillcy (A.). 71. 185. 
Tite-Live. 30. 
Toldo, 71, 135. 
Torraca, 123, 129. 
Tricotel, 25. 
Troussilh, 110. 
Turnèbe (Adrien), 19, 30, 

47. 90—92. 103. 
Utenhove, 25, 73. 
Vaganay, 100, 106. 166. 

168, 172, 173. 
Van Bever, 92, 166, 168. 



Vauquelin de la Fresnaie, 

117—119, 121, 123, 132, 

154, 189, 217. 
Vergèce. 23. 
Vianey (Joseph), 25, 31, 

135, 151, 205. 
Vieilleville, 45. 
Virgile, 27, 35, 66, 106, 

119, 124, 129, 130. 133, 

215. 
Vileaux (baron de), 107. 
Voltaire, 94. 
\Vaddington, 27, 59. 
Wagner (H.), 71, 131, 185. 



TABLE DES MATIERES 

Avant-propos __ __ „- „__„_„ _„ „„ ™ _..„__ „ 

Première Partie 

La vie de Remy Bcllcaii 

I. Enfance et études à Paris ™ _„ ™ _ .._ .._ ™ .,_ 11 

II. Vie militaire de Belleau ™ ._. ._ ,... ™ ,_„,.___„ ™ 38 

III. licUeau et la Réforme ... __.„_„__.„„ .... _„ _ __ ™ 54 

IV. A Joinville- __ „ __ ._ .... „.. __ „.. __ _„ ... 76 

V. Dernières années, maladie, mort. — Les amis de Belleau ; son 

caractère __ _ .._ -.. .._ ___,.„.„ ..„ .... 90 

Deuxième Partie 

La * Bergerie «, sources et modèles 

I. La «Bergerie», le genre et les modèles du cadre .„„„_-„ 113 

II. Les idylles de la «Bergerie»)-- ™. ..~ — .... __ _„„.. — __ 127 

III. Les «blasons» _.. _.. „.„„„__ .„ „„ _„ ._ _„ __ 134 

IV. La poésie amoureuse de Belleau _____..________„ 148 

V. Belleau disciple de Ronsard - „ „..________ 164 

Troisième Partie 

Le ^peintre de naturel» 

1. Influences littéraires __ __ ._ __ ™ ..„ — __ ™. ~_ ~_ 179 

II. Belleau et lart décoratif... „_ ... ™ __ „_ .... ™ ™. _ .... 191 

III. Belleau et la nature „.. - _ __ .._ _. .... 206 

Conclusion ._..„_. ™ ™ ._ ~~ .... ... .... 216 

Bibliographie .._ „_ .„ __ ™ „ .... ™ .„ ™ .„ __ .... — 221 

Index .... .„ .... „ ™ ™ ™ ™ .„ .™ ..„ ™ ™ __ ._ ™ 234 



PQ Eckhardt, Sândor 
1666 Rem^ Belleau 
Z5E3 



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